L'ARGUMENT DU CONSENTEMENT UNIVERSEL
Tout en repoussant les exagérations de La Mennais (130), tout en reconnaissant que le consentement universel du genre humain ne saurait être le critérium de la certitude, il faut cependant admettre que, revêtu de certaines conditions, il est un indice de vérité. Pour cela, Fassentiment des hommes doit réunir plusieurs conditions ; il doit être :
I, — Universel quant à l'espace et perpétuel quant au temps. La raison en est qu'une croyance universelle et perpétuelle est l'expression d'un besoin essentiel de la nature humaine, qui est partout et toujours identique. Or une tendance essentielle ne saurait tromper ; autrement il faudrait supposer que la nature est mal faite.
II. — Compétent sur la question : il ne saurait avoir aucune valeur dans les questions scientifiques ou les problèmes philosophiques. Sont au contraire de sa compétence : les vérités qui sont à la portée de tous, vg. les premiers principes ; — celles, qui sans être aussi élémentaires, sont nécessaires à la vie morale du genre humain : vg. hberté, distinction du bien et du mal, immortalité de l'àme, existence de Dieu et de sa Providence.
Muni de ces garanties, le consentement universel est un signe de vérité, comme dit Cicéron : Consensio generis humant pro veritate reputanda est. L'erreur en effet est subjective, locale, variable ; la vérité est objective et par là même s'impose à tous, partout et toujours, quand elle est évidente. Mais le philosophe ne doit pas se borner à constater que tous les hommes ont une même croyance ; il doit en vérifier la valeur. On doit accepter le consentement universel comme une preuve en faveur de la vérité quand il est revêtu des conditions indiquées, car alors il est évidemnient la manifestation d'une tendance essentielle de la nature humaine faite pour le vrai. Ici encore le critérium suprême, c'est l'évidence.