UTILITÉ DE LA LOGIQUE FORMELLE
F. BACO^' (^), Descartes {^), Locke {^) déprécièrent le syllogisme. Le xviii^ siècle ne fit que reni'orcor l'attaque (*). Malgré certaines critiques de S. MiLL, on peut dire que les travaux liistoriques et philosophiques du xix^ siècle ont réhabihté la Philosophie scolastique en général et la méthode syllogistique en particuher. Le syllogisme ne mérite pas les dédains de Descartes : c Pour la Logique, ses syllogismes et la plupart de ses autres instructions servent plutôt à expliquer à autrui les choses qu'on sait, ou même, comme l'art de Lulle, à parler sans jugement de celles qu'on ignore, qu'à les apprendre. »
Le syllogisme est la formule théorique, idéale de la déduction. Tout raisonnement correct doit pouvoir s'y ramener. L'utilité du syllogisme ressort de ce qu'il est un instrument :
I. ^ — De démonstration infaillible, car il n'est qu'une appUcation immédiate des principes d'identité et de contradiction. Mais, pour qu'il y ait démonstration, il faut que les prémisses soient bien étabhes par ailleurs, car la méthode syllogistique ne garantit que la validité de la forme. Elle est donc subordonnée au contrôle de la raison. Cette réserve faite, on comprend que Leibniz ait pu dire : « Je tiens que l'invention de la forme des syllogismes est une des plus belles de l'esprit humain, et même des plus considérables. C'est une espèce de Mathématique u}iiverselle, dont l'importance n'est pas assés connue ; et l'on peut dire qu'un art A'' infaillibilité y est contenu, pourveu qu'on sache et qu'on puisse s'en bien servir, ce qui n'est pas tousjours permis (■^). »
II. — De contrôle pour vérifier la valeur des arguments captieux : <' ...J'ay moy-même expérimenté quelquesfois, dit encore Leibniz, en disputant même par écrit avec des personnes de bonne foy, qu'on n'a commencé à s'entendre que lorsqu'on a argumenté en forme pour débrouiller un chaos de raisonnemens (^) ».
III. — D'exposition pour présenter un raisonnement sous sa forme la plus nette et la plus brève.
IV. — De précision : c'est un exercice logique excellent pour assouplir rintelligence. a L'art syllogistique, dit Cousin, est tout au moins une escrime puissante, qui donne à l'esprit l'habitude de la précision et de la rigueur. » Ces qualités de l'esprit rejailhssent par contre-coup sur la langue elle-même : « C'est à la Scolastique et au bas latin que le français
(M Bacox, Novum Organxim :'^Distribulio operis. Édit. Bouii.let, T. i, p. 21, § 6, 7.
(-) Descartes, Discours de la méthode, 11"^ P.
(') Locke, Essai sur l'entendement humain, L. IV, Ch. xvii, § 4.
(*) CoNDiLLAC, Logique, I" P., Ch. VII, note, à la fin.
(^) Leibniz, Nouveaux essais..., L. IV, Ch. xvii,§ 4. Ibidem, p. 460. Éd. Janet, T. :,
(') Leibniz, Opère cit.. Ibidem, p. 464. — Éd. Janet, T. i, p. 448.
UTILITl': DE LA MI>TII(JUK g/,.;
doit riucomparablo netteté qu'il apporte dans la lan-iie pl.ilMsoi.l.inuf. . (A. Darmesteter) (1). Il-
Remarques : I. - Objections contre le syllogism.; : c'est nw (aulologie et un cercle vicieux (38).
II. — Abus et inconvénients de la méthode svllofîistiqiie : I" ()„
reproche à Aristote et à la Scolastique d'avoir a|)pliqué exclusivement la méthode syllogistique aux sciences expérimentales. Ils liraient les prémisses de leurs syllogismes, non de l'observation de la nature, mais de principes a priori : vg. la nature a horreur du vide ; la matière des cieux est incorruptible. Mais ce reproche, selon la remarque de Cousin (2), n'atteint pas la forme syllogistique elle-même.
20 Certains Scolastiques ont surchargé la méthode syllogistique d'un trop grand nombre de règles.
30 L'emploi trop répété et trop exclusif du syllogisme peut dégénérer en un formahsme artificiel et mécanique, qui se substitue à la réflexion. On risque alors de tomber dans des subtilités insaisissables et dans des distinctions purement verbales.