LOCALISATION DES SENSATIONS INTERNES
B) Pour répondre aux faits allégués, il suffit de remarquer que, par l'effet de Vhabitude qui émousse la sensibilité ou de la distraction qui détourne ailleurs la conscience, un certain nombre d'émotions deviennent si faibles que, pratiquement, l'âme n'en ressent ni plaisir ni douleur appréciables ou qu'elle n'en garde pas souvenance : ce sont des états de conscience sourde. Mais il n'en était pas ainsi à l'origine : les contacts, sons ou couleurs, qui, actuellement, ne nous impressionnent pas d'une façon notable, nous impressionnaient vivement dans le bas âge. En effet tout ce que les petits enfants touchent, voient ou entendent est pour eux une source d'émotions agréables ou pénibles. L'accoutumance les rend peu à peu presque nulles ; il est heureux que la quantité de plaisir ou de douleur, qui, à l'origine, accompagnait nos perceptions ordinaires, devienne pratiquement négligeable et soit à peine aperçue de la conscience spontanée, parce que, autrement, l'esprit absorbé par les sensations ne pourrait vaquer sans obstacle aux fonctions intellectuelles : la vivacité du plaisir ou de la douleur serait pour lui une source perpétuelle de distractions.
C) Ce qui montre encore qu'il n'y a pas d'émotions indifférentes, c'est que celles qui semblent nous laisser impassibles, redeviennent notoirement agréables ou pénibles, quand nous sommes placés dans des conditions favorables : vg. la lumière, le mouvement, même dans le train ordinaire de la vie, nous sont en fait agréables, car si nous venons à en être privés, nous souffrons de leur absence. L'obscurité et l'immobiHté nous pèsent ; c'est donc que leurs contraires nous faisaient plaisir.