FIXAGE AU CHLORURE D'OR
De toutes les découvertes ou perfectionnement* signalés depuis la découverte de M. Daguerre, le plus important de tous est , sans contredit , l’application du chlorure d’or que l’on doit à M. Fi* eau.
Reprenons notre petite plaque. Nous l’avions sortie dans le chapitre précédent de la dissolution d’hy» posulüle et lavée à grande eau ; nous la plaçons à pré- sent touto mouillée sur le pied à fixer, mis de niveau auparavant, et nous versons autant de dissolution de chlorure d’or que la plaque peut on recevoir. On chautlë à la lampe en la promenant sous toutes les parties de la plaque ; l’image commence par s’obscurcir, puis une ou deux minutes après, elle acquiert une grande intensité ; ce dernier effet sera toujours accompagné du dégagement de petites bulles; on cesse alors de chauffer ( 1) , on lave la plaque à grande eau et
(1) Il est bon de *e servir d'une lampe asse» forte pour que l'elfet soit produit eu peu de minutes. Si après un premier chauffage on trouvait l'épreuve susceptible de gagner encore en intensité , on pourrait la chauffer du nouveau, mais cela est rarement nécessaire, et souvent, en voulant avoir
on la sèche comme nous l’avons indiqué dans le chapitre précédent. Si on opère sur de grandes plaques, le mieux sera de suivre à la lettre la description de M. Fizeau que nous transcrivons ci dessous.
« Depuis la publication des procédés photogéniques, tout le monde, et M. Daguerre le premier, a reconnu que quelques pas restaient encore à faire pour donner à ses merveilleuses images toute la perfection possible : je veux parler de fixer les épreuves et de donner aux lumières du tableau plus d'intensité.
» Le procédé que je soumets à l’Académie me paraît destiné à résoudre en grande partie ce double problème ; il consiste à traiter à chaud les épreuves par un sel d’or préparé de la manière suivante :
» On dissout un gramme de chlorure d’or dans un demi-litre d’eau pure, trois grammes d’hyposulfite de soude dans un demi-litre d’eau pure (4). On verse alors la dissolution d’or dans celle de soude, peu à peu et en agitant : la liqueur mixte , d’abord
trop bien , on s'expose , si l’on chauffe avec persistance en certaines parties, & voir le liquide quitter la plaque au-dessus de la flamme et faire inévitablement une tache, ou bien k voir les noirs se voiler, uu' bien encore la couche d’argent s'exfolier tout d’uu coup et se détacher par petites pellicules : l'épreuve est alors entièrement perdue, mais la planche de doublé peut encore être repolie.
(t) Ces proportions ne réussissent qu’avec des produits très-purs, M.' Fiieau a indiqué les proportions suivantes, qui réussissent pins constamment avec les produits du commerce : 1 gramme de chlorure d'or dans 800 grammes d’eau, et t grammes d'hyposutfite de soude dans SOO grammes d'eau. •
légèrement jaunâtre, ne larde pas à devenir parfaitement limpide. Elle parait consister alors en un hyposulfite double de soude et d’or, plus du sel marin qui ne paraît jouer aucun rôle dans l’opération.
» Pour traiter une épreuve par ce sel d’or, il faut que la surface du plaqué soit parfaitement exempte de corps étrangers , et surtout de corps gras; il faut, par conséquent , qu’elle ait été lavée avec quelques précautions que l’on néglige lorsque l’on veut s’arrêter au lavage ordinaire.
» La manière suivante réussit le plus constamment. L’épreuve étant encore tout iodée , mais exempte de poussière et de corps gras sur les deux surfaces et les épaisseurs, on verse quelques gouttes d’alcool sur la' surface iodée : quand l’alcool a humecté toute la surface , on plonge la plaque dans la bassine d’eau , puis de là dans la solution d'hyposulfile. Cette solution doit être renouvelée à chaque épreuve, et contenir environ une partie de sel pour quinze d’eau ; le reste du lavage s’effectue comme d’ordinaire, seulement l’eau de lavage doit être, autant que possible, exempte de poussière.
» L’emploi de l’alcool a eu simplement pour but de faire adhérer parfaitement l’eau à toute la surface de la plaque, et d’empêcher qu’elle ne se retirât sur les bords au moment des diverses immersions; ce qui produirait infailliblement des taches.
» Quand une épreuve a été lavée avec ces précautions ; fût-elle fort ancienne, le traitement par le sel d’or est de la plus grande simplicité : il suffit de pla-
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cer la plaque sur le châssis en fil de fer qui se trouve dans tous les appareils , de verser dessus une couche de sel d’or suilisante pour que la plaque en soit entièrement couverte, et de chauffer avec une forte lampe; on voit alors l’épreuve s’éclaircir et prendre, en une minute ou deux , une grande vigueur. Quand l’eifet est produit, il faut verser le liquide, laver la plaque et faire sécher.
» Dans celte opération , de l’argent s’est dissous ^ et de l’or s’est précipité sur l’argent et sur le mercure, mais avec des résultats bien différents. En effet, l’argent, qui par son miroitage forme les noirs du tableau , est en quelque sorte bruni par la mince couche d’or qui le couvre , d’où résulte un renforcement dans les noirs ; le mercure , au contraire , qui, à l’état de globules infiniment petits, forme les blancs, augmente de solidité et d’éclat par son amalgame avec l’or, d’où résultent une fixité plus grande et un remarquable accroissement dans les lumières de l’image. »