‹ Traite de photographieChapitre 19 sur 61 · DU COLORIAGE DES PORTRAITS · texte numérisé non relu

DU COLORIAGE DES PORTRAITS

Parviendra-l-on Jamais à reproduire les couleurs arec le Daguerréotype? Voilà une question qui a bien vivement préoccupé, non-seulement les photographes, mais môme le public. Nous croyons qu’il serait téméraire de fonder quelque espoir sur la solution de ce problème, qui, s’il est jamais résolu , le sera vraisemblablement par un heureux hasard (I).

(I) On s’est demandé ai, après avoir obtenu avec le Daguerréotype les plus admirables dégradations des teintes , on n'arrivera pas à lui faire produire les couleurs : à substituer, en un mot, des tableaux aux sortes de gravures à I aqua-tintü qu’on engendre maintenant.

• Ce problème sera résolu le jour où l’on aura découvert UNE seule et Mme substance , que les rayons rouges coloreront en rouge , les rayons jaunes en jaune, les rayons bleus en bleu , etc. M. Aiepce signalait déjà les efTcts de cette uature ou, suivant moi, le phénomène des anneaux colorés jouait quelque rdle. Peut-être en était-il de même du rouge et du violet, que Subeck obtenait simultanément sur le chlorure d’argent, aux deox extrémités du spectre. M . Quetelet vient de me communiquer une lettre dans laquelle sir John Uerschcl annonce que son papier sensible, ayant été exposé à uu spectre solaire très-vif , offrait ensuite toutes les couleurs prismatiques , le rouge excepté. En présence de ces faits , il serait certainement hasardé d'affirmer que les couleurs naturelles des objets ne seront jamais reproduites dans les images photogéniques.

M. Daguerre, pendant ses premières expériences de phosphorescence, ayaut découvert une poudre qui émettait une lueur rouge après que la lumière ronge l’avait frappée , une autre poudre k laquelle le bleu communiquait une phosphorescence bleue, une troisième poudre qui, dans les mêmes circonstances , devenait lumineuse en vert par l'action de la lumière verte, mêla ces poudres mécaniquement, et obtint ainsi un composé unique qui devenait rouge dans le rouge , vert dans le vert et bleu dans le bleu. Peut-être en opérant de même , en mêlant diverses résines , arriverat-on à engendrer nn vernis où chaque lumière imprimera, non plus ptiosphoriquement, mais photogénique! tient sa couleur ? (Notes de M, Arago.)

Combien de fois les journaux ont-ils annoncé : On assure que M. un tel de telle ville vient de trouver les couleurs au Daguerréotype 1 Combien d’expérimentateurs, quelques-uns de bonne foi, ont pensé avoir fait une découverte, parce qu’ils avaient obtenu deux ou trois tons différents sur une ou plusieurs épreuves! Cela provenait simplement, comme tout le monde a pu le remarquer, de ce que les objets les plus lumineux étaient devenus d’un ton bleu, tandis que d’autres, venus à point, étaient restés blancs ou bistrés.

Dans ces derniers temps, plusieurs personnes ont annoncé pouvoir faire des portraits avec les couleurs. Il eût été plus exact de dire que, les portraits une fois faits, on les coloriait après coup.

Plusieurs brevets ont été pris, il ne nous appartient pas de nous prononcer sur ce que leur droit peut avoir de contestable; nous nous contenterons de les signaler.

Le premier de M. Laicky est rédigé d’une façon tellement mystérieuse que nous avouons avec franchise n’avoir pu le comprendre. 11 parait toutefois résulter d’applications de couleurs à l’aquarelle, appliquées par certains tours de main.

Le procédé de M. Léotard de Lcuze consiste à verser sur la plaque une dissolution de gomme ou d’amidon cuit au bain-marie et à y faire' adhérer une membrane transparente, telle qu’une baudruche ou un papier végétal; puis on applique sur cette membrane des couleurs délayées avec de l’esprit-de-vin

et Ue la gomme , ou bien avec du vernis blanc et de l’alun.

M. C. Chevalier a donné une méthode que nous allons indiquer. Avant de fixer le verre qui doit protéger un portrait , il faut l’appliquer sur l’épreuve exactement dans la position qu’il doit occuper et calquer sur sa face extérieure la silhouette du buste entier et le trait de diverses parties de la face opposée , et avec des couleurs transparentes (1), des teintes plates correspondant, autant que possible, à celles des parties qu’elles doivent représenter; lorsque la peinture est bien sèche , on fixe la glace et on efface le calque. Les teintes et les demi-teintes de l’épreuve visibles à travers les couleurs transparentes leur communiqueront les nuances qui leur manquent, et l’on obtiendra un effet à peu près semblable à celui que produisent les lithographies coloriées.

Voici le procédé non breveté qui nous a été communiqué par M. Claudet.

On broie des couleurs en poudres impalpables, comme pour l’aquarel le ; ces couleurs sont écrasées de nouveau avec de l’csprit-dc-vin, et lorsqu’elles sont sèches on les pulvérise avec une molelic en verre.

Pour donner le premier ton au portrait, on plonge un pinceau très-fin dans l’esprit-de-vin, on prend avec un peu de couleur de la teinte convenable, mais très-peu, et on l’applique sur la plaque. Cette

(1) On se servira des couleurs dont on lait «sage pour peindre les verre* de fantasmagorie.

première couche doit être très-légère, et il vaut mieux y revenir à deux ou trois fois que de mettre en une seule fois, une quantité de couleur qui ferait tache, et que l’on aurait beaucoup de peine à enlever. Celte première opération est destinée à faire happer la couleur en poudre que l’on applique ensuite avec un pinceau sec.

Ce procédé, tout simple qu’ilest, demande quelques notions de peinture ; car, mis en usage par des artis tes , il donne des résultats toujours inférieurs à une très-belle épreuve; à plus forte raison si une personne qui ne sait pas dessiner se contente d’appliquer un peu de rose sur les joues, sur les lèvres, etc.; cela devient à notre avis entièrement mauvais.

Si nous nous sommes aussi étendu sur ce sujet, c’est uniquement à cause de l’intérêt que beaucoup de personnes y attachent. Quant à nous, nous ne sommes nullement partisan de cette opération ; et nous trouvons que faire enluminer par une main humaine une image photographique, c’est la même chose que de faire retoucher une miniature de madame de Mirbel par un peintre d’enseignes.

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