‹ Traite de photographieChapitre 20 sur 61 · DES INTÉRIEURS · texte numérisé non relu

DES INTÉRIEURS

On est cohvcnu de donner le nom d’intérieurs au* planches qui représentent des groupes d'objets d'art, tels que meubles, plâtres, bronzes, cristaux , étoffes, armures, objets d’histoire naturelle, etc. La première condition, pour avoir un résultat satisfaisant, est de savoir les grouper avec goût; cela ne peut s'apprendre, mais il est des conditions de succès qui peuvent s’indiquer; comme nous nous sommes très-peu occupés de ces reproductions, nous aurons souvent recours aux notes de M. Hubert.

« Pour obtenir une bonne reproduction des objets en question , il faut choisir un temps nuageux avec éclaircies, cl si, pendant Une partie de l’opération, on est assez heureux pour avoir le soleil direct , le dessin sera très-harmonieux ; les ombres portées, au lieu d’être noires, auront une transparence parfaite, car les détails auront eu le temps de s’y former à la lumière diffuse, et le coup de soleil suffira pour donner les louches les plus brillantes.

» Peu de personnes ayant à leur disposition des

collections d’armures en fer, de vases en bronze, de chapiteaux en pierre ou en marbre, des sculptures en bois, etc.; elles pourront, avec de simples plâtres teints, se procurer à peu de frais les trésors de nos musées. C’est ainsi que, pour ma part, j’ai converti en matière précieuse de vrais plâtras , en les barbouillant seulement avec de l’eau teintée, car il n’est pas nécessaire de teindre l’objet que l’on veut Copier avec le ton exact qu’il aurait dans la nature; il suflit seulement de lui appliquer une couleur ayant une valeur relative à celle que l’on veut représenter. L’on peut, par exemple, employer indifféremment le vert ou le rouge pour avoir les mêmes valeurs de tons dans l’épreuve.

» Les cristaux unis ou taillés , les vases en verre ou en cristal, à moitié remplis d’eau ou de liquides colorés, l’eau tranquille employée comme mirage, les objets d’art en bronze, or ou argent, ceux d’un noir ou d’un rouge très-foncés, mais vernis ou polis comme les vases étrusques, sont on ne peut plus favorables dans ce cas, par les contrastes qu’ils introduisent et par les jeux de réfraction de lumière résultant des surfaces polies ou vernies, du mirage de l’eau et des liquides , et du scintillement des cristaux.

» Les sujets composés entièrement de plâtres ou de draperies blanches sont plus faciles à faire, mais ils deviennent monotones, sauvent sans modelé et sans effet; il vaut donc mieux, dans certains cas, introduire des objets plus ou moins teintés, et obte-

nir ainsi, par contraste et en resserrant la lumière, des noirs et des blancs plus intenses.

» Les compositions doivent être disposées dans un atelier sans clôture, pour les côtés d’oà arrive la lumière, et placées, autant que possible, sur un chevalet tournant, afin de pouvoir choisir le mode d’éclairage le plus convenable. En exposant ces objets entièrement à l’extérieur, souvent il arrive que la lumière du soleil, combinéeaveccelled’un ciel bleu très-lumineux, détruit une partie des modelés. Il est donc préférable pour les objets portatifs que l’on veut copier avec de beaux modelés et des effets piquants , de ne faire arriver la lumière que d’un seul côté.

» La lumière naturellement diffuse, avec écho do lumière vive, n’ayant pas toujours lieu pour les éclairages comme on le désire, il m’est souvent arrivé , par un temps nuageux , lorsque le soleil paraissait plus que je n’en avais besoin , d’empêcher momentanément l'action de la lumière, en couvrant, jusqu’à ce que le nuage fût arrivé, l’objectif avec son diaphragme rendu bien mobile , ou , pour plus de précaution , avec mon mouchoir.

» L’on obtient aussi de très-jolis effets lorsque , pendant l’opération entière, le soleil , légèrement voilé soit par des nuages, soit par des brouillards qu’il traverse , a encore assez de force pour établir des ombres. Dans ce cas, les lumières n’étant pas trop vives, l’opération peut durer plus long-temps, et les détails dans l’ombre ont le temps de se faire.

• Le hasard m’a fourni aussi des moyens d’inlro-

duire des effets de lumière très-piquants que je n’aurais jamais pu imaginer. Je veux parler d’une ombre vague et légère qui concentrait la lumière sur un certain point décomposition, quoique la totalité fût éclairée en plein soleil ; clic provenait de l'extrémité d’une branche très-légère, dépouillée de ses feuilles, et interposée entre le soleil et l’objet qu’il éclairait. 11 était impossible d’apercevoir sur la composition la moindre trace de forme d’ombre, ni même de différence de lumière résultant de l’interposition de ce corps léger à plus de 45 mètres de distance , et cependant, cet effet était très-sensible dans l'épreuve qui a été recommencée quatre jours de suite à 1? même heure et toujours de même.

» Pour agir comme dans les circonstances d’un temps voilé par des nuages avec écho de lumière , il faut, par un beau soleil, employer une gaze trèsfine, mais cependant avec des fils assez écartés pour laisser pénétrer un peu de lumière directe du soleil; èt quand l’opération est presque finie pour les parties dans l’ombre, on enlève le châssis, et on laisse le soleil redonner les touches blanches où elles sont nécessaires. »

Page 1