SUR LE PROCÉDÉ DE M. DAGUERRE
Plusieurs théories ont été successivement proposées pour expliquer les diverses phases des procédés photographiques de M. Daguerrc. Nous allons en donner le résumé succinct, tel qu’il a été enseigné parM. Dumas, professeur de chimie à la Faculté des sciences.
1° Préparation des plaques. — Tous les procédés recommandés pour la préparation des plaques , le ponçage au tripoli, soit avec l’acide ou I’esprit-devin , ont pour but unique de décaper la surface métallique; aussi la nature de la substance polissante est-elle indifférente; la seule condition essentielle est de ne laisser aucun résidu sur l’argent, et la nouvelle communication de M. Daguerre, voyez page X, n’a pas d’autre but que de mettre l’argent entièrement à nu par une sorte de décapage encore plus parfait.
2* Application de la couche sensible. — La teinle jaune d’or produite par la couche d’iode est due à un vernis très-mince d’iodure d’argent. Cette couleur n’est pas propre à l’iodure , car ce composé est blanc, et il n’agit dans ce cas que comme lame mince; aussi, lorsque l’action se prolonge, la couche jaune passe-t-elle successivement par d’autres teintes. Voyez page xx.
M. Dumas a déterminé par l’augmentation du poids de la plaque l’épaisseur probable que pouvait avoir la couche d’iodure d’argent.
Une plaque de 5760 millimètres carrés de surface, ayant été amenée à la nuance jaune paille par son exposition à la vapeur d’iode, fut reportée sur une balance très-délicate , où on en avait fait exactement la tare : il y avait une augmentation de poids certaine, évidente, mais elle ne s’élevait pas à un demi milligramme. Quand la nuance fut du jaune d’or, l’augmentation du poids arriva au demi-milligramme. En prolongeant la durée de l’action de la vapeur d’iode par delà le temps nécessaire, en quadruplant cette durée, par exemple , j’obtins des effets très-appréciables à la balance, une augmentation de poids de deux milligrammes. Je supposai que le quart de cette quantité aurait suffi pour former à la totalité de la surface la dose d’iodure nécessaire à la production de l’image.
Mais en calculant le poids d’iodure d’argent que cet iode représente, en calculant le volume d’iodure qui correspond à ce poids, on arrive à se rendre
compte de l’épaisseur de In couche d’iodurc d’argent déposée à la surface de la plaque.
Elle n’est pas égale à un millionième de millimètre.
3° Formation de l'image. — L’action de la lumière sur la plaque iodurée dans h» chambre noire ne se trahit par aucun caractère extérieur. 11 est probable qu’elle a pour effet de soulever ou de fendiller la couche d’iodure d’argent , ce qui permet au ritercure d’arriver au contact de l’argent métallique, tandis que Piodure non modifié reste imperméable.
Vue au microscope, la couche mercurielle se présente en effet comme formée de granules très-irréguliers de 1/800* de millimètre de diamètre. Les parties blanches en sont couvertes. Les demi-teintes en sont moins garnies; les ombres n’en présentent pas. En un mot , les granules mercuriels se sont déposés en quantité proportionnelle aux érosions de l’iodUro d’argent.
On peut se demander en quoi consiste cette couche de mercure. Dans l’opinion de M. Dumas, c’est du mercure en poudre, simplement déposé à la surface de l’argent , mais non amalgamé.
On n’â pas songé jusqu’ici h proposer de théorie pour la formation des images au verre jaune; nous pensons que l’explication de ce phénomène pourrait difficilement s’accorder avec la théorie de M. Dumas. Examinées au microscope avec une amplification de trois cents fois, les épreuves faites au verre jaune
présentent exactement le même aspect que celles au mercure; seulement, clans les dernières, les globules blancs, particulièrement ceux qui sc trouvent sur les parties sombres, sont beaucoup plus volumineux que ceux des épreuves obtenues au verre jaune.
4° Lavage à Fhyposulfite. — Ce lavage a pour but d’enlever l’iodure d’argent de dessus la plaque. Cet iodure se colorerait bientôt d’une teinte très-foncée et donnerait en outre à l’image un ton fort désagréable.
5° Le fixage au chlorure d'or a pour but de couvrir la plaque daguerrienne d’un enduit d'or, d’une minceur excessive, qui augmente les vigueurs et les lumières et qui la rend ineffaçable sans altérer le moins du monde sa netteté.