APPAREIL DE M. CLAUDET
Le but de M. Claudel, dans les combinaisons de son appareil , a été de le rendre propre à recevoir toutes les grandeurs de plaques et toutes sortes d'objectifs, à longs et à courts foyers, simples ou combinés. Cette forme d’appareil est d’un grand avantage pour les amateurs qui veulent tour à tour faire des vues et des portraits sur des plaques de différentes grandeurs, ce qui nécessite des objectifs de divers foyers et éclairant des champs plus ou moins étendus. Pour prendre des vues ou des portraits sur des plaques de petites dimensions, il est avantageux de se servir d’objectifs à court foyer; de là, nécessité d’avoir un objectif propre à chaque dimension de plaque. Il est donc évident que, pour tout amateur et même pour toute personne s’adonnant au Daguerréotype par profession , un appareil établi d’après ces principes est, après tout, le mode le plus commode et le plus économique pour pratiquer cet art. Mais il est encore une raison qui le recommande puissamment, c’est que, chaque année, de nouveaux systèmes d’objectifs viennent rendre les anciens incomplets. Il faut, pour être au niveau des autres opérateurs, acheter de nouveaux instruments, tandis
que le système Claudel permet de profiter de tous ces perfectionnements aussitôt qu’ils sont connus, sans avoir autre chose à faire que de se procurer le nouveau système optique, ou de faire modifier celui qu'on a. Enfin, pour ceux qui veulent faire des expériences sans avoir à s’encombrer d’appareils, il est tout à fait indispensable de donner la préférence à ce modèle.
Ce qui distingue donc ce système de tous ceux qu’on a suivis auparavant, c’est, comme nous l’avons dit, la facilité d’opérer sur toutes grandeurs de plaques et avec toute espèce d’objectifs sans changer d’appareil.
Mous allons décrire d’abord les pièces destinées à recevoir les diverses grandeurs de plaques, et après nous expliquerons comment s’adaptent et se changent les objectifs. Mais auparavant, il est bon d'indiquer l’ensemble de la construction de la chambre obscure et la manière d’opérer.
La figure 13 représente la chambre obscure j dont l’intérieur est fermé par un cadre mobile, A B C D, glissant parallèlement d’un bout à l’autre au moyen de quatre règles, E F G H , solidement assemblées à chacun des quatre angles du cadre. Ces régies suflisent au maintien du parallélisme quand on fait mouvoir le cadre pour mettre au foyer. Le cadre mobile est composé de quatre autres cadres correspondants à la grandeur de chaque plaque, entrant les uns dans les autres, et reposant chacun sur la feuillure du plus grand. Ces cadres sont indiqués
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dans la lig. 14. Quand on veut opérer sur de grandes plaques on enlève tous les cadres intérieurs, et il ne reste que le cadre A A A A portant une feuillure destinée à recevoir la plaque et le verre dépoli. M. Claudet n’opère qu'à plaques nues. II les iode, les brôme, les place dans la chambre obscure, et de la chambre obscure dans la boite à mercure, sans qu’elles soient jamais fixées à demeure sur une planchette, comme on le fait généralement. Il a reconnu qu’il était plus commode d’opérer de cette manière, qu’on est moins exposé aux accidents et à la poussière, deux inconvénients difficiles à éviter pendant qu’on fixe la plaque sur une planchette et lorsqu’on la retire. Aussitôt que la plaque est polie, on la place sur l’iode, ensuite sur les substances accélératrices.
Après cette opération , M. Claudet met la plaque dans une boite plate à couvercle, iig. 16, en tournant vers le fond la surface d’argent préparé. La plaque est supportée par des bandes de verre collées tout autour de la boite ; ces bandes ont une hauteur suffisante pour empêcher que la plaque ne touche le fond, qui est recouvert d'une glace. Il est bon, avant de se servir de cette boite, de s’assurer si elle ne contient ni poussière, ni humidité. Étant toute garnie de verre, il est très-facile de la sécher et de la nettoyer avec un linge. Les bandes de verre qui supportent la plaque sont terminées angulairement d’un côté, voyez la fig. 16, pour permettre de la soulever facilement en appuyant le doigt sur son extrémité a.
M. Claudet a adopté le système de plaques nues par une autre raison assez importante et qu’il considère comme une condition essentielle pour bien mettre au foyer : c’est de placer le verre dépoli à nu (c’est-à-dire sans être fixé dans un cadre) sur la feuillure même du cadre de la chambre obscure qui doit recevoir la plaque. Il est évident que, quels que soient les soins qu’on apporte dans la fabrication des appareils , il est fort difficile que le cadre de la planchette, sur laquelle est fixée la plaque, la présente toujours exactement à Ja même distance de l’objectif que le verre dépoli , lorsqu’il est porté et fixé sur un cadre séparé. En admettant même qu’on se soit assuré , en prenant livraison de son appareil, que les deux cadres présentaient les deux surfaces exactement à la même distance , il est à craindre, au bout d’un certain temps, que le bois de chaque cadre n’ait travaillé dans un sens opposé (1).
Reprenons la description des cadres de la chambre obscure , dont nous nous sommes éloignés pour expliquer leur usage avec plaques nues.
Nous avons dit que lecadre A A A A, fig. 14, est destiné aux grandes plaques; quand on veut opérer sur des demi-plaques on place le cadre B B B B sur la feuil-
(I) Le système de M. Claudet nous parait très-rationnel; nous De pouvons qu'approuver toutes les précautions qu’il a en vue : quant aux personnes habituées 4 opérer arec plaques fixées sur des plancbeltes , nous affirmons qu'il ne sort pas de nos ateliers un seul appareil sans qu'il ait té vérifié dans toates ces parties.
lure du cadre A A A A , on le fixe au moyen des tourniquets , et l'on ajoute de la môme manière le cadre C G C C pour les quarts de plaques , et celui D D D D pour les sixièmes: si l’on voulait opérer sur des plaques d’autres dimensions, il suffirait de faire adapter d’autres cadres de grandeurs correspondantes.
Pour mettre au foyer on place dans l’un des cadres A, B, C ou D un verre dépoli de la dimension de la plaque et on le maintient à sa place au moyen de deux grands ressorts E, E, qui tournent sur une vis, et qu’on amène sur chaque extrémité de la feuille de verre dépoli. Ensuite, après avoir ouvert l’objectif, on fait mouvoir le cadre jusqu’à ce qu’on voie, sur le verre dépoli, l’image la plus nette; on visse alors fortement la tige K L, en tournant la molette M : cette opération force les deux barreaux ou règles F, G, lig. 13, à s’écarter et à appuyer fortement contre les côtés de la chambre obscure, ce qui fixe d’une manière invariable le cadre mobile à la place où on l’a arrêté pour le foyer.
Lorsque le point est ainsi fixé, on enlève le verre dépoli; et l’on met à sa place la plaque préparée, qu’on relire de sa boite dans la chambre obscure. 11 est convenable d’avoir un drap noir qu’on agrafe sur l’ouverture de la chambre obscure, ce qui permet à l’opérateur de soulever la plaque de sa boîte et de la placer sur son cadre au foyer de l’appareil sans l’exposer à la lumière. La plaque est maintenue sur son cadre, comme l’a été le verre dépoli , au moyen des deux ressorts E, E. Lorsque l’opération est ter-
minée, on détourne les deux ressorts en soutenant la plaque et on la remet dans sa boite pour la porter au mercure.
Quant au changement d’objectjfs destinés à chaque grandeur de plaques, on l’opère aq moyen de planchettes B, fig. 15,surlesquelleschaqucobjectifest fixé et qu’on adapte sur la face A A de la chambre obscure; on les fait entrer surlesdeùx pièces d'ar rôt d,d, et on les fixe avec la vis G. Il n’y a rien de si simple que ce changement d’objectifs. Ainsi, avec un seul appareil , on peut opérer sur toutes les grandeurs de plaques, entière, demie, quart et sixième, ou tout autres, avec les objectifs destinés à chaque grandeur. La chambre obscure peut contenir la boîte à mercure, la boite à iode, les objectifs, etc.; avec une seconde petite caisse renfermant la pharmacie, on a donc, sous un volume très-commode, un seul appareil qui fait les opérations de (jualre instruments (1).
(1) Au moment de mettre sous presse, M. Boqiplion nous communique un perfectionnement qu’il propose à l'appareil Claudet. Il consiste, en principe, à substituer aux quatre régies b F G H une caisse complète, occupant tout l’intérieur de la chambre obscure, et qu*oo fixe au point, au moyen d’une vis extérieure pressant sur un Lardon. Cette conditfon présente l'avantage de permettre de copier, de grandeur naturelle, des gravures ou d’autres objets de petites dimensions ; car il mrlIU |ioiir cela île retourner la caisse intérieure de manière à mettre en dehors les cadres AB C, et de doubler jiai ce moyen la distance des plaques à l’objectif : condition nécessaire pour dbtenir nettement l’image (les objets placés extérieurement A la distance flicale de l'objectif.