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DE LA REPRODUCTION DES ÉPREUVES PAR LA GALVANOPLASTIE

Les premières épreuves reproduites par la galvanoplastie furent obtenues par M. U. Fizeau; et l’on peut dire que ces premiers essais n’ont pas été dépassés depuis , car les grandes planches qu’il obtint étaient admirables.

Nous pensons que beaucoup d’amateurs, informés de l'extrême facilité avec laquelle on opère actuellement, grâce aux nouvelles piles de Bunsen, vont se livrer à ce genre de reproduction qui donne de si beaux résultats. Nous nous contenterons de leur signaler les précautions minutieuses dont l’inobservation pourrait compromettre la planche originale et sa copie. Deux appareils sont nécessaires pour obtenir une reproduction : 1° un élément de Bunsen} 2° une cuve en cristal pour contenir le sulfate de cuivre (1).

(1) On peut également employer l’éleetrotypc Boquillon, mais seulement pour les plaques l/e*.

L’épreuvedoit .d’abord être entièrement débarrassée de loule trace d'hyposul&te et il est indispensable qu’elle soit parfaitement fixée au chlorure d'or.

En général, on est toujours pressé de voir les progrès de l’opération. Nous engageons à modérer ce désir, qui peut être fatal au résultat définitif. On devra toujours attendre quelques minutes avant de sortir l’épreuve du bain ; et , chaque fois que cela arrivera, on aura soin* de ne pas la laisser long-temps au contact de l’air, quelques minutes suffisant pour oxyder la surface au point d’empêcher

le dépôt suivant d’adhérer au premier.

Lorsqu’on juge la couche métallique d’une épaisseur suffisante, et dans ce cas celle d’une forte carte suffit, on lave l’épreuve à grande eau, puis on la sèche soit avec de la sciure de bois, soit avec du papier buvard. Si l’on tient à conserver la belle couleur rose-nacréque doit avoir ledépôt au sortirdu bain, on hâtera sa dessiccation après un premier essui de l’eau en le mouillant avec de l’alcool qu’on épongera également avec du papier buvard.

La séparation du dépôt et de la plaque peut être accompagnée d’un accident qui les gâte tous deux. Il arrive parfois qu’une petite goutte de liquide séjourne inaperçue sous la cire qui recouvre les bords de la plaque, et qu’au moment où, avec la lame d’un couteau, on soulève le dépôt celte goutte s’introduit dans l’espace capillaire formé par le soulèvement et vient mouiller le dépôt et la plaque, qui

sont infailliblement tachés si le liquide contient encore du sulfate de cuivre,

Le procédé le plus sûr pour séparer les deux plaques consiste, lorsque le dépôt n’a pas trop d’épaisseur, à couper avec une paire de forts ciseaux une bande d’environ deux millimètres de large sur tout le pourtour des deux pièces, qui se séparent ensuite avec la plus grande facilité. •

L’oxydabililédu cuivre étant beaucoup plus grande que celle de l'argent, il faut soustraire le plus vite possible la contre-épreuve au contact de l'air, en la plaçant dans un passe-partout, et surtout bien se garder d’en toucher la surface avec quoi que ce soit.

La plus extrême propreté est en outre indispensable sur la surface de la plaque, si l’on veut éviter, sur la copie, la reproduction des poussières ou autres corps étrangers que la négligence de l’opérateur y a laissés adhérer.

Nous venons d’indiquer les conditions les plus essentielles, reprenons l’opération en détail. On avive la feaille de doublé par un de ses bords , ou même par un de ses angles, si c’est une petite plaque, et l’on réserve cette partie exempte d’oxydation , pour l’appliquer sur le conducteur de la cuve, auquel vient s’appliquer le fil positif (sine) de la pile, et l’on maintient le tout avec une pince.

On recouvre ensuite d’une couche de vernis composé d’une partie d’essence de térébenthine et de deux parties de cire jaune, ou tout simplement de cire jaune, la face postérieure de la plaque, pour

éviter un dépôt inutile de cuivre. Il faut avoir soin que cette couche de vernis, qui doit être appliquée à chaud, ait une certaine épaisseur, et ne s’interpose pas entre la plaque et le conducteur de la cuve , où elle détruirait le contact métallique indispensable au succès de l’opération.

On aura soin de bien filtrer le bain de sulfate de cuivre, qui doit être saturé à froid (1).

Lorsque l’on se sera bien préparé, on mettra l’électrode posilif(plaque de cuivre qui se dissout dans la cuve) en communication avec le pôle négatif (charbon) de la pile et on la plongera dans le bain. On établira également la communication entre l’épreuveà reproduire et l’autre pôle (zinc), et quand elle sera solidement attachée à l’aide d’une ou de plusieurs pinces on la plongera dans le bain : elle doit se recouvrir de Cuivre immédiatement.

On seul élément de Bunsen chargé avec de l’acide nitrique pur à l’extérieur et avec un mélange composé d’une partie d’acide sulfurique et de 50 parties d’eau dans l’intérieur du vase poreux, suffit pour reproduire en quelques heures une grande épreuve de 10 centimètres sur 0,22. La dépense se réduit donc à la valeur du cuivre déposé, et lorsqu’on songe qu’avec une dépense aussi minime on arrive , après un ou deux essais, à reproduire et à multiplier

(I) Pour «voir une dissolation toujours prête, on fera bien de la conserver dans un graud flacon en verre; l’on sera assuré de sa saturation lorsqu’après l’avoir agitée plusieurs fois elle ne dissoudra plus les quelques cristaux de sulfate qui restent au fond en excès.

sans aucun risque les plus belles images photographiques, qui sont toujours fort rares, avec un ton chaud cl une perfection admirables; lorsqu’on songe que le môme petit appareil peut servir à une foule d’autres applications, on est vraiment surpris qu’il ne soit pas plus connu (d).

Les nouveaux procédés employés pour superposer les métaux les uns aux autres, intéressent au plus haut point toutes les personnes qui portent quelque intérêt à l’industrie. Quelle découverte, en effet, que celle qui permet d’appliquer, avec la plus grande simplicité cl d’une manière économique, l’or sur l’acier, sur le cuivre, sur l’argent; celui-ci sur l'étain, sur le fer; le platine sur le cuivre, sur le bronze, etc. !

La plupart de ces applications vont créer des a'rts nouveaux ; nous n’avons pas ici à nous en occuper. Néanmoins, la dorure étant un moyen de donner un très-beau ton aux images daguerricnnes , je dirai comment je fus amené à produire la première image photogénique qui ait été dorée.

(I) La reproduction en cuivre ou en argent, soit poli ou mat, d'une médaille, d'uu cachet, d’un camée, etc. , sont des opérations qui doivent plaire aux gens du monde;car elles procurent, presque pour rien, un objet d’art qui a souvent une grande valeur, en même temps qu’elles sont un délassement à de plus graves travaux . Les plâtres, les fruits, les insectes , certaines fleurs peuvent également êlrc recouverts de cuivre et par suite dorés ou argentés.

Nous espérons que cette instruction suffira pour reproduire les images daguerricnnes; mais les personnes qui voudraient faire une étude particulière des lois suivant lesquelles s’accomplisseut les précipités métalliques, devront se procurer le traité complet de Galvanoplastie, par M. L , chez

Lerebourset chez Fortin et Masson.

Au mois ri’août 1841, n'ayant aucune connaissance des brevets de MM. de Ruolz et Flkington sur leurs nouveaux procédés de dorure, mais curieux de savoir comment se comporterait à froid cet admirable chlorure d’or que nous devons à M. Fizeau: je plaçai une épreuve daguerrieune dans un électrotype, et quel fut mon étonnement, au bout d’un quart d’heure, de voir qu’elle avait acquis un superbe ton d’orl Je fis voir de suite, comme on le pense bien, ce produit à M. Boquillun; et lui ayant manifesté le désir de le présenter le lundi suivant à l’Institut , il me fit entrevoir que ce résultat , confirmant certaines lois théoriques dont il expérimentait alors d'importantes applications, n’était pas pour lui sans intérêt. Il n'en fallait pas davantage pour suspendre ma communication; aussi me contentai-je d’adresser à M. Arago une lettre à laquelle je joignis un spécimen, seulement pour prendre date (1).

Depuis, j’ai fait quelques essais avec différents sels d’or. Le seul qui m’ait bien réussi à l’électrotype, est le mélange de M. Fizeau (le chlorure d’or et l’hyposulfite de soude). C’est sans doute à l’action énergique de cet appareil qu’il faut attribuer ce singulier résultat; car, soit avec des piles de Smee, soit avec un élémeutde Bunsen, les dorures obtenues avec le même sel ne m’ont pas donné de résultat supérieur : et cependant, les cyanures doubles em-

(t) Peu après sa communication à l’Institut, H. de Ruolz voulut bien nie dorer plusieurs épreuves ; le ton d’or, un peu foncé et rougeâtre, en était fort beau.

ployés avec les derniers appareils donnaient un Ion beaucoupplusrichequelechlorured’or; mais, dans l’électrotype, je le répète, le chlorure d’or seul m’a donné d’excellents résultats.

Si l’on veut opérer à l’électrotype , voici la manière dont on pourra s’y prendre : on remplace le sulfate de cuivre par le liquide de M. Fizeau , et on acidulé très-faiblemcnl le liquide où plonge le zinc. Quelques minutes suffisent pour celte opération, qu’il faut surveiller attentivement en regardant souvent la couche d’or déposé ; car, l’opération se prolongeant trop, l’épaisseur do cette couche effacerait successivement toutes les demi-teintes, et altérerait par conséquent le mérite de l’épreuve.

Avec la cuve et un élément de Bunsen ou toute autre pile, on opérera exactement comme si l’on agissait sur un bain de sulfate de cuivre. Si l’on veut maintenir le bain d’or à l’état de saturation , on plongera à une certaine distance de la plaque une lame d’or qui devra être le prolongement du conducteur négatif. Dans le cas contraire, on se contentera d’y plonger un fil de platine qu’il sera nécessaire de promener à distance de la plaque quand l'action sera rapide.

On peut obtenir un dépôt de cuivre sur l’épreuve ainsi dorée; mais on comprendra facilement que cette contre-épreuve sera moins vigoureuse, parce que cette couche d’or, si mince qu’elle soit, affaiblit toujours un peu les détails si délicats de l’image daguerricnne.

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