PAPIER DE M. PONTON
« Il y a plusieurs mois M. Ponton ht connaître le papier suivant : sa préparation consiste à plonger une feuille de papier dans une solution de bi-chromate de potasse, à faire sécher le papier et à l’exposer ainsi à la lumière. A lors l’action de l’acide chrouiique sur le papier est telle, que les parties exposées au rayonnement se colorent peu à peu en prenant successivement les couleurs jaune-foncé, puis bois-foncé; si ensuite l’on plonge le papier dans l’eau, tout le bi-chromate qui n'a pas été exposé à l'action solaire est dis-
sous, et on n’a d’ imprimées sur le papier que' les parties qui ont été exposées à la lumière. A l’aide de ce papier, M. Ponton a copié des gravures avec avantage. On obtient ainsi une représentation faible des objets, les ombres étant représentées par des clairs, et vice vend , comme avec des papiers de chlorure ou de bromure d’argent. En étudiant l’action de l’acide chromique sur les matières organiques sous l’influence de la lumière, action sur laquelle je travaille en ce moment, j’ai été conduit à continuer le procédé de M. Ponton, et je suis parvenu à produire un nou veau papier de manière à représenter, dans le dessin produit par l’action du rayonnement solaire, les ombres par les ombres et les clairs par les clairs, et à donner non-seulement une autre teinte au dessin, mais encore plus de vigueur. Il suflit de plonger un papier, préparé à la manière de M. Ponton et sur lequel il existe une représentation faible d’un dessin, dans une dissolution alcoolique d’iode, de laver ce papier dans l’eau , puis de le faire sécher : alors les parties qui étaient blanches deviennent bleues, et celles qui étaient jaunes restent plus ou moinsclaires.
» Voici le détail et l’explication de ce procédé. Ayant employé différentes sortes de papiers enduits de bichromate, je reconnus qu’ils n’étaient pas tous aptes à reproduire rapidement les dessins ; que le mode de collage influait sur la coloration de la lumière , et qu’avec du papier non collé cette coloration ne s’effectuait qu’à la longue; dès lors je m’aperçus que la principale réaction avait lieu de l’acide chromique
contenu dans Je bi-chromate par l’amidon qui entrait dans la colle du papier. Alors, comme l’amidon a la propriété de former avec l’iode une combinaison d’un très-beau bleu, je pensai que sur les parties du papier qui n’avaient pas été exposées à l'action des rayons solaires, l’amidon ne s’étant pas combiné avec l’acide chromique, l’iode devait former l’iodure bleu et représenter ainsi les ombres par les ombres.
» Quand on veut, à l’aide de ce procédé, copier une gravure, on peut imiter la marche que j’ai suivie. On s’assure d’abord que le papier est bien collé et que l’amidon estrépandu uniformément à la surface: pour cela on le trempe dans une légère dissolution alcoolique d’iode, puis on le lave à grande eau. Par cette seconde immersion il doit prendre une belle teinte bleue que la première immersion ne lui donnait pas. Si cette teinte est uniforme, on juge le papier convenable à l’expérience; dans le cas contraire, on pourrait le „ coller soi-môme à l’amidon.
» On le trempe ensuite, comme l’a indiqué M. Ponton, dans une solution concentrée de bi-chromate de potasse; puis, pour que le papier soit teint d’une manière uniforme, après quelques instants d’immersion , on le comprime fortement entre des feuilles de papier brouillard, puis on le fait sécher, soit en le laissant dans le papier brouillard à l’obscurité, soit en l’approchant du feu. Ce papier, pour être bien impressionnable , doit être très-sec. Quand il est ainsi enduit de bi-chromate, on le place sur une planche, puis on le couvre de la gravure que l’on veut copier,
en avant soin que le côté du dessin soit appliqué sur le papier sensible, et avec une plaque en verre ou mieux avec une glace, on presse ces deux papiers l’un contre l’autre, et on les expose ainsi aux rayons solaires. Après un temps qui varie de 30 secondes à 15 minutes, suivant l’épaisseur du papier de la gravure, le dessin est assez marqué. (A la lumière diffuse, ce temps serait plus long.) On enlève la gravure, on lave le papier, puis on le fait sécher ; quand il est sec, on le trempe dans une légère dissolution alcoolique d’iode, et ensuite, lorsqu’il y a séjourné quelque temps , on lave dans l'eau, et on le fait sécher avec soin dans du papier brouillard, mais pas au feu, car un peu avant 100° l’iodure d’amidon se décolore. Si on juge que le dessin n’est pas assez marqué, on répète plusieurs fois cette immersion. On peut, parce moyen, obtenir l’intensité de ton que l’on veut donner au dessin , intensité que l’on no pourrait pas changer à volonté en employant une dissolution d’iode plus concentrée.
Quand le papier est humide, les ombres sont d'un très-beau bleu ; mais quand il est sec, la couleur devient violet-foncé. J’ai reconnu que, lorsqu’il est encore humide, si on le. recouvre d’une couche de gomme arabique, la couleur du dessin se conserve en grande partie, et est plus belle quand il est sec. Quand un papier est ainsi préparé, dans les premiers instants il perd un peu de son ton, mais ensuite il conserve sa teinte violacée.
Au moyen de ce procédé, on copie avec fidélité des
gravures et des dessins, et cela à très-bas prix, car la préparation est très-peu dispendieuse cl d’une facile exécution. Toutefois, la vigueur du dessin produit n’est pas aussi grande que celle de la gravure, et il n’en a pas la richesse. Les dernières teintes sont fidèlement reproduites, et eette copie se rapproche d’un dessin fait à l’estompe.
Les essais tentés pour reproduire les images de la chambre obscure au moyen de ce papier impressionnable n’ont pas encore donné de résultats complètement satisfaisants.