DU CHOIX DES PLAQUES (I
Si l'objectif est la partie la plus importante du photographe , les plaques en sont l’accessoire le plus essentiel. Tout le monde sait que les plaques en doublé d’argent , comme les autres ouvrages d’orfévreric plaquée, doivent porter un numéro indiquant leur titre et le poinçon du fabricant, la loi est formelle à cet égard : mais ce que beaucoup de personnes ignorent, c’est que l’ordonnance du 19 brumaire an VI n’est nullement exécutée. Il existe ce qu’on est convenu d'appeler une tolérance ; cette tolérance primitivement accordée aux fabricants, pour ne pas mettre d’entraves à leur commerce, en exigeant d’eux le litre précis qui peut varier d’une petite
(1) Pour préparer la plaque, on applique une lame mince d'argent bien propre sur une lame de cuivre beaucoup plus épaisse, bien dressée et bien propre, et on enveloppe les deux d’une feuille de cuivre mince; on soumet tout le système à une température rouge-cerise. On facilite l'adhérence des deux métaux en frottant sur leur surface supérieure à l’aide d’un rouleau en fer alors qu’ils sont exposés à l'action de la chaleur, puis on les fait passer immédiatement entre deux rouleaux en acier tournant en sens inverse. Cette opération, le laminage, amincit singulièrement les deux métaux alors soudés et permet de les amener à l'épaisseur voulue ; il ne reste plus après cette opération qu’à couper les plaques de grandeur et à les écrouir par le planage.
quantité dans l’étendue d’une planche de doublé, est devenue un véritable abus et, qu’on me pardonne l’expression, la cause de trop nombreuses escroqueries. On était doneconvehu d’admettre du trente-cinquième pour du trentième, du vingt-cinquième pour du trentième (ce dernier cas, conslatons-le, se présentaitbien moins souvent) ; maintenant ce n’est plus de cela qu’il s’agit : à la faveur de la tolérance dont nous parlons, quelques fabricants plus osés et moins scrupuleux se sont permis de donner du quatre-vingtdixième pour du trentième ou mieux encore; et afin de mettre, sinon leur délicatesse, du moins leur personne à l’abri de la police correctionnelle, ils se sont dispensés d’y mettre leur poinçon de Fabricant. Voilà où on en est venu! Veut-on savoir, maintenant , le prétendu argument sur lequel on s’appuie pour commettre une pareille fraude , c’est uniquement pour soutenir les intérêts du com* merce français. On prétend que, plusieurs nations n’étant pas tenues de marquer le doublé de son véritable titre, nous ne pouvons soutenir la concurrence qu’en faisant comme elles. Aussi se vendil journellement de l’orfèvrerie plaquée , marquée au dixième, qui n’est véritablement qu’au soixantième (1). Quant aux plaques, il en est résulté que
(1) Cet abus m’en rappelle un autre qu’on me pardonnera de citer quoiqu’il soit tout à fait en debors de mon sujet, mais parce qu’il tend, aussi bien que le premier, à déprécier à l'étranger les produits français.
Les ports de mer renferment à peu près tous les instruments nécessaire* à la navigation. Ainsi, on y trouve un grand nombre de lunettes de mer:
la France, qui pouvait conserver le monopole du commerce des planches de doublé pour la photographie, se trouve déjà avoir une concurrence redoutable en Angleterre. Ne doit-on pas s’affliger de voir ainsi une nouvelle industrie entravée, perdue peut-être tout entière pour notre pays, parce qu’un ou deux fabricants auront voulu trop gagner 1
Je reviens à mon sujet : les plaques ne devront donc être achetées que dans une maison qui inspirera une entière confiance. Malgré cela nous engageons les personnes qui les emploient, à les faire essayer le plus souvent qu’elles le pourront Ces sortes d’articles passant forcément par plusieurs mains, on ne saurait apporter trop de soin à leur examen et à leur vérification.
Pour avoir des plaques susceptibles d’être repo-
dans quelques localités on tous en offre qui portent des noms de constructeurs anglais; quelques-unes ont un nom français, mais le plus grand nombre, quoique de fabrique française, n'en a pas. Si tous êtes curieux de jeter un coup d’œil k travers ces divers instruments , vous serez surpris de voir que les lunettes anglaises seules sont bonnes ; mais, dans la seconde et la troisième catégorie, il n’y a pas moyen de trouver quelque chose de passable. On vous les présente cependant, comme ce que font de pins parfait les constructeurs français. Pour celui qui a besoin d’une bonne lunette, il n'y a pas à hésiter : U achète donc une lunette signée Dollond,et s’en va répéter à tous qn’iln’y a de bonnes lunettes que celles construites en Angleterre.
Si l’on veut l’explication de ce fait, la voici. Toutes ces lunettes viennent le plus souvent de la même fabrique française; seulement, le marchand, après les avoir divisées par catégories, fait graver sur les meilleures un nom anglais -. cela Ini permet d'abord de les vendre beaucoup plus cher. Quant aux autres, il les cote très-bon marché ; mais , comme peu de personnes se décident k acheter une mauvaise lunette , cela lui est parfaitement indifférent.
lies un assez grand nombre de fois, même après avoir été fixées, il faut les prendre au moins au trentième. Pour mon établissement de portraits, je ne faisais employer autrefois que des plaques à ce titre. Mais, depuis quelque temps, d’après l’exemple de M. Claudet, qui m’a dit ne faire usage à Londres que de doublé au dixième, ce titre est nonseulement employé pour un très-grand nombre de portraits faits chez moi, mais aussi d'une manière exclusive pour tous les essais. Les commençants et les personnes qui se livrent à des recherches feront, en employant des plaques à ce litre, une notable économie.
Les bonnes plaques doivent avoir un vif éclat métallique; elles doivent être exemples de piqûres et de poussière, et la moindre trace de cuivre doit les faire rejeter. Un faible trait ou de légères rayures n’empêchent pas d’obtenir une belle épreuve, si, toute fois, ces rayures n’atteignent pas le cuivre; mais on aura soin alors, s’il s’agit d’un portrait, de placer la tête sur la partie de la plaque exempte de défauts.