DU POUSSAGE DES PLAQUES
Si l'on voulait décrire toutes les méthodes proposées pour polir les plaques, il faudrait un volume. Nous nous bornerons à la description suivante, précis exact de notre manière d’opérer. Les préparations que nous faisons subir à la plaque différent essentiellement de celles que nous avions données dans notre dernière édition; plusieurs résultent do notre propre expérience, quelques-unes, des plus importantes, nous ont été communiquées par M. Claudet.
Les plaques neuves et celles avec épreuve fixée, exigent un travail plus long que les autres. En effet, il faut d’abord, avant de penser à leur donner un beau poli , faire disparaitre, sur les premières , les coups de marteau et la poussière résultant de l’opération du planage; il faut, sur les autres, mettre l’argent à nu, c’est-à-dire enlever la fixation. Lorsque la feuille de doublé est placée sur la planchette à polir, on la saupoudre d'émeri très-lin, on verse sur sa surface quelques gouttes d’huile
d'olive, puis, avec un tampon de coton, on la frotte en rond avec cette pâte pendant cinq à dix minutes ; on essuie avec un nouveau tampon propre, et on répète la même opération, deux, trois ou quatre fois, ou plus, suivant l’état de la plaque: l’émeri formant une sorte de cambouis qui se loge dans les moindres cavités , tous les soins de l’opérateur devront tendre dans les opérations ultérieures à l’en déloger et à vider toutes ces petites cavités; et il en comprendra l’importance, car il est impossible d’obtenir de belles épreuves si la plaque n'est pas parfaitement polie et l’argent entièrement à nu. On doit, après l’avoir bien essuyée, ne plus apercevoir aucune trace du planage, et la surface doit en être bien unie; on remplacera alors l’émeri par le tripoli, qui est un peu plus doux : ce qui la préparera mieux à recevoir le dernier polissage, qui viendra sans difficultés quand la plaque aura été préparée comme il vient d’êtredit (1). Pour cela on essuie ses côtés et son revers avec du coton propre , on la fixe sur la planchette, qui aura été préalablement dégraissée à l'espritde-vin, ou, mieux encore, sur une seconde planchette à polir qui ne doit servir qu’à cet usage. Ensuite on
(1) On voit qu'il n'est plus question de chauffage des plaques; cette opération , qui les fatigue beaucoup , n'est nécessaire que dans le cas où elles ont des taches de mercure. Relativement au polissage à l'huile dont se dispensent actuellement un grand nombre de personnes , nous pensons qu'on peut le supprimer entièrement à l'égard des petites plaques, et le remplacer sans inconvénient par un même nombre de polissages à l'alcool. Parmi les épreuves les plus belles que nous ayons jamais vues, nous pouvons citer celles d'un amateur distingué, M. Eynaid, qui a entièrement proscrit l'huile de ses préparations.
saupoudre la plaque de tripoli, on imbibe trèslégèrement un lanqjon de coton bien propre d’un mélange d’esprit-de-vin et d’eau (!) et on la frotte dans un sens longitudinal (‘2) jusqu’à ce qu'elle devienne entièrement sèche. On répétera une seconde fois la même opération, en remplaçant le tripoli par le rouge, et les défauts qu’elle peut encore avoir deviendront très-apparents au souffle (3).
Un assez grand nombre de personnes saupoudrent, mais très-légèrement, la plaque de rouge d'Angleterre , et, avec un nouveau tampon parfaitement propre, elles la frottent encore quelques instants dans le but d’enlever le peu d humidité qui est restée sur l’argent pendant la dessiccation de l’alcool ; d’autres, dans le même but de mettre toujours l’argent à vif, se contentent de la frotter assez fortement, et
(1) L’hiver, l’esprit-de-vin par peot être employé sens inconvénient; puis pondant les fortes chaleurs il s’évapore avec une extrême rapidité , et quelquefois ne donne pas le temps de dégraisser toute la surface de la pltque. L'eau, légèrement acidulée , peut-être employée comme l'a indiqué M. Daguerre; néanmoins, l’alcool nous ayant constamment donné d’excellents résultats , nous le préférons. M. de Nothomb a constaté que l’addition, à l'alcool, d’une petite quantité de potasse caustique donne aux épreuves un ton superbe.
(2) C’est-à-dire de gauciie à droite ou d’avant en arrière, niais dans une direction parallèle aux bords de la plaque; en se souvenant, toutefois, que le sens du poli doit être toujours parallèle aux lignes horizontales de l’image qui doit être faite.
(3) Afin de s'assurer que la plaque est bien dans les conditions nécessaires pour être iodée , on projettera l’iialeine dessus : la teinte mate devra dis* parattre sans solution de continuité, et le souille fera apparaître, sous forme de raies blanchâtres, les défauts causés par les ordures contenues dans le coton ; une petite gouttelette de salive ou des restes d’humidité sur la plaque présenterout le caractère opposé. Les traces du mercure auront d'abord ce même aspect, mais, peu après, elles deviendront d'un blanc inat.
avec de nouveaux tampons de colon seul. Cette méthode n’est pas mauvaise, mais elle exige du coton entièrement exempt de graisse et, pour cette raison, nous préférons la première; il faut cependant pour toutes deux, non-seulement employer du colon qui soit bien fin, mais encore avoir soin d'en tirer toutes les petites graines et ordures qu’il renferme toujours en plus ou moins grande quantité; car une seule suffit pour gâter entièrement la plaque au moment où elle va être terminée : ce qui oblige à recommencer le travail à l’alcool et au tripoli. Pour toutes ces dernières opérations , on ne saurait recommander une trop grande propreté; on essuiera souvent la plaque et on ne touchera le coton qu’avec de grandes précautions, de manière que le contact des doigts ne se trouve jamais sur la partie du tampon qui doit frotter la plaque.
Les deux dernières opérations que nous venons de décrire, donnent à la plaque un assez beau poli ; mais il est bien inférieur â celui que l’on obtient en exécutant les additions ci-dessous , qu’a bien voulu nous communiquer M. Claudel.
On prend un morceau de velours de coton blanc, qu’on a préalablement dégraissé en le faisant tremper pendant une heure dans un vase neuf contenant de l’eau en ébullition ; on fait sécher ce velours sans le toucher avec les doigts, on le coupe de la dimension nécessaire et on le fixe avec des clous sur un manche en bois (v. fig. 2) après avoir mis entre le velours et le bois un ou deux draps pour augmenter la
souplesse. On le saupoudre d’une très-petite quan-? tilé de rouge, on frotte la plaque quelques instants en rond, puis pour finir, et donner ce que nous appelons le dernier coup, on la frotte en long dans le sens du poli qu’on veut obtenir (voyez page 34); par celte opération la plaque acquiert un poli noir de toute beauté (1).
Les plaques terminées de cette manière peuvent (si l’on doit s’en servir le jour môme) êtro mises immédiatement, et avec avantage, sur la boite à iode. L’élévation de température que donne ce dernier poli tend à faire ioder la plaque plus vile, et la combinaison de cette substance avec l’argent n’en est que plus intime. Lorsqu’elles doivent être gardées plusieurs jours, on les mettra dans une boite à plaque; ou mieux encore, on les placera deux à deux sur les cadres Claudel, lig. 3, et on les enveloppera avec soin.
C’est ici que doit trouver place la dernière communication de M. Daguerre à l’Institut. Dans son mémoire, comme on le verra ci-après, M. Daguerre indique certaines préparations qui ont la propriété de rendre la plaque deux fois plus sensible. On doit penser si nous nous empressâmes d’expérimenter un procédé qui promettait de pareils résultats , nous y mîmes d’autant plus d’ardeur, que la marche indiquée par M. Daguerre nous semblait on ne peut plus rationnelle, et qu’au premier abord,
(I) Un velours semblable peut Être également employé avec succès pour le polissage à l’huile, mais on devra toujours eu réserver un bien propre, entièrement exempt de poussière et de graisse, pour le dernier coup.
elle parait compliquer bien peu l’opération; malheureusement, malgré tous nos soins, l’expérience nous a prouvé, au moins pour les grandes plaques, que le succès était fort incertain; en effet, s’il est incontestable que l’ébullition fait sortir de la feuille de doublé, toutes les impuretés qu’elle renferme, il nous semble que la graisse, s’il en existe, ne sera pas dissoute dans l’eau distillée comme elle le serait, par exemple, dans l’alcool, qui présenterait les mêmes difficultés d’exécution, et dont l’emploi d'un autre côté ne serait pas sans danger : l’habileté du tour de main pour faire glisser l’eau de dessus la plaque en la chassant avec la lampe est la première difficulté qui se présente; la seconde, qui opposera un obstacle dans presque toutes les localités, c’est que l’eau distillée achetée chez divers fabricants de produits chimiques n’est pas assez pure, et laisse toujours en se retirant quelque crasse ou matières organiques. Quoi qu’il en soit, d’autres expérimentateurs plus persévérants pourront réussir mieux que nous; nous donnons donc ci-dessous le procédé tel qu’il a été communiqué à l’Institut (1).
(I) Sur un nouveau procédé de polissage des plaques destinées à recevoir les images photographiques , procédé qui permet d'obtenir des résultats Identiques tant que les circonstances extérieures restent les mimes. (Lettres de M. Dagcerhe h M. Arsgo. )
• Depuis la publication de mon procédé, je n’ai pu m’en occuper beaucoup. Les recherches auxquelles je me suis livré m’ont entraîné dans une route toute nouvelle, et les expériences qn'elles nécessitent n’ont d’analogie avec les précédentes qu’en ce qu'elle* ont aussi lieu sur une plaque de métal. Cependant j’ai été tellement frappé dernièrement des résultats inégaux
M. Duguerre a bien réellement trouvé, quoique beaucoup île personnes en aient douté, le moyen de
■que présentent en général les épreuves, même celles des |>ersonnes qui s’eu occupent spécialement , que je me suis décidé à chercher le moyen do re* rnédier à ce grave inconvénient, que j’attribue à deux causes principales:
» La première tient à l’opération du polissage, qu’il est physiquement impossible d’dTectuer sans laisser à la surface de la plaque des traces du liquide et des autres substances qui servent à cette opération ; le coton seul que l’on emploie, si propre qu’il puisse être, suffit pour laisser nn voile de crasse sur l’argent. Cette première cause constitue déjà un obstacle trèsgrapd au succès de l’épreuve, parce qu’elle retarde l’action photogénique, en empêchant l’iode d’être en contact direct aVcc l’argent.
*• La seconde consiste dans les changements de température de l’air avec lequel la plaque se trouve en contact depuis les premières opérations jusqu’à celle du mercure. On sait que toutes les fois qu’un corps froid se trouve environné d’un air plus chaud, il eu condense l'humidité. Il faut attribuer à cet effet la difficulté que l’on éprouve d’opérer dans un milieu humide, surtout lorsqu'on arrive à l'opération du mercure, qui demande, pour s’élever en vapeur convenable, une chaleur (Kan moins âO degrés centigrades.
» Cette vapeur, qui échauffe d'abord l’air contenu dans l’appareil, produit sur le mêlai une huée qui affaiblit l’image. Il est bien évident que cette couche humide est très-nuisible, puisque si, par exemple, on fait tomber à plusieurs reprises la vapeur de l’Iialeinc sur la plaque sortant de la chambre rioire, la vapeur du mercure n’y peut plus faire paraître l’épreuve.
• L’eau qui se condense, même à la plus légère différence de température entre la surface d’un corps et l’air environnant, contient une dissolution ou en suspension une matière non volatile, qu’ou pourrait appeler limon atmosphérique; et dès que l’équilibre de température s’établit entre l’air et la surface du corps, la vapeur humide qui s’y était condensée se volatilise, et y déposant le limon qu’elle contient, va sc saturer daus l’air, d'une nouvelle quantité de celle substance impure.
» Pour paralyser le plus possible cet effet, on peut tenir la température de la plaque plus élevée que celle de l’air qui l’environne pendant chacune des opérations. Mais il n’est pas possible de faire que celte chaleur atteigne 50 degrés pour qu’elle soit en rapport avec celle de la vapeur du mercure, puisque si la plaque est exposée à ce degré de chaleur après 1’upération de la lumière dans la chambre noire, l’image est altérée.
» J’avais d’abord essayé d’absorber l'humidité de l’air daus la botte au mercure par les moyens usités, tels que la chaux , etc. ; mais ces moyens sont insuffisants, et ne tout que compliquer le procédé sans donner un grand résultat. Un autre moyen qui a été proposé, cousisle a vaporiser le mercure
taire de véritables épreuves instantanées, o’est-àdire qu’il peut reproduire le cheval au galop , l’oi-
sous la machine pneumatique; par ce procédé on évite, il est vrai, la buée sur la plaque, mais on supprime la pression de l'air, qui est indispensable à l'épreuve. Aussi les résultats ainsi obtenus manquent-ils toujours de pureté.
» Voici le procédé auquel je me suis arrêté parce qu'il est fort simple et qu’il obvie aux deux inconvénients que j’ai signalés plus haut, c’est-à-dire qu’il débarrasse, autant que possible, l’argent de toute crasse ou limon et qu’il neutralise l’humidité produite par l’élévation de la chaleur dans la boite au mercure. Par le premier de ces deux effets, il augmente la promptitude, et par le second, il rend les lumières beaucoup plus blanches (surtout par l’application du chlorure d'or de M. Fizeau), ces deux effets sont toujours certains. La promptitude que donne ce procédé est à celle obtenue jusqu’ici comme 3 est à 8 ; cette proportion est rigoureuse.
»» Ce procédé consiste à couvrir la plaque, après l’avoir polie, d’une couche d’eau très-pure, à la chauffer très-fortement avec une lampe à l’espritde-vin, et à verser ensuite cette couche d’eau de manière que sa partie sul»érieure, où surnage le limon qu’ellé a soulevé, ne touche pas la plaque.
» Manière d’opérer. — Il faut avoir un châssis de fil de fer de la grandeur de la plaque , ayant à un de ses angles un manche, et, au milieu de deux cétés opposés, deux petits crampons pour retenir la plaque quand on l'incline. Après avoir placé sur on plan horizontal ce châssis, on y pose la plaque que l’on couvre d’une couche d’eau très-pure et en mettant autant d’eau que la surface peut en retenir. On chanfTc ensuite très-fortement fe dessous de la plaque, à la surface de laquelle il se forme de très-petites bulles. Petit à petit, e s bulles deviennent plus grosses et finissent par disparaître; on continue à chauffer jusqu’à faire bouillir et alors on doit faire écouler l’eau. On commence par porter la lampe sous l’angle du châssis où se trouve le manche ; mais, avant de soulever le châssis, il faut chauffer très-vivement cet angle, et alors, en soulevant très-peu à l'aide du manche, l'eau commence immédiatement à se retirer. Il faut faire en sorte que la lampe suive, sous la plaque, la nappe d'eau dans sa marche et n’incliner que peu à peu, et juste assez pour. que la couche d’eau, en se retirant, ne perde rien de son épaisseur; cars» l’eau venait à se dessécher, il- resterait des gouttes isolées qui, ne pouvant pas couler, feraient des taches en séchant, puisqu’elles laisseraient sur l’argent le limon qu’elles contiennent. Après cela, il ne faut plus frotter la plaque, dont l’eau bien pure ne détruit pas le poli.
» On ne doit faire cette opération qu’au moment d’ioiler la plaque. Pendant qu'elle est encore chaude, on la pose de suite dans la botte à l’iode, et, sans la laisser refroidir, on la soumet à la vapeur des substances accéléra-
seau au vol, la vague en mouvement, etc. Mais malheureusement, ces çpreuves sont faibles et comme voilées , et toute personne qui connaît le caractère persévérant de M. Daguerre ne sera pas surprise qu’il n’ait pas voulu consentir à communiquer celte découverte si extraordinaire qu’elle soit, avant de l’avoir perfectionnée.
M. Fi/eau, admettant en principe général que l’altération des substances impressionnables à la lumière était proportionnelle à l’intensité des radiations et au temps d’exposition , est arrivé à cette conséquence que, si, au lieu d’opérer à la chambre noire avec une couche sensible soigneusement préparée à l’abri des radiations , on opère avec une couche déjà légèrement impressionnée jusque près du point où elle deviendrait sensible à la vapeur du mercure (ce qui peut s’obtenir à l’aide d’une lampe à lumière constante), le dessin photographique s’obtiendra en moins de temps, et, en outre, les effets d’ombre et de lumière ne seront plus les mêmes, c’est-à-dire que les rapports entre les intensités des différents points de l’image seront altérés.
En effet, soient i et { les intensités de deux points de l’image lumineuse, si l’on opère avec une couche non impressionnée , l’altération de ces points sera
triccs. On peut conserver les plaques ainsi préparées un ou deuv jours (quoique la sensibilité diminue un peu), pourvu qu’on place plusieurs plaques ainsi préparées en regard l'une de l’autre, à une très-petite distance et soigneusement enveloppées pour éviter le renouvellement de l’air entre les plaques.»
proportionnelle aux objets qui les ont produits, et le rapport entre les degrés d’altération sera j,.
Mais si l’on emploie une couche déjà impressionnée uniformément, il est facile de voir que cela équivaut à ajouter une quantité constante de lumière à tous les points de l’image lumineuse; par conséquent si nous appelons a cette quantité de lumière, le rapport deviendra rapport qui tend vers l’unité à mesure que a augmente.
La difficulté de laisser impressionner la couche sensible d'une quantité constante, est la seule difficulté que présente cette méthode.