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IV. DU PAYSAGE

Nous entendons par paysage, un tableau ayant le ciel pour fond, ou, à défaut de ciel, la végétation pour sujet.

Le ciel et la végétation exigent une action chimique trèsintense.

Un ciel venu trop pur à l’épreuve négative amène un mauvais résultat à l’épreuve positive. Pour peu que le ciel soit teinté, il y a risque que cette teinte ne soit grenue, et qu’ ainsi elle acquière, comme valeur de ton, une solidité qui la rapproche des premiers plans et borne le champ du tableau. Le ciel et les terrains s’accusant dans les mêmes tons, il en résulte un effet détestable.

Il faut donc, à moins d’èlre sûr d’arriver à un résultat parfaitement limpide, renoncer h faire venir les nuages, et pousser l’exposition assez avant pour avoir un ciel parfaitement clair au résultat final.

Comme nous l’avons plusieurs fois répété, plus la lumière

est vive, plus les corps qu’elle frappe deviennent brillants et leurs ombres puissantes. Or, dans les épreuves de paysages, la nuance verte qui domine dans le tableau, étant une des plus lentes à l’action photogénique, il en résulte que les masses qui sont placées dans l’ombre, restent sans action sur la couche sensible , tandis ([ue les feuilles qui sont frappées par le soleil reflètent une vive lumière, résultat qui a le double inconvénient d’accuser des lumières trop vives et des ombres trop puissantes. Il n’y a plus de vérité dans ce genre de reproduction.

Et, qu’on le remarque bien, ce n’est pas l’emploi de moyens accélérateurs qui pourrait parer à ce défaut de vérité, car si la sensibilité est assez active pour développer le dessin dans les ombres, elle deviendra tellement active dans les parties éclairées, (pie celles-ci perdront tout détail; il y aura bien des feuilles dans l’ombre, mais celles qui nagent dans la lumière ue seront plus que des plaques blanches.

Malgré les dangers d’une lumière trop vive, nous ne prétendons pas qu’il soit impossible de faire un bon paysage au soleil et nous sommes loin de proscrire absolument les moyens accélérateurs, mais nous voulons seulement désabuser l’opérateur sur l’opinion généralement reçue, que le soleil est toujours favorable aux opérations de la photographie.

Il est des cas, enfin, où il faut prendre la nature comme elle se présente. C’est pour cela que nous n’admettons pas de moyens uniformes en matière d’exécution.

Lorsqu’on veut obtenir des détails dans les masses de verdure et qu’on est forcé d’opérer au soleil , on se trouve bien de l’emploi d’une préparation qui permet de prolonger l’exposition à la chambre obscure. Par suite de cette plus

longue exposition, l’action de la lumière est plus uniforme. L’image paraît ensevelie sous une couche métallique, mais, vue par transparence, l’épreuve négative laisse apercevoir un dessin d’une correction sans égale, et fournit des épreuves positives d’une grande beauté. Le papier albuminé est particulièrement propre à ce genre de résultat.

C’est une erreur de penser que le vent s’oppose à la bonne exécution d’un paysage.

Lorsque le modèle est très-réduit, la distance des objets à l’objectif est telle que le léger déplacement produit par le vent est presque insensible. Si ce déplacement résulte d’un peu

de vent qui se succède par intervalle, l’arbre, la plante, la feuille, après le passage du vent, reprennent exactement leur place primitive. Avec une préparation lente et une longue exposition, le résultat est tout-à-fait satisfaisant, et il est impossible de reconnaître que le vent a souillé, tant le dessin a de netteté et de correction.

On s’explique aisément la nécessité de prolonger l’exposition dans ce genre d’épreuves. Supposons, en effet, qu’on ait employé une préparation qui exige une exposition de trente secondes, si le vent vient à souffler, il est évident qu’il y a mouvement dans la masse et trouble dans l’image. Exposition de 1 0 minutes : il y a eu trouble un quart du temps, ou un tiers, mais le reste est acquis à l’action photogénique, et, à moins d’un vent considérable et continu, il est rare que l’épreuve soit défectueuse.

Les préparations actives sont, au contraire, très-précieuses lorsqu’il s’agit du paysage auimé, parce qu’ici le mouvement n’est point un déplacement momentané, mais absolu, le modèle ne reprenant jamais, dans toutes ses parties, la place qu’il

occupait primitivement. Lors donc qu’on exécutera un paysage pour les figures, il faudra employer les préparations les plus actives et sacrifier à l’exactitude de la forme les effets d’ensemble qu’on ne peut obtenir que par une longue exposition.

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