III. PRÉPARATION DU PAPIER NÉGATIF A L’ALBUMINE
On bat des blancs d’œufs en neige dans lesquels on a versé pour chaque blanc d’œuf :
30 gouttes d’une dissolution saturée d’iodure de potassium (en poids, 2 grammes) ;
2 gouttes d’une dissolution saturée de brômure de potassium.
Ou augmente la sensibilité du papier albuminé en diminuant la proportion d’iodure et en supprimant le bromure; ainsi on peut descendre jusqu’à 10 gouttes d’iodure par blanc d’œuf ; la vigueur des effets à produire décroîtra en raison de l’appauvrissement de l’élément chimique dans la préparation.
On laisse reposer jusqu’à ce que la neige soit revenue à l’état d’albumine liquide; on filtre, si l’on ne trouve pas ce liquide d’une limpidité parfaite.
On peut préparer le papier de bien des manières. Il s’agit de le couvrir, sur une de ses surfaces seulement, de cette albumine iodurée, sans qu’il y ait de différences d’épaisseur dans la couche et de bulles d’air sur la surface.
Si l’on ne fait pas usage de papier trop mince, on arrive à une préparation facile, en donnant aux feuilles de papier une dimension plus grande que l’épreuve qu’on se propose d’obtenir; on relève ensuite les quatre bords à angles droits, on les arrête en les collant avec de la colle à bouche ou de la cire à cacheter. Le papier présente donc alors la forme d’un plateau à rebords. On le dépose sur une glace pour obtenir une surface bien horizontale, puis on verse l’albumine dans l’intérieur ; on n’en met qu’une quantité suffisante pour couvrir avec excès tout l’intérieur du papier. Afin d’éviter la formation de bulles d’air, on introduit l’albumine avec une cuillère suffisamment grande; on commence par un des coins, puis on promène la cuillère dans les coins opposés, en laissant échapper au furet à mesure l’albumine qu’elle contient; après quoi, soulevant la glace sur laquelle est déposé le papier, on l’incline dans tous les sens pour faire couler l’albumine sur toute la surface intérieure; ensuite, déversant l’excédant, on abat les bords relevés et on pend le papier en l’attachant par deux épingles à un cordon tendu horizontalement, comme il a déjà été dit pour les préparations précédentes.
Il ne faut recueillir le papier qu’ après une parfaite dessiccation, qu’on complétera en le soumettant devant un feu ardent, ou en le repassant entre plusieurs feuilles de papier blanc bien propre, avec un fer très-chaud, ce qui sera préférable, parce qu’ ainsi il sera mieux aplani. Ce papier sera d’un bon usage pendant longtemps. Nous en avons dont la préparation remonte
à un an et qui nous donne encore de bons résultats. Nous conseillons cependant de ne pas en préparer une trop grande quantité à l’avance, parce qu’en vieillissant il perd une partie de sa sensibilité.
Lorsqu’on sera obligé de préparer beaucoup de papier albuminé à la lois, et qu’on devra l’employer longtemps après la préparation , on fera bien d’augmenter la proportion d’iodure. 30 gouttes par blanc d’œuf sont alors nécessaires.
On devra n’employer dans les préparations d’albumine que des œufs bien frais. Alin de 11e pas s’exposer à perdre la totalité de la préparation, par l’addition d’ un œuf qui serait gâté, on recueille chaque blanc d’œuf à part dans une assiette avant de l’ajouter au mélange. On s’assure ainsi qu’il est bien transparent, que le germe qu’on doit extraire, ne s’est pas divisé dans la masse, ce qui donnerait, surtout dans la préparation des glaces albuminées dont il sera question bientôt, des taches de l’effet le plus désagréable.
On évitera aussi qu’il ne s’introduise pas de poussière, soit dans la masse d’albumine, soit sur les papiers qui en sont recouverts,- car la poussière serait un corps opaque dans une couche transparente, et produirait une tache sur l’épreuve positive.
La sensibilité des papiers préparés à l’albumine est infiniment moins grande que celle des deux préparations qui précèdent; bien que l’image se forme assez vite dans toutes ses parties, ('lie n’acquiert de valeur que par une exposition assez prolongée, c’est-à-dire deux ou ! rois minutes dans de bonnes conditions de lumière. Les épreuves que donne cette préparation sont admirables de finesse et d’harmonie; les oppositions sont moins tranchées que celles des épreuves obtenues par la
préparation au sérum, et les effets plus complets que ceux des papiers préparés à l’iodure seulement.
Ces résultats sont dus à des causes qu’il est peut-être utile d’étudier, afin de connaître tout le parti qu’il est; possible de tirer de cette préparation.
Supposons donc une expérience , et suivons la marche des actions photogéniques sur deux papiers préparés, l’un à l’iodure seulement, et l’autre à l’albumine.
S’il faut vingt secondes d’exposition à la chambre noire pour obtenir d’un papier ioduré une action photogénique qui donne aux lumières de l’image leur maximum d’intensité, si les ombres ont pu être fouillées, si les clairs-obscurs ont pu s’impressionner suffisamment pendant le même temps d’exposition, l’image sera parfaite; mais si la lumière des parties fortement éclairées a été trop vive par rapport aux ombres, cet effet n’aura pas été produit, l’image manquera d’harmonie, puisque les lumières seront trop claires et les ombres trop noires.
Pour arriver à l’harmonie dans l’image, il faudrait donc pouvoir pousser l’exposition jusqu'à ce que les clairs-obscurs fussent suffisamment accusés; mais pour cela il faudrait que les parties lumineuses pussent supporter sans inconvénient l’action photogénique ainsi prolongée, et ne pas perdre leur transparence et disparaître complètement.
Or, c’est précisément ce que permettent les papiers préparés à l’albumine, car ils sont composés de deux couches photogéniques : la première est celle d’albumine, la seconde celle du papier qui est devenu photogénique par absorption d’une partie de l’iodure qui est dissous dans l’albumine.
L’exposition des papiers albuminés doit être plus ou moins prolongée, suivant les effets qu’on veut produire.
Si l’action photogénique ne s’est exercée que sur la couche d’albumine, l’épreuve ne diffère pas de celle qu’on obtient sur papier ordinaire. Les parties éclairées sont franches et nettes, et les ombres mal définies, et pas du tout fouillées. Mais, si l’on prolonge l’action photogénique quatre fois plus longtemps, oh! alors, l’épreuve est admirable; les clairs-obscurs sont nets, les ombres bien fouillées, et l’image dans toutes ses parties irréprochable.
11 nous est arrivé souvent de pousser l’exposition à la chambre noire, jusqu’au point de n’obtenir après le passage de l’épreuve dans l’acide gallique qu’un papier d’une apparence métallique bronzée, qui ne laissait apercevoir l’image que par transparence; avec de telles épreuves négatives, on obtient des épreuves positives d’une beauté incomparable.
Les trois préparations de papier négatif que nous venons de décrire, présentent donc, comme on le voit, des différences essentielles dans les résultats qu’elles produisent, bien qu’elles soient toutes trois formées par le même élément photogénique, l’iodure de potassium.
Beaucoup de préparations à l’iodure de potassium ont été proposées avec addition d’autres substances : ce sont des complications sans utilité, car elles ne donnent pas plus de sensibilité à la couche photogénique ni plus de pureté dans le dessin.
Il y a une autre sorte de préparation de papier négatif qu’il importe de signaler, parce quelle diffère entièrement des précédentes, c’est celle qu’il est possible de faire avec les substances employées pour la préparation des plaques argentées de M. Daguerre.