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II. PREPARATION DU PAPIER NÉGATIF AU SERUM

Dans un demi-iilre de sérum de lait, qu’on passe à travers un linge fin pour en séparer le caséum, on bat un blanc d’œuf; on fait bouillir afin d’entraîner toutes les matières solides; on filtre de nouveau, mais cette fois à travers un filtre de papier, après quoi on fait dissoudre à froid 5 pour cent en poids d’iodure de potassium.

Pour employer celle liqueur, on procède de la manière suivante :

On plonge le papier qu’il s'agit de préparer dans la liqueur, où on le laisse séjourner pendant deux minutes, et lorsqu’il est bien uniformément imprégné, on le fait sécher en le pendant, au moyen de deux épingles, à un cordon qui est tendu horizontalement.

Cette préparation se fait a la lumière du jour, sans aucune précaution particulière; le papier peut être employé à l'état Photographie sur papier. 4

humide séance tenante : on le sèche alors au papier buvard avant de le soumettre à l’acéto-nitrate. S’il est destiné à des opérations ultérieures, on doit le laisser sécher complètement.

A l’abri de l’humidité et de la poussière , ce papier se conserve presque indéfiniment.

Les papiers au sérum n’ont pas la sensibilité de ceux qui ont été préparés avec la dissolution saturée d’iodure de potassium. Ils sont donc peu convenables pour l’exécution des portraits.

Renonçant à les employer pour l’exécution des sujets qui réclament une courte exposition, et les destinant exclusivement à la reproduction des sujets pour lesquels la durée de l’exposition est sans importance (et, par longue exposition, il faut entendre une différence de une ou deux minutes) , il est donc préférable de les choisir un peu épais, afin que les images aient plus de puissance, de profondeur dans le corps du papier, et, parlant, plus de dégradations dans l’effet général du tableau.

Lorsqu’on opère avec un papier peu sensible à la lumière, les parties fortement éclairées sont les seules qui s’impressionnent dans les premiers temps de l’exposition, les demiteintes sont à peine accusées par rapport à celles-ci, et les clairs-obscurs ne viennent qu’avec une excessive lenteur.

Avec des préparations très-sensibles, c’est presque l’effet contraire qui se produit; les parties éclairées se dégagent sans netteté; tous les détails se confondent dans une masse sans dessin et sans harmonie.

On dit alors que l’épreuve est brûlée.

Les parties qui sont dans l’ombre ou le clair-obscur, au contraire, réfléchissent moins de lumière, l’action pjiologé-

nique esl moins active; assez puissante pour former une image bien dessinée, celle action n’a pas l’intensité qui pourrait compromettre la pureté des lignes et la netteté des détails.

Les préparations très-sensibles ne se prêtent pas aux effets de lumière, à moins que les dispositions particulières du tableau n’y suppléent singulièrement , car, en voulant pousser l’exposition trop loin, on ensevelit l’image sous des Ilots de lumière, et tout détail disparaît.

C’est pour ce motif que les préparations lentes sont préférées des amateurs qui cherchent l’art dans la photographie.

C’est à l’intelligence de l’opérateur à tirer parti des ressources que présentent les propriétés particulières de chaque préparation.

Prenons un exemple .

Supposons qu’il s’agisse de rendre soit une vue, soit un paysage, éclairé trop uniformément, sans aucun elfet, où les parties dans l’ombre se distinguent difficilement de celles dans la pleine lumière, effet que le vulgaire appelle fond clair et que l’artiste qualifie de mal éclairé.

Ce tableau, vu à la chambre noire, n’accuse qu’une masse uniforme de lumière. Si l’on emploie pour le reproduire une préparation très-sensible, l’impression de l’image aura lieu uniformément, et on obtiendra un tableau plat, uniforme, monotone; si l’on emploie au contraire une préparation plus lente à l’action de la lumière, c’est-à-dire moins impressionnable, les ombres et les demi-teintes prendront plus de valeur, puisque l’action photogénique s’accomplit moins vite à leur égard qu’à l’égard des parties lumineuses.

Il y aura bien, il est vrai, moins d’exactitude et de vé-

rité dans le tableau, mais il y aura plus de piquant; la préparation aura fait l’office de 1 ’ artiste qui serait venu rehausser par des lumières et des ombres plus fermes l’effet général d’un tableau trop froidement rendu.

Etudiée à ce point de vue, la photographie sur papier entre dans le domaine de l’art.

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