‹ Traité de photographie sur papierChapitre 3 sur 59 · E LA · texte numérisé non relu

E LA

La Photographie est une découverte française et l'une des plus intéressantes de notre siècle : elle est l’œuvre de deux hommes connus jusque-là par des travaux estimables , mais d’un ordre secondaire.

L’un d’eux, M. Joseph-Nicéphore Niepce, était un ancien militaire retiré du service. Porté naturellement vers l’étude des sciences, et n’ayant aucune ambition, M. Niepce vivait à la campagne avec sa famille, et consacrait les loisirs que lui laissait une modeste aisance, à des recherches de science appliquée.

Aidé de l’un de ses frères , qui avait en mécanique des connaissances étendues, M. Niepce imagina, en 1806, une

machine motrice , dans laquelle l’air brusquement chauffé devait remplacer l’action de la vapeur.

L’autre inventeur de la photographie, M. Louis-Mandé Daguerre, était peintre, et s’occupait de décorations pour les théâtres. Les toiles remarquables qu’il avait composées pour L Ambigu et pour l’Opéra, lui avaient fait en ce genre une sorte de célébrité. Il avait surtout établi sa réputation par l’invention du Diorama : on sait que cette invention consiste h faire succéder sur une même toile, deux scènes entièrement différentes, par de simples artifices d’éclairage.

Il est curieux de savoir par quel concours de circonstances, ces deux hommes, de position si différente, en vinrent à s’occuper tout-à-coup du même sujet, et plus tard à se réunir dans l’intérêt de leurs communes études; par quels tâtonnements ils ont préludé à leur brillante découverte, et quelle part l’historien doit faire à chaque inventeur.

Depuis que M. Daguerre a livré au public le secret de sa découverte, la photographie a fait des progrès importants. La photographie sur papier a pris un développement sur lequel on ne comptait pas, déjà elle l’emporte sur le daguerréotype, et tout porte à croire que l’avenir lui appartient.

L’espoir de fixer la couleur des objets sur les épreuves, n’est pas un rêve dénué de fondement. Les essais qu’on a tentés dans cette direction ont prouvé d’une manière certaine que ce problème aura bientôt reçu une solution.

Jusqu’à présent l'art a trop dédaigné la photographie, et la photographie, de son côté , n’a pas su profiter des bons avis que l’art aurait pu lui donner. L’art a négligé, dans la photographie, un moyen d’étude auquel il me paraît difficile de suppléer; et la photographie s’est enfermée trop exclusivement dans le cercle de ses procédés , oubliant que les produits obtenus à leur aide n’avaient de valeur véritable, qu’à la condition de ne pas choquer le goût, que l’art a précisément pour but d’éclairer et de satisfaire.

Je serai heureux, si cet essai sur Y Histoire et les progrès de la Photographie pouvait jeter quelques lumières sur toutes ces questions , et faire prévaloir dans la pratique , des préceptes qu’on a trop souvent méconnus.

PHOTOGRAPHIE SUR PLAQUI.

Vers la fin du quinzième siècle, Léonard de Vinci, le doyen des peintres de la Renaissance, qui fut aussi un grand physicien, découvrit le principe de la chambre noire, et jeta les premiers fondements de la théorie physique de la vision.

Un siècle plus tard, Porta, physicien napolitain, revint sur le même sujet ; il apporta d’utiles améliorations à la chambre

noire de Léonard, et enrichit la science, de l’instrument qui devait un jour donner naissance à la Photographie

Lorsqu’on perce un petit trou dans le volet d’une fenêtre, tous les objets extérieurs viennent se peindre d’eux-mêmes sur le mur de la chambre qui lui fait face , en conservant leur rapport de grandeur et de position, et même leurs couleurs-

On rend l’expérience plus complète , si on place dans le trou du volet un de ces verres bi-eonvexes, que les physiciens appellent une lentille,

Dans le premier cas, l’image n’était pas exempte d’un peu de confusion, et dans le second cas, au contraire, elle acquiert une netteté admirable.

L’idée d’appliquer la lentille à ce nouvel usage est due à Porta.

Le chlorure d’argent, que les alchimistes appelaient lune cornée , est une poudre blanche qui se forme lorsqu’on verse une dissolution de sel marin dans une dissolution de nitrate d’argent.

Le chlorure d’argent jouit d’une propriété singulière : au

moment où il vient d’être préparé, il est blanc, mais il ne conserve sa blancheur que dans l’obscurité. Si on l’expose à la lumière il noircit, et il noircit d’autant plus vite, que la lumière a plus d’intensité. Il résulte de cette propriété, que si on couvre une feuille de papier d’une couche de chlorure d’argent, et qu’on l’expose au foyer d’une chambre noire, elle reproduit dans ses moindres détails l’image qui tombe à sa surface ; les parties vivement éclairées de l’image étant accusées par des noirs puissants , et les demi-teintes par des gris plus ou moins foncés.

Ces deux actions : la formation de l’image par la chambre noire, et l’impression de celte image, au moyen du chlorure d’argent, résument toute la science de la Photographie.

L’idée de mettre à profit la propriété que possède le chlorure d’argent, de noircir à la lumière, pour copier des dessins, et fixer l’image de la chambre noire, n'est pas venue pour la première fois à MM. Niepce et Daguerre.

Déjà, Charles, physicien français, l’employait dans les cours qu’il faisait au Louvre, il y a plus d’un demi-siècle, pour produire des silhouettes au moyen de la lumière.

Wedgood, le Palissy de l’ Angleterre, l’avait employé de son côté pour copier des vitraux d’église, et sir Humphrey

Davv, pour fixer l’image de 1a. chambre noire; mais aucune de ces tentatives n'a produit de résultats importants, et jusqu’à la découverte de MM. Niepce et Daguerre, nous ne trouvons rien, absolument rien, dans les Annales de la science, qui ait pu guider ces deux physiciens dans leurs recherches, et qui doive diminuer à nos yeux le mérite d’avoir réussi.

Les travaux et le rôle respectifs de M. Niepce et de M. Daguerre, dans la découverte de la Photographie, sont très-nettement établis.

M. Niepce a , le premier, trouvé le moyen de fixer par Faction chimique de la lumière, l’image des objets extérieurs ; M. Daguerre a perfectionné les procédés photographiques de Niepce et a découvert dans son ensemble la méthode générale actuellement en usage.

Dans le mois de décembre de l’année 1827, M. Niepce présenta à la société royale de Londres, un mémoire sur le moyen de reproduire des dessins par la seule action de la lumière.

Les procédés de M. Niepce étaient fondés sur la propriété ([ue possède le bitume de Judée, d’être modifié par la lumière, au point de devenir presque insoluble dans l’huile essentielle de lavande. Yoici, d’ailleurs, comment opérait M. Niepce :

11 faisait dissoudre du bitume de Judée sec, dans de l’huile

de lavande; il concentrait à une douce chaleur la dissolution , et obtenait de la sorte un vernis épais, qu’il étendait par tamponnement sur des plaques démêlai poli. Après beaucoup d’essais, M. Niepce avait donné la préférence aux plaques de cuivre argenté.

Une plaque ainsi préparée était placée au foyer d’une chambre noire , puis passée dans un mélange d’huile de lavande et de pétrole.

Dans ce mélange la plaque éprouvait une modification remarquable. Toutes les parties de l’enduit résineux, que la lumière n’avait pas altérées, se dissolvaient avec la plus grande facilité. Celles, au contraire, que la lumière avait impressionnées, résistaient à l’action dissolvante des huiles essentielles.

Ainsi, on pouvait former une image à la surface d’une plaque de métal, et cette image était produite par la lumière.

Dans ces sortes d’images, les clairs étaient produits par la couche de bitume qui avait résisté à l’action des huiles essentielles, et les noirs par les reflets plus sombres de la surface même du métal.

Dès l’année 1827, M. Niepce était donc en possession d’une méthode complète pour fixer l’image de la chambre noire.

Ainsi, sans autres ressources que celles qu’il pouvait puiser dans son esprit d’invention, ou dans ses connaissances acquises, M. Niepce a résolu un problème qui avait défié la sagacité de

Wedgood et le génie si fécond et si pénétrant de sir Humphrev Davy.

Pour être juste, cependant, nous devons reconnaître que la méthode de M. Niepce donne difficilement de bons résultats , et qu’elle est d’une application plus qu’incertaine.

A. l’époque où M. Niepce entretenait la société royale de Londres de ses premiers essais de photographie, il y avait à Paris un homme que le genre tout spécial de ses connaissances et la nature de ses occupations avaient conduit à s’occuper du même sujet : c’était M. Daguerre.

Peintre habile, il était avantageusement connu dos artistes; mais s'il méditait depuis longtemps sur le moyen de fixer l’image de la chambre noire, il est certain qu’à l’époque où M. Niepce avait résolu ce difficile problème, ses recherches n’avaient obtenu aucun résultat.

En rappelant les titres de M. Niepce à la découverte de la Photographie, nous ne voulons point diminuer le mérite des travaux de M. Daguerre, ni nous associer aux attaques qu’on dirige contre lui depuis quelque temps, mais simplement rester fidèle à notre rôle d’historien, et faire à chacun la part qui lui est due.

Eu 1826, un an avant queM. Niepce n’occupât la société royale de Londres de ses travaux sur la Photographie, M. Daguerre apprit un jour d’un opticien de Paris, ami et confident de M. Niepce, (pie celui-ci savait fixer l’image de la chambre noire. M. Daguerre s’empressa aussitôt d’écrire à l’inventeur, pour se mettre en rapport avec lui, et dès ce moment une correspondance active s’établit entre les deux physiciens. Elle dura quatre ans. Au bout de ce temps, M. Niepce proposa à M. Daguerre de s’associer à lui pour s’occuper en commun des perfectionnements que réclamait son invention. Un traité fut conclu entre eux à Chàlonsle 14 décembre 1829, et après la signature de l’acte, M. Niepce communiqua à M. Daguerre tous les faits relatifs à ses procédés photographiques.

Une lois en possession du secret de M. Niepce, M. Daguerre s’appliqua, sans relâche, a ie perfectionner, il remplaça le bitume de Judée, par la résine qu’on obtient en distillant l'huile essentielle de lavande, matière qui jouit d’une plus grande sensibilité lumineuse ; puis, au lieu de laver l’épreuve dans un mélange d’huile essentielle, il l’exposait à l’action delà vapeur

dégagée spontanément par l'essence de lavande à la température ordinaire. La vapeur laissait intactes les parties de l’enduit résineux frappées par la lumière, elle se condensait au contraire sur les parties restées dans l’ombre. Ainsi , le métal n’était mis à nu nulle part. Les clairs étaient représentés par la résine blanchie, et les ombres par la résine rendue diaphane, au moyen de la vapeur de l’ huile essentielle.

Le procédé de M. Daguerre était un progrès sur celui de M. Niepce, non-seulement sous le rapport delà célérité, qui était plus grande, mais sous celui de la méthode, qui est bien mieux entendue.

Au lieu d’attaquer la plaque par un bain, et d’exposer l’image à toutes les chances de destruction qui peuvent résulter d’une action dissolvante trop vive, M. Daguerre avait recours à une vapeur dont l’opérateur peut toujours modérer l’action.

Nous insistons sur ce point, car, selon nous, ce procédé contient, en germe, celui auquel M. Daguerre devait être conduit plus tard et qui a résolu d’une manière si complète le problème de la photographie.

Dès le début de ses recherches, M. Niepce avait eu l’idée de renforcer les clairs de l’épreuve, qui étaient formés, dans

son système, par une simple surface de métal poli, en attaquant celui-ci par un sulfure ou par de l’iode. Or, il arriva un jour qu’une cuillère laissée par mégarde sur une plaque d’argent iodée, y marqua son empreinte, sous l’influence de la lumière ambiante. Cet enseignement ne fut pas perdu : aux matières résineuses, M. Daguerre substitua les vapeurs d’iode; aux huiles essentielles, la vapeur de mercure , et ainsi fut réalisé le rêve qui avait rempli la vie du pauvre Niepce, mort à la peine, et mort trop tôt pour partager avec M. Daguerre l’honneur et les bénéfices qui lui étaient dus.

La découverte de M. Daguerre était complète : le moyen de fixer l’image de la chambre noire était trouvé. Un quartd’heure suffisait pour y parvenir. Les procédés étaient simples, faciles, accessibles aux mains les moins expérimentées. Aussi, l’enthousiasme fut-il grand, non-seulement en France, mais dans toute l’Europe, lorsque M. Arago vint annoncer ce résultat à l’Académie des sciences. Il faut lire, comme nous venons de le faire, les journaux de cette époque pour se faire une idée de l’étonnement, puis de l’admiration avec lesquels on accueillit la découverte du savant français.

Tout le monde connaît aujourd’hui le procédé de M. Daguerre; il se compose de trois opérations principales.

On commence par exposer une plaque de cuivre argenté, aux vapeurs que l’iode dégage spontanément à la température ordinaire. Lorsque la plaque a pris une couleur jaune d’or, on l’expose au foyer de la chambre noire. Au sortir de la chambre, la plaque est soumise à l’action des vapeurs de mercure. Sous l’influence de cette vapeur, la plaque change toutà-coup d’aspect, et c'est un spectacle bien digne d’exciter l’admiration, que l’apparition immédiate d'une image dont un instant auparavant personne n’eût soupçonné l’existence.

Cet effet remarquable est le résultat de la condensation inégale des vapeurs de mercure sur la plaque de métal.

En effet, des gouttelettes de mercure viennent se condenser Uniquement sur les parties que la lumière a frappées; les parties restées dans l’ombre n’éprouvent aucun changement. Il résulte de cet effet curieux, que les parties éclairées sont accusées sur la plaque par un vernis de mercure, et les autres par la surface de l’argent non impressionnée.

Les épreuves obtenues par les procédés de M. Daguerre, bien que remarquables sous plus d’un rapport, avaient cependant un assez grand nombre de défauts qui en diminuaient la valeur sous le rapport de l’art. Elles offraient un miroitage des plus désagréables, et le plus ordinairement le dessin n’était visible qqe sous une incidence déterminée.

Et, pour obtenir une semblable épreuve, il fallait au moins un quart-d’heure, condition qui rendait la reproduction des objets animés absolument impossible.

Aujourd’hui, toutes ces difficultés ont disparu. Le portrait est d’une exécution facile et presque instantanée, et les épreuves ont une chaleur de ton, un modelé, une harmonie dans les masses , et une finesse dans les détails , dont les épreuves de l'inventeur étaient absolument dépourvues.

La facilité merveilleuse avec laquelle on obtient aujourd’hui des épreuves daguerriennes irréprochables sous tous les rapports, tient aux nouvelles dispositions qu’on a données à l’objectif de la chambre noire, et à l’emploi des matières accélératrices.

A l’époque où M. Daguerre publiait ses procédés photographiques, on ne connaissait que la chambre noire à un seul objectif. Les images qu’on obtenait dans ces conditions étaient faiblement éclairées et d’une impression difficile. En opérant à une lumière très-vive, en plein soleil, il fallait au moins un quart-d’heure pour obtenir une image passable, condition qui excluait le portrait, et rendait bien difficile la reproduction de la nature animée.

En combinant ensemble deux objectifs achromatisés ,

Photographie sur papier .

M. Charles Chevalier, opticien à Paris, réduisit la durée de l’exposition à deux ou trois minutes, etM. Claudet à quelques fractions de seconde, par sa découverte des matières accélératrices.

Dans le double objectif de M. Charles Chevalier, les lentilles sont combinées pour opérer sans diaphragme, et à de trèscourts foyers. De cette manière , on condense beaucoup de lumière sur la surface de la plaque , et l’impression de l’image se fait beaucoup plus vite. Un autre avantage du double objectif, c’est de rendre le foyer variable, au gré de l’opérateur, sans déformer l’image.

Lorsqu’une plaque a été passée à l'iode, si on l’expose à la vapeur qui se dégage spontanément d’une dissolution aqueuse de brôme, cette plaque acquiert une sensibilité lumineuse extraordinaire. Ce n’est plus par minutes qu’il faut compter pour la durée de l’exposition dans la chambre noire, mais par secondes et fractions de seconde.

Beaucoup de corps partagent avec le brôme la faculté d’augmenter la sensibilité de l’iodure d’argent : le chlore, l’acide chloreux, le chlorure de brôme, le brômoforme, le chlorure de soufre, etc., peuvent être employés comme agents accélérateurs, et remplacer au besoin le brôme lui-même.

Lorsque l’épreuve a été passée au mercure, il reste encore à la débarrasser de l’excès d’iode qui en couvre la surface, partout où la lumière n'a pas produit d’action, puis enfin, à fixer l’image pour la soustraire à l’action destructive des agents extérieurs, et lui communiquer une solidité capable de résister au frottement.

Pour la débarrasser de l’iode, il suffit de passer l’épreuve dans un bain d’hyposulfite de soude. Ce sel jouit de la propriété de dissoudre l’iodure d’argent avec la plus grande facilité. Reste ensuite à fixer l’image. Pour y parvenir, il suffit de verser à la surface de l’épreuve une dissolution de chlorure d’or mêlée à de l’hyposulfite de soude, et de chauffer légèrement. La plaque se couvre alors d’un mince vernis d'or métallique. Cette opération, si simple en elle-même, est cependant le complément le plus utile de la découverte de M. Daguerre. Elle a permis en effet de rehausser à un degré remarquable le ton général des dessins photographiques, de bannir presquenlièrement le miroitage, et de communiquer à l’épreuve une grande solidité.

Cette intéressante découverte est due a M. Fizcau.

En 1834, bien avanl que M. Daguerre fût en possession de la méthode qui devait donner un jour une si grande popularité à son nom, M. Talbot, physicien anglais, avait découvert le moyen de fixer l’image de la chambre noire, non point à la surface d’une plaque de métal, mais sur une feuille de papier. Et non-seulement M. Talbot obtenait une reproduction fidèle de l’image de la chambre noire, mais il multipliait indéfiniment la première épreuve, et se servait de celle-ci comme d'une véritable planche gravée.

D'où vient qu’en possession d une découverte si importante, M. Talbot ait gardé si longtemps le silence et se soit laissé ravir les honneurs d’avoir fondé la photographie?

C’est que la méthode de M. Talbot est d’une pratique difficile, et son savant auteur, qui en sentait mieux que personne les imperfections, voulait, avant de la livrer au public, lui donner la sûreté et la facilité d’exécution quelle a reçues depuis des travaux de M. Blanquart-Evrard et de quelques autres physiciens.

Pour comprendre le mérite de la découverte de M. Talbot et en apprécier toute la fécondité, nous avons besoin de revenir

sur les notions générales que nous avons présentées en commençant , afin de bien préciser ce qu’on doit entendre par épreuves négative et positive.

On sait que le chlorure et l’iodure d'argent noircissent à la lumière. Plus la lumière est vive, et plus l’action se manifeste rapidement. 11 en résulte que si on couvre une feuille de papier d’une couche d’iodure d’argent, et qu’on place cette feuille de papier au foyer d’une chambre noire, la lumière agissant sur l’iodure d’argent comme le ferait un crayon sur une feuille de papier blanc, doit produire un véritable dessin.

Entre ces deux dessins , il y a cependant une différence fondamentale, que quelques mots suffiront à faire comprendre, et qu’il est très-important de ne pas perdre de vue.

Les parties claires des objets extérieurs réfléchissant plus de lumière que les parties colorées, les parties éclairées plus que les parties placées dans l’ombre, il en résulte que les clairs et les lumières, c’est-à-dire les blancs de ces mêmes objets seront représentés en noir dans le dessin photographique.

Ainsi, si on place un jeu de dames devant l’objectif d’une chambre noire, les carrés blancs du jeu de dames seront accusés en noir, et les carrés noirs en gris, vu que les carrés noirs ayant réfléchi moins de lumière que les carrés blancs,

ont dû produire me action réductive plus faible sur le sel d’argent qui couvre toute la surface du papier.

Le même phénomène se produit également dans la photographie sur plaque. Les blancs des objets sont accusés en noir sur la plaque comme sur le papier, et les vapeurs de mercure, en venant se condenser à la surface de tous les points noirs, changent leur couleur en blanc, et ont précisément pour effet de rendre l’image naturelle. Dans le premier cas, on la disait Limage inverse ou négative, et dans le second on l’ appelle directe on positive. Après les développements dans lesquels bous venons d’entrer , ces mots s’entendent d’eux-mêmes.

Dans la photographie sur papier, on ne soumet pas les épreuves aux vapeurs de mercure. On a recours à un autre procédé pour redresser l’image, et faire correspondre chaque nuance de l’épreuve à celle du modèle. On obtient ce résultat en plaçant sous l’épreuve, qui a passé à la chambre noire, une seconde feuille de papier recouverte, elle aussi, d’un sel d'argent capable de noircir par l’action de la lumière. Les deux feuilles étant fortement comprimées l’une contre l’autre au moyen d’un châssis garni de deux glaces, on expose le tout au soleil. L’effet qui se produit est facile à comprendre.

L’épreuve négative dans laquelle les blancs du modèle sont

représentés par des noirs, est placée en dessus. Pour atteindre la seconde feuille de papier, il faut donc que la lumière traverse l’épreuve négative. Or, comme la lumière passe plus facilement à travers les parties blanches du papier qu’à travers les parties colorées, il en résulte que dans la seconde épreuve, les parties colorées de la première sont reproduites en blanc, et les parties blanches en noir. La conséquence finale est donc une épreuve inverse de la première, et dans laquelle, par conséquent, les lumières et les ombres correspondent aux parties éclairées et ombrées du modèle.

Le chlorure ou l’iodure d’argent employés seuls n’auraient pas une sensibilité suffisante pour qu’on pût à leur aide, et sans le secours d’aucune autre matière, obtenir de bonnes épreuves. Aussi le mérite deM. Talbot est-il d’avoir découvert un corps, l'acide gallique, qui agit sur le papier recouvert d’iodure ou de chlorure d’argent, comme les vapeurs de brôme agissent, d’après l’intéressante remarque de M. Claudet, sur les plaques iodées.

Pour obtenir une épreuve , voici comment procédait M. Talbot :

Il étendait sur la surface d’une feuille de papier, au moyen d'un pinceau, une couche de nitrate d’argent dissous dans

Page 1