‹ Traité de photographie sur papierChapitre 4 sur 59 · XXIV · texte numérisé non relu

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l’eau distillée, puis une couche d’iodure de potassium également dissous dans l’eau. Le mélange de ces deux couches produisait de l’iodure d’argent.

Lorsque le papier était sec, il étendait une troisième couche d’un liquide nouveau, obtenu, en mêlant à la première dissolution de nitrate d’argent, une certaine quantité d’acide gallique et d’acide acétique.

Le papier était alors prêt à recevoir l’impression lumineuse. Après une exposition , qui variait entre 10 et 15 minutes, on retirait le papier de la chambre noire. On le mouillait encore une fois avec la dissolution de gallo-nitrate d’argent, et sous l’influence de cette dissolution , l’image apparaissait tout-àcoup, comme sur les plaques iodées deM. Daguerre, lorsqu’on les expose à la vapeur du mercure.

Toutes ces opérations doivent se faire dans l’obscurité.

Lorsque l'image, sous l’influence de l’acide gallique, s’est détachée sur le fond du papier, comme une sépia tracée par un invisible pinceau, il faut la fixer, c’est-à-dire enlever à l’épreuve l’excès de sel d’argent sur lequel la lumière n’a pas agi.

Pour cela i! suffit de faire séjourner l’épreuve dans un bain d’hyposulüte de soude ou de bromure de potassium.

Ces deux corps jouissent de la propriété de dissoudre le chlorure et l’iodure d’argent que la lumière n’a pas impressionnés, et nous verrons bientôt quel parti on a tiré de cette propriété pour varier le caractère des épreuves.

Enfin, lorsqu’on avait obtenu pour prix de plusieurs heures d’efforts et de suins de toute sorte, une épreuve négative passable , il fallait s’occuper de l’épreuve positive, et recommencer toute la série d’opérations que nous venons de décrire.

Lorsque M. Talbot adressa à l’Académie des Sciences la description détaillée de sa méthode, personne ou à peu près ne s’y arrêta. On fut effrayé de la complication du procédé : les épreuves que M. Talbot présentait à l’appui de sa communication étaient loin de rivaliser avec les épreuves de M. Daguerre. Quelques personnes essayèrent de répéter les procédés du physicien anglais. Divers essais infructueux tirent croire que M. Talbot n’avait dit son secret qu’à moitié, et peu à peu la photographie sur papier tomba dans l’oubli.

Pendant que le daguerréotype continuait d’occuper tous les esprits et faisait chaque jour de nouveaux progrès, un amateur de peinture, placé à la tête d’une riche maison de commerce de Lille, s’occupait, dans ses moments de loisir, de donner à la méthode de M. Talbot toute la simplicité qui devait en faire, quelques années plus tard, une des découvertes les plus intéressantes de notre temps.

Tout le monde a compris que nous voulons parler de M. Blanquart-Evrard,

M. Blanquart n’a pas découvert la photographie ; lui-même ne l’a jamais prétendu, comme on lui en a faussement attribué l’ intention, mais ne pouvant la découvrir, il l’a transformée, et tous les progrès que la découverte de M. Talbot a faits depuis la publication de l’inventeur, sont liés de près ou de loin aux travaux deM. Blanquart.

Dans la méthode deM. Talbot, l’image était formée par la réduction d’une couche légère et toute superficielle d’iodure d’argent.

M. Talbot étendait au pinceau la liqueur photogénique, opération qui avait pour conséquence de rendre les papiers inégalement sensibles dans les différentes parties de leur surface.

En suivant à la lettre la méthode de M. Talbot, on réussissait à peine trois ou quatre épreuves sur quarante.

La durée de l’exposition était trop longue pour qu’on pût songer au portrait.

L’acide gallique, employé comme le proposait M. Talbot, donnait lieu à des accidents sans fin, qui compromettaient les épreuves. En effet, l’acide gallique était mêlé à l’acéto-nitrate d’argent et employé en cet état. Or, ce mélange s’altère avec une si grande facilité, qu’il était bien rare qu’une épreuve fût achevée sans qu’il se produisît de taches.

Les épreuves de M. Talbot, résultant d’une réduction toute superficielle d’iodure d’argent , manquaient de vigueur, la succession des plans n’était pas accusée, les demi-teintes

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manquaient complètement. Il n’y avait pas de dégradation dans le passage des lumières aux ombres. De plus, le dessin n’ayant pas de profondeur, manquait de solidité, et il n’était pas rare qu’une épreuve fût complètement effacée deux ou trois ans après sa préparation.

Les travaux deM. Blanquart, dont la publication commence en 1847 et se continue jusqu’à nos jours, sans interruption, peuvent se diviser en trois grandes séries , dont chacune marque un progrès nouveau.

La première série des travaux de M. Blanquart comprend tous ceux dans lesquels il s’est proposé de donner aux réactions chimiques , dont l’effet final est la production de l’image, une certitude et une simplicité dont elles étaient absolument dépourvues.

Dans la seconde, M. Blanquart, laissant de côté les procédés opératoires, s’attache davantage à produire des effets d’art, et s’efforce de ramener ces effets à des procédés bien définis et invariables.

Enfin, dans la. troisième, M. Blanquart ne s’occupe que des applications auxquelles la photographie peut donner lieu, et il s’efforce de faire de cette belle découverte , un auxiliaire de l’industrie.

Le procédé général que recommande M. Blanquart pour la préparation des papiers, consiste à déposer chaque feuille sur deux bains successifs d’iodure de potassium et de nitrate d’argent. Ce contact prolongé sur le bain a pour effet d’imprégner profondément le papier des éléments photogéniques. Puis , au lieu d’employer l’acide gallique mêlé à ï’acétonitrate d’argent , M. Blanquart l’emploie en bain saturé , dans lequel il plonge l’épreuve, en la sortant de la chambre noire.

En imprégnant profondément les papiers, on donne aux épreuves une vigueur de ton, une solidité et un relief dont elles étaient absolument dépourvues.

Les bains d’acide gallique ont de plus l’avantage de faire paraître l’image sans tacher le papier de l’épreuve.

En préparant le papier par immersion, on étend sur chaque feuille une couche photogénique d’une égale épaisseur, et cette épaisseur se conserve la même sur toutes les feuilles.

Enfin, sous le rapport de l’art, les épreuves obtenues par la méthode de M. Blanquart l’emportent beaucoup sur celles de M. Talbot. Les masses sont mieux accusées, le passage des lumières aux ombres se fait par des transitions plus ménagées. L’air circule dans le dessin, et on a bien un tableau sous les yeux,

Après avoir reconnu la. condition essentielle pour régler les réactions chimiques et obtenir avec certitude de belles épreuves, M. Blanquart a porté ses vues d’un autre côté.

Persuadé que les résultats défectueux qu’on attribuait à l’insuffisance de la photographie, tenaient le plus souvent au défaut de goût de la part des opérateurs, M. Blanquart s’est demandé quelles étaient les règles qu’il fallait observer pour obtenir de belles épreuves, harmonieuses dans leur ensemble, exactes, sans sécheresse, et telles enfin qu’un artiste les pouvait désirer.

Dans l’image qui se forme au foyer d’une chambre noire, les parties qui occupent les premiers plans sont toujours amplifiées par rapport aux plans les plus éloignés, et il y a souvent défaut de proportion. Or, comme dans un tableau il y a toujours un sujet principal et des accessoires, M. Blanquart pose en principe qu’il faut sacrifier les accessoires au sujet principal , et faire de celui-ci le plan principal du tableau.

Dans un portrait, le plan principal sera la figure. Un opérateur intelligent et doué de quelque goût devra donc, lorsqu’il exécutera un portrait, se préoccuper de rendre la figure sans lui faire subir de déformation. Cette condition une fois remplie, il devra considérer le plan de la figure comme le plan

principal du tableau, et rapprocher autant que possible toutes les autres parties du corps de ce plan. En procédant de cette manière, on obtient des épreuves exactes, correctes, et d’une grande harmonie.

Aussi , dans les portraits , doit-on éviter avec le plus grand soin toutes les poses dans lesquelles une partie du corps est trop en saillie sur le plan de la figure.

Après avoir posé la règle qu’il faut suivre en ce qui concerne l’arrangement et la disposition du tableau, M. Blanquart se demande s’il est indifférent de donner indistinctement toute espèce de teinte à une épreuve. Poser une telle question, c’est la résoudre. Il est évident que si la photographie peut disposer avec certitude d'un certain nombre de teintes, il y en aura toujours une parmi celles-ci qui sera mieux appropriée à un sujet donné que toutes les autres.

Il s’agit donc de savoir comment on peut varier à volonté la teinte d’une épreuve, la renforcer ou l’affaiblir.

J’ai dit en commençant qu’on fixait l’épreuve au moyen de l’hyposullitc de soude, et je rappelle que ce sel fixe l'image.

parce qu'il dissout le chlorure d’argent sur lequel la lumière n’a pas agi dans la chambre noire.

Or, qui se douterait que par l’action seule du bain d’hyposulûte on peut varier à l’infini le caractère général d’une épreuve, en changer totalement la coloration, renforcer les ombres, donner plus d’éclat aux lumières, et amener dans le dessin une finesse de ton d’une délicatesse incomparable.

Ainsi, un bain d’hyposulfite sans addition d’aucune autre matière, donne de la sécheresse, et convient parfaitement aux paysages où il s’agit de reproduire une nature aride et désolée.

Veut -on donner plus de puissance aux ombres, sans affaiblir les lumières, et a toute l’épreuve le ton noir d’une sépia? Rien n’est plus facile: il suffit d’ajouter au bain quelques cristaux de nitrate d’argent, ou un peu d’acide acétique cristallisable.

Avec le nitrate d’argent, le papier de l’épreuve prend la teinte jaune du papier de chine, et avec l’acide acétique il conserve toute sa blancheur, ce qui établit encore, entre ces deux épreuves, une différence intéressante sous le rapport de l’art.

En ajoutant au bain d’hyposulfite, quelques gouttes d’ammoniaque, l’effet change complètement.

L’épreuve passe au rouge. Elle prend l’aspect d’une sépia de Rome. Ces genres de bains sont particulièrement propres à rendre les tons chauds.

Enfin, suivant qu’on emploie tous ces bains, concentrés ou étendus d'eau, préparés depuis longtemps et ayant déjà servi , ou préparés au moment de les employer et servant pour la première fois, on obtient encore des effets différents, mais constants et invariables pour chaque espèce de bain; ce qui fait de chaque bain comme une espèce de glacis différent, qui modifie l’aspect général de l’épreuve et lui donne un caractère à part.

Par les détails dans lesquels je viens d’entrer, on voit quel charme la photographie doit offrir à celui qui sait tirer parti de l’action différente des bains.

La photographie n’est plus une expérience de physique, dont les résultats sont invariables et indépendants de l'opérateur. Désormais le goût et le sentiment concourront à les compléter.

Après avoir découvert les conditions qui assurent la bonne venue des épreuves , et qui consiste, comme on sait, à faire pénétrer la dissolution d'argent dans l’intérieur du papier, M. Blanquart s’est occupé de la photographie en artiste, et sous ce rapport il a posé quelques règles, dont on ne s’écartera jamais en vain.

Après avoir rendu ainsi la photographie usuelle , et avoir

fait de ses produits de véritables objets d’art, M. Blanquart vient de compléter son oeuvre , en mettant la photographie au service de l’ industrie.

On produira désormais des épreuves photographiques avec autant de facilité que des lithographies et des gravures, et le moment n’est pas loin où la librairie illustrera ses plus beaux ouvrages avec des photographies.

Quel intérêt n’auront pas de telles publications lorsqu’il s’agira de voyages ou d’explorations scientifiques!

Avec une épreuve photographique , on peut suivre pas à pas l’ historien ou le voyageur, ayant constamment sous les yeux un moyen de contrôle pour vérifier l'exactitude de ses assertions.

Ce nouveau résultat est dû encore aux efforts et à la sagacité persévérante de M. Blanquart.

Dans la préparation des épreuves négatives , on se sert d<î l’acide gallique pour rendre l'image apparente.

Au moment où on sort l’épreuve de la chambre noire* on n’aperçoit pas trace d’image, cependant cette image existe bien réellement puisqu’il suffit de plonger l’épreuve dans un bain d’acide gallique pour quelle apparaisse aussitôt.

Photographie sur papier, g

On peut comparer l’action que l’acide gallique exerce dans ce cas , à celle des vapeurs de mercure dans le daguerréotype: l’un et l’autre, bien que par une action différente, ont du moins ce résultat commun , de rendre l'image apparente et de la faire sortir comme par enchantement d’une surface où l’œil n’en apercevait pas la plus légère trace.

Avant M. Talbot, on avait essayé de fixer l’image de la chambre noire, au moyen du chlorure d’argent, que la lumière a la propriété de noircir, mais l’on ne réussissait pas, parce que cette action est lente , et que des accidents avaient détruit le dessin avant son entière formation.

Du chlorure d’argent, qui est parfaitement blanc, mais que la lumière a touché, noircit immédiatement, si on le met en contact avec de l’acide gallique. Il en résulte que l’acide gallique agit ici comme le ferait la lumière elle-même , si son action avait été prolongée un temps suffisant.

Dans la préparation des épreuves positives , par les méthodes actuellement en usage, on se servait uniquement de la lumière pour colorer l’épreuve, ce procédé avait l’inconvénient d’être long et subordonné à l’état du temps : par un temps pluvieux il est impossible de faire une bonne épreuve positive.

Au moyen de l’acide gallique, M. Blanquart évite tous ces inconvénients, il traite l’épreuve positive exactement comme on le fait pour une épreuve négative lorsqu’on la sort de la chambre noire. Après avoir exposé l’épreuve à la lumière, pendant une minute ou une demi-minute , et bien que le papier soit parfaitement blanc et ne décèle pas la plus légère trace d’image, M. Blanquart rend celte image apparente instantanément au moyen de l’acide gallique; ce que l’on demandait à l’action longtemps prolongée de la lumière, M. Blanquart le produit au moyen de l’acide gallique, et avec bien moins de peine.

Bans l’état actuel de la photographie , on ne peut pas obtenir de la même épreuve négative plus de trois ou quatre épreuves positives par jour. Avec le nouveau procédé de M. Blanquart , on peut élever ce nombre à trois ou quatre cents , de manière que dans une usine où 30 ou 40 épreuves négatives fonctionneraient journellement , on pourrait facilement produire 5 à 6 mille épreuves positives , qui seraient livrables le jour même, à un prix très-modique.

On peut donc dire sans exagération, que l’industrie photographique est désormais un fait accompli , et que ce fait important est encore l’œuvre de M, Blanquart,

Outre la photographie sur métal et sur papier, il y a encore îa photographie sur verre. Cette branche importante de la photographie a été fondée par M. Niepce de St-Victor, neveu du premier inventeur.

Pour obtenir une épreuve sur verre, on étend à la surface d’une plaque de verre une couche d’albumine, sur laquelle on fait agir les mêmes réactifs que sur le papier.

Legrand avantage de la photographie sur verre, c’est de fournir des épreuves négatives plus résistantes que les épreuves sur papier et d'un meilleur usage. Pour les applications de la photographie a l’industrie, les épreuves négatives sur verre seront d’une grande utilité.

de la photographie sut PAPIER COMPAREE a là photographie

ilTU MÉTAL.

Dans la "photographie sur métal, l’épreuve est un type unique , qu’il est impossible de reproduire , et dont la jouissance est exclusivement réservée à un petit nombre de personnes.

Les épreuves sur plaques ont un aspect miroitant, dosa-

gréable, qu’on a trouvé le moyen d’affaiblir dans ees derniers temps , mais qui existe encore d’une manière assez prononcée.

Uaiis la photographie sur métal , l’épreuve a un caractère invariable, et qu'il n’esl pas au pouvoir de l’opérateur de changer.

Sous tous ces rapports, la photographie sur papier l'ena* porte de beaucoup sur la photographie sur métal.

Avec la photographie sur papier, les épreuves sont multipliées à riulini, le minutage n existe plus, el l'opérateur peut varier à son gré le caractère des épreuves.

Dans la photographie sur métal, l’opérateur est enfermé dans un cercle étroit de procédés dont il ne peut sortir, et dont l’observation la plus stricte lui est imposée, sous peine d’un insuccès sans retour.

Dans la photographie sur papier, l’opérateur a des allures plus libres : les productions lui appartiennent plus en propre, son art n’est pas une formule aride et sèche comme toutes les formules, mais un ensemble de procédés dont l’application n’est pas aussi absolue.

Si une image est trop faible, dans la photographie sur métal, le mal est irréparable, et l’épreuve restera toujours trop faible.

Dans la photographie sur papier, rien ne s’oppose A ce

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qu’on la renforce, un bain d’acide gallique nitraté en donne immédiatement le moyen»

Dans la photographie sur papier , l’opérateur est un artiste au même litre que le graveur, dont le travail se rapproche, sous quelques rapports, de la photographie.

En effet, le graveur, pour former le trait, de sa planche, commence par copier un dessin; mais la copie faite, il a recours à des mordants pour la compléter, et au moyen de ces mordants , d’une œuvre qui n’était que la copie de l’œuvre d’un autre, il a fait une œuvre qui est à lui.

Dans la photographie sur papier , l’opérateur procède exactement comme le graveur. L’épreuve qui sort de la chambre noire lui sert de canevas, comme au premier le dessin de sa planche, et au moyen de bains judicieusement choisis, il fait naître une image dont les lignes et les plans lui étaient imposés, mais qu’il interprète de manière à faire un tableau vague ou léger, ferme ou vigoureux , au gré de son sentiment d’artiste.

Sous le rapport de la variété des effets, et de la liberté laissée à l’opérateur, la photographie sur papier l’emporté donc sur la photographie sur métal ; mais l’avantage reste à cette dernière lorsqu’il s’agit de la vigueur du trait, de sa netteté et de la dégradation admirable des lumières.

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