‹ Traité de photographie sur papierChapitre 41 sur 59 · I. MOYENS POUR RENFORCER LA COULEUR DES ÉPREUVES NÉGATIVES · texte numérisé non relu

I. MOYENS POUR RENFORCER LA COULEUR DES ÉPREUVES NÉGATIVES

Lorsqu'on passe une épreuve négative à l’acide gallique, le plus souvent on la retire du bain avant que les noirs de l’épreuve aient atteint le degré d’intensité qui donnerait au dessin tout son éclat. Dans le bain, on suit à vue d’œil pour ainsi dire l’action de l’acide gallique; et lorsque l’épreuve est bien venue, on craint toujours de la perdre, en la laissant séjourner trop longtemps dans le bain, d’où il résulte, qu’on la retire trop tôt et avant que l’acide ait produit toute son action; on est trompé surtout, sur la convenance qu’il y aurait à prolonger cette action, parce qu’on se contente de regarder la surface de l’épreuve, tandis qu’il faut toujours la regarder par transparence. Une épreuve qui paraît belle à la. première vue, ne donne le plus ordinairement que des dessins médiocres; tandis qu’une autre épreuve, qu’on serait tenté de croire inférieure à la première, parce que les tons sont moins tranchés, plus fondus, fournit des épreuves admirables. On peut se rendre compte de ces différences en regardant ces deux épreuves par transpa-

rence à la lumière d'une lampe ou d une bougie : dans la première, le dessin se détache à sa surface seulement, et le passage des lumières aux ombres se fait sans transition , tandis que dans les secondes, les réactifs chimiques ayant pénétré dans la masse du papier, les dégradations de lumière sont continues et plus ménagées.

On doit toujours examiner les épreuves négatives par transparence. A celle condition seulement on a des renseignements certains sur l’effet véritable que les réactifs ont produit.

C’est parce qu’on ne suit pas ce précepte, que les épreuves négatives sont presque toujours trop faibles. Ce défaut est d’autant plus fréquent, qu’il est presque impossible, lorsqu’une épreuve a été obtenue à une douce lumière , de Jui donner par un seul bain toute la coloration qui serait nécessaire pour obtenir ensuite des épreuves positives satisfaisantes.

L’insuffisance de la coloration dans les épreuves est une des causes les plus fréquentes d’insuccès.

Heureusement, une épreuve négative trop faible n’est pas une épreuve perdue ; et nous allons nous occuper des moyens de lui donner, après coup, même après en avoir tiré un grand nombre d’épreuves positives , plus de coloration et de vigueur.

Pour être soumise à ce nouveau traitement, l’épreuve ne doit pas être cirée. C’est la seule condition de rigueur. Cette condition étant remplie, on fait tremper l’épreuve dans de l’acide acétique cristal lisable. Sous T influence de cet acide, le papier devient résistant comme du parchemin, et il acquiert de plus le même degré de transparence qu’un papier huilé.

Si par hasard la transparence n’était pas uniforme sur toute la surface de l’épreuve, il faudrait laver l’épreuve à grande eau, la passer au bromure comme s’il s’agissait de la fixer, puis la sécher de nouveau, et la mettre à tremper une seconde fois dans l’acide acétique.

Lorsque l’épreuve a acquis le degré de transparence que nous signalons , on la met à tremper dans un bain saturé d’acide gallique, auquel on ajoute quelques grains de nitrate ou d’acéto-nitrate d’argent.

11 faut avoir soin, dans le cours de cette opération, d’agiter le bain , pour dissoudre tout l’acide acétique qui est à la surface du papier. Au bout de quelques instants d’immersion dans le bain , les parties colorées de l'épreuve passent au noir foncé, et il arrive même un moment où le dessin se voile, et disparaît en totalité sous une couche uniforme de noir, qui semble s’étendre jusqu’au verso de l’épreuve.

Celle nouvelle épreuve, qu’on serait tenté de croire perdue, a acquis une valeur inattendue, car, si on la regarde par transparence, on découvre que cette coloration noire n’a pas altéré la transparence du papier dans les parties claires , et que les noirs ont seuls été colorés.

On a proposé , avant nous, de renforcer ainsi les épreuves trop faibles , au moyen de l’acide gallique ; mais il arrive presque toujours, lorsqu’on a recours à ce moyen , sans faire tremper préalablement l’épreuve dans l’acide acétique, que toute la masse du papier se colore, et que l’épreuve perd complètement sa transparence : le même effet se produit encore malgré l’emploi de l’acide acétique, lorsque l’épreuve négative a été cirée. Ainsi , comme nous le disions en commençant , pour que l’acide gallique produise de bons résuh

tats, il faut que l’épreuve ne soit pas cirée, et qu’avant d’ètre mise en contact avec cet acide, elle soit passée à l’acide acétique.

Lorsqu'on sort l’épreuve du bain d’acide gallique, on la jave à grande eau, et on la plonge dans une dissolution d'hyposulfite de soude, acidulée par quelques gouttes d’acide acétique.

On peut se servir sans inconvénient pour cet usage, d'une dissolution fraîche d’hyposulfite; sous l’influence de cette nouvelle dissolution, les blancs de l'épreuve reparaissent avec leur éclat primitif, et les noirs conservent toute leur intensité.

Afin que l’action de l'hyposulfite ne se localise pas sur la surface de l’épreuve, il faut agiter souvent l’épreuve dans le bain, sans l’en sortir. 11 y a aussi un véritable avantage à ne traiter qu’une épreuve à la fois.

Lorsqu’on peut surveiller ainsi l’action de l'hyposulfite, ou peut avoir recours sans inconvénient à des dissolutions très-concentrées. Mais lorsqu’on est forcé d’abandonner l'opération à elle-même, il faut employer de toute nécessité des bains étendus, et chaque bain ne devra contenir qu’une épreuve à la fois.

On reconnaît que l’action de l’hyposulfite a été poussée assez loin , lorsque les blancs ont repris toute leur fraîcheur et leur transparence.

Au sortir du bain d’hyposulfite, l’épreuve est lavée â grande eau et cirée comme à l’ordinaire.

■Nous l’avons déjà dit, et nous le répétons encore, pour avoir une épreuve positive satisfaisante, il faut donner le plus de transparence possible au papier de l’épreuve négative,

et, sous ce rapport, l’emploi de la cire ne laisse rien à désirer. Mais avant de s’en servir, il faut s’assurer que l’épreuve a toutes les qualités de nuance requises , car, une lois que l'épreuve est cirée, il est impossible de la soumettre à de nouveaux traitements pour la colorer.

§ II. MOYENS POUR RENFORCER LES ÉPREUVES NÉGATIVES SUR VERRE , QUI SONT TROP FAIBLES.

Les épreuves sur glace n’ont pas besoin d’être passées à l’acide acétique, comme les épreuves sur papier; l’acide acétique aurait même dans ce cas une fâcheuse influence : il exercerait une action corrosive sur l’albumine, il la dessécherait, et la ferait fendiller en tous sens.

Pour renforcer une épreuve sur verre, il suffit de la plonger dans une dissolution saturée d’acide gallique. On accélère l'action du bain, en le chauffant légèrement, ou en y ajoutant une goutte ou deux d’acéto-nitrate d’argent. Mais, il ne faut user de ce moyen qu’avec une extrême réserve.

Il faut se souvenir encore que l’image négative sur verre, est, dans la réalité, plus puissante qu’elle ne le paraît, lorsqu’on la regarde dans le bain ; et comme il est toujours facile de renforcer une épreuve trop faible par une nouvelle immersion dans l’acide gallique, quel que soit d’ailleurs le

nombre des immersions auxquelles on l’a déjà soumise, il y a un véritable avantage à procéder avec réserve , et à se réserver la faculté de compléter l’action d’un traitement qui aurait été insuffisant, par un traitement nouveau.

Au sortir du bain, on lave l’épreuve à grande eau, et on la plonge dans une dissolution d’hyposulfite de soude , préparée exprès pour cet usage.

Au sortir de l’iiyposulfite, la glace est encore lavée à grande eau, et mise à sécher dans une chambre dont la température n’est pas trop élevée et l’atmosphère trop sèche. Il n’y a jamais d’inconvénient à faire sécher l’épreuve dans un lieu un peu humide. Plus la dessiccation s’opère lentement, et plus on a de chances pour que l’épreuve se conserve longtemps sans s’altérer.

Des faits généraux que nous venons d’exposer, il résulté quelques conséquences do la plus haute importance, et sur lesquelles nous croyons devoir insister un moment.

Puisqu’au moyen de l’acide gallique , convenablement employé , on peut renforcer autant qu’on veut les noirs d’une épreuve négative, il est bien évident qu’on peut se passer d’une vive lumière pour produire des tons foncés ; et ici, la photographie sur papier a plus de ressources que la photographie sur plaque, car l’intensité des lumières dans une épreuve sur plaque résulte de l’intensité même de l’impression que la lumière a produite et que les vapeurs de mercure rendent sensible , tandis que dans la photographie sur papier , une vive lumière accusée faiblement , à cause d’une exposition de peu de durée, peut être rendue avec toute la vivacité désirable, au moyen de traitements successifs par l’acide gallique.

Photographie sur papier «,

11 y a même un grand avantage à ne pas abuser des vives lumières, el à suppléer à une action lumineuse trop faible par des bains successifs, car, de celte manière, on évite l’empâtement des épreuves, qui se produit presque toujours lorsque l’exposition a été trop prolongée, ou qu’on a opéré à une lumière trop vive.

D’un autre côté, si Ton fait agir trop longtemps l’acide gallique sur une épreuve négative , au sortir de la chambre noire, celle épreuve est infailliblement perdue ou compromise , car alors l’action de l'acide gallique s’étend aux blancs de l’épreuve qu’il altère. Or, cet effet ne se produisant pas , lorsque l’épreuve a été passée avec réserve une première fois à l’acide gallique, puis lavée à l’acide acétique, pour être passée de nouveau à l'acide gallique, il en résulte qu'il y a un grand avantage à employer l’acide gallique en bains successifs , concurremment avec l’acide acétique.

Page 1