DE LÀ PHOTOGRAPHIE CONSIDÉRÉE SOUS SES RAPPORTS AVEC LA SCIENCE
Une branche importante des sciences physiques , celle qui traite de la mesure de la lumière, la Photométrie, a emprunte à la photographie ses plus précieuses méthodes d’expérimentation.
Avant la découverte de la photographie, on ne pouvait déterminer avec rigueur l’intensité comparative de deux sources lumineuses, que lorsque celles-ci brillaient simultanément. Grâce aux procédés photographiques, on peut aujourd’hui mesurer l’intensité d’un nombre illimité de sources lumineuses; pour cela, il suffit de placer une plaque iodée au foyer d’une lentille, l’altération qui se produit sur la plaque sert de mesure à l’intensité de la lumière émise.
Les physiciens ont pu comparer ainsi les rayons éblouissants du soleil , et ceux trois cent mille fois plus faibles de la lune.
MM. Fizeau et Foucault ont eu recours aux mêmes moyens pour étudier les diverses sources lumineuses que la nature nous offre, ou que nous pouvons produire artificiellement.
La grande exactitude des reproductions photographiques, permet d’employer cette méthode , pour mesurer la grandeur d'objets nombreux , que l’on a besoin de comparer.
Je citerai à cet égard une expérience qui m’est personnelle.
Depuis plusieurs années je m’occupe de recherches sur la végétation. Mon but a été de découvrir la part que les différents principes constitutifs du sol prennent dans la nutrition des plantes. Pour obtenir la solution cherchée, je procède par comparaison : je fais végéter des plantes de la même espèce dans un grand nombre de pots, qui sont remplis de terre convenablement préparée. Lorsque les plantes grandissent, il y a un grand intérêt pour moi à comparer leur développement, dans toutes les périodes de leur végétation , et à conserver les renseignements que je recueille sous ce rapport.
Mais comment faire pour mesurer chaque plante dans un pot qui en contient 30 , si l’expérience a lieu sur un grand nombre de pots, comme c’est le cas dans l’expérience dont je parle?
Au moyen de la photographie , rien au monde nest plus facile.
Tous les pots sur lesquels j’opère sont placés sur un talus de terre élevé de 1 mètre au-dessus du sol. En avant de la
rangée des pots, je place un cadre en bois, sur lequel sont tendus dans les directions perpendiculaire et horizontale, des lils de cuivre peints en blanc; il résulte de cette disposition, que le châssis est couvert de petits carrés, formés par le croisement des fils , et qui ont, si on veut, 1 décimètre de côté.
Ce châssis étant placé devant un certain nombre de pots, je reproduis le tout par la photographie, il en résulte une image dans laquelle les plantes elle pot se détachent sur un fond qui peut servir d’échelle, car pour savoir la hauteur d'une plante, il subit de connaître le rapport du carré formé par le croisement des lils, sur l’épreuve et sur le cadre de bois; et de cette manière on obtient du même coup un tableau où l’on peut comparer la végétation • de tous les pots, et déterminer au besoin la dimension absolue des plantes contenues dans chacun d’eux.
La photographie n’a pas dit son dernier mot, chaque jour au contraire amène des progrès nouveaux et importants. Peuton espérer qu'on parviendra un jour à reproduire les couleurs? Nous croyons que ce jour n'est pas éloigné.
Ce problème sera résolu lorsqu'on aura découvert une seule et même substance, que les rayons rouges coloreront en rouge, les rayons jaunes en jaune , et les rayons bleus en bleu»
xux
Or, M. Niepce, l’inventeur de la photographie, a oblenu déjà des effets de ce genre.
M. Seebeek , M. John Herschell, et plus récemment M. Becquerel, ont réussi à imprimer, sur une plaque d’argent ou des papiers sensibles, l’image du spectre solaire.
La lumière blanche, la lumière du soleil, résulte, connue on sait, de la réunion d’un certain nombre de rayons colorés, dont l’impression simultanée sur notre œil produit l'impression du blanc. Si l’on dirige un rayon de lumière sur un verre transparent taillé en prisme, les différents rayons qui composent ce faisceau de lumière , sont inégalement réfractés dans l’intérieur du verre.
Au sortir du prisme, ils se séparent en éventail, et viennent former sur l’écran qui les reçoit, une image oblongue, où l’on trouve isolées toutes les couleurs simples qui composent la lumière blanche; on y voit assez nettement indiqués, le rouge, l’orange, le jaune, le vert, le bleu, l’indigo et le violet. C’est une image de ce genre que M. John Herschell et M. Becquerel sont parvenus à imprimer sur une plaque d’argent ou des papiers photogéniques. Evidemment , ces observations mettent hors de doute, que le jour n’est pas éloigné, où la photographie reproduira la couleur des objets. Des phénomènes d’un autre ordre viennent de confirmer notre confiance à cet égard.
M. Daguerre, l’inventeur delà Photographie, a découvert
Photographie sur papier. d
une poudre qui émet une lueur rouge lorsque la lumière rouge l’a frappée; une autre poudre à laquelle la lumière bleue communique la propriété de rayonner en bleu; une troisième enfin, (pii dans les mêmes circonstances, devient lumineuse en vert, par l’action de la lumière verte; en mêlant toutes ces poudres ensemble , on obtient un mélange qui émet une lueur rouge, verte, ou bleue, suivant qu’on fait agir sur lui une de ces trois lumières.
En étudiant d'une manière plus suivie ce nouvel ordre de phénomènes, il ne serait pas impossible qu’on vînt à découvrir un vernis sur lequel la lumière imprimerait toutes les nuances des objets, comme elle en reproduit la forme extérieure.