‹ Traité de phrénologie (volume 2)Chapitre 27 sur 78 · PROPOSITIONS ANATOMIQUES · texte numérisé non relu

PROPOSITIONS ANATOMIQUES

Tous les animaux pourvus d'une colonne vertébrale ont une des extrémités de celle-ci terminée par un renflement composé de plusieurs pièces osseuses destinées à contenir et protéger le système nerveux présidant à leurs facultés intellectuelles et affectives. Ce renflement ou celte boite est désigné sous le nom de crâne.

La forme du crâne des animairx vertébrés varie prodigieusement en étendue, suivant les classes , les ordres , le genre et les espèces. Chaque espèce a un type qui lui est propre, et qui ne permet pas de la confondre avec une autre. On Irouve cependant chez elles des différences assez remarquables de volume ; différences qui expliquent celles que présente l'étendue d'action du système nerveux chez les individus de la même famille.

(Il 0 L'ouvrage de Gall se Irouve complètement dépourvu des propositions jcnernlcs anaf tomiques que nous prcsenlous ici , et dont l'importance sera encore mieux stntie , lors- » qu'on aura lu dans notre second volume les propositions physiologiques qui s'y ratia- » client, e

DB PURt::M)I.UCilI^. 8S

La forme du crîluo èlant domiéc , il est facile d'apprjcior à rcxtcrieur celle de l'encéphale, sauf cependant quelques exceptions résultant d'un état maladif et de la presence des sinus chez l'homme et quelques espèces d'animaux.

Les os qui concourent à la formation du crâne des animaux vertfcbrés augmentent en nombre en descendant de l'homme jusqu'aux poissons.

On ne peut avoir de connaissances bien positives et approfondies en phrénologie humaine et comparée , si ou ne possède pas au moins la connaissance de ciiacun de ces os chez les espèces servant à l'application de cette science.

L'homme est , de tous les animaux vertébrés, celui dont la partie antérieur© du crâne se trouve le plus amplement développée. Viennent ensuite l'éléphant , l'orang-outang , les chiens , le cheval et les singes , chez les quadrupèdes. Les perroquets , les espèces appartenant au genre corvus et les oies ont cette région assez développée. Le dinde , la poule et plusieurs espèces d'oiseaux de rivage sont , de tous les oiseaux , ceux qui la présentent dans le moins haut degré de développement.

Le développement complet du crâne n'a lieu qu'à une époque plus ou moin$ éloignée de la naissance ; son accroissement est généralement plus rapide dans les animaux que chez lliomme , où il n'a lieu complètement que de vingtcinq à trente ans.

L'homme est , de tous les animaux , celui dont le crâne présente encore la trace de sutures dans un âge très-avancé.

Les oiseaux sont , de tous les animaux , ceux dont les pièces osseuses crâniennes se soudent le plus promptement. Viennent ensuite quelques carnivores, tels que la marte , le putois , la belette et le blaireau.

La surface interne du crâne présente , dans un grand nombre de classes , d'ordres et de genres , des dépressions en harmonie avec les reliefs ou plis du cerveau. L'homme , les quadrumanes , tous les luminans , les pachydermes , les solipèdes , les carnivores (1) , sont dans ce cas.

(1) De cette famille nous exceptons la laupe clitz <jui nous avons trouve uu ccrvetu lisse.

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La surface iiilernc du crAne de tous les rongeurs , eans exception , el la même surface chez les oiseaux, est lisse. On y remarque cependant quelques dépressions ou enfouccmens , en rapport avec les parties les plus saillantes, de l'encéphale.

Les oiseaux sont , de tous les animaux vertébrés , ceux doirt la surface externe du crâne se trouve le plus en harmonie avec l'encéphale , ce qut est dû au peu d'épaisseur des deux lames qui le composent , et à leur parfait parallélisme (1). Viennent ensuite les rongeurs, puis les petits carnassiers.

Les oiseaux sont , de tous les vertébrés , ceux dont le crâne présente le plxis de symétrie dans sa forme ; de manière que toute la partie droite de cette cavité diffère très-peu d'étendue d'avec celle du côté opposé. Plus on s'élève dans la classe des vertébrés , et plus cette symétrie disparaît d'une manière sensible , jusqu'à l'homme qui est , de tous les animaux , celui qui la présente dans le plus haut degré.

L'âge amène des changemens remarquables dans la diminution du crâne , son épaisseur et sa densité. Ces changemens sont assez fréquens chez l'homme, mais surtout chez les singes , du moins quant à la diminution : viennent ensuite quelques pachydermes, le blaireau et les chiens. Les rongeurs, et surtout les oiseaux , sont , de tous les animaux , ceux dont le crâne éprouve 1© moins de changement par l'effet de l'âge.

(1) Le moyen duc et l'effraie font exception, ainsi (jue nous Tavons dit lors de l'analomie du crâne.

CHAPITUE VII.

DÉVEI.OPrf.MFXT DU CRANE DE L U03IME ET DES ANIMAUX VERTEBRES; CHANGE- BIENS QUE CETTE BOITE OSSELSE ipROUVE AVEC LAGE.

Nous ne suivrons pas ici toutes les phases de développement qui ont lieu dans le crâne de l'homme et des animaux vertébrés : ce serait tout-à-fait sortir du cercle dans lequel nous devons nous renfermer ; nous nous attacherons seulement à faire connaître les faits les plus importans , ceux que le phrénologiste ne doit pas ignorer.

Dans l'état embryonique , la léte de l'homme et des animaux vertébrés représente une espèce de petit sac ovalaire, composé d'une membrane trèsmince, sans aucune trace d'ossification. Comparée alors avec le corps, elle offre un volume très-considérable : à une certaine époque , des points osseux se font apercevoir d'abord à la base , ensuite aux diverses parties de la voûte , particulièrement sur le centre des os qui la composeront. Cette ossification s'étend ensuite , de manière qu'à l'époque où l'enfant vient au monde y le crâne se trouve complètement ossifié , excepté cependant quelques points désignés sous le nom de fontanelle , pi. VIII it's , fig. 2 , S, -4, S; il est digne de remarques qu'il n'existe alors aucune trace d'engrenure des os ou suture. Ce travail ne doit avoir lieu qu'à une époque plus éloignée ; c'est ordinairement à l'âge de onze ou douze mois que l'on en aperçoit quelques traces , et presque toujours à l'articulation de l'os occipital avec les pariétaux , suture lambdoïde. Voir la pi. YIII his, fig. 3, représentant la tête d'un enfant de onze mois.

Ces points du crâne qui ne sont pas encore ossifiés , à l'époque delà naissance, et que nous avons désignés sous le nom de fontanelles, sont au nombre de six et formés par une portion membraneuse. La plus grande de toutes, fig. 2 , id. pi. , se voit à la réunion des pariétaux avec le coronal ; les autres dans les points suivans : 1° à la réunion de l'angle supérieur de l'occipital avec les angles supérieurs des pariétaux ; 2" au-dessus de l'apophyse mastoïde : celle-ci est double ; enfin la dernière , qui est double aussi , se trouve dans la fosse temporale. Ce défaut d'ossification dans plusieurs point du crâne, est réellement admirable : d'une part il facilite l'accouchement , de l'autre il s'oppose à la gravité des accidens auxquels les cliutes ou les pressions sur la tête de l'enfant pourraient donner lieu. Les espaces membraneux finissent par disparaître avec l'âge , cl se trouvent remplacés par les sutures. Dans l'enfance et dans la jeunesse , les os du crâne sont loin d'offrir la même épaisseur qu'ils auront dans lâge adulte, et surtout à celui delà virilité. Tant que le cerveau n'a pas encore acquis tout son développement , le mou-

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venienl de nutrilion des parois crAniennos conlinue et se trouve en harmonie avec celui de l'organe qu'il renferme. On a quelquefois vu des tètes présenter un développement sensible entre dix-huit et trente ans. Nous citerons pour exemple Napoléon dont la tète , au dire de beaucoup de personnes qui l'ont connu pendant son séjour à l'Ecole militaire , augmenta beaucoup en volume jusqu'à l'époque où il commença à jouer un rôle sur la scène du monde.

Comme tout le reste du système osseux , celui du crâne augmente d'épaisseur et de densité avec l'Age. Voici les dispositions les plus générales que l'on rcnconlrs. Depuis l'âge viril jusqu'à l'époque de la vieillesse commençante : dureté et épaisseur de la substance connue sous le nom de diploë. Passé cette époque , il est impossible d'établir de règle générale ; du moins c'est ce qui nous a été di^montré par l'inspection d'un assez grand nombre de crânes humains ayant appartenu à des personnes de l'âge de soixante jusqu'à quatrevingt-dix ans. Passé cette époque, les os du crâne augmentent quelquefois en épaisseur et deviennent plus légers , plus spongieux ; le diploë, comme nous l'avons vu, se trouve détruit, absorbé en partie ou en totalité; de là, cet amincissement général ou partiel que l'on encontre assez souvent dans les crânes des personnes décrépites. Nous possédons onze tètes présentant ce caractère. On trouve quelquefois chez les vieillards les os du crâne trèsépais et très-durs ; mais j'ai de fortes raisons pour croire que c'est un véritable cas pathologique ; il est aussi très-commun de le trouver dans cet étal chez les personnes mortes à la suite de manie ayant duré pendant très-longtemps. Je possède le crâne d'un homme de soixante-quatre ans , mort dans une maison d'aliénés : il est très-dur, très-épais et très-pesant. J'ai enlevé à plusieurs de ces crânes la table externe , sans pouvoir découvrir , dans leur diploë , ces sillons veineux découverts par M. Dupuytreu ; sillons que l'oa trouve constamment chez l'adulte et même chez des vieillards dont le crâne ne présente pas ce genre d'altération.

Les dépressions que l'on voit fréquemment à la surface du crâne des vieillards ne sont pas, comme Gall le prétendait (1) , le résultat de l'affaissement de la table interne qui suit, dit-il , le mouvement de décomposition du cerveau. Il m'a été facile de me convaincre qu'aucun affaissement delà lame interne n'est sensible , lors même que l'externe est déjà très-déprimée. 11 faut attribuer ces dépressions à la résorption du tissu diploïque. Je possède tant de faits à cet égard, que je les considère comme à l'abri de toute contestation.

Il existe encore d'autres états particuliers des os du crâne ; mais il en sera question lorsque nous traiterons des têtes malades , sujet auquel nous consacrerons un chapitre tout entier.

Le mouvement de nutrition , dans les premiers temps qui suivent la nais-

(1) Gall, sur les fonction» du cerveau, 3' vol., edit. in-S".

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sancc de l'homme et des animaux , se fait avec une telle rapidité , qu'il a souvent lieu de nous surprendre. Celui , surtout , qui accompagne le développement du système nerveux cérébral et de son enveloppe osseuse , n'est pas un des moins remarquables. Que l'on compare, par exemple, le volume des quatre tètes représentées pi. YIII bis, et l'on sera surpris de trouver, dans une période de temps si peu considérable , un changement aussi frappant en volume. La tète , fîg. 1 , pi. VIII bis , est celle d'un fœtus de quatre mois et demi ; celle marquée 2 , id. pi. , d'un enfant à terme ; celle n" S , d'un enfant de quatre mois et demi ; cnîin la tig. 3 fait connaître le volume delà tète d'un enfant de onze mois après la naissance. Plus on se rapproche de l'époque de la naissance de l'homme et des animaux , et p!us cet accroissement devient prononcé. Quelques jours même suffisent chez les animaux pour laisser apercevoir une différence très-marquée dans le développement de leur tète. La pi. VIII représente dix tètes de trcs-jeuiies animaux. Celles indiquées par les numéros 2 et •> , appartenaient à deux jeunes chats de la même portée, n'ayant entre eux qu'une différence d'existence de cinq jours. On voit que celle du chat de cinq jours est déjà sensiblement accrue en volume. Les deux tètes , fig. 1 et (ig. 4 , sont celles de deux jeunes chiens corses de la même portée : sur cinq petits j'en avais choisi , avec intention , deux dont les tètes présentaient un volume égal. Le n" 1 fut tué le jour dé sa naissance, l'autre seulement au bout de quinze jours. La différence de grosseur, comme on l'aperçoit, est énorme. Cette progressiosi si rapide dans le développement du crâne, et conséquemment du cerveau du chien et du chat , est applicable à tous les quadrupèdes appartenant à la famille si nombreuse des carnassiers. Un développement Irès-cousidèrable du crâne a lieu pareillement dans toute la famille des rongeurs. J'ai vu après deux jours , de jeunes cochons d'Inde présenter un crâne très-développé , beaucoup plus même que celui des carnassiers ; leurs dents , comme on peut le voir , id. pi. , fig. ô , sur la tête d'un jeune cabiais de deux jours , sont déjà apparentes; ils peuvent même en faire usage pour se nourrir avec des feuilles tendres. Celui d'un lièvre de deux jours, id. pl. , fig. 8 , est, comme on le voit aussi , dans un état d'ossification très-avancé.

L'augmentation de volume du crâne m'a paru moins rapide dans la famille des plantigrades, notamment le hérisson. La tête, représentée, id. pl., fig. , est celle d'un jeune animal de celte espèce , âgé de quinze jours. Chez les oiseaux , le développement est assez rapide ; la tête , représentée fig. 7 , est celle d'un geai de vingt jours ; elle offre alors presque le même volume qu'elle aura chez l'oiseau parvenu à tout son accroissement : on remarque seulement que les os du crâne sont séparés par des ligues indiquant leur point de contact ; elles représentent les sutures chez les quadrupèdes , mais elles s'ci'faccnt bien plus promptement que chez eux. Quelques espèces , comme les corbeaux , le geai , les pics et les pies-grièches , présentent souvent , même après une année , des lignes blanchâtres à la surface de leur crâne ,

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indiquant les endroits où les os se sont réunis ou soudés. Ces points do réunion des os présentent des différences jjIus remarquables dans les diverses classes d'animaux que chez l'homme. On sait qu'ils disparaissent chez celui-ci dans un âge très-avancé. Plusieurs os de la base de son crâne , se trouvent même tellement soudés entre eux , qu'il est absolument impossible de les séparer sans fracture. On trouve quelquefois chez l'homme , mais ce cas est bien plus rare que beaucoup d'anatomistes ne l'ont avancé , une disparition complète des sutures, mais seulement à l'extérieur du crâne , l'intérieur les présentant toujours d'une manière plus ou moins prononcée

Il est certaines familles de carnassiers où la disparition des sutures s'opère très-promptement ; ainsi , je n'ai jamais trouvé de trace de celle-ci chez les blaireaux , les martes , les fouines , les putois , ûgés de plus de deux ans : il n'en est pas de même des chiens et des chats où leurs traces se voient encore dans un âge assez avancé. La nombreuse famille des rongeurs est dans le même cas.

Nous terminons ici tout ce que nous avions à dire sur l'enveloppe osseuse du cerveau de l'homme et des animaux , considérée sous un point de vue anatomiquc. On a pu se faire une idée , par ce que nous avons dit à ce sujet, des soins que la nature a pris pour garantir le viscère si précieux qu'elle contient, de l'action des agens extérieurs ; et rien n'était aussi propre pour arriver à ce résultat que la conformation du crâne, la distribution de ses pièces osseuses , leur disposition admirable qui leur permet de se soutenir , de se fortifier mutuellement , et de diminuer , par leurs nombreuses engrenures et les cartilages qui les recouvrent , la véhémence des chocs si nombreux auxquels il est exposé. Indépendamment de cette enveloppe compacte , le cerveau se trouve encore entouré de membranes très-fines recouvertes par une autre beaucoup plus résistante , la dure-mère , formant un repli , pi. LXXXII , destinée à partager les deux lobes ou hémisphères du cerveau , et de telle manière qu'ils ne se touchent point , lorsque la tête se trouve penchée à droite ou à gauche. Celte membrane contient aussi , dans ces replis , les vaisseaux rapportant tout le sang qui a servi à la nutrition de ce viscère.

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