‹ Traité de phrénologie (volume 2)Chapitre 28 sur 78 · CHAPITRE YllI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YllI

3Ht CERVEAU DF, l'iIOMME , BES Ql Anr.TJPEDES ET mCS OïSEALX CONSIDERE sots LES POINTS DE VUE LES PLIS IJIPOIITANS d'aXATOMI::.

Cerveau de l'iiomme.

Nous suivrons pour le cerveau la même mélhode que nous avons adopté-e pour le crâne , c'est-à-dire qu'après avoir étudié ce viscère chez l'homme , où les parties qui le composent sont dans un plus haut degré de développement , nous passerons ensuite à l'étude anatomique du même organe chez les quadrupèdes et les oiseaux. Nous laisserons de côté les descriptions qui n'appartiennent qu'à un traité d'anatouiie topographique sur ce sujet (1).

On ne doit pas être surpris que ce viscère , theatre des actes les plus étonnans, les phis admirables des êtres organisés , ait, plus que tout autre, fixé l'attention des philosophes, des naturalistes, et surtout dos anatomistes. Dès l'antiquité la plus reculée, des savans et des médecins cherchèrent à trouver quelques caractères organiques propres à indiquer ses fonctions. Les artistes dont le principal talent consiste surtout dans la correction et l'exactitude des formes, firent plus pour la physiologie du cerveau que toutes les théories philosophiques. Assurément, les formes des tètes antiques qu'ils nous ont transmises, n'étaient pas présentées par eux comme ayant les caractères qui distinguent les hommes , sous le rapport de telle ou telle faculté dominante ; et l'artiste qui avait reproduit les traits d'Homère ou de Théocrite , ne se doutait certainement pas que les talens de ces deux hommes étaient en harmonie avec la conformation de leurs cerveaux et de leurs crânes , dans certaines régions du crâne. Cependant quelques dispositions ou conformations de la tète furent si souvent reproduites par eux et accordées aux personnages qu'ils voulaient représenter , que l'on est forcé de convenir qu'ils savaient fort bien que telle et telle conformation de la tète suffisait pour donner à leurs sfatues un caraclère d'intelligence, ou celui de facultés intellectuelles médiocres. Les tètes de tous leurs dieux , surtout celle du Jupiter olympien , présentent certaines parties cérébrales dans un très-haut degré de développement. Celles des es-

(l) Nous nous occupons clans ce moment de la r-jdaction d'un travail spécial sur l'analomie du cerveau de I'Lomnie, des quadrupèdes , des oiseaux et de son développement dans les principales classes d'animaux vertèbres. Cet ouvrage , qui doit se composer d'un volume in-4'' et de 30 planches grand in-folio, paraîtra dans un an, à dater de la publication du dernier volume de cet ouvrage. 11 sera exclusivement réservé aux anatomistes qui voudront avoir une connaissance approfoaîie de la texture de ce viscère cbez l'homme et les aninaux.

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clavcs , des gladiateurs , des simples soldats annoncent , au contraire , de» cerveaux dont les parties affectées aux organes des facultés intellectuelles supérieures sont très-faiblement développées : c'est aussi dans ces trois classes d'hommes que se rencontrent souvent dans un haut degré de dèvelopp/ement les organes affectés aux passions communes à l'homme et aux animaux.

L'élude la plus minutieuse de l'anatomie du cerveau ne prodaisil rien d'avantageux pour l'histoire des organes qui le composent. îVous avons déjà démontré que certains procédés employés par des anatomistes et des naturalistes célèbres, Camper, Daubcnton, Cuvier , n'avaient pas eu plus de succès ; les recherches tentées par Ilaller et A'icq-d'Azir en anatomic comparée , ne donnèrent lieu qu'a de purs rapprochemens anatomiques , sans que ces rapprochemens , malheureusement trop peu nombreux , vinssent éclairer les fonctions de cet organe. Gall lui-même ne fut pas conduit , comme certaines personnes le pensent, à la découverte de la physiologie du cerveau par l'anatomie de ce viscère. Mais , lorsqu'il se crut sur la voie qui devait le conduire à l'histoire de ses fonctions, il dut nécessairement s'occuper de son anatomic : en cela il faisait preuve d'un sens droit ;il marchait sur les traces de l'un des plus célèbres physiologistes qui aient paru, Haller y qui disait qu'enseigner la physiologie sans l'anatomie était aussi absurde que ridicule. Ce grand homme attribuait , avec juste raison , tout ce fatras théorique dont on avait été inondé avant lui , à ces médecins de cabinet qui voulurent faire de la physiologie et de la médecine sans avoir étudié les organes de l'homme ou des animaux. Jamais , disait Haller , de tels gens ne feront faire de progrès aux sciences naturelles ou à la médecine (1). Gall chercha donc, par l'étude de l'anatomie, à lier l'organisation du cerveau à ses fonctions. On regrette cependant , ainsi que nous l'avons déjà fait observer, que ses recherches n'aient pas été portées plus loin. Son atlas , ainsi que l'a dit Tiedemann , et comme nous l'avons dC'montré , ne répond en aucune manière à ce qu'on altendait de lui.

Gall, dans son ouvrage intitulé , Recherches sur le système nerveux en général et sur celui du cerveau en particulier , dit qu'un jeune anatoraisle , M. Mclas, travailla long-temps sous sa direction à l'anatomie du cerveau de l'homme ; il avoue même qu'il lui est redevable , pour l'avoir mis sur la voie, de faits anatomiques assez imporlans. Nous croyons que ce court éloge ne suffisait pas à la mémoire de ce jeune médecin, et que Gall aurait dû au moins faire connaître avec plus de dcîails ces recherches dont il lui était redevable. Cet aveu n'aurait certainement diminué en rien la belle réputation de notre philosophe.

Les Grecs donnèrent le nom d'encéphale, cyx£o:^À.:v, les Latins, celui de

(1) Haller fit graver les principales pièces d'anatcmie dont il se servait dans ses leçons. Ses planches sont assez bonaes , et il est facile de voir qu'il en a surveillé rexécutlon avec assez de soin. Elle!» fiirent'publjces en fascicules, en 1743 et 1753.

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cerehpuni, à toute la masse nerveuse contenue dans le crine de l'homme et des aDHiiaux vertébrés. Les analoniistes de nos jours n'ont appelé ainsi qu'une portion de cette masse , et tous ne sont pas encore d'accord sur le point où linis- Bent ou bien se terminent certaines portions de ce système nerveux; ce qui est dû évidemment à ce que plusieurs des parties qui entrent dans sa composition ne sont pas toujours assez isolées les unes des autres , pour faire de chacune d'elles une description spéciale. Cependant, il en est trois qui ont paru présenter des caractères si tranchés, et si bien distincts, qu'elles sont décrites à part dxins tous les cours d'anatomie , et même par Gall , dont la méthode d'étudier le cerveau est de beaucoup préférable à celle qui a étô employée jusqu'à ce jour , méthode vicieuse qui devrait être bannie pour toujours de toutes les écoles.

Si l'on examine la masse nerveuse contenue dans le crâne de l'homme et des vertébrés, pi. LXX, fig. 1, 2,3,4, S; pi. LXXV, fig. 4, 8, 9, 10; pi. LXXVI , fig. 1, 2, et pi. LXXXIII , fig. 1, on voit qu'elle se compose do trois parties distinctes par leur forme et leur volume. L'une située antérieurement, pi. LXXXIIf , fig. 2 ; c'est la plus volumineuse de toutes ; le cerveau proprement dit. Elle forme la plus grande partie des systèmes nerveux contenus dans le crâne. Elle seule se trouve pourvue chez l'homme et certains mammifères , de replis ayant quelque analogie par leur distribution avec ceux que présentent les intestins ; de là leur nom de circonvolutions. Une autre partie située derrière celte grosse masse , et mai-quée des n"" 4 , S, 6, 7, 8, ici. fig., a été appelée cervelet ou cerebellum, petit cerveau. Composée de lamelles , elle ne peut être confondue avec celle que nous avons désignée sous le nom de cerveau. Enfin, au-dessous du cervelet se trouve une autre partie portant les n"' 1, 2 et 3 ; c'est le commencement de la moelle épinière qui va se distribuer dans le canal formé par la réunion de plusieurs pièces osseuses formant l'èchine ou la colonne vertébrale de l'homme et de tous les animaux vertébrés (1). Nous allons examiner séparément chacune de ces parties. Nous commencerons leur étude dans l'ordre où nous venons de les énumôrcr.

Le cerveau de l'homme , pi. LXXXIII , fig. 1 et 2 , est composé de deux masses distinctes (2) ayant une forme oblonguc présentant moins de largeur en avant qu'en arrière ; ce sont les hémisphères : ils sont séparés par un sillon assez profond , logeant un repli de la dure-mère , faux du cerveau^

(1) Voir les fig. 8 et 10 de la pi. LXXf, représentant le système cérébro-spinal du cochon cabiais et du rouget.

(2) Dans cette planche on ne voit qu'un hémisphère, le cerveau étant vu Je profil : on peut voir la pi. LXXXV , représentant un cerveau d'homme vu par sa face supérieure , et la planche LXXX , représentant le cerveau du chien et du blaireau.

On peut compter sur l'exactitude de forme et de volume de tous nos cerveaux : il n'y en a pas UH seul de ceux qui se trouvent représentés d^ns notre alks qui n'ait été copié sur nalur* et dont je n'aie surveillé l'ciécution avec le plus grand soin.

,eur surface externe prfcsculc cos replis que nous avons désignés sous Ic «om de circonvoluiions. II esl facile de voir , avec un pou d'aîtenlion , que icUes-ci préscutjnt des différences de forme et de volume assez prononcées, •l est digne de rcrcarque que ces plis ne sont jamais parfailemenl semblables es deux côtés : de là, cette inégalité constante que l'on remarque toujours ntre la portion droite- et la portion gauche du crâne de l'homme; et, comme ous le finies observer dans le mémoire que nous présenlAmes à l'Institut y treille chose se rencontre dans tous les animaux à cerveaux pourvus de trconvolutions. Les quadrupèdes à cerveau lisse , tels que les rongeurs et la randc famille des oiseaux dont les cerveaux sont dépourvus de circonvoluions, ne présentent que peu de différence en volume d'un hémisphère à 'autre. L'homme est , de tous les animaux , celui qui offre les plus grandea ariétés à cet égard (1). ïîichat (2) avait cru , mais à tort, que le défaut de yraétrie entre les deux lobes du cerveau devait avoir une influence sur le ugement. A la mort de cet homme célèbre , la conformation de son crâne rés-irrégulier , vint déposer contre sa propre assertion. Les anatomistes disinguent ordinairement trois parties principales à chaque hémisphère : l'une )Oslérieure dont le centre répond au n" \% , pi. LXXXIII, fig. 2; l'autre (uoyenne , indiquée par les n^ lo, 16, 17, 18^ enfin une antérieure portant les n" 19, 20, 21, 22, 11, 24, 2i5, 26, 27, etc. La portion postérieure de ces trois masses est généralement celle qui se trouve le plus développée ; il existe cepe'ndant quelques exceptions : les parties supérieures de ces trois régions se trouvent en rapport avec la surface interne de l'os coronal , des pariétaux, et la moitié supérieure de l'os occipital. Toutes les circonvolutions de cette partie que nOus> appelons cerveau, se trouvent recouvertes par une membrane assez résistante, connue sous le nom de dure-mère (3) : celle-ci se trouve tellement soulevée dans l'état de vie par ces replis nerveux , qu'ils viennent former à la surface interne du crâne ces dépressions que nous avons désignées sous le nom d'empreintes cérébrales , pi. VIL Les mêmes empreintes se remarquent aussi dans la base du crâne, pi. V. fig. 2. On voit qu'elles sont Lien exprimées sur le plancher orbitaire et dans les fosses temporales. La table interne du crâne est si bien en rapport avec le cerveau , que si on coule du plâtre dans la cavité crânienne , on obtient une masse ayant lout-à-fail la forme de l'encépb.ale recouvert par sa membrane la plus extérieure. On voit même sur les cerveaux ainsi coulés les artères de la dure-mère eu relief, comme lorsqu'elles sont dans l'état d'injection. La lame externe , ainsi que

(1) Il ne faut pas coiifonJre ce défaut d'inégalité avec un autre beaucoup plus prononcé dont nous parlt tous à l'arlicle des Itles malades, et qui résulte évidemment du vice racLilique.

(2) Recherches physiologiques sur la vie et la mort. ''^

(3) II n'est pas nécessaire de dire ici que la face interne de la dure-mère est tapissée par taxe membrane de Tordre des séreuses , et que c'est celle-ci qui se trouve en contact immédial avec le cerveau.

i)K riinErioi-ociE.

nous l'avons fail observer à l'occasion de la description du crAuo , se trouve juirallole à l'inleruc , du moins dans la jeunesse et mèrao l'âge adulte ; on conçoit aisément alors comment on peut apprécier à l'extérieur le développement plus ou moins considérable des parlies nerveuses qui constituent le cerveau (1).

Vu par sa face inférieure , le cerveau de l'homme présente plusieurs objets qu'il est important de connaître. A'oir la pi. LXXXIV , fig. 1 et 2 (2).

En procédant d'avant en arriére ; nous trouvons , 1° une scissure ou fente résultat de la séparation des deux lobes cérébraux; elle est indiquée par la ligne droite placée entre les n" 1-i et 17 : à droite et à gauclie de celte ligne une portion pulpeuse , o , plate , se terminant par une extrémité ovalaire uu peu renflée; c'est le nerf olfactif qui va se distribuer dans les cavités nasales. La circonvolution sur laquelle ce nerf est placé , et celles qui se trouvent en dedans et eu deliore , reposent sur le plancher orbitaire : elles sont indiquées par les n" 14, lo, 16, 17, 18 et 19 ; 2' à rextrémité postérieure de la ligne qui sépare les deux hcmisplières et sur les côtés , se voient deux corps blancs cylindriques, n, n, se dirigeant d'abord de dehors en dedans, ensuite de dedans en dehors; ce sont les nerfs optiques (3) : ces deux nerfs vont se distribuer au globe de l'œil où ils forment , par leur épanouissement , la membrane connue sous le nom de rétine ; â" entre ces deux nerfs se trouve une partie renflée marquée m ; c'est la tige sus-sphénoïdale à la base de laquelle se voient deux corps arrondis , j , désignés dans presque tous les ouvrages d'anatomie sous le nom de corps maxillaires , tubercules pisiformes : ces deux petites saillies ont un aspect blanchâtre à l'extérieur et grisâtre en dedans ; 4" sur les côtés des corps pisiformes, les nerfs oculo-musculaires communs ou de la troisième paire , l, assez longs et assez volumineux , ils se dirigent d'arrière en avant et un peu de dedans en dehors , pour pénétrer dans les cavités orbitaires par la fente sphenoidale. En dehors de ces nerfs se voient deux gros faisceaux striés, h, se dirigeant obliquement de dedans en dehors , grands faisceaux du cerveau de Gall , pédoncules cérébraux des autres anatomisles : ils sont aussi désignés par quelques auteurs sous le nom ridicules et impropre de cuisses du cerveau (4) ; 3" entre ces faisceaux , plus

(1 ) Nous avons déjà dit que le développement de certaines parties cérébrales ne pouvait être apprécie à l'extérieur du crâne ; nous avons même cilé à celle occasion celles qui sont situées à la hase da cerveau.

(2) Ce cerveau est celui d'un militaire mort au Yal-de-Gràce, et dont le crâne est représente, pi. C. Je le dois à la bienveillance de M. le docteur Gaubert, qui a bien voulu me donner des rcnseignemens sur le caractère de la personne à qui il appartenait.

(.3) Tous les nerfs que l'on aperçoit à la base du cerveau sont doubles ; nous n'avons mis des leUres que sur ceux du côté gauche, afin de ne pas surcharger le dessin inutilement.

(4) Le professeur Chaussier, dans l'ouvrage qu'il a publié sur le cerveau, s'est surtout attaché à donner de nouveaux noms aux parties cérébrales si ridiculement dénommées avant lui ; nous croyons que c'est à peu près à cela que se réduit le principal mérite de ce livre qui n'offre rien de neuf, et dont les planches peu nombreuses sont très-mal exécutées.

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en Jcliors et toul-à-fait en arrière , se voit un long filet nen'eux : c'est le nerf de la qualricme paire ; nerf pathclique , q ; 6" exactement derrière lui* un faisceau assez large laraelleux , p : c'est le nerf de la cinquième paire ou trifacial ; 7" sur les parties latérales des gros faisceaux cérébraux , h , se voient de nombreuses circonvolutions occupant les fosses moyennes et latérales de la base du crAne; elles sont indiquées par les n" 10, 11, 12, 13,k, k, et forment , en grande partie, le lobe moyen du cerveau : ces circonvolutions sont , comme on le voit , plus volumineuses et plus arrondies que celles qui se trouvent placées sur le plancber orbilaire. L'espace compris entre la circonvolution ,22, et celle marquée 16, pi. LXXXIII , fig. 9, est appelé scissure de Sjlvius; elle sépare le lobe antérieur du lobe moyen. La face inférieure des lobes cérébraux postérieurs se trouve cachée par le cervelet , sauf les circonvolutions indiquées par le n" 20, pi. LXXXIV. Lorsque le cerveau n'est pas dépouillé de la dure-mère , celle-ci présente un repli transversal légèrement incliné , séparant le cervelet des hémisphères. Yoir Iq pi. LXXXII bis.

Continuons à examiner les parties que l'encéphaîo nous présente par saface inférieure : derrière les tubercules pisiformes , une large surface quadrilatère, b, légèrement déprimée au milieu par la présence d'un vaisseau artériel. Ce corps a porté long-temps le nom de pont de Yarole ; Chaussier lui donna celui do mésocéphale , parce qu'il croyait qu'il avait pour but de réunir les diverses parties du cerveau : Gall lui donne le nom de commissures du cei'velel. Au bord postérieur de cette commissure et sur les côtés du sillon, b , se voit le nerf abducteur de l'oeil , nerf de la sixième paire, f.

Derrière la commissure du cervelet , se voit un corps irrègulier , renflé à son extrémité supérieure où il présente quatre eminences bien prononcées : c'est le bulbe rachidien , présentant au milieu un sillon ayant à peu près la profondeur de deux à trois lignes. Les reliefs moyens, 2,2, portent le nom de pyramides; elles sont plus gt-osses on haut qu'en bas, ou elles vont en s'amincissant et se confondent avec la moelle alongée 1. A douze ou quinze lignes du mésocéphale ou commissures du cervelet , ces pyramides s'entrecroisent, maison ne peut bien voir leur entrecroisement qu'après avoir enlevé avec soin la membrane qui enveloppe la moelle alongée. Cela fait, si ou écarte avec soin et avec la lame d'un scalpel les deux bords des pyramides , l'entre-^ croisement se voit parfaitement. Nous l'avons fait représenter, pi. XII do l'atlas de notre ouvrage sur l'anatomie du cerveau.

Pourfour-Petit (1) , anatomiste français, est celui qui a le mieux décrit, et

(l) Voici quelles sont les propres expressions de Pourfour-Petit :

« Chaque corps pyramidal se divise à sa partie inférieure eu deux gros manipules de fibres, B le plus souvent en trois, et quelquefois en quatre; celles du côté droit passent au côté « gaucliç , et celles du côté gauche passent au coté droit , ea s'cngageant Iss unes entre les » autres. «

DE l'HRÉN01.or.lF.. 9o

avec le plus do soin , renlrecreiscmcnl des pyramides : l'ou ne conooil pa» ^•onHucnt Chaussior a pu le considérer comme une cliose imaginaire, ou comme le résultai du tiraillement opéré siir ces parties. Gall , après Pourfour , a insisté sur rentrccroiscmcnt et l'a démontré jusqu'à satiété. En dehors des pyramides, sont les olives ou eminences latérales; '^ , 3 (1). Leur plus grande étendue est de haut en bas : elles sont un peu moins élevées que les pyramides dont elles sontsôparécs par un sillon, d'où naissent les racines du nerf hypoglosse ou neuvième paire de nerfs. Entre la grande commissure et les Imminences olivaires, et unpcu en dehors, se voit un faisceau aplali, que l'on ■peut partager en doux portions distinctes , l'une antérieure , g , nerf facial ou portion dure du nerf auditif; l'autre postérieure, e, portion molle du nerf auditif, nerf labyrinthique. La' distribution, la forme et la consistance de ces deux nerfs d ffèrent évidemment : derrière ce faisceau l'on en distingue un autre qui lui est immédiatement contigu par sa base , r , d ; il est aussi composé de deux faisceaux , l'un antérieur, r, l'autre postérieur, d : le premier esfle nerf glosso-pharyngien , et le second le nerf vague ou nerf de la huitième paire. Tout-à-fait eu dehors des olives et à cinq ou six lignes d'elles, on aperçoit un longJilet nerveux dirigé de haut en bas, de dedans en dehors, a, a , a , naissant par plusieurs racines : nerf spinal ou accessoire de Willis.

Examinons, tandis que nous avons sous les yeux la pi. LXXXIV représentant tout le système nerveux cérébro-spinal vu eu dessous, tout ce que nous pouvons apercevoir de ce système dans cette position. Les n"° 4, IS, 6, 7, 8 et 9, indiquent la face inférieure du cervelet et les divers lobules qui entrent dans sa composition. Considérée d'une manière générale, cette portion du système nerveux cérébro-spinal présente deux grosses masses à droite et à gauche du bulbe rachidien. On voit que chacune d'elles est divisée en plusieurs lobules composés de lames minces (2). Toute la face inférieure du cervelet repose dans les fosses occipitales inférieures, pi. V, fig. 2.

Nous allons passer à l'examen des autres parties de la masse nerveuse renfermée dans le cnme , et qui ne peuvent être aperçues sans le secours de la dissection ou division. Si on écarte légèrement en dehors les deux lobes cérébraux, après avoir placé le cerveau sur sa face inférieure, pi. LXXXV, fig. 1 et 2 , on aperçoit une lame blanchâtre, a, a , a, paraissant réunir les deux hémisphères cérébraux, et que Chaussier appela ,, pour cette raison , môsolobe. Cette partie du cerveau est généralement connue sous le nom d^ corps calleux [i] ; sa surface est lisse , et sa longueur est ordinairement de trois pouces

(1) Vieussens est le premier des anatomisles qui en a fait la descriplion.

(2) Vicq-d'Azir et Chaussier ont extrêmement mal représenté les principales divisions du cervelet. Les planches de Gall et de Spurzheim, bien que mieux exécutées, sont loin d'être exactes sur ce point.

(3) Gall considère cette partie comme formée par la réunion de fibres provenant de la substance grise qui recouvre les circonvolutions, et qu'il appelle Cires rentrantes.

moins quelques lignes. Enlrc celle lame et les hemispheres, existe an enfonce ment assez profond , b , b. Comme la partie moyenne , a , a , a , de ce corps se trouve un peu plus renflée que le reste , les anatomistes lui out donné le nom de raphe. On remarque quelquefois sur les côtés de ce renflement une légère dépression , résultant de la présence d'un vaisseau artériel , artère calleuse; la face inférieure du corps calleux forme la voùle des cavités appelées ventricules , cavités , qu'on ne peut apercevoir qu'après avoir enlevé cette lame blanchâtre. L'hémisphère gauche du cerveau représenté sur cette planche , fig. 2 , a été enlevé de manière à faire voir ces ventricules où se voient les objets suivans, en procédant d'avant en arrière (1) : 1" deux corps oblongs, bombés, plus larges en devant qu'en arrière, c , c , c ; ce sont les corps striés, ainsi nommés parce que , par leur section, ils présentent alternativement un mélange de substance grise et de substance blanche ; 2" en dedans de ces corps , deux autres eminences renflées dont la grosse extrémité se trouve en arrière, d, d, d, ces deux saillies ont l'aspect blanchâtre; leur face interne est aplatie ; elles sont peu séparées l'une de l'autre, et c'est l'intervalle qu'elles laissent entre elles auquel les anatomistes ont donné le nom de troisième ven- Iricule (2). Ces renflemens portent, dans tous les ouvrages d'anatomie, le nom de couches optiques (3). Entre les corps striés et les couches optiques, existe une lame de matière blanche, e , e , e, e , c'est le tenia semi-circularis, la bandelette demi-circulaire. On voit que ces deux lames, qui présentent à peu près cette forme \j sont plus écartées à leur base , f, f, f, f, qu'à leur sommet, g, g, g, g, où elles paraissent se confondre; elles sont couvertes dans le point, h , h , par une portion mince que nous avons enlevée , et qui se trouve placée à la partie inférieure et antérieure du corps calleux que nous avons été obligé d'enlever. Aux deux extrémités de la fissure formée par les couches optiques, se voient deux cordons médullaires blanchâtres, désignés par les anatomistes sous le nom de commissures antérieures , 1,1,1, 1 , et commissures postérieures, k, k, k, k. A rextréraité , 1, 1, se voit une ouverture communiquant avec la tige pituitaire. A Textremite opposée, m, m, une autre ouverture communiquant avec le quatrième ventricule. Plus en arrière et plus en dehors de la bandelette demi-circulaire , et dans le point le plus profond des ventricules latéraux , l'on aperçoit une partie courbée, m,

(1) Dans cette préparation il a fallu enlever complètement le corps calleux et le plexus cboroïde.

(2) Chaussier, dans son ouvrage sur Tencépliale, n'a point donne' de planches où ces parties fussent representees. La pi. VJI de l'ouvrage de A'icq-d'Azir oîices objets sont représentés est détestable , et ne peut donner (ju'une fausse idée de leur forme , de leurs rapports et de leur étendue.

(3) On trouvera .i la fiii,de l'ouvrage un teste explicatif in^", contenant : 1° la synonymie ancienne et nouvelle des noms qui se rapportent à nos descriptions ; 2° les noms des espèces dont nous avons fait représenter les cràues et les cerveaux , d'après les meilleurs naturalistes anglais et français; 3" des détails très-circonstanciés sur tous les objets représentés dans notre atlas.

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m , m ; c'est le corps désigné sons lo nom do pied d'hippocampo , dont îa partie interne, n, n, n, a étô appelée, à cause do ses stries, corj^is fhnliriatuju, corps frangé. Si on partage le cervelet en deux parties dans la région moyenne, et qu'on les porte à droite et à gauche , on peut apercevoir la face supérieure de la comniissure appelée mésocépliale , id. pi., Cm. G. C'est sur cette face que l'on aperçoit, chez Ihomme et dans tous les quadrupèdes, quatre eminences ou saillies connues sous le nom de tubercules quadrijumcaux , a, a , o , o ; elles sont formées à l'extérieur par une couche de matière hlancliàlre , et à l'intérieur entièrement formées de substance grise, mélangée d'une teinte rosée. Les saillies ne présentent pas, ainsi qu'on le voit , le même Yokime. Les antérieures, a , a , sont plus grosses que les postérieures, o , o. Nous verrons plus loin les différences que ces corps nous présentent dans leur forme, leur volume et leur nombre chez les animaux : les antérieurs se trouvent rccouvepts chez l'homme par un corps long de trois à quatre lignes , et larges de deux, ayant une forme oblongue; c'est la glande pinéale, q, q, expression doublement vicieuse, puisque ce n'est pas une glande, et que sa forme est loin de ressembler à celle du fruit de l'arbre appelé pin. Quoi qu'il eu soit, ce corps est fixé à l'aide de deux filamens, r , r, qui se dirigent en dehors vers les couches optiques : on remarque au-dessous et à sa base une petite lamelle qui se porte en avant , puis se recourbe pour revenir ensuite au point de réunion des tubercules quadrijumcaux antérieurs. Coupé selon sa longueur, le corps dit pineal présente une cavité pourvue d'un léger pertuis dirigé en bas. La consistance de ce corps et sa couleur varient beaucoup (1) : on trouve quelquefois dans son intérieur des portions ou grains jaunâtres assez résistans, ayant une forme plus ou moins arrondie. Soemmering dit les avoir toujours rencontrés ; c'était aussi l'opinion de Ventzel ; j'ai cependant disséqué dix cerveaux chez qui ces grains n'existaient pas : je ne les ai pas trouvés dans les cerveaux de trois eufans que j'ai disséqués. Nous reviendrons sur les altérations présentées par la glande pinéale , lorsqu'il sera question des maladies du système nerveux cérébral.

Derrière les tubercules quadrijumcaux postérieurs se voit une strie blanchâtre étroite, située transversalement, s, s, s, s; elle se trouve placée sur une appendice fibreuse , blanche , large de quatre â cinq lignes , t, t, t, t, i, t, venant du cervelet , valvule de Vieussens. L'espace compris entre ces lames, le cervelet et la moelle alongée, constitue ce que l'on appelle quatrième ventricule.

La fig. 3, id pî., représente le cervelet vu par sa face supérieure : examiné en masse, il présente une forme arrondie; son volume est extrêmement variable ; sa partie moyenne, v, v, v, vermis cerebelli, est plus saillante que les parties latérales, y, y, y, y, y, y; celles-ci ne présentent jamais un déve-

(1) C'est dans la glande pinéale que Descartes plaeait le siège de rame, idée qui prouve évidcmmeut l'espril inventif de ce pliilosopLe.

loppeniobl l'î^al; censlamment , l'une est plus développée que l'aulre, circonstance dont il faut tenir compte dans les cas de castration uui-lalêrale où l'on assure avoir trouvé une diminution du cervelet répondant au côté opposé à celui où cette opération avait été pratiquée. Lapins simple inspection du cervelet suflit pour démontrer que son organisation diffère beaucoup de celle du cerveau : il est , comme on le voit , composé de lamelles dont le nombre peut varier beaucoup. Quelques anatomistes, Malacarne entre autres, ont fait de nombreuses recherches sur la plus ou moins grande quantité de lames présentées par celte partie du système nerveux. Cet anatomisle avait même cru établir sur leur absence ou leur nombre , une théorie physiologique et pathologique que l'expérience a démontrée fausse. Comment Malacarne a-t-il pu avancer une opinion que sept ou huit cas bien observés suffisaient pour détruire ? Chaussier , qui ne connaissait pas la vraie structure du cervelet , supposait gratuitement que cette partie du système nerveux contenait plus de substance grise que de blanche ; les rapports de proportion donnés par ce professeur entre le cervelet et le cerveau , en même temps qu'ils prouvent que cet organe est peu développé chez l'enfant à l'époque de la naissance , démontrent aussi qu'il est impossible de douner une règle générale de proportion entre ces deux parties du système nerveux ; car , dans un cas il formait , dit-il , la treizième; dans l'autre , la quatorzième; dans un autre, la dix-septième ; enfin la vingtième , la vingt-sixième , et même une fois , assure-t-il, la trente-troisième partie de l'encéphale. Il cite le cas d'un autre enfant qui avait vécu une décade (dix jours), et dont le cervelet présentait la huitième partie du poids du cerveau.

Les deux masses principales du cervelet sont séparées l'une de l'autre par deux enfoncemens ou échancrures. L'une est placée antérieurement , fig. 3, 1, 1, l,et présente une forme demi-circulaire ; elle répond au mésocéphale ou grande commissure du cervelet et au prolongement rachidien ; la postérieure , id. fig. , 2, 2, 2, se trouve en rapport avec la crête interne de l'occipital ; c'est dans cet enfoncement qu'est logé le repli longitudinal de la duremère. Si on coupe perpendiculairement et dans sa partie moyenne chaque lobe du cervelet , <iinsi que nous l'avons fait sur le lobe droit , fig. 2 , on aperçoit un nombre assez considérable de parties blanolies disposées de manière il simuler des espèces d'arborisations ; elles paraissent résulter de la division de trois faisceaux nerveux que nous avons déjà fait connaître : 1" celui qui se rend en bas et en devant pour former la face antérieure du mésocéphale , grande commissure du cervelet ; 2 " celui qui va se rendre aux tubercules quadrijumeaux ; S" enfin un inférieur ou descendant qui va se confondre avec le cordon de la moelle épinière ou pyramide postérieure , corps resliforme. De la réunion de ces lamelles blanchâtres et de leur division , résulte ces sortes d'arborisations désignées dans presque tous les ouvrages d'anatomie sous le nom d'arbre de vie , arhor ritœ.

Si , au lieu de pratiquer la coupe verticale du cervelet exactement à sa

ni: l'iiiuiMnouii:

partie moyenne , on la fait à la riMinion du tiers interne Je ce lobe avec ses deux tiers externes, on trouve une portion de substance grisâtre , id. tig. , 4. ■4 , appelée corpus rhomhoidcum par Vicussens , corps dentelé par Vicqd'Azir (1) , ganglion du cervelet de Gall et Spurzheim. On voit , à l'aide de cette coupe , la partie médullaire du cervelet se continuant avec la moelle alongèe , faisceau primitif du cervelet de Gall , faisceau dont la partie postérieure concourt à former le quatrième ventricule. Une coupe horizontale du cervelet fait paraître cet organe comme entièrement composé de substance grise.

Toute la masse nerveuse que nous venons de décrire sous les noms de cerveau , mésocéphale , moelle épinière , cervelet, se trouve composée de deux substances , l'une appelée corticale (2) , grise, ou mieux encore pulpeuse, parce que sa couleur peut varier suivant les espèces d'animaux où on l'examine. L'autre substance est généralement blanche, et présente un caractère que l'on ne trouve pas dans l'autre ; nous voulons dire qu'elle est composée de fibres blanches , visibles à l'œil dans certaines parties du cerveau , du cervelet et de la moelle alongée. La quantité de ces deux substances varie beaucoup chez l'homme et les animaux : il serait même assez difficile de dire positivement quelle est celle qui prédomine dans le cerveau de l'espèce humaine. Il n'en est pas de même chez beaucoup d'animaux. Nous croyons que les observations accompagnées de faits positifs , et consignées dans notre ouvrage sur l'anatomie du cerveau , prouveront que l'idée de Gall , très-ingénieuse d'ailleurs , sur les proportions entre les deux substances , est loin d'être conforme à ce que la cature nous offre.

Cerveau des quadrupèdes.

L'anatomie du cerveau des animaux , appartenant aux principales classes des vertébrés , a paru d'un si grand intérêt aux physiologistes et aux naturalistes , qu'elle est devenue le principal travail d'un assez grand nombre de savans ; mais, soit négligence , ou peut-être l'extrême difficulté pré-

(1) Obligé par la nature de nos recherches de consulter tous les auteurs qui ont traité l'anatomie du cerveau , nous avons du nécessairement prendre connaissance de celui de Vicqd'Azir qui a joui et même jouit encore d'une grande reputation. On sait que Yiccj-d'Azir croyait, avec juste raison, ^que la meilleure manière de démontrer cet organe, était dele représenter par des planches accompagnées de descriptions : c'est ce qu'il a fait ; mais nous pouvons affirmer que son ouvrage, entrepris avec de bonnes intentions, est loin de répondre à l'attente des personnes qui veulent des descriptions exactes. Ses planches sont généralemen( fausses , mal exécutées , et ne peuvent donner qu'uue idée très-imparfaite du système nerveuK cérébral.

(2) Très-mauvaise expression puisqu'elle indique que cette substance forme seulement l'écorce ou l'enveloppe extérieure ; ce qui u'est point vrai,

100 TuAIlii

sentée par la nature même de l'oLjel de leurs études, toujours est-il que nous ne possédons pas encore un ouvrage bien fait sur ce sujet ; je veux dire un livre où les descriptions soient conformes à ce que la naîure nous présente, qui soit accompagné de bous dessins , donnant une idée exacte de la forme des parties qui constituent le système nerveux cérébro-s[)inal. iJaller publia, en 17oG et ]76o, quelques -observations auatomiqucs sur l'organisation du cerveau des poissons et dos oiseaux: ses recberches, bien qu'intéressantes, sont trop peu nomijreuses et même quelquefois inexactes. ^'icq-d'Azir, eu traitant de la slruclure du cerveau de riioinine, eut le grand mérite d'insister sur les avantages immenses que la physiologie pourrait retirer de la comparaison anatoraique des diverses parties des cerveaux des vertébrés, comparées avec celles du cerveau humain. 11 est fâcheux que ce savant n'ait pu réunir assez de faits pour mettre une si belle idée à exécution : ses travaux sur le cerveau des poissons et des oiseaux sont à peu prés insignifians et véritablement imparfaits. Son anatomic du cerveau de l'homme , bien que plus étendue, nous parait vraiment au-dessous de sa réputation ; car à l'époque où Vicq-d'Azir écrivait , l'art du dessin était porté très-loin , et il aurait pu, s'il avait voulu, surveiller lui-même le travail de ses planches, laisser, sinon des dessins d'un grand fini d'exécution , du moins de formes pareilles à celles qui nous sont présentées par la nature ; chose que Vicq-d'xizir est loin d'avoir fait.

Depuis quelques années, plusieurs ouvrages assez remarquables ont été publiés sur le système nerveux cérébral. Tous ont sans doute demandé de nombreuses recherches , de grands travaux ; mais il n'en est pas un seul qui ne laisse beaucoup à désirer pour la représentation des objets. Un grand nombre de dessins de ces ouvrages ne nous ont pas paru conformes aux cerveaux naturels , et Ton peut dire que celle partie si importante a été généralement négligée. Un des ouvrages qui aurait dû fixer le plus l'attention des anatomistes , puisqu'il avait pour lui l'avantage d'avoir été couronné par l'Institut de Frapce , celui de M. Serres , est de tous ceux qui ont été publiés sur ce sujet , celui qui nous parait devoir inspirer le moins de confiance. L'anaîoniiste qui a étudié le système nerveux cérébral sur la nature , ne sait , eu lisant cet ouvrage , de qui il doit le plus s'étonner , ou de l'assurance de l'auteur dans sa manière de présenter les faits anatomiques servant de base à ses propositions, ou de la fausseté de ces mêmes propositions rapprochées de la nature ou des dessins donnés par l'auteur lui-même. Nous ne rapporterons pas ici ce que nous avons entendu dire à l'étranger de la production de M. Serres : de pareilles observations sortent entièrement du cercle de notre travail.

Nous trouverons entre le cerveau de l'homme et des animaux des différences d'organisation très-remarquables. Nous nous attacherons seulement dans cet ouvrage à faire ressortir celles qui sont les plus importantes sous le rapport de la physiologie du cerveau.

C'est une loi générale de la nature , que plus les actes fonctionnels sont étendus et compliqués , et plus les parties qui concourent à leur exécution

nr. l'iiiiÈNoi.oGiE. 101

offrent aussi de complicadon. Le viscère , lliéàtre des facultés inleUectucUes et affectives , vient à l'appui de cette proposition. L'homme est de tous les animaux celui qui présente le cerveau dont la structure se trouve être la plus compliquée : viennent ensuite les quadrupèdes , les oiseaux , les reptiles , les poissons et les insecles (1). Nous verrons plus tard, lorsque nous traiterons des cinq sens, que l'homme est encore , de tous les animaux , le plus avantageusement partagé sous ce rapport ; bien que plusieurs en présentent quelques-uns plus développés : ainsi l'homme est dépassé de beaucoup par l'éléphant , le cochon , le loup , sous le rapport de l'odorat ; jamais , quelque bonne que soit sa vue , il n'approchera de l'aigle , qui peut distinguer d'une hauteur prodigieuse les objets placés sur la terre et dont il veut faire sa nourriture. Mais laissons pour un instant ces rapprochemens , et continuons nos observations sur l'analomie du cerveau des animaux.

Tous les vertébrés sans exception sont pourvus, comme l'homme , d'une masse nerveuse renfermée dans la boite osseuse désignée sous le nom de crâne : cette masse présente aussi , comme cl>ez lui , trois parties distinctes, le cerveau , le cervelet et le commencement du prolongement rachidien. Comme dans l'homme , se voient des portions nerveuses destinées à faire communiquer entre elles ces diverses parties , commissures. Chez les quadrumanes , contenant toute la famille des singes, la forme du cerveau présente en masse assez de rapport avec celui de l'homme; il est composé, comme chez lui , de deux hémisphères séparés par un repli de la dure-mère , couvert de circonvolutions ; mais il s'en faut de beaucoup que l'étendue, le nombre et la forme de celles-ci soient identiques chez eux on trouve au contraire des différences étonnantes de nombre , de volume et de forme. Dans les singes , le cervelet se compose de deux lobules réunis , comme chez l'homme , à leur partie moyenne ; mais ils sont composés de lamelles bien moins nombreuses. On trouve aussi une moelle épinière composée des mêmes parties , mais avec des différences de proportion remarquables , enfin , une grande commissure , quatre tubercules quadrijumeaux et le corps appelé glande pinéale. L'étude anatomique de plusieurs cerveaux de singes dont les mœurs auraient été bien connues , serait de la plus grande utilité ; malheureusement on se procure ces animaux avec difficulté , ou ils sont d'un prix trop élevé pour être à la portée des savans qui voudraient en étudier un grand nombre avec l'intention d'en faire une étude spéciale. Celle-ci serait d'autant plus importante , comme nous le disions dans nos leçons , qu'il s'opère en

(1) Un assez grand nombre d'insecles , nolamment les abeilles , présentent des actes vraiment admirables , bien que nous pensions cependant (ju'il y ait beaucoup d'exagération dans les faits avancés par les savans qui ont écrit sur leurs mœurs. Nous sommes porté à croire que beaucoup de faits altribués au sysième nerveux cérébral de ces animaux résulteraient du plus grand développement de quelques-uns ou plusieurs de leurs sens. Quoiqu'il en soit , le sysième nerveux de ces animaux est encore trop peu connu pour nous éclairer positivement à cet égard.

102 THAITB

peu d'années un changement remarquable dans le cerveau de plusieurs espèces appartenant à cette famille (1).

Chez tous les quadrupèdes , sans exception , le cerveau se trouve composé de deux lobes ou hémisphères dont le développement et la forme présenteat des différences remarquables , selon les classes , les ordres , les genres et ujème les espèces. Voici d'abord deux différences d'organisation bien tranchées et sur l'exactitude desquelles on peut compter.

Tous les quadrupèdes , li taupe , les chauve-souris d'Europe (2) , les hérissons et toutes les familles des rougeurs exceptés (i) , présentent un cerveau pourvu de circonvolutions.

(1) Dans un cours de phrénologie humaine et comparée que nous fîmes à Paris en 1829, nous insistâmes sur la nécessité et Timportance de l'étude de l'anatomie, de la physiologie et des alterations pathologique?, pour arriver à une connaissance parfaite des fonctions du cerveau; nous citâmes même à celte occasion des faits fort curieux qui seront consignés dans cet ouvrage. Nous mdnlioniiàmes surtout le changement que l'âge amène chez les chiens et d'autres animaux , quant à leurs facultés iatellectuelles. Nous fimes voir les altérations que les crânes de ces animaux avaient éprouvées., et nous indiquâmes celles que nous avions trouvées dans leurs cerveaux. Nous assurâmes que la diminution du cerveau , qui accompagne le changement qui s'opère dans le caractère des chiens, et qui fait que de doux et caiessans ils deviennent extrêmement moroses , et, comme on le dit vulgairement, hargneux ou même mcchans, que cette diminution, dis-je , se retrouverait encore plus prononcée chez certains singes. Voici quelques faits recueillis au Jardin zoologique de Londres , qui viennent confirmer nos prévisions.

0 Dans la forme de leurs tètes et dans l'expression de leur physionomie, les semnopilheci, »i une famille de singes, portent une si grande ressemblance aux gibbons, qu'il serait difficile ^ de décider par la tète seule auquel des groupes chaque espèce doit être rapportée. Dans la » première période de leur développement, la tête est large et élevée, la cavité crânienne large » et le museau légèrement prédominant. Mais à mesure qu'ils avancent en âge, le front dimi- » nue graduelkmcut d'éleudue, diminuant conséquemment les dimensions delà cavité intu- » rieure; et le museau avance en longueur d'une manière remarquable. Les changemens qui » sont communs à toute la clnsse, sont particulièrement frappans dans ce genre, en conséquence n de la préJominence de leur front, dans le jeune âge , et dont la diminution se trouve accom- » pagnée d'un changement dans les mœurs de l'animal. Quand ils sont pris jeunes , ils sont » facilement apprivoisés , deviennent folàtreS' et Limiliers , sont extrêmement agiles , bien que » généralement calmes et circonspects dans leurs mouvemens ; ils apprennent à faire toutes « sortes de tours qu'il exécutent avec infiniment de ruse et d'habileté. .\près quelque temps « cependant, leur gaité disparait, leur confiance se change en défiance, leur agilité diminue >^ et se trouve remplacée par une insouciante apathie , et au lieu d'avoir recours , comme aupar> ravaiit, aux ressources de leur sagacité pour arriver à quelque but, ils ont recours à la force » brute qu'ils out acquise à la place. Ils deviennent méchans et même quelquefois dangereux , o absolument comme les autres espèces de la famille des singes qui, dans leur jeune âge, ue • présentent aucunes traces d'un bon caractère et d'intelligence. » (Extrait de l'ouvrage intitulé Jardin et Ménagerie de la société zoologique de Londres).

(2) Nous avons trouvé l'empreinte de circonvolutions sur le crâne de la roussette de Java.

(3) Gall assure que le cerveau du castor est pourvu de circonvolutions très-apparentes; le docteur Spurzheim partage aussi la même opinion : ce dernier fait même un reproche à M. Cuvier pour avoir avancé que le cerveau de cet animal était lisse. Kous pouvons affirmer, malgré le ton d'assurance de M. Spurzheim, que le cerveau du castor est absolument comme celui des autres rongeurs, el que l'assertion de M. Cuvier u'est pas fausse comme il le dit.

DK IMlllfeNOI.OGIE. lO^^

Dominés par ridée d'une composiliou plus ou moins grande, en raison du voUnne du cerveau, Gall el Spurzheim ont commis une erreur Ircs-grave, en soulenant que si les circonvolulions cérébrales ne sont pas apparentes chez certains animaux, il faut s'en prendre à ce que le volume du cerveau n'est pas encore assez considérable. Ainsi , disent ces deux analomistes, si les cerveaux de la souris et de la belette sont lisses , c'est que , dans ces espèces , le peu de volume de l'organe cérébral empêche de distinguer les circonvolutions. Voici maintenant ce que l'observation des faits nous démontre : 1° le cerveau de la souris ne présente pas de circonvolutions , non à cause de son peu do volume , mais parce que cet animal appartient à la famille des rongeurs , et que dans cette classe, comme nous l'avons déjà avancé, il n'existe aucune trace de circonvolutions; 2' le cerveau de la belette, loin d'être dépourvu de circonvolulions, comme Gall et Spurzheim l'affirment, en présente au contraire de très-prononcées : voir la pi. LXXIV , fig. S ; et la preuve que le volume n'entre pour rien dans la présence ou l'absence de celle-ci, c'est que le cerveau du liè^TC , pi. LXXV, (ig. 8 , qui est plus de quatre fois plus gros que celui de la belette, n'offre qu'un cerveau lisse. Pareille chose a lieu pour l'écureuil, pi. LXXIV, fig. 4.

Toute la famille des herbivores, le bœuf, la vache, le mouton , etc. présentent des circonvolutions très-apparentes,- mais elles sont plus développées dans le sens transversal que dans le sens longitudinal : voir la pi. LXXVI , fig. 1 , représentant le cerveau du mouton.

Dans le cheval , l'âne, la chèvre, le chevreuil , le cochon , la disposition des circonvolutions présente à peu près le même caractère.

Dans la famille des carnassiers, tels que le chien, pi. LXXX, fig. 2, le blaireau, id. pi., fig. 1,1e chat, pi. LXXV, fig. 1 et 4, la marte , id. pL, fig. 9 et 10, la belette, pi. LXXIV, fig. 8 ,les circonvolutions sont très-distinctes; mais plus alongées que dans les herbivores , elles laissent, comme chez eux , des empreintes bien marquées à la surface du crâne (1). Quelle peut être l'influence de la forme des circonvolutions sur les actes intellectuels et les facultés affectives? Le docteur Spurzheim croit qu'il existe une relation entre la forme des circonvolulions, l'intensité et l'aclivité des facultés; ainsi, dit-il, je pense que la longueur des fibres contribue à l'activité , la largeur à l'intensité des actes . Je ne crois pas que l'assertion de ce médecin soit établie sur un grand nombre de faits bien observés. Ses observations ont été , comme je le suppose , bornées à l'espèce humaine. Je possède cependant deux faits dans cette espèce qui sont loin de s'accorder avec ceux de ce médecin. Quant à la phrénologie comparée , les faits nombreux qu'elle nous offre nous paraissent

(1) Nous ne concevons pas comment M. Desmoulins a pu avancer que le cerveau des animaux du genre marte élait entièrement lisse et ne présentait aucune trace de circonvolutions, taudis que c'est au contraire dans cette famille d'animaux qu'elles sont le plus prononcées, (^uand ctssera-t-on donc , comme disait Ilaller , de faire de l'anatomie et de la physiologie dans le cabinet ou avec les livres, au lieu de consulter le meilleur de tous, la nature.''

(lélruirc complêlemcnl l'asscrîion avancée par ce lilirénologislc Citons des faits , seulo et vraie base de toute observation.

Les actes des facultés intellectuelles et affectives des oiseaux se manifestent avec une activité incroyable, et leurs cerveaux n'offreut aucunes traces de circonvolutions. Le chevreuil, dont les facultés sont si vives et si actives, présente un cerveau à circonvolutions arrondies; tandis que le blaireau, dont les circonvolutions sont alongées , a les facultés cérébrales assez lentes. L'écureuil , dont le cerveau est complètement lisse , est doué d'une activité cérébrale et de mouvemens étonnans : pourra-t-on dire, dans ce cas , que la longueur des circonvolutions entre pour quelque chose dans cette activité? Nous croyons que l'activité des facultés est complètement étrangère à la forme des circonvolutions , qu'elle peut se rencontrer avec toutes les formes possibles de cerveaux, et qu'elle tient au mode de sensibilité propre au système nerveux cérébral de chaque individu , quels que soient la classe , l'ordre , le genre et même l'espèce dont il fait partie.

Il est presumable que, par la présence des circonvolutions, l'auteur de la nature n'a eu d'autre but que d'augmenter la surface ou l'étendue du système nerveux renfermé dans le crâne, et conséquemment lui donner plus d'énergie et une sphère d'action plus grande.

Nous avons vu que , dans l'homme , le cervelet se trouvait complètement recouvert par la partie postérieure des hémisphères , pi. LXXXIV , Gg. 1 et 2. Nous trouverons chez les animaux une différence très-remarquable à cet égard; dans les singes cependant le cervelet se trouve recouvert, sinon en totalité, au moins en grande partie, par les hémisphères. J'ai quelquefois trouvé le cervelet complètement couvert chez certaines espèces de chiens. Dans le chat, pi. LXXV , fig. 1 , le mouton, pi. LXXVl , fig. 1 et 2, le lièvre, pi. LXXV, fig. 8, l'écureuil, pi. LXXIV, fig. '( , le hérisson, le cochon d'Inde , id. pi., fig. 0 et 1, la taupe, id. pi., fig. 12 le cervelet se trouve presque complètement à nu (1). Dans le chien, pi. LXXX, fig. 2, le blaireau , irf. pi., fig. 1, la marte , pi. LXXV , fig. 9 et 10, la belette, pi. LXXIV , fig. S, la partie postérieure des hémisphères avance ou recouvre plus ou moins îe cervelet. En examinant avec soin tous les cervelets des quadrupèdes représentés dans notre atlas, pi. LXXIV, LXXV, LXXVI , LXXX et LXXXI , on pourra se convaincre que cette partie du système nerveux cérébral présente beaucoup de différences de forme , de volume et de composition. Ces différences varient d'autant plus que les cervelets sont examinés dans des classes opposées : dans les espèces le cervelet présente le même type de forme, mais diffère assez quant au volume.

Il est vraiment digne de remarque que le cervelet de tous les quadrupèdes

(1) L'assertion «le certains anafomistes , tels que Cuvier, qui avançait que le cervelet np se trouvait à nu chez certaines espèces, que parce que la partie postérieure des hémisphères nexistailpas, est cvidemmenl sans foiiJemcul.

DE PIIUK.NOLOUIE. 10 J

elrnC'ine celui des oiseaux, comme nous le verrons plus tard , n'offre jamais, ainsi que nous l'avons vu dans les hémisphères, un aspect lisse ; il parait toujours composé de plusieurs parties bien distinctes.

Géuéralcraent , chez tous les quadrupèdes , la partie moyenne de cette partie du système nerveux, c'est-à-dire celle qui répond au processus vermiformis de l'homme, pi. LXXXV, lig. 2, o, m, se trouve toujours plus apparente, plus renllée (1). Le volume du cerveau, comparé à celui du cervelet, présente tant de différences dans les diverses classes et même chez les individus de la même espèce , qu'il nous a été impossible de donner un terme moyeu de proportion entre eux. Je pesai un jour, en présence d'un de mes confrères , douze cerveaux d'animaux de même âge , trois de chevaux , quatre de moutons, trois de chats et deux de chiens. Je pesai ensuite leurs cervelets, et trouvai des différences si remarquables entre l'une et l'autre de ces parties, chez la même espèce , que je cessai pour toujours toutes recherches dans ce sens.

Certaines espèces ont généralement le cervelet très-développé comparativement aux hémisphères ; nous citerons comme exemples remarquables sous ce rapport , le chat, pi. LXXY, fig. 4, où cet organe forme plus du tiers de la masse encéphalique. Dans la taupe, pi. LXXIV, fig. 12, 11 enforme presque la moitié. Dans l'écureuil , pi. LXXIV, fig. 4, il est très-gros , et formé de plusieurs lobules distincts , très-apparens à l'extérieur de son crâne , voir la pi. XXXVII, fig. 1 ; ainsi qu'on le voit, il est formé d'un grand nombre de lamelles. Généralement , le cervelet est très-dèveloppè relativement au cerveau, dans toute la famille des rongeurs. Nos observations très-nombreuses sur ce point d'anatomie comparée , se trouvent complètement en rapport avec celles qui avaient été faites avant nous par le célèbre naturaliste français Cuvier : nous ferons sehlement observer que beaucoup de carnassiers offrent aussi un cervelet très-fort, eu égard au volume de leurs cerveaux. Une coupe verticale , praliquèe sur le cervelet des quadrupèdes , permet d'apercevoir dans son intérieur ces espèces d'arborisations que nous avons trouvées dans le cervelet de l'homme , pi, LXXXV, fig. 2 ; seulement elles y sont beaucoup moirfs nombreuses. La fig. A de la pi. LXXIX représente la coupe verticale du cervelet du chat. L'homme, sauf quelques grosses espèces, se trouve à la tète des espèces animales pour le développement du cervelet. Au-devant de cet organe , se voient, comme chez l'homme, quatre tubercules quadrijuraeaux. La fig. 3 de la pi. LXXVII représente les tubercules quadrijumeaux du lapin domestique. Ils sont toujours recouverts par les hémisphères, cl on ne peut les apercevoir sans avoir préalablement écarté ceux-ci. Je n'ai pas trouvé une seule exception à cet égard dans l'immense quantité de cerveaux que j'ai disséqués.

(l) Nous sommes entré dans beaucoup plus de détails anatomiques sur l'organisation du cervelet des Tertébrés, dans notre ouvrage sur le système nerveux cérébral. Kous ne faisons connaître ici que les points les plus essentiels pour les phrénologistcs.

106 rnAiTÙ

Je ne fiais vraiment pourquoi M. Ticdmann (1) avance, dans son Traita du cerveau du fœtus humain , que , dans le cerveau du lièvre , de l'écureuil , du cabiais, les tubercules quadrijumcaux se trouvent à nu, et présentent alors quelques ressemblances avec le fœtus de l'homme de quatre ou cinq mois. 1, 'assertion de cet analomiste distingué est complètement inexacte. La (ig. 8 , pi. LXXV, représente le cerveau du lièvre; la fig, -i, pi. LXXIV, celui de l'écureuil, et la iig. 1, id. pi., celui du cochon cabiais. 11 est facile de voir qu'il n'existe à l'extérieur aucune trace de tubercules quadrijuraeaux. C'est avec aussi peu de fondement que le même auteur assure que, dans les chauvesouris, les tubercules sont complètement à nu : nous pouvons affirmer que, dans cette famille d'animaux, comme dans les espèces que nous venons de citer et même dans toute la famille des rongeurs , les tubercules quadrijumeaux se trouvent complètement recouverts par les hémisphères.

On trouve des différences de volume entre les tubercules quadrijumeaux des quadrupèdes ; quelquefois les antérieurs sont plus prononcés que les postérieurs , et vice versa. Dans le mouton , pi. LXXVII , fig. 3 , dans le lapin , id. pi. , fig. 4 , la paire antérieure , o, o, est plus forte que la postérieure , a, a ; dans le chien , c'est le contraire.

La composition des tubercules quadrijumeaux est absolument la même que chez l'homme ; c'est-à-dire qu'ils sont formés de substance blanche et de substance grise ; leur intérieur présente une cavité.

Le corps que nous avons désigné chez l'homme sous le nom de glande pinèale , et qui se trouve placé sur ces tubercules , existe chez tous les quadrupèdes ; il y en a même chez qui il présente un volume assez considérable : la fig. 5 de la pi. LXXVII représente la giande pinéale du lapin. Chez tous les animaux aussi , ce corps se trouve fixé aux parties auxquelles il correspond par de petits filameus nerveux. Quel peut être l'usage de ce tubercule '? L'observation ne nous a rien appris de bien positif à cet égard. Je ne crois pas cependant qu'il ait une grande influence , soit par lui-même ou par ces communications , avec les parties nerveuses avec lesquelles il se trouve en rapport ; du moins , voici un fait qui semblerait venir à l'appui de notre assertion. Je trouvai un jour , en disséquant le cerveau d'un renard , deux plombs gros comme la moitié d'un petit pois , placés entre les deux hémisphères ; l'un d'eux était emprisonné dans la dure-mère , et l'autre entre son repli vertical et l'un des hémisphères. Il n'existait aucune trace de glande pinéale. Je présumai qu'elle avait été détruite par le coup de feu que cet animal avait reçu long-temps avant celui qui lui donna la mort. Je pris des renseiguemens auprès des chasseurs qui m'avaient procuré sa tête , et j'appris que ce renard ne s'était pas montré , pendant la chasse , inférieur pour ses ruses et son intelligence aux animaux de son espèce. Il serait même parvenu à s'esquiver, si un berger, en l'effrayant, ne l'avait forcé à retourner du côté des chasseurs.

(1) Traité du ceryeau du Jixlus . traduit de l'allemanj par Jourdau; Paris j page 194.

DU I'llUtNOI-OCilE. 107

Les lobes cérébraux sont réunis chez les quadrupèdes , ainsi que chex riioumie, à Taide d'une lame de substance blanchâtre, corps calleux, grande commissure de Gall ; dans l'intérieur des hémisphères se trouvent aussi , comme chez lui, les couches optiques et les corps striés. Nous n'entrerons pas ici dans tous les détails ayant rapport aux variétés de formes de ces diverses parties; on les trouvera décrits avec soin dans notre Traité de l'a?ialomie du cerveau de l'homme et des animaux vertébrés.

Cerveau des oi.«eaux , des rcptiies et des poissons.

L'encéphale ou système nerveux cérébral des oiseaux se compose , comme celui des quadrupèdes, de trois parties bien distinctes, pi. LXXIII, fig. 2 : 1* deux hémisphères , 1, 1, un cervelet 2,. 2, et un prolongement rachidien , là, 3, Comparés avec les mêmes parties chez les quadrupèdes, nous y trouverons des différences trop remarquables pour ne pas être le sujet d'observations particulières. Nous aurons recours pour le système nerveux cérébral des oiseaux à la méthode que nous avons déjà employée pour celui des quadrupèdes comparé avec celui de l'homme , c'est-à-dire que nous ferons ressortir les caractères les plus saillans des parties qui le composent. Nous commencerons par les hémisphères. Ils sont constamment doubles ou composés de deux parties égales en forme et en volume (1) , ou du moins chez lesquelles la différence est à peine perceptible : disposition que aous n'avons point trouvée chez les quadrupèdes , encore moins chez l'homme.

Dans toute la famille des oiseaux , sans exception , les hémisphères cérébraux sont lisses, c'est-à-dire n'offrent aucunes traces de. circonvolutions ; caractère que nous avons déjà reconnu dans quelques classes des quadrupèdes , notamment dans toute la famille des rongeurs.

La forme des hémisphères cérébraux des oiseaux varie beaucoup ; il suffit de jeter les yeux sur les pi. LXX , LXXI , LXXII et LXXL'I , représentant autant de cerveaux appartenant à cette famille , pour se convaincre que toutes les parlies des hémisphères sont loin de présenter le même degré de développement ; de là l'immense variété de leur forme (2).

Derrière les hémisphères cérébraux , 2 , pi. LXXIII , fig. 2 , se voit 1q cervelet. Cette partie du système nerveux , que nous avons vue quelquefois couverte en totalité , chez l'homme et quelques singes , quelquefois en partie seulement , comme chez le chien , la marte , etc. , etc. , se trouve entièrement

(1) C'est à ce volume égal des témisphères qu'il faut attribuer cette régularité dans la forme du crâne des oiseaux, que l'on ne trouve jamais chez les quadrupèdes, et encore moins dans Vespèce humaine.

(2) Nous verrons plus tard Timportance que l'élude de ces variétés de forme et d« rolura» offre pour les applications phréuologiques.

à d('Couvcrl dans tonte la famille des oiseaux. !1 offre quelque ressemblance avec le corps d'une clictiille qui sérail dôpourvu de poils ; il est divisé comme lui en sections ou anneaux , dont les plus larges occupent toujours la partie moyenne. Le plus grand diamètre du cervelet des oiseaux , au lieu de se trouver dans le sens transversal, comme chez les quadrupèdes, existe aa contraire de haut en bas ou dans le sens vertical. Quand le crâne des oiseaux présente peu d'épaisseur, ainsi que cela a lieu dans toute la famille des becs-fins , on peut di:-tinguer à l'extérieur les divisions des parties qui composent le cervelet. Coupé verticalement, le cervelet des oiseaux présente , comme chez les quadrupèdes , une espèce d'arborisation , mais beaucoup moins compliquée que chez eux. PI. LXXI, flg. 3, coupe verticale du cervelet de la poule.

Nous avons vu que, chez l'homme et les quadrupèdes , pi. LXXVII, fig. Â , on trouvait entre le cervelet et le cerveau sur la face postérieure du mésocèphale , commissure du cervelet , quatre tubercules connus sous le nom de quadrijumeaux. Chez les oiseaux , au contraire , nous n'en trouvons que doux , et au lieu d'être placés à la partie moyenne du système cérébro-spinal, ils sont situés de chaque côté du cervelet , et plus ou moins recouverts par la partie postérieure des lobes cérébraux; mais jamais complètement : voy.pl. LXX , fig. 1, 2, 3, 4, et o. Ils sont réunis à l'aide d'une commissure, id. pi. , lig. 3 , dont la largeur varie beaucoup suivant les espèces. Celle du cerveau représeslé fig. o . est celle du geai ; on voit qu'elle est assez large eu égard au volume du cerveau de l'animal , surtout lorsqu'elle est comparée à une autre beaucoup plus petite placée devant elle. Il est facile de voir par cette figure du cerveau , dont nous avons écarté les hémisphères , qu'il n'existe pas , comme chez l'homme et les quadrupèdes , la commissure connue sous le nom de mésolobe : nous n'en voyons que deux, et ce sont celles que nous venons d'indiquer. On pourra voir , dans notre Traité d'anatomie du cerveau de l'hotnmc et des animaux, les conséquences que nous tirons de ce mode particulier d'organisation.

Les tubercules bijumeaux des ciseaux sont creux. Entre eux , et sur la commissure postérieure, se voit un petit corps variant de forme, de volume cl de consistance ; on peut le considérer comme l'analogue de la glande pinèale de l'homme et des quadrupèdes ; nous avons indiqué son siégf dans le cerveau , indiqué pi. LXXIil , fig. S. Vicq-d'Azir nie positive ment son existence chez les oiseaux : cet analomiste l'aura sans doute en levée avec la dure-mère ; mais avec un peu de précaution , il est toujoui aisé de la conserver. C'est absolument sans fondement que M. Serres assun que le volume de ce petit corps se trouve en rapport constant avec le volumi du cerveau de l'oiseau. Nous avons donné, dans notre ouvrage sur l'analomi» de ce viscère , plusieurs faits évidemment opposés à l'assertion de cet analomiste.

Pans les reptiles, pi. LXXÎ , fig. 6. on trouve deux hémisphères ccrè"

Dy IMIKÉNOLOGIE. 109

Lraux constamment lisses (1), un cervelet sans lamelle et une moelle fcpiniorc. Divisé verticalement, le cervelet des reptiles diffère de tous ceux appartenant aux classes dont nous avons étudié l'encéphale : il nous a paru dépourvu d'arborisations. Dans les poissons, pi. LXXI , fig. J> et 7, les hémisphères cérébraux présentent une singulière disposition ; tantôt ils sont composés de deux parties renflées à droite et à gauche , comme dans le cerveau du hareng , id. pi. , fig. 7, le rouget , ici. pi. , fig. 10 ; d'autres fois , ce sont plusieurs tubercules placés à la suite les uns des autres. Le cervelet, dans c2l{.Q classe . est lisse ; sa section n'offre aucune trace d'arborisations.

La moelle épinière des poissons est ordinairement renflée à son extrémité supérieure , d'où partent les filamens nerveux qui communiquent avec le cerveau et le cervelet. Cette partie du système nerveux est quelquefois divisée en plusieurs parties ayant quelque rapport avec le cervelet des oiseaux. Le rouget, id. pi., fig. 10, nous offre un exemple frappant de ce genre d'organisation.

Il n'est pas de classe d'animaux dont le système nerveux cérébro-spinal nous ait offert autant de variétés organiques que celui des poissons. Un travail sur ce sujet , fait avec soin dans les principales classes, ordres, et genres, et accompagné de figures d'une bonne exécution , serait extrêmement précieux (2).

Nous croyons devair terminer ici nos observations sur la structure du système nerveux cérébral , par quelques remarques sur la dissection de cette partie si délicate : elles intéressent surtout les anatomistes qui seraient tentés de se livrer à l'étude profonde de son organisation :

1° On ne doit jamais commencer l'étude du système nerveux cérébral par le crrveau des jeunes animaux ou celui des adultes dont le corps a déjà éprouvé un commencement de putréfaction. Le temps le plus favorable pour la dissection , est celui où le corps de l'animal est complètement refroidi.

2° Les cerveaux d'hommes qui ont passé soixante ans , et ceux des vieux chevaux , sont excellens pour suivre les fibres cérébrales ; parce que , dans un âge avancé , la substance fibreuse du cerveau présente plus de consistance. Chez l'homme trop vieux , chez les animaux, épuisés par l'âge et les

(1) Dans l'ouvrage du docteur Spuizheim sur le cerveau, publié à Londres en 1826, on voit, pi. Ill, fig. 2, un cerveau de grenouille composé de quatre hémisphères. Il faut que ce médecin ait emprunté ce dessin à quelque auteur , ou que ce soit une monstruosité, car jamais nous n'avons rencontré une pareille conformation.

(2) Nous avons disséqué un grand nombre de cerveaux appartenant à des espèces de poissons dont 31. Serres a fait représenter ks cerveaux dans la pi. VII de son atlas. Non-seulement les figures de cet anatomiste sont inexactes , mais on y trouve encore des parties qui n'ont jamais existé dans la nature. Comme ces cerveaux appartiennent à des poissons q[ue l'on peut se procurer facilement, ou pourra vérifier la vérité de notre assertion.

1 lO Tn.lITÉ

fatigues^ l'étude du cerveau doienl Irès-difficile , soit par la diminution dei circonvolutions, leur ramollissement , ou les adhérences de la membrane qui les recouvre.

3° On ne peut étudier avec succès le cerveau du fœtus, celui des jeunes animaux , ceux des oiseaux , des reptiles et des poissons , qu'après une macération préalable dans l'alcool affaibli avec moitié d'eau. Le cerveau ne se déforme pas du tout par ce moyen. Il est bon de laisser séjourner le cerveau quelques heures dans ce liquide ; de manière que tout le sang, contenu dan* les vaisseaux puisse se déposer au fond du vase : cela fait , on remet le cerveau dans une liqueur de même nature. On dislingue alors parfaitement sa forme , et l'on peut le faire représenter avec succès (1).

•4' On peut, en ayant recours à la scie, conserver le crâne de l'homme et des quadrupèdes dont on aura étudié les cerveaux. Le moyen conseillé par Bichat , le marteau , est très-expéditif ; mais on ne peut l'appliquer avec succès aux petits quadrupèdes : il n'est bon que chez l'homme ; encore perdon la boite osseuse qu'il vaudrait mieux conserver. Dans les oiseaux , le meilleur procédé consiste , après avoir mis le crâne à nu , à l'enlever par portions avec un scalpel assez fort et à lame courte. A la vérité on perd le crâne par ce moyen , mais on est sur d'avoir un cerveau intact ; ce que l'on serait moins sur d'obtenir en ayant recours à la scie. Il existe cependant quelques espèces d'oiseaux, comme le dinde , la poule , la pintade, le paon , l'oie, dont les parois du crâne offrent trop de dureté pour être facilement enlevées à l'aide du scalpel ; dans ce cas , il faut avoir recours à la lame d'une scie dont les dents soient très-fines. La membrane dure-mère , qui est trè&-mince chez les oiseaux , est susceptible de se dessécher facilement ; on s'en aperçoit à de légers plis qu'elle forme sur le cerveau , quand la voûte du crâne est enlevée. Il faut, dans ce cas, humecter celte membrane avec un peu d'eau ; on pourra l'enlever quelque temps après sans altérer l'encéphale.

S» Il est certaines parties du cerveau des quadrupèdes et surtout des oiseaux, qu'on ne peut bien voir qu'après un long séjour de ce viscère dans l'alcool. Il faut d'abord, lorsqu'on veut faire l'étude de ces parties, mettre les cerveaux à tremper dans un mélange d'eau et d'alcool , celui-ci étant dans la proportion d'un tiers. On a seulement en vue , par ce moyen , de débarrasser le cerveau du sang que ses vaisseaux peuvent contenir. Après trois ou quatre heures de séjour dans ce liquide , les cerveaux sont plongés dans un bocal bien bouché et ue contenant que de l'alcool pur. La forme extérieure des cerveaux change un peu , mais certaines parties deviennent plus faciles à étudier par le degré de

(1) En elé , il faut meltre Jeux tiers d'akool , si l'on veut conserver les cerveaux, et prendre soin que le bocal soit bien fermé , sinon le cerveau se bour. oufile en peu de temps et cbange romplélenieut de forme. On ne peut pas se faire une idée de la quantité d'alcool absorbée par le cerveau. Il m'est arrivé en mettant dans de l'eau pure des cerveaux qui avaient séjourné dans l'esprit de vin dix ou douze jours , de Its voir nager à la surface comme des bouchon» de liôgc.

DE riIRKNOLiXilli. I 1 1

consistance qu'elles acquièrent. J'ai quelquefois eu recours à la liqueur connue sous le nom de Monro; c'est un mélange d'alcool et d'acide nitrique, dans la proportion d'un gros d'acide sur une pinte d'alcool ; mais je ne me suis pas aperçu qu'elle offrit plus d'avantage que le mélange d'eau et d'alcool. Reil, dans ses préparations trés-délicates du système nerveux , faisait un fréquent usage d'acide nitrique affaibli, ou de lessives alcalines. Quels que soient les moyens employés pour arriver à une connaissance parfaite de la structure du système nerveux cérébral , on ne saurait trop se pénétrer , avant de s'y livrer, que , de tous les organes du corps humain , c'est celui dont la dissection présente le plus de difficultés, et demande que les mêmes objets soient vus plusieurs fois avant d'en avoir une juste idée.

Nous allons terminer ces remarques en présentant , sons forme de tableau , les principaux rapports et les principales différences présentées par les cerreaux de l'homme, des quadrupèdes, des reptiles et des poissons.

112, THAITÎ.

TABLEAU des principaus rapports et ilijfirpnrps pnsiidt's par tlirersci parties du systiiii:' ci-rebro-spinal de iliovime, des (quadrupèdes , des oiseaux, des reptiles et des poissons.

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