INTRODUCTION
naissances que nous devions posséder plus tard. La seule découverte de la circulation du sang par llarvcy, suffit pour opérer une révolution en physiologie. C'est de la même époque que date la découverte des vaisseaux lymphatiques, celle de la structure de l'oreille, etc.
L'étude plus éloudue, plus approfondie des organes, ouvre dès-lors une ère nouvelle à celle des fonctions. Des hommes doués d'une grande sagacité , riches d'une immense masse de faits anatomiques Lien ohservés, vont, parla force de leurs facullés intellectuelles , lier l'histoire des fondions à l'étude des organes : on voit paraître Boërhaave, Haller. Plus le cercle dos connaissances anatomiques s'agrandit, plus la physiologia acquiert de certitude. Bientôt l'anatomie comparée , si peu cultivée chez les ancien? , et resserrée d'abord dans d'étroites yraitcs, fait de rapides progrès et jette la plus vive lumière sur l'étude dos organes des animaux : les services que cette science doit rendre ne sont encore entrevus que par ces grands savans capables d'embrasser les diverses connaissarves humaines et d'en saisir les rapports ; mais chaque jour viendra nous révéler l'importance de l'anatomie et de la physiologie comparée : nous verrons surtout les fruits que nous pouvons en retirer pour le sujet que nous nous proposons de traiter dans cet ouvrage.
On ne saurait en douter : c'est faute d'avoir cultivé ces deux sciences, que les anciens , et m»'me de modernes physiologistes , sont tombés dans tant d'erreurs. Tous étudièrent l'homme séparément et négligèrent la connaissance do l'organisation et des fonctions chez les animaux , ne songeant pas que ces deux études sont inséparables. Deux hommes célèbres, Ualler et Vicq-d'Azir, font exception à cet égard : ils furent de tous les savans ceux qui insistèrent lo plus sur la nécessité de rallier à l'anatomie et à la physiologie comparée rélude des organes et de leurs fonctions chez l'homme. Nul doute qu'ils n'eussent fait faire de plus grands progrès à la physiologie, si leur carrière avait élô assez longue pour fournir des matériaux à leurs vues si philosophiques. Les travaux de la fin du dix-huitième siècle et du commencement du dix-neuvième, sur l'anatomie comparée , en France , en Allemagne et dans d'autres états de l'Europe, sont une source où les physiologistes du premier ordre viendront puiser l'histoire des organes, et se mettre sur la voie la plus sûre et la plus facile pour en étudier les fonctions. La France aura un jcKir à se glorifier d'avoir été une des premières nations de l'Europe sous le rapport de l'anatomie comparée : reconnaissance éternelle aux Daubenton , aux Vicq-d'Azir , aux Cavier, aux Geoffroy-Saint-Hilaire , aux Blainvillc, dont les observations doivent servir de base à toutes les connaissances anatomiques et physiologi-
INTUODLCTIO. é
ques des Icmps futurs. Espérons que cello science si imporlanle et si utile, maintenant introduite dans les écoles , sera de plus en plus appréciée.
Mais pour arriver à des notions un peu étendues sur cette matière et en saisir les relations avec les autres sciences naturelles , il ne suffit pas de se livrer à quelques lectures , ou de suivre des cours , comme le font un grand nombre de , personnes; car, nous ne saurions trop le répéter, les professeurs , quels que soient leurs laleus , les livres , quelle que soit leur perfection ou leur célébrité, sont loin de suffire pour arriver à des connaissances positives. Les leçons, les lectures sont précieusessans doute; mais elles servent plus à nous mettre sur la voie qu'à nous procurer toutes les observations nécessaires pour posséder la science à fond : elles nous en inspirent le goût , nous donnent la pensée de recourir au meilleur de tous les livres , à celui que nous devons avoir toujours sous les yeux , la nature !
Plusieurs savans paraissent s'étonner qu'après tant de siècles écoulés depuis que l'on cultive l'anatomie et la physiologie , l'histoire des fonctions ne soit pas plus avancée ; mais que l'on examine les nombreux obstacles qu'il a fallu surmonter , et l'on cessera d'être surpris. Le premier , c'est la brièveté de notre vie. Si l'homme de génie surtout pouvait prolonger sa carrière , nul doute que les sciences ne marchassent plus rapidement vers la perfection. Parmi les autres causes qui ont retardé les progrès de l'esprit humain , il n'en est peut-être pas qui ait été plus funeste que l'influence des idées acquises. Nous voyons généralement peu dliommes se dépouiller complètement des préjugés de leur jeunesse , et il serait fort difficile d'en citer un, même parmi les plus célèbres , qui n'ait été influencé par les idées dominantes de son siècle. Le chancelier lîacon avait donc raison de dire que rien n'avait plus contribué à retarder les progrès des connaissances humaines , que l'admiration pour les écrits des autres, une vénération outrée pour l'antiquité, et ce préjugé que tout est connu , et qu'il est impossible de faire de nouvelles découvertes. Hommage et respect aux hommes qui nous ont précédés dans la carrière des sciences! on ne pourrait, sans la plus noire ingratitude, laisser leurs noms dans l'oubli : mais ne poussons pas l'injustice et l'absurdité jusqu'à dire qu'ils étaient de beaucoup supérieurs aux modernes. Cette assertion est nonseulement fausse, mais même dangereuse : elle nous engagerait à perdre un temps précieux à feuilleter d'anciens livres, souvent pleins d'idées ridicules cl dénuées de fondement (1). Grâce aux progrès des lumières , notre siècle se
(1) Nous ue voulons parler que Jos sciences crohicrvation , qui ne peuvent se perfectionner
4 iNrnoDicTio^.
voil loul-à-fait affranchi de ce servage pour l'anliquilé : si les ouvrages d'Uij/pocrale, Galion, etc., sont encore consultés, c'est plus sous le rapport de l'érudition, que pour y puiser des connaissances anatomiques ou physiologiques , seules bases des sciences médicales.
L'étude des fondions organiques a été appelée pAysio/ogie. Cette expression n'est point rigoureusement exacte ; car les mots grecs physos et loqos , dont elle est composée , signifient discours sur la nature , et non histoire des fonctions organiques. Quoi qu'il en soit , on est convenu d'attacher ce dernier sens à la science désignée sous le nom ùe physiologie. C'est une des plus intéressantes à laquelle on puisse se livrer : elle est indispensable au médecin , qui ne peut arriver à la connaissance parfaite des lésions organiques, qu'après avoir étudié les fonctions dans l'état de santé. Il n'est pas d'homme , pour peu que fon esprit soit cultivé , qui ne cherche à connaître les principaux actes dont l'ensemble constitue la vie. Cette étude sera surtout nécessaire au législateur, pour faire de bonnes lois : en effet , pour bien diriger l'espèce humaine , il faut on connaître l'organisation. Les philosophes, après avoir examiné, nous ne dirons pas toutes les fondions du corps humain , mais la plus importante de (ouïes , celle de l'organe de l'ame , du cerveau , auront une idée plus juste des facultés morales et affectives, et ne s'égareront plus dans un dédale de vaines théories. Nous ne voulons pas dire que les travaux philosophiques des modernes doivent être considérés comme rien : loin de nous une pareille pensée ; mais nous sommes forcé de convenir, après avoir lu les meilleurs traités de philosophie publiés jusqu'à ce jour , qu'il n'en est pas un où l'histoire de l'intelligence soit complète. Les livres mêmes des meilleurs physiologistes de notre époque, relui de Gall excepté, ne nous ont présenté que des idées plus ou moins défigurées des anciennes philosophies, ou des analyses imparfaites de la doctrine de Gall. Quelques-uns ont ajouté aux explications de Locke et de Condillae quelques expériences mutilatoires dont, jusqu'à présent , la science a retiré peu de profit. Nous sommes convaincu que l'histoire des actes psychologiques de l'homme, et celle de ses facultés morales, n'ont pas été bien traitées jusquà ce jour , parce qu'elles exigent deux conditions indispensables : d'une part, une connaissance profonde du système nerveux, et de l'autre , un esprit d'observation et de logique. Nous voyor.s des philosophes étrangers à la physiologie , et des physiologistes peu ou point philosophes, trailer l'histoire des facultés psy-
qijavec le temps. Foui le' -iris rl'ima^inalion, tels que la poésie, l.i peinture, 1^ siulpliiTc, nous reconnaissoii' Iciijours les Grecs et les Romains comnir nos meilleure ino !cls.s.
INTROUtC.TfOX. a
cliologiques de riioniine. C'c^l ainsi que , d'uu côté , négligeant l'élude de la physiologie , et de l'aulre , analysant avec peu de soin les facultés de l'esprit humain, nous n'avons pas possédé jusqu'à ce jour , un vrai traité de physiologie cérébrale ou de philosophie , sciences que nous regardons comme parfaitement identiques.
De tous les savans qui ont cherché à expliquer les facultés morales et intellectuelles de l'homme , Gall nous parait seul , si-non avoir traité ce sujet complètement , du moins avoir trouve la voie qui peut conduire à un système inattaquable, et à la découverte de la vérité. Philosophe physiologiste, et par-dessus tout, homme de génie. Gall a réuni toutes les qualités qui n'existaient que séparément chez ses devanciers : son Traité des fonctions dît cerveau , malgré les erreurs qu'il contient , sera toujours considéré comme l'œuvre d'un homme du premier ordre. On pourra corriger les erreurs qui lui ont échappé, ajouter beaucoup à ce qu'il a fait , mais ce sera toujours en marchant sur ses traces : il nous guidera lui-même dans les travaux que nous entreprendrons pour étendre et perfectionner sa doctrine. En effet , c'est le propre des sciences d'observation de toujours gagner avec le temps : un homme ajoute ,aux travaux d'un autre homme, un siècle aux travaux d'un siècle, et ce n'est qu'après une suite de plusieurs générations , que les fai.ts recueillis constituent un vrai corps de sticnce.
Jetons pour un instant nos regards vers le passé , et considérons ce qu'était la chimie du temps de Lavoisier et de Fourcroy. Personne ne contestera sans doute au premier le titre d'homme de génie, et cependant quelle différence entre l'état actuel de la chimie et ce qu'elle était à la mort de cet illustre savant. 11 serait donc absurde de croire qu'un seul homme, quel que soit son génie, puisse porter une science de faits à son plus haut degré de perfection : il arrive même une époque dans l'histoire des sciences naturelles , où les progrès sont si rapides, que peu d'années suffisent pour les faire changer entièrement de face. La découverte d'un nouveau corps en chimie, comme la découverte ou l'analyse d'une nouvelle faculté en physiologie mentale , peuvent ajiporter de grandes modificalions dans l'une ou l'autre de ces deux sciences.
Le seul moyen d'arriver d'une manière siire aux sciences de faits , serait sans doute de cultiver une seule des branches dont l'ensemble doit constituer l'édifice. L'expérience de tous les temps a constaté que quand les efforts d'un esprit se trouvent dirigés vers un seul objet, les résultats obtenus sont plus parfaits. De grands travaux entrepris dans ce système et distribués selon l'organisation des personnes qui devraient s'y livrer , mais par-dessus tout , traités avec bonne
O INTRODCCTIOX.
foi, fourniraient , au Lout d'un certain temps, une masse de faiU que rien nopourrait ùbranlor. On ne verrait plus ces tliêories anatomiques et physiologiques ï«i communes de nos jours, attestant souvent l'ignorance ou la mauvaise foi des auteurs. Ce reproche s'adresse surtout à ces hommes sans pudeur , qui donnent pour bases de leurs observations des faits mal vus, ou faut-il le dire? imaginés dans le cabinet. De pareils ouvrages ne peuvent que nuire aux progrès des sciences, et donner des résultats d'autant plus fâcheux, que les auteurs jouissent quelquefois d'une espèce de réputation usurpée, ou appartiennent à un corps savant dont l'autorité impose au public. Séduit par l'annonce d'ouvrages qui ont reçu l'approbation d'une Académie, le savant laborieux qui veut continuer des recherches sur le même sujet , est forcé de les lire et de perdre un temps précieux qu'il eût mieux employé en se livrant à l'étude plus pénible mais plus sûre de la nature elle-même.
Bien convaincu que pour arriver à une connaissance exacte d'une certaine classe de faits anatomiques ou physiologiques , il était indispensable d'en faire une étude exclusive , nous avons choisi un sujet, avec la ferme résolution de le traiter d'une manière consciencieuse : nous avons pris celui qui nous plaisait le plus , malheureusement sans prévoir les nombreuses difiicultés et les recherches immenses qu'il demandait. EHes sont telles, que si nous les eussions seulement entrevues au commencement de nos travaux, nous ne les eussions jamais entrepris. Nous ne croyons pas indifférent de faire connaître à nos lecteurs comment nous avons été conduit à nous livrer préférablemenl à cette étude.
En 1818, l'Institut royal de France avait proposé un prix à l'auteur du meilleur mémoire sur l'anatomie du cerveau . dans quatre classes d'animaux vertébrés : je résolus de faire quelques recherches sur le système nerveux cérébral,^ et de les consigner dans un mémoire que j'avais l'intention de soumettre au jugement de celte société savante. Je possédais déjà, en 1820, une masse de faits anatomiques assez considérable, et d'autant plus précieux, selon moi, qu'ils avaient été recueillis avec le plus grand soin et la plus fidèle exactitude. Mes recherches, jusqu'à cette époque, s'étaient bornées à l'anatomie du système nerveux ; j'aurais été flatté cependant de pouvoir les rattacher aux fonctions de ce même système; et bien que plus riche en faits que llaller (1) et Yicqd'Azir(2),il m'avait été impossible de saisir les relations entre la masse encé-
(1) hoiries mémoires sur l'organisation Ju cerveau des oiseaux et des poissons, publics ru 1750 et 1765. Dicn quiultrcssantes , les reclicrcLcs de llaller pèchent souvent par Texactitude. ^
(2) ftuvrcs do Vir({-d'Vzir publiées par Morcnu de la Sarlhc, Paris, 1805. Bien que ce
iNTnoi)ccno?(.
phftliquc el ses fonctions. J'avais été frappé néanmoins du mode de conformalion quo m'avaient présenté les cerveaux de certains oiseaux cl quadrupèdes : je citerai pour exemple les oiseaux voyageurs dont je possédais alors plus de soixante cerveaux, ceux de quadrupèdes carnassiers que j'avais étudiés avec encore plus d'attention , et que j'avais conservés dans l'espril-de-vin. Il m'était impossible de croire qu'à des variétés si nombreuses d'organisation ne se rattachaient pas des facultés spéciales : mais comment connaître ces facultés, si je n'avais pas, avant tout, fait une longue ètudedesmoeurs et des habitudes des animaux. Je commençai donc par me livrer avec ardeur à la lecture des ouvrage;? les plus célèbres sur ce sujet , pt pour juger de l'exactitude des observations de ces auteurs , je pris le parti de faire élever un grand nombre d'animaux , d'étudier leurs mœurs , de noter leurs actes les plus remarquables , et de confronter mes propres observations avec celles de ces savans illustres. Je lus Pline et Buffon. Pline me parut une des plus vastes tètes qui se soient occupées des sciences. Son Histoire naturelle prouve Télonnante étendue de son esprit. Dans les trente-six livres qui composent son ouvrage , il a mis à contribution les faits recueillis par un homme peut-être encore plus extraordinaire , Aristote, et il y a joint tout ce que l'on connaissait de son temps. Mais quelque intéressans que soient les livres de ces deux grands génies, ils brillent plus par l'étendue <les vues que par l'exactitude des descriptions. A côté de pensées quelquefois Irès-ingénieuses , et offrant toujours le caractère d'une grande puissance intellectuelle, se trouvent trop souvent des idées admises sans examen et sans choix ; délaces récils entièrement fabuleux sur certains animaux. Aussi Aristote et Pline ont moins traité toutes les sciences naturelles, qu'ils n'ont indiqué la voie qu'il fallait suivre.
Les ouvrages de Buffon me frappèrent d'admiration -, mais malgré le stylo inimitable, l'éloquence même de ce grand écrivain, je les trouvai plus brillacs que profonds , et je vis plus dans Buffon le poète que le naluralisle. Quoique incomplet , Linnée m'a paru de beaucoup supérieur à Buffon : à une grande facilité de style , le naturaliste suédois réunit cette exactitude de description analomique, sans laquelle les sciences naturelles nepeuvent arriver à la perfection ; et nous sommes même convaincu qu'elles ne sont parvenues au point où elles sont maintenant , que grâce à la marche indiquée par cet homme célèbre.
médetin ail été un des premiers à insister sur l'avantage que la physiologie peut retirer «le l'étufle de l'aiiatomie compare'e, son ouvrage, quant à ranalomie du système nerveux cérébral, est peu riche en fails , et conséquemment de peu d'intérêt pour la physiologie du cerveau.
8 iMnoDiCTio:^.
Deux auteurs (rop peu connus, Georges Leroy (1) et Dupont de Nemours (2), ont recueilli sur les animaux des observations pleines d'intérêt. Eu lisant le» ouvrages de ces hommes estimables , on regrette que leurs connaissances en histoire naturelle et en physiologie aient cti trop bornées et dénuées de l'appui de i'anatomie : cependant , il est plusieurs faits remarqués par eux , que nous mettrons à profit dausn»!re ouvrage , et dont nous ferons ressortir toute l'imporlance.
Les travaux de Gall m'étaient alorsinconnus,et j'étais loin de croire qu'ils me fourniraient l'idée dominante qui a dirigé mes nombreuses reclierehes : lout ce que j'en avais entendu dire, ce que j'en avais lu dans certains ouvrages où cet homme célèbre était peint comme un charlatan, loin de me déterminer à l'étudier, aurait suffi pour me le faire prendre en aversion. Cependant je ne voulus pas le condamner sans l'entendre. A peine eus-je lu ses ouvrages, que je vis aussitôt que j'avais affaire à un de ces hommes à part, que l'envie ombrageuse cherche toujours à éloigner du rang auquel leur génie les appelle, et contre lesquels elle emploie l'arme des lâches et des hypocrites. Haute capacité cérébrale, profonde pénétration, sens droit, connaissances variées, telles étaient les qualités qui me paraissaient distinguer Gall. Aussi l'indifférence que j'avais d'abord eue pour ses écrits fut promptement remplacée par la plus profonde vénération. Tel fut le sentiment que j'éprouvrai à la première lecture de sa physiologie du système nerveux cérébral. Mais je dois faire ici un aveu; il est le résultat de mes longs travaux sur le môme sujet : je crois donc, et toutes les personnes qui consulteront l'ouvrage de Gall et le compareront avec le nôtre , partageront sans doute la même opinion ; je crois , dis-je , que Gall a mis beaucoup d'adresse dans sa manière de présenter les faits, surtout en physiologie comparée. Personne . à l'entendre , n'a porté les recherches anatomiques et physiologiques aussi loin que lui : il a, dit-il, observé depuis le cerveau de l'éléphant jusqu'à celui de la musaraigne, c'est-à-dire qu'il a examiné I'anatomie du cerveau des principaux vertébrés. .Nous ne pouvons cependant jnger leshommcs, et surtout les anatomisles , que par leurs travaux , et non sur parole ; et il nous est facile, par l'inspection de l'atlas et la lecture de l'ouvrage de Gall, de voir que I'anatomie du cerveau et les faits pratiques venant à l'appui de sa théorie, p'y trouvent traités bien supcrHcielleraent , et dans beaucoup de cas , complé-
(1) Lieulrnant Jes cbasses et arlminisiralioii Jes hnis et forêt"! «le Versailles et Je Marly , a publie, sous le titre de Littres philosophif/ues sur i intelligence des animaux , un recueil <l'pb«ervaiion» extrêmement intéressantes,
(a) Mémoire sur clifTtrcns sujets présent» s à llnsiitut nalion-il de France.
i.\riu)ui«.:Tift?(. «
liMiient négligés. Ce travail était pourtant Irès-importanl ; ausii ne somnicG-:;«us paslcsoul anatomislequilui ait adressé ce reproche. Voici comme s'exprime i\ cet égard l'un des médecins et des anatomisles les plus distingués de l'Allemagne (1) :«Si nous jetons un coup d'œil sur le grand ouvrage de M. Gall, nous » y voyons régner , d'un bout à l'autre , l'idée qu'il faut étudier la structure du » système nerveux et du cerveau en s'élevant pou à peu des animaux les » plus simples jusqu'à l'homme. Mais qu'a fait réellement M. Gall ? Il n'a » décrit et figuré que les nerfs de la chenille , que le cerveau d'une poule , cl » la moelle épinicre de quelques mammifères ; encore son livre n'esl-il pas » exempt d'erreurs sous ce rapport. »
Quelque grave que soit ce reproche , tout homme instruit et de houne foi ne peut, en jetant les yeux sur l'allas de Gai!, en contester la justesse: les sujets y «ont représentés, particulièrement pour l'anatomie comparée, en trop petit nombre, et même quelquefois avec assez d'inexactitude : l'anatomie si importante du système cérébral des oiseaux et des quadrupèdes y est presque complètement négligée ; on n'y trouve pas même la description exacte du crâne d'un seul animal vertébré; ce travail anatomique était cependant nécessaire, puisqu'il devait servir de base à des observations plus compliquées d'anatomie et de physiologie du système nerveux cérébral : c'était même la seule marche analytique qu'il y eût à suivre ; nous voulons dire celle par laquelle on passe de l'élude de ce qui est simple à ce qui offre plus de complication. Étudiée dans ce sens, la physiologie du système nerveux présenterait un caractère vraiment philosophique.
Gall aura sans doute reculé devant les nombreuses difficultés de pareilles recherches : car il ne suffisait pas , pour arrivera d'heureux résultats, déposséder de vastes connaissances anatomiques et zoologiques, il fallait encore se livrer à de longues études sur les mœurs des animaux, ce qui demandait plus de temps et de travail que la physiologie humaine; car, dans ce dernier cas, l'homme a déjà en lui-même un point de comparaison très-important: il ne lui reste plus qu'à observer les variétés psychologiques d'homme à homme ; et l'on sait qu'elles sont moins nombreuses que chez les animaux , sur les actes psychologiques desquels nous ne pouvons recueillir de bonnes observations , qu'après les avoir examinés dans les diverses classes , ordres, genres et espèces. Parlant de ce principe généralement vrai , que les phénomènes psychologiques se rattachent à un mode spécial d'organisation, Gall a cité tousles noms des animaux
(1) Tiftflemanii, /înatnmie du crn'cnn rluj'iftiis , Irafliiit i]e rallemninl par JotircTan.
10 lNTr.OS)lCTION.
qui prc'scnk'iil 1 un ûc cos pbtnomcncs ou actes au jjIus liaiît degro de développemenl. Ce f^onrc d2 travail était lout de caliiiet ; et en consultant les divers ouvrages sur riiisloiro des animaux , il u'ctail pas difficile d'accumuler une 4onguc suite de noms , de genres, d'ordres ou d'espèces. Mais si nous venons à Tapplicalion , nous sommes surpris de trouver si peu de faits positifs à l'appui de ce que l'auteur avance : c'est en vain que l'homme qui s'attache aux faits extérieurs, auxquels Gall parait lui-même accorder tant d'importance, cherche dans son ouvrage de quoi se satisfaire. Ce que nous disons ici sera mieux saisi par Khomme instruit et consciencieux qui voudra se donner la peine de comparer le travail de mon célèbre prédécesseur avec le mien : lui seul pourra Lien apprécier la différence qui les caractérise. Quant à cette foule qui se croit juga en pareille matière , parce qu'elle a une teinture de la doctrine de Gall , sans connaissances anatomique's, physiologiques et zoologiques qui doivent lui servir de base, nous la croyons incapable d'avoir une juste idée de ses travaux et de ceux que nous avons entrepris.
Bien convaincu par la lecture de l'ouvrage de Gall , que cet homme célèbre n'avait traité qu'imparfaitement l'analomie et la physiologie du cerveau des animaux vertébrés, nous résolûmes, en profitant de son idée mère, de continuer ses recherches , de leur donner plus d'étendue , et de les rendre plus susceptibles d'application. En 1827, nous présentâmes à l'Institut royal de France , pour le prix de physiologie , un mémoire renfermant quelques fragmens de nos longues recherches anatomiqucs et physiologiques. Ce mémoire , qui fut mentionné honorablement, était accompagné de deux raille cinq cents tètes appartenant a des animaux de différentes classes , ordres , genres et espèces. Parmi ces têtes, quinze cents avaient appartenu à des animaux dont les mœurs nous étaient parfaitement connues. Enfin , quatre cents cerveaux en cire, coulés sur nature , et un allas de plus de trois cents sujets d'anatomie du système nerveux cérébral et de son enveloppe osseuse , représentés avec la plus rigoureuse exactitude , donnaient à notre travail un caractère qu'aucun ouvrage ne nous avait présenté jusqu'à ce jour. Ce n'était pas sans motif que nous joignions à nos observations ces faits matériels qui devaient leur servir de base. D'une part , nous tenions à les présenter comme la preuve la plus convaincante delà théorie dès fonctions du système nerveux cérébral ; de l'autre , ils servaient à prouver incontestablement le peu de fondement de certaines lois générales d'anatomie du même système présentées par certains anatomistes , notamment celles qui se trouvent consignées dans l'ouvrage de M. Serres ; et, pour le dire en passant, cet ouvrage doit inspirer peu de conr.ance,bien que couronné par l'Institut. Tout homme
INTIIODICTIOV. 1 I
probe el verse dans ranalorùie du syslcmo ucrvoiix , après avoir la le livre de ce médeciu, jelô un coup d'a'il sur les dessins do son allas , el les avoir comparés avec les objets naturels , concevra , nous n'en douions pas , une singulière opinion de l'auteur.
Riche d'une masse considérable de faits observés avec bonne foi , et ne vou* lant pas les faire connaître an public, avant de les avoir vérifiés à plusieurs reprises par la voie expérimentale, jo fis élever un grand nombre d'animaux, dont je notai jour par jour les facultés dominantidS. La classe des chiens et des chats me procura le plus grand nombre d'observations. Je mis à contribution toutes celles qui me furent fournies par des hommes réfléchis et dignes de foi : mes conversations avec des cliasseursetlesgens qui, parleur position, sont à même de remarquer les traits les plus saillans des actes intellectuels des animaux , me furent d'un secours précieux. Ces observations recueillies avec soin, el comparées avec une foule d'autres qui m'étaient propres ,me mirent sur la voie de la véritable physiologie expérimentale , non de celle qui se trouve renfermée dans le cercle étroit tracé par la pointe du scalpel , mais dans la sphère beaucoup plus grande et plus philosophique des actes intellectuels du système nerveux cérébral des animaux, actes jugés, appréciés dans l'état vraiment physiologique des organes, et non dans cet état douloureux, convulsif, où ils nous paraissent insaisissables.
Des animaux , nous nous élevâmes naturellement jusqu'à l'homme. Ce ne fut qu'en 182o que nous commençâmes sérieusement l'étude des actes psychologiques de ce roi de la terre. Nous nous attachâmes, après la lecture de Gall, à constater les faits déjà très-nombreux qu'il avait recueillis sur ce sujet si grave, si important. En 1 827, je suivis un cours que Gall faisait à l'Athénée : ses leçons m'intéressèrent beaucoup. Sans être éloquente , sa manière de présenter les faits qui servent de base à sa doctrine , était attrayante ; mais on y retrouvait trop littéralement les idées exposées dans son ouvrage , et la phrénologie comparée était loin, pour l'anatomiste et le naturaliste profond, d'être traitée avec assez de soin.
En 1 829 , Gall n'existait plus. Alors nous ouvrîmes à Paris un cours de phrénologie humaine et comparée : nous nous attachâmes surtout à faire ressortir l'importance de la phrénologie comparée ; et pour atteindre ce but, nous mimes sous les yeux de notre auditoire les faits si nombreux que nous avions observés. Nous eûmes la satisfaction de voir que noire temps n'avait pas été perdu ; et plusieurs personnes qui avaient suivi les cours de Gall , nous avouèrent que le nôtre leur avait paru présenter plus d'utilité, puisque nous avions traité plus
complètement ranatomio du cerveau , en nous élevant graducllemonl des oiseaux aux quadrupèdes , et de ceux-ci jusqu'à l'homme. Ces éloges qui nous étaient adressés par des gens instruits , ceux que le fondateur de la nouvelle doctrine avait bien voulu lui-même nous donner , furent un aiguillon plus que snflisant pour nous exciter à continuer nos recherches. Cependant un motif plus puissant que des closes reçus d'hommes eslimaLlcs , nous y engageait encore davantage : c'ùlait l'imporlancc de celte science , et l'influence qu'elle devait avoir un jour sur les iusf itulions humaines ; et plus nous l'examinions , plus nous étions convaincu que toutes s'y rattachaient plus ou moins. Elle seule nous paraissait capable de jeter une grande lumière sur l'histoire et le trailement des aliénations mentales. Tous les traites que nous avions lus jusqu'alors sur ce sujet , ne nous avaient inspiré que du dégoût, tant ils nous paraissaient pleins de contradictions et d'absurdités.
Toutes les personnes instruites se demanderont, sans doute , comment des travaux aussi importans que ceux de Gall n'ont pas été plus connus et plus appréciés en France , sa patrie adoptive ; enfin comment sa doctrine ne fit pas partie de l'enseignement médical, des que lesmédecins, juges souverains en pareille matière, purent en avoir connaissance. Il faut que l'attachement aux idces surannées soit bien fort chez certains hommes et dans certains pays, puisque l'on y voit encore enseigner de ces vieilles erreurs qui répugnent au simple bon sens. L'histoire des actes psychologiques de l'homme y est encore expliquée par la coloration des joues , par le volume du foie, etc. Nous avons ici un aveu pénible à faire : la France , à qui Gall avait donné la préférence sur les autres nations , aurait dîi récompenser son génie , ses veilles et ses travaux autrement que par de simples éloges. Si ce grand homme ne vit pas , avant sa mort , sa doctrine généralement adoptée en France , il eut du moins la consolation de la voir cultivée et répandue dans d'autres pays. L'un de ses disciples les plus distingués, le docteur Spurzheim (1) a professé, en Angleterre, la doctrine de son maître : clic y fut si bien appréciée , qu'en peu d'années le nombre de ses partisans augmenta prodigieusement. Des sociétés phrénologiques ne tardèrent pas à se former ; elles eurent le double avantage de répandre la nouvelle physiologie du cerveau et de lui donner un caractère scientifique plus imposant. L'école d'Édindiourg se distingua entre toutes : la création de son journal excita lémulalion de toutes les per^onnes qui cultivaient la phré-
(1) Kous n vieillirons plus lard sur tes ouvrages de ce médecin , rt les motlificalrons (luiî a cm .Icvoir npporler aux iilccs Je Ga!l.
INTlluDLOiOX.
nologic. Cette société a donc des droits incontestables à l'estime de tous les savans qui s'intéressent aux progrès des sciences : nous sommes seulement fAchè que les hommes estimables qui la composent , se soient bornés à l'étudo de la physiologie cérébrale de l'homme : ils ont à cet égard laissé une lacune immense, que l'état actuel des sciences naturelles, en Allemagne, en Franco et en Italie , rend encore plus sensible. Nous avons donc vu avec peine que, dans les ouvrages les plus recommandables des phrénologistes d'Ecosse , l'anatomie et la physiologie comparée se trouvaient complètement négligées. Combien de fois , par exemple , n'avons-nous pas regretté , en lisant de ces ouvrages celui que nous estimons le plus , le traité de phrénologie de M. Georges Combe , que les études phrènologiques de ce savant n'eussent pas été précédées de connaissances en médecine , en anatomie et en zoologie. Plus M. Combe cultivera la phrénologie , pour laquelle il a déjà tant fait , et plus il se convaincra de la justesse de mes observations (1).
L'élude de l'anatomie et de la physiologie comparée n'est pas seulement intéressante , elle sert , comme nous le démontrerons, à éclairer les actes psy~ chologiques de l'homme ; c'est elle qui nous fournit les plus belles preuves servant de bases à la physiologie du système nerveux cérébral. On pourra se convaincre , à l'histoire de chaque faculté fondamentale , de la vérité de notre assertion. Une étude plus approfondie de l'anatomie et de la physiologie comparée, nous mettra à même de classer les fonctions du système nerveux cérébral sur une plus grande échelle qu'on ne l'a fait avant nous. La phrénologie présentera alors un champ plus vaste , plus philosophique : plus généralisée , elle embrassera l'étude des fonctions du système cérébral dans toute la série des animaux vertébrés ; et les recherches faites sur les espèces animales ne feront que développer et confirmer celles qui se rattachent à l'homme. Telles sont nos vues , comme on le verra par la lecture de cet ouvrage ; et si nous avons donné plus d'étendue à notre sujet que ceux qui nous ont précédé dans la même carrière , c'est que nous étions convaincu de toute son importance , qu'on l'appliquât soit aux sciences zoologiques , soit à celles qui touchent l'homme de plus près , et sur lesquelles doivent un jour reposer toutes les institutions humaines.
Jaloux de rendre notre ouvrage aussi complet que possible , nous résolûmes d'aller passer à Londres un temps suffisant pour étudier la langue anglaise , et
(1) Nous ne connaissons M. Georges Combe que par ses écrits : on peut Jonc compter suc r< iilicr désintéressement des éloges que nous lui donnons.
14 INriiOBl{.TIO.\.
Juger par nous-rnème de l'étal où se trouvait la physiologie du cerveau daas la Grande-Bretagne. Je pouvais ainsi , sans avoir recours aux traductions quelquefois inexactes , puiser à la vraie source. De toutes les sociétés qui ont été créées dans ce pays , celle d'Edimbourg, comme nous l'avons déjà dit , a fait le plus pour la science. Si quelques faits importans ont été recueillis dans les autres sociétés , ils sont généralement peu connus , bien que plusieurs aient été consignés dans le journal phrénologiquc de la capitale de l'Ecosse. Nous avons lu tous les n" de ce journal , et les Transactions phrénologiqucs qui l'ont précédé. Ces deux collections renferment , il nous semble , beaucoup de théories hasardées ; mais elles méritent cependant de fixer l'attention de toutes les personnes qui se livrent aux études philosophiques et plirénologiques. Plusieurs des observations qu'elles contiennent nous ont paru même si intéressantes, quenous avons jugé convenable de leur donner place dans notre ouvrage : nous avons choisi de préférence celles qui ont des rapports marqués avec les faits recueillis en France. Notre but en cela était de prouver la vérité des bases de la physiologie du cerveau ; car on ne pourra jamais supposer que des faits ayant tant de rapports entre eux , observés à des époques et dans des lieux si distans l'un de l'autre , ne méritent pas pleine et entière confiance. Nous insistons d'autant plus sur ces faits , que beaucoup de personnes sont encore imbues de l'idée que la doctrine de Gall n'est qu'une chimère. Comment les jeunes étudians, les médecins livrés entièrement à la pratique, et les personnes du monde, n'auraient-ils pas cette opinion , lorsque des hommes recommandables à beaucoup d'égards , des médecins mêmes , déclarent la phrénologie une science qui n'a pas plus de fondement que l'astrologie ou la nécromancie (1)? Que les
(1) Voici comme s'exprime M. le Jocleur MEgeudie, t. 1, p. 202, 2» éJilioa de sa Phj sioiogie .•
« La phrénologie , que je nommerais volontiers une pseuJo-science , comme était naguère » Fastrologie ou la nécromancie, a tenté Je localiser les diverses sortes de mémoires; mai» » ces tentatives , louables en elles-mêmes , ne supportent pas encore l'examen. »
Si vraiment la phrénologie peut être comparée à la nécromancie, nous ne croyons pas avec M. Magendie, que les entreprises des phréuologistes soient louables; nous les croyons au contraire absurdes et conséquemment dangereuses. Mais quelles sont les preuves solides que M. Magendie a données contre cette science? Aucune! il faut donc l'en croire sur sa seule parole. Nous ne pouvons expliquer la légèreté avec laquelle se prononce cet académicien , qu'en supposant qu il n'a point fait d'expériences phrénologiqucs , ou qu'il pense que les milliers de phrénologisles , qui ont constaté par des faits la localisation des facultés, sont des visionnaires. M. Magendie est probablement du nombre des personnes que l'on ne parviendra pas à convaincre; car nors nous raj^pelons que, lorsque noua présentâmes à l'Institut de l'rancc
INTUOm-r.TK»-. ].")
personnes de bonne foi lisent l'ouvrage de Gall , ceux des phrénologistes et le nôtre , et si , après avoir comparé les faits que nous avançons avec ceux que la nature nous offre journellement , elles trouvent que nos opinions sont dénuées de fondement , qu'elles s'empressent de le déclarer ; mais si ces faits sont vrais , comme nous en sommes convaincu , nous sommes en droit d'exiger qu'elles le fassentconnaitrepubliquement.il ne faudra que peu d'observations pour leur faire voir si ce sont les adversaires de la phrénologie , ou les phrénologistes qui se trouvent dans la voie de la vérité.
Il est une chose , en phrénologie , à laquelle les savans qui ont écrit sur celte science ne nous paraissent pas avoir donné assez d'attention , principalement dans les ouvrages élémentaires : c'est la représentation des objets. La phrénologie se compose de la théorie et des faits qui lui servent de base : on peut posséder passablement les principes sans connaître les faits ; mais c'est, selon nous, n'être qu'à moitié phrénologiste. Le savant, qui mérite réellement ce nom, réunit la connaissance théorique à la connaissance pratique. Cette dernière a surtout l'immense avantage d'établir dans les esprits une conviction profonde que rien ne peut ébranler. Nous avons donc vu avec peine que, de tous les ouvrages publiés jusqu'à ce jour sur la phrénologie , sans en excepter celui de Gall, aucun n'était assez riche en dessins bien exécutés pour établir cette conviction, non-seulement relativement à l'homme, mais encore relativement aux animaux vertébrés. Combien de fois n'ai-je pas vu des phrénologistes ou soi-disant tels , commettre, lorsqu'il était question d'appliquer la phrénologie à l'homme ou aux animaux , les erreurs les plus grossières, et trahir ainsi leur ignorance en anatomie ! On rencontre de ces erreurs même dans les livres élémentaires : ainsi le docteur Spurzheim (1) place l'organe de la douceur chez le chien, à l'endroit même où se trouvent d'énormes sinus frontaux. Le même phrénologiste indique l'organe du courage chez le cheval , précisément sur l'os de la mâchoire. Nous pourrions citer un plus grand nombre de faits, mais nous les noterons lorsque nous traiterons de chaque faculté fondamentale.
l'immense collection de têtes d'animaux qui servent de base à notre phrénologie comparée, nous nous empressâmes de faire voir à ce médecin la différence que présentent les têtes des oiseaux voyageurs et celles des animaux du même genre qui sont sédentaires ; différence d'organisation si remarquable , que toutes les personnes qui ont vu ces têtes , en ont été frappées. ■ Eh bien! qu'est-ce que cela prouve? dit M. Magendie. Que répondre à uue pareille observation? On ne peut forcer à voir ceux qui s'obstinent à fermer les yeux.
(1) Phrénologie , ou Doctrine des facultés de L'esprit et aes rapports qui existent entre ses manifestations et l'organisation. (Londres , 3"= édition.)
Id rSTnODCCTION.
Profondôment convaincu de l'ulililé de dessins exacts et assez nombreux , désirant surtout donner au public un livre qui lui fût pj-ofitable et lui fit acquérir des connaissances phri-nologiques positives et étendues, j'ai cru que je ne pouvais donner trop de soin à cette partie si importante de mon travail. 11 fallait beaucoup de temps, le secours d'artistes d'un mérite distini^ué (1), et surtout de grandes dépenses ; mais je n'ai été retenu par aucune difficulté : je n'avais que l'utilité en vue , et j'ose espérer que les personnes qui verront nos dessins, ne les confondront pas avec ce que l'on a publié jusqu'à ce jour sur le même sujet. Tous les objets sont représentés de grandeur naturelle et d'un Gni parfait (2). L'anatomie du crAne , dans l'homme, les quadrupèdes et les oiseaux, s'y trouve complètement traitée sous le point de vue phrénologique : il en est de même du cerveau ; et nous pouvons dire qu'à cet égard , notre ouvrage laisse bien loin derrière lui ceux que les phrénologistes ont entre les mains. Puisse notre travail atteindre le but de tous nos désirs , inspirer le goût d'une science que nous croyons une des plus importantes auxquelles l'homme puisse se livrer ! Puisse surtout la manière dont nous traiterons notre sujet nous mériter l'estime des Savans qui recherchent la vérité avec candeur ! Nous serons alors amplement dédommagé de nos longues veilles et de nos soins opiniâtres.
(1) Nous croirion*: manquer à la reconnaissance, si nous ne faisions pas connaître le nom de ces artistes : l'uu est M. Leiouzé , peintre en miniature de la ville de Caen l'autre M. Alfred Guillard, l'un des élèves les plus distingués de M. le baron Gros. Depuis mon retour d'Angleterre, M. Mazer, né en Suède et é'ève de la même école, a exécuté un assez grand nombre de feuilles de înon allas. Les artistes les plus distingués de Londres et de Paris, qui ont vu ces dessins, nous ont assuré qu'ils ne connaissaient rien qui leur fût comparable sous le rapport de rcxécuiion.
(2) C'est surtout en anatomic, a dit un médecin distingué, Cruveilbier, J natomie pathologique , que les dessins sont indispensables. S'ils sont fidèles, ils sont éternels comme la nature, et à l'abri des vacillations des sjstèmes : ils reproduisent incessamment les mêmes images, rappellent à l'un ce qu'il a déjà vu, apprennent à l'autre ce qu'il ne connaît pas, dispensent de fastidieuses lectures, et laissent dans l'espiit des impressions aussi profondes que durables.