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CHAPITRE I

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR l'ÉTUDE DES FONCTIONS. Elles ne peuvent être bien connues qu'après avoir étudié les organes <jui y président.

Nous avons vu comment l'analomie des organes avail avancé l'hisloire de leurs fonctions. Il serait même impossible , sans la connaissance de ceux-là , de posséder une connaissance exacte de celles-ci : on ne peut donc séparer l'étude des organes de celle des fonctions , c'est-à-dire l'anatomie de la physiologie. Ces deux sciences sont absolument deux branches du même tronc ; elles s'enchaînent et se prêtent de mutuels secours. Prenons pour exemple les principaux actes physiologiques d'un végétal , c'est-à-dire son passage do l'état de semence à celui de tige , de feuille , de fructification. Comment arriverons-nous à la juste appréciation des diverses phases ou changemens qu'il éprouve , si nous'ne connaissons préalablement les éléraens qui entrent dans sa composition , c'est-à-dire la texture de son organisation , composée de diverses parties propres à lui fournir les matériaux de sa nutrition, tiges, feuilles, racine, etc.; ceux de sa reproduction, étamine , pistil, matière séminale; d'autres employées à rejeter au-dehors les produits qui lui deviennent inutiles? Nous ne parlons pas des connaissances physiques ou chimiques que doivent nécessairement posséder ceux qui se livrent aux sciences naturelles, et sans lesquelles il serait impossible de saisir cette relation de causes et d'effets que présente ce vaste univers. Plus ces relations seront connues , et plus les sciences naturelles arriveront vers leur perfection.

On sait les services que la physique et la chimie ont rendus dans ces derniers temps aux sciences naturelles, notamment à la physiologie. Ce que nous venons de dire des fonctions d'un végétal s'applique à celle des animaux. Jamais la circulation du sang n'a été mieux connue qu'après que l'anatomie nous eût fait connaitre dans tous ses détails l'organisation du prin-

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cipal organe qui y préside , des vaisseaux qui en partent cl y aboutissent. La physique vint ensuite nous donner quelques éclaircisscniens sur l'action du cœur, le rôle que jouent les vaisseaux; et la chimie nous fit connaître, la nature des élôraens dont la réunion forme le liquide que ceux-ci contiennent, et que l'on désigne sous le nom de sang. Il ne faut pas croire cependant que l'étude de l'anatomie , quelque minutieuse , quelque exacte qu'elle soit, nous fasse connaître la manière dont toutes les fonctions s'opèrent, c'csl-à-dirc l'action moléculaire des organes : ainsi le plus habile physiologiste , l'homme le plus versé dans l'histoire de l'organisation générale et particulière des organes sécréteurs, par exemple, ne sait pas comment leurs fonctions s'exécutent : il est même presumable que l'homme n'arrivera jamais à obtenir, sous ce rapport, que des données plus ou moins probables. Xous savons très bien quelles sont les parties qui entrent dans la composition du foie, quels vaisseaux il reçoit; nous pouvons apprécier sa densité, son volume , sa couleur , ses rapports avec les viscères qui l'avoisiuent ; la présence de la bile dans une petite poche membraneuse , nous prouve qu'il est l'organe, sécréteur de ce fluide : mais comment celte sécrétion s'opère-l-elle ? quel rôle jouent dans celle fonction les parties qui composent cet organe , les vaisseaux et le sang qu'il reçoit ? c'est ce qui nous échappe complètement ; et tout ce que nous possédons sur ce sujet se réduit encore à de pures hypothèses. Il est même presumable que les causes qui mettent les parties moléculaires d'un viscère en élat de remplir telles ou telles fonctions, nous seront pour toujours inconnues. Celte acîion organique du foie dans la sécrétion de la bile , est tout ausû inexplicable que colle du cerveau dans les fonctions de l'ame dont il est l'instrument. L'étude analomique de ce viscère est aujourd'hui portée , sans contredit , beaucoup plus loin qu'elle n'était chez les anciens ; mais nous ne sommes guère plus avancés sur sa manière d'agir dans les aries intellectuels. Nous ne voulons pas dire pour cela que l'élude des parties qui entrent dans sa composition , soit indifférente pour la connaissance de ses actes; bien au contraire, puisque nous prouverons que la phrénologie est parvenue, par la voie expérimentale, à saisir les relations entre le développement de ces mêmes parties cl l'étendue de leurs actes , soit chez l'homme, soit chez les animaux : notre principale tâche consistera même à faire ressortir avec soin les documens précieux que cqUc science nous fournit à cet égard.

Nous n'avons pas besoin de dire que nous ne considérons point le cerveau ou les organes qui le composent, ainsi que le supposent gratuitement certaines personnes , comme agissant seul dans les actes de l'intelligence ; nous ne le voyons au contraire que comme la condition organique indispensable pour la manifestation des fonctions de l'ame. On aurait donc tort de supposer que la phrénologic conduit au matérialisme : quelque spiritua'isie que l'on soit, on ne peut , en bonne thèse , soutenir que l'ame puisse remplir ses fonctions sans iustrumcns. Noire étude consistera donc à examiner quelles con-

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(liîious organiques sont nécessaires pour que ses actes aient lieu. Toutes les personnes réellement instruites savent que les connaissances physiologiques , loin d'être dangereuses, sont au contraire plus proprcii à nous inspirer de l'amour et de la reconnaissance pour l'auteur de la nature (1).

Opinions des anciens analomisles physiologistes et pLilosoplies sur le cerveau considéré comme organe de Fame.

Le cerveau a toujours été considéré , même chez les anciens , comme l'organe de l'ame ; mais les opinions ont été loin de s'accorder sur le rôle que ce Yiscére remplissait dans les actes intellectuels; et si l'on réfléchit à l'idée dominante de tous les temps , de séparex l'étude du cerveau de celle des fonctions de l'ame, on ne s'étonnera pas des hypothèses, des théories gratuites ou des ahsurdités que l'on trouve dans les écrits des anciens philosophes. Les uns créèrent des esprits vitaux dont rien ne démontrait l'existence , et dont la supposition, au contraire, se trouvait détruite par la plus simple observation. On aurait peine à croire , et c'est cependant ce que l'on voit encore dans quelques livres d'anatomie , que de pareilles idées aient été reproduites de nos jours.

Ainsi quelques anatomistes ont comparé ou assimilé le cerveau à un organe sécréteur. Pareille erreur eût été excusable de la part de gens étrangers à la connaissance de l'organisation; mais de la part d'anatomisfes, elle devient absurde ; car il n'existe rien dans cet organe que l'on puisse comparer aux parties qui caractérisent un organe de sécrétion , comme le foie , le rein , la glande mammaire , etc. Trouve-t-on dans le cerveau , comme chez ces derniers , ces conduits , ces réservoirs du fluide sécrété? Mais n'insistons pas davantage sur une opinion qui ne jouit maintenant d'aucune influence.

Voyons si nous trouverons dans les autres auteurs , qui considèrent le cerveau comme organe de l'ame , des opinions plus rationnelles. Le plus grand nombre crut que , dans l'acte des fonctions intellectuelles , le cerveau agissait en masse, et que toutes ses impressions venaient aboutir à un centre commun, qu'ils désignèrent sous le nom , déjà très-ancien , d'ame , ttvsvixx des Grecs , anima des Latins ; mais il y eut autant de parties contenant le centre com-^ nmn que d'auteurs qui écrivirent sur ce sujet. Ainsi Descartes le plaça dans la glande pinéale, La Peyronnic dans le corps calleux, Vieusscns dans le

(1) Il est digne de remarque que les hommes les plus instruits et les plus religieux sont précisément ceux qui ont le plus insisté sur l'impoitance des connaissances philosophiques et physiologiques, les considérant avec juste raison comme les meilleures bases de la félicité liumaine. Bossuel , dans son traité de la connaissance de Dieu et de soi-même , insiste sur la nécessité de rallier la physiologie humaine à la morale et à la philosophie. C'est une fausse opinion, dit-il , que de croire que la philosophie soit favorable à l'incrédulité. Les philosophes religieux sont partout supérieurs aux philosophes sceptiques. En Angleterre, Newton et Clarke réfutent les idées de Ilobbes, Collins, Tcndal : Descartes et Pascal sont encore lea premiers philosophes français.

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cenlrc ovale, d'Arliiicoiirt dans le cervelcf, d'autres enfin dans les ventricules, clc, de. Toutes ces Lcllcs théories vinrent encore écliouer contre l'anatomie et la physiologie; et le siège du centre commun ne s'accordant pas avec ces sciences de faits et d'expériences, lorcc fut de lui trouver un autre domicile.

Plus les connaissances anatomiques et physiologiques se perfectionnèrent , plus l'on approcha de la voie qui devait conduire à la vérité. Quelques comparaisons entre l'organisation du cerveau de l'homme et celle du cerveau de* animaux , bien qu'imparfaites, Lien qu'inexactes, laissaient déjà entrevoir qu'à l'organisation du premier se rattachaient des actes plus importans, plus étendus que chez les autres. D'autres savans allèrent beaucoup plus loin , et nous citerons surtout Ilerdcr et Bonnet qui modifièrent puissamment les autres théories. On pourrait croire même , en consultant les ouvrages de ce dernier qui précéda Gall , que notre philosophe n'a fait que l'application des principes de Bonnet. C'est au point que quelques physiologistes de notre époque (1) ont fait un reproche à M. Gall do n'avoir pas cité les passages de cet auteur, dans lesquels il établit en théorie toute la base de la nouvelle doctrine. Ces faits sont trop curieux pour ne pas trouver ici leur place.

« Je reprocherai (c'est 31. Georget qui parle) à M. Gall d'avoir été injusta » envers ses devanciers , qu'il accuse tous in r^iobo de n'avoir pas connu les » fonctions du cerveau. Il a pourtant lu Bonnet qui l'a précédé de plus de » soixante années , dans une carrière qu'il a si glorieusement parcourue , puis- » qu'il rai\ge sou nom parmi ceux de ses adversaires; Bonnet qui dit si posili- » vement et démontre si bien, par im grand nombre d'expériences dont se sert » M. Gall lui-même, que le cerveau chez l'honnue et les animaux est l'organe » de la pensée et du sentiment, c'est-à-dire des idées et des passions. Combien » d'autres exemples ne pourrais-je pas citer, qui démontreraient que ce n'est » pas uniquement de l'apparition de M. Gall que date l'origine des connais- » sances physiologiques sur le mécanisme et le siège des fonctions inlellec- » tuelles (2) » .

L'idée de la pluralité des organes cérébraux remonte à une époque bien plus reculée que celle où vécut Bonnet. Pierre de JJontagnana , en 1491 , Ludovic» Dolci, eu lo62, avaient non-seulement admis la pluralité des organes cérébraux , mais encore indiqué leur prétendu siège. Mais , comme on le verra plus

(1) Georgel, Plijsiologic du sjstcme nerveux et spécialement du cert^eau; vol. 1 , pag. 143.

(2) L'ouvrage de M. Georget est celui il'un obserTateur , et mérite d'être consulté par tous les physiologistes. Ou regrette seulement , en le lisant , que l'auteur n'ait pas approfondi davantage sur un sujet qui demandait de grandes recherches en philosophie et en physiologie. On est fâché surtout de ne pas y trouver de ces faits zoologiques sur lesquels l'auteur parait tant insister au commencement de son livre. 11 est certain que ce médecin eût beaucoup modifié les idées qu'il avait avancées, si la mort ne l'eùl arrêté au commencement d'une carrière qui promcUail tant.

ni: IMMUCNOLOGIE.

tard , il y a bien loin de la doctrine de Gall axix idées de ces Savans. Quoi qu'il ca soit , il est certain que MM. Gall cl Spurzheim n'ont réellement pas cité Bonnet comme ils auraient dû le faire ; ils ont même , dans leurs écrits, présenté les idées de Bonnet sous un faux jour.

Le docteur Spurzheim , qui n'a fait que répéter l'idée avancée par Gall , s'exprime ainsi sur Bonnet (1) : « Bonnet considère chaque fibre cérébrale j) comme affectée à une fonction particulière. » Cette manière de présenter les idées de ce savant est tout-à-fait inexacte , et ne rend pas sa théorie , qui n'est vraiment au fond que celle de Gall. Citons donc textuellement cet auteur , et le lecteur jugera.

« J'ai pensé (2) que les fibres sensibles sont construites de manière que l'ac- » tion plus ou moins continuée des objets, produit des déterminations plus ou » moins durables qui constituent la pliysique du souvenir. Je n'ai pu dire quelles » sont ces déterminations , parce que la structure des fibres sensibles m'est » inconnue ; mais si chaque sens a sa mécanique , j'ai cru que chaque espèce » de fibres pourrait avoir la sienne : ayant considéré les fibres comme de très- » petits organes , il ne m'a pas été difficile de concevoir que les parties consti- » tuantes de ces organes pouvaient revêtir , les unes à l'égard des autres , de » nouvelles positions , de nouveaux rapports , auxquels était attachée la physi- » que du souvenir. J'ai donc considéré chaque fibre sensible comme un très- » petit onjane qui a ses fonctions propres , comme une très-petite machine n que Taction des objets monte sur le ton qui lui est approprié ; j'ai jugé que » le jeu de la fibre doit résulter essentiellement de sa structure primordiale , et » celle-ci de la nature et de l'arrangement des élémens. Je ne me suis pas reprè- » sente ces élémens comme des corps simples , et je les ai envisagés comme les » parties constituantes d'un petit organe , comme les différentes pièces d'une » ])etite machine destinée à recevoir, à transmettre et à reproduire l'impres- » sion de l'objet auquel elle a été appropriée. Il suit de là qu'une intelligence » qui connaîtrait à fond la mécanique du cerveau , verrait dans le plus grand » détail tout ce qui s'y passe , lirait comme dans un livre ce nombre prodigieux » d'organes infiniment petits appropriés au sentiment et à la pensée , lesquels » seraient pour cette intelligence ce que sont pour nous les caractères d'impri- » merie. Nous feuilletons les livres , nous les étudions ; cette intelligence se » bornerait à contempler les cerveaux. »

Ce passage de Bonnet , comme on a pu le remarquer , est on ne peut plus intéressant , et l'on serait vraiment tenté de croire que la doctrine de Gall n'en est seulement que l'application , le développement. Cependant , quelque ingénieuses que soient ces pensées de Bonnet, quelque fondées que soient les opinions des érudits quant à la priorité des idées de cet auteur , il y aura toujours

(1) Spurzheim, Phrénologic ; Paris, 1818, page 63. — Spurzheim , même ouvrage publié à Londres, page 66, 3'^ édition.

(2) Bound , Paiingénèsie et Essai philosophique sur les Jiicuttés de lame, cbap. 0 pt suiv.

-i TRAITÉ 1)15 I'U«É^0LOGIE.

en faveur de Ciall les fails aiiatomiqucs dont l'ouvrage de Bonnet se trouve codit plétcment dépourvu. En permettant de constater ses observations par la voie cxpi'riinentale , Gall , selon nous , se place avant tous ceux qui l'ont précédé , et c'est vraiment à ce titre qu'il mérite le litre de fondateur de la physiologie du cerveau. El s'il nous est Lien démontré que Gall a mis de l'adresse dans sa manière de présenter les fails de ses devanciers ou de ses contemporains , il nous est aussi prouvé que nul physiologiste avant lui n'avait traité ce sujet d'une manière aussi étendue, aussi complète, et ne l'avait accompagné d'observations analomiqucs cl physiologiques austi nombreuses.

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