CHAPITRE IX
METHODES li'iiTDDlTlR LE CERVEAU DE L HOMME. PROPOSITIONS ANAT0MIQT7ES
CE CALL ET SPtJRZHEIM, BÉfITATION DE PLISIEERS PROPOSITIONS ANA-
ÏOMIQUES DE M. Sf.RRES SUR LE SYSTEME NERVEUX cÉrÉbRO-SPINAL.
Depuis Vésale, tous les anatomistes avaient suivi le même mode de dissection du cerveau : il consistait à examiner successivement diverses parties de ce viscère , en pratiquant des coupes horizontales de son sommet à sa base (1). Par ce procédé , on détruit les rapports de chaque partie et l'on n'a point une juste idée de leurs différences proportionnelles. Appliqués à l'étude de l'anatomie du cerveau des animaux vertébrés , les vices de cette méthode ressortent encore plus; car les parties cérébrales des animaux, variant de forme et de situation , on ne peut avoir aucune idée du développement progressif du système nerveux cérébro-spinal.
Varole (2) fut de tous les anatomistes celui qui jugea plus convenable do commencer l'étude du cerveau par la base. Willis pensa aussi qu'il était nécessaire de changer le procédé de dissection de haut en bas.
Vicq-d'Azir employa tout à la fois la méthode de Vésale et des anatomistes qui le suivirent. L'ordre et la distribution de ses planches, que nous avons déjà dit être très-mauvaises , annoncent qu'il suivait absolument le plan de Vésale pour la démonstration du cerveau. L'ouvrage de Chaussier ne mérite, selon nous , d'autre importance que celle qu'il faut attacher à de nouvelles expressions ; mais rien de neuf ne se remarque dans son livre ; ses planches sont d'une très-mauvaise exécution : il nie même certains faits bien démontrés, tel est l'entrecroiseraent des pyramides; son expression de mésocèphale est très-mau\^i5e , en ce qu'elle indique un point de réunion qui n'existe pas.
Bien que nous ne partagions pas entièrement les idées de MM. Gall et Spurzheim , nous sommes forcé de convenir que leur méthode de disséquer le cerveau est de beaucoup préférable à celle que l'on avait employée avant eux. Elle a cet avantage immense de ne pas présenter le cerveau comme une masse pulpeuse homogène , mais comme un composé de parties diverses, augmentant de composition en raison du nombre ou de l'étendue d'action des facultés intellectuelles ou affectives. On regrette cependant, en lisant les ouvrages de ces anatomistes , de n'y pas trouver un plus grand nombre de faits, bien obser-
(1") CeUe méthode , bien que très-vicieuse, et généralement connue pour telle , est cependant encore employée dans toutes les écoles de médecine.
(2) f^avoU aiiutoinicœ , siwe de rcsolutione corporis liuniani. 1591.
TRAiri UE PURÉNOLOGIE. IJ^
vès, dans les diverses classes d'animaux. Nous ne dou(ons pas que ces auteurs n'eussent de beaucoup modilié leur manière de penser sur plusieurs points du système cèrèbro-spinal, si leurs recherches avaient été plus étendues et plus variées.
Gall dit qu'après avoir rencontré plusieurs personnes affectées d'hydrocéphale, jouissant de leurs facultés intellectuelles, il présuma que le cerveau devait avoir une organisation autre que celle qu'on lui supposait (1) : une circonstance heureuse le mit à mcme dé savoir à quoi s'en tenir à cet égard. Lo cerveau d'une femme âgée de S5 ans (2), affectée d'hydrocéphale , et dont les facultés intellectuelles avaient été intactes, fut examiné avec soin par Gall. Il vit, après avoir ouvert le crâne, que le cerveau, au lieu d'être dissous, comme on le supposait généralement, offrait au contraire l'aspect d'une membrane, c'est-à-dire un déplissement de ses circonvolutions. Cette circonstance le détermina à diriger ses recherches dans un sens opposé à celui qu'on avait suivi jusqu'à lui. Nous avons déjà parlé des travaux anatomiques de M. Niclas, qui fut choisi par Gall pour se livrer à des recherches anatomiques sur la structure de cerveau. La méthode qu'il employait, consistait à racler la substance cérébrale , en commençant par les parties dont le cervelet et le cerveau paraissent tirer leur origine. Ce procédé avait été mis en pratique bien long-temps avant Gall , par Varole et Willis; mais les travaux de ces anatomistes sont loin d'avoir la même exactitude que ceux qui furent publiés par Gall et Spurzheira. Nous joignons ici le nom de M. Spurzheim à celui de M. Gall , bien qu'il soit constant que Gall eût fait les principales recherches avant que M. Spurzheira lui fût associé : mais comme le travail de ces anatomistes a été présenté en commun à l'institut de France, il nous semble que M. Spurzheim a le droit de se considérer comme collaborateur de M. Gall, sur ce point.
Nous indiquerons sommairement comment ces deux médecins croient devoir étudier l'anatomie du cerveau et de quelle manière ils expliquent la formation des diverses parties de ce viscère. Nous citerons ensuite textuellement leurs propositions anatomiques sur le système nerveux cérébro-spinal, et nous les accompagnerons de remarques extraites des principales observations que nous avons consignées dans notre ouvrage sur l'anatomie du cerveau de l'homme et des vertébrés.
MM. Gall et Spurzheim admettent avec tous les anatomistes , que la masse
(1) Long-temps avant Gall, Vésale , Morgagny, Tulpius, avaient observé des cas d'hydrocéphalie où les facultés intellectuelles avaient été conservées. Le dernier surtout a non-seulement cité des cas semblables très-remarquables , mais encore indiqué le déplissement du cerveau produit par l'eau contenue dans son intérieur, de manière à donner à celui-ci l'aspect d'une vessie.
(2) Gall a fait représenter le cerveau de cette femme , pi. LXV de son atlas. On voit par ce dessin que toutes les circonvolutions ne sont pas déplissées. A-t-il existé un cas d'hydrocépha» lie où le déphssemcnl ait été complet.'' C'est ce ^ue nous verrons au chapitre des lètçs malade».
118 Til.llTÉ
encophalicjue se irouvecomisosêededeux subslauces , l'une Llauclio fibreuse* l'autre grise ou pulpeuse. Celle deruiore est coa'sidéréc, selon eux, comme la source d'où naissent ou sorîeilt des faisceaux qui , par leur développement successif, viennent former le cervelet et le cerveau. Au nombre de ces faisceaux primitifs , se trouvent les pyramides antérieures pi. LXXXIV, n^ 2, les pyramides postérieures pi. LXXXV , n' 1 , et les faisceaux qui naissent des ganglions olivaires pi. LXXXJV , lig. 1 , n" 3. Ces divers ganglions communiquent avec les parties auxquelles ils correspondent. Les faisceaux antérieurs sont les fcculs qui s'entrecroisent à la distance de douze à quinze lignes de la commissure du cervelet, mèsocéphale. Ces faisceaux , après leur entrecroisement, montent , augmentent de volume dans leur trajet et se dirigent vers la protubérance annulaire ; avant de pénétrer dans celle-ci , ils fournissent souvent quelques fibres qui se contournent autour des corps olivaires. Les faisceaux pyramidaux se renforcent dans la protubérance armulaire qui présente deux coucbes de fibres, l'une, transversale, venant du cervelet, l'autre, longitudinale, produite par les pyramides antérieures; celles-ci , après avoir traversé le mèsocèpliale et s y cire renforcées , en sovtent en divergeant , pour former ce que les aoatomistes appelaient ridiculement les cuisses du ceryeau, pédoncules du cerveau de Cbaussier : plus ces vaisseaux se rapprochent des hémisphères et plus ils coulienneut de substance grise propre à leur renforcement. Ils viennent ensuite s'épanouir eu formant les circonvolutions inférieures, antérieures et extérieures des lobes antérieurs et moyens.
Des ganglions olivaires, pi. LXXXIV, fig. 1, n'S , partent des filets comme ceux que nous avons vu nailre des pyramides antérieures, seulement ils ne s'entrecroisent pas comme ceux-ci. Après axoir traversé comme eux le mèsocéphale, ils y acquièrent plus de volume et se placent en arrière des pédoncules pour se porter vers les couches optiques , que ces anatomistes considérant comme un nouveau ganglion. Sortis des «ouches optiques, ces vaisseaux divergent et traversent les corps striés, où ils augmentent encore de volume et viennent s'épanouir en formant les circonvolutions postérieures et celles qui sont situées sur le bord supérieur de chaque hémisphère cérébral.
L'ensemble des circonvolutions cérébrales forme le cerveau ou les deux liémisphères cérébraux : ils sont recouverts par une couche de substance grise, de laquelle part , selon ces auatoœisles, d'autre fibres qu'ils appellent rentrantes ou convergentes, qui viennent former les diverses commissures connues sous le nom de corps calleux, de voûte à trois piliers. MM. Gall et Spurzheim désignent aussi ces purlies sous le nom d'appareils de réunion ou de jonclion.
De même que nous avons vu le cerveau prendre naissance ou provenir de faisceaux primitifs, de même verrons-nous, selon Gall et Spurzheim, le cervelet présenter le même mode d'accroissement. Deux faisceaux placés sur les parties latérales postérieures de la moelle cpinière , pi. LXXXV , fig. 1 , ^ , Cl désignés sous le nom de corps rcstiformes, forment le comraeùcemcnt ou
B£ rimi..'.oLot;iE. 117
ui igiuc du cervelet. Ils soul alors recouverts par les ucrfs auditifs et leurs gauglious. Ilsenlreut, après un court trajet, dans l'intérieur d'un corps désigné sous le nom do rhomboïde, pi. LX.XXV, fig. 1 , d, ganglion du cervelet destiné à renforcer ces faisceaux primitifs , qui se divisent sous la forme de ramifications. Le plus grand de ces faisceaux se réunit à celui du côté opposé > pour former \g processus vennif'ornds , id. pi., fig. 1. v. Les autres faisceaux sortent des ganglions, se dirigent en arrière , en haut, en bas et eu dehors, s'épanouissaut en couches très-minces disposées horizontalemeul. L'ensemble de ces faisceaux forme le cervelet qui se trouve , comme les hémisphères cérébrau?; , recouvert par une légère couche de substance grise , fournissant aussi des faisceaux de fdjrcs rentrantes ou convergentes, qui, en se réunissant, forment la protubérance annulaire, grande commissure du cervelet, mésocéphale. Les parties supérieure et inférieure du cervelet envoient quelques fibres qui réunissent la portion connue sous le nom d'éminence vermiculairo supérieure avec les tubercules quadrijumeaux, et le processus ou eminence vermiculaire inférieure avec le corps restiformo ou pyramide postérieure.
Les prétendues cavités trouvées par le procédé de Vésale , ne sont, d'après Gall , que le résultat do rarrangemeut des fibres du cerveau et du cervelet. Quant aux parties connues sous le nom de corps pisiformes, glande pituilaire, glande pinéale , M. Gaîl pense qu'il faut les considérer comme des ganglions ayant probablement pour usage de donner quelques filets communiquant avec les filets transversaux.
Telle est, en résumé, la méthode de disséquer le cerveau, d'après les deux anatomistes que nous venons de citer. Ceux qui voudront la connailro plus en détail consulteront l'ouvrage qu'ils ont publié sur ce sujet.
Voici maintenant les principales propositions analomiques de ces deux médecins, accompagnées de quelques observations.