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possédait. Excepté cependant, dit-il , que les orbites se trouvaient plus resserrés dans les crânes russes , et leurs Lords plus quadraniiulaires.
Celte coutume contre nature, qui parait avoir été en vogue parmi plusieurs nations de l'Europe , est maintenant bornée aux triîius sauvages du Nouveau- Monde , parliculicrcment aux liabitans des ilcs Caraïbes, Les tribus de la Caroline, les Péruviens, les Nègres des Antilles , les Chocktnws du Géorgie et les liabitans de yoofkn-Sound , plusieurs tribus du nord de l'Amérique septentrionale , ont même tiré leur nom de cette coutume. Le mol Oiunrjuas, dit La Condamine , appliqué à la nation péruvienne aussi bien qu'à celle de Cambevas, signifie dans la langue brésilienne, tète plate ; car ces peuples ont la singulière habitude de comprimer le front de leurs enfans nouvellement nés, entre deux planches , dans l'intention de les faire ressembler , comme ils le disent , à la pleine lune (1).
Pour prouver que la pratique de la compression a été et est encore usitée par différentes nations pour donner lieu à des vices de conformation que l'on remarque parmi eux , nous citerons quelques passages des derniers auteurs qui ont été témoins de cette cruelle pratique , et dans l'autorité de qui nous pouvons avoir pleine confiance.
Adair, dans son Histoire des Indiens d'Amérique, nous apprend qu'ils aplatissent leurs têtes dans divers sens , mais principalement le sommet , dans l'intention de s'embellir , comme l'indique l'expression employée par leur imagination sauvage . car ils nous appellent longues têtes , par mépris. Les Chokfah indiens aplatissent leur front , du sommet de la tête aux sourcils , avec un sac plein de sable , ce qui leur donne une apparence hideuse , parce que le front recule naturellement en proportion de son aplatissement ; de manière que le commencement du nez , au lieu d'être à une égale distance du menton à celui des cheveux , se trouve , par leur sauvage procédé , placé beaucoup plus près de l'un que de l'autre. Les nations indiennes autour de la Caroline du Sud et jusqu'au nouveau Mexique , pour donner lieu à ce résultat , placent l'enfant dans une espèce de berceau où ses pieds sont mis à un demi-pied au-dessus de la ligne horizontale , sa tête fixée dans un trou fait tout exprès pour la recevoir , et sur le somoiel de laquelle repose un sac de sable, et de telle manière que l'enfant ne puisse remuer. Le crâne ayant une consistance presque cartilagineuse à cet âge , est alors susceptible d'être comprimé. Par cette compression , et en aplatissant ainsi le sommet de la tête , ils rendent celle-ci plus large et leur face aussi , car lorsque le travail -de la nature est arrêté d'un côté, s'il ne s'ensuit pas une destruction complète , il reflue avec abondance vers un autre point. Cet auteur qui écrivait en 1773 , hasarde presque une conjecture phrénologique , quand il dit : ne
nationales , de ce qu'il n'avait pas observé un assez grand nombre de tètes appîi tenant aux individus de ces diver.'^es nations.
(1) MJrninre fir r^cac/éniie des Sciences; Taris, 1745.
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pouvons-nous pas allribuer à cette pratique , leurs iticonslaut^'s, sauvages et cruelles dispositions? surtout lorSviue nous voyous réuuis une fausse ùducalion et un grand exercice des facultés animales. Quand le cerveau , chez le peuple le plus froid , est troublé , il ne raisonne ni ne se détermine convenalilcmciit. Aussi les Indiens voient tout ce qui les entoure sous un faux aspect , et méprisent nos tètes , parce qu'ils ont donné une mauvaise forme aux leurs (1).
Labal , voyageur français , dit que les Caraïbes sont Lien faits et bien proportionnés , leurs traits sont assez agréables , leur front excepté , qui parait plutôt extraordinaire , à cause de son aplatissement , et comme s'il avait été déprimé. Ces peuples ne sont pas nés ainsi , mais ils forcent la tète à prendre cette forme, en plaçant sur le front de l'enfant nouveau-né , une petite planche qu'ils attachent fortement derrière. Elle reste ainsi , jusqu'à ce que les os aient acquis leur consistance : leur tète est aplatie à un tel degré , qu'ils peuvent voir perpendiculairement au-dessus d'eux sans élever la tète.
M. Edxsards , dans son Histoire des Indes occidentales , dit en parlant des Caraïbes : à la naissance d'un enfant, son crâne flexible est fixé entre deux petites pièces de bois, l'une placée devant et l'autre derrière, attachées fortement ensemble. Et plus loin il ajoute dans une note : j'ai entendu dire par des anatomistes , que la suture coronale des cnfans nouveau-nés , dans les Indes occidentales , est plus ouverte que celle des enfans nés dans les climats plus froids , et que leur cerveau est plus exposé aux injures extérieures. C'est peut-être pour cela que la coutume de déprimer le front et l'occiput , fut employée dans l'origine, pour aider l'opération employée par la nature pour former le crâne.
Cuvier suppose que les crânes des Indiens américains sont naturellement comprimés et reculés , de là leur désir d'augmenter par des moyens artificiels , ce qu'ils considèrent comme le beau idéal de l'organisation. Les Mexicains qui paraissent avoir eu des idées semblables , permettaient sagement à leur tête de se développer naturellement , et ils aplatissaient seulement celles de leurs idoles.
L'histoire la plus récente et la plus détaillée de la coutume de comprimer les crânes par les Indiens, est celle du docteur Scouler, publiée dans le dernier numéro du Journal zoologique de Londres du mois de janvier 1829. La voici :
Toutes les tribus de la cô,le nord-ouest, ou insulaire, ou continentale, depuis les bords de la rivière Colombie jusqu'à l'extrémité nord de Quadra et de l'ile de Vancouvers , aplatissent les têtes de leurs enfans. Ces tribus ont une grande ressemblance d'habitudes , de langage et d'apparence. Leur méthode pour aplatir la tète est très-simple et ne paraît pas être accompagnée de circonstances désagréables pour la santé de l'enfant. Aussitôt que celuici est né , la tête est fréquemment et doucement comprimée avec la main , et
(1) Histoire des Indiens américains.
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cela est conlinu6 pendant Iroià ou quatre jours. L'enfant est placé ensuite dans une boite ou berceau qui est rendu agréable à l'aide de la mousse ou une sorte d'étoupe dont il est c;arni , fait avec l'écorce du cyprès. L'occiput de l'enfant reste sur une planche à la partie supérieure de la boite, supporté par de la naousse ou de l'étoupe ; une antre planche est alors placée sur le front et »ixée fortement sur la tète de l'enfant. L'enfant est rarement tiré du berceau , et la compression est continuée jusqu'à ce qu'il soit en état de marcher. Un enfant de trois ans présente la plus hideuse apparence ; la compression s'exerf ant principalement sur le front et l'occiput change complètement la proportion naturelle de la tête , et lui donne la forme d'un coin. Les veux sont trcs-saillans et l'iudividu a pour toujours les yeux dirigés en haut. La tète d'un enfant d'environ quatre ans , que j'ai en ma possession , présente quatre pouces de l'os du front au milieu de l'occiput , tandis qu'elle en a six depuis le centre des deux pariétaux à la partie la plus grande du diamètre transversal. La nature cherche à réparer celte infirmité ; de là cet aplatissement moins prononcé des adultes , bien que cependant passablement déformé. Dans le crâne d'un adulte, la mesure, depuis l'os frontal au-dessus du nez jusqu'à l'occiput, à l'arcade occipitale supérieure, est de six pouces et huit lignes , tandis que la distance entre les os pariétaux est de six pouces et trois lignes. La même mesure prise sur un crâne d'Européen était de cinq pouces et demi à sept et demi. Il résulte de la pression opérée sur l'occiput et le front , que les deux pariétaux bombent beaucoup en dehors , et par l'inégalité de la pression , la symétrie de la tète disparait. Dans une tête, le côté droit de l'os du front saille beaucoup plus que le gauche , et pour compenser cela , l'os pariétal gauche est plus proéminent que le droit. De ces circonstances , je pense que la capacité du crâne est à peu près la même , comme chez les tètes uiidcfaoed des Indiens. Quoi qu'il on soit , il n'empêche pas l'action de leurs facultés intellectuelles. Les crânes des jeunes personnes ont le front un peu déprimé , élégamment arrondi , les os de la pommette élevés , les orbites tournées un peu eu dehors , l'appareil olfactif très-développé ; d'un autre côté toutes les tètes comprimées sont dèjetées et souvent sans symétrie , les orbites dirigées en haut; dans tous les cas les os pariétaux sont Irès-saillans sur les c Jtès , l'occiput très-aplali , tandis que la place des insertions musculaires se trouve singulièrement forte.
La compression de la tète de l'enfant est opérée de la manière suivante : On choisit un morceau de bois ayant deux pieds et demi à trois pieds de long, et environ douze ou quatorze pouces de large , et rembourè avec le sphagnum et le sapin , ayant un bord d'égale largeur attaché par des bandes de cuir, et présentant des bandes à l'extrémité opposée. La tête de l'enfant , après avoir été d'abord emmaillotée , est placée sur la planche qui sert de berceau , le cou demeure sur l'oreiller , élevé de manière que la tête penche en arrière ; la planche du sommet est alors dirigée en bas sur le front , et fixée. On serre graduellement , en raison des progrès de l'opération.
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Ces détails du docteur Scouler sont accompagnas d'une gravure de l'inslrumeut mis en usage ; il y a joint le crâne d'un jeune adulte qui avait été soumis à la pression. Dans le journal de physique, pour le mois d'août 1791 , se trouve aussi un dessin di) l'inslrument, avec la manière de l'appliquer, par M. Anice de la Guadeloupe. Comme plus grande preuve de cette vieille pratique, nous croyons devoir mentionner que dans le troisième synode du diocèse de Lima , les ecclésiastiques espagnols firent un décret qui empêchait cette manœuvre, et par lequel on inlligeait des peines à ceux qui commettaient de telles offenses.
D'autres auteurs pourraient être cités à l'appui de l'évidence de ce fait ; mais nous croyons qu'il a été assez démontré pour le considérer comme une chose positive, bien que le docteur Spurzheim en ait entièrement nié la possibilité.
11 serait bon maintenant de faire connaître les effets que produit ce procédé sur les facultés intellectuelles el affectives ; mais il est impossible d'en parler avec certitude, parce que nous ne possédons pas assez de faits pour établir une opinion. La question est de savoir si la pression artificielle empêche complètement le développement des circonvolutions de la portion du cerveau qui l'éprouve, et conséquerament la manifestation de leurs facultés , ou si, en les déplaçant de leur position naturelle , leur examen phrénologique ne peut pas être rendu difiicile et incertain. C'est un fait dont le temps el l'expérience peuvent donner la solution. Voici cependant ce que M. de Chauvalon dit du caractère des Caraïbes,
Ce n'est pas seulement leur couleur cuivrée, la singularité de leurs traits qui constitue la principale différence entre eux et nous; c'est leur extrême simplicité, c'est le peu d'étendue de leurs facultés intellectuelles. Leur raison n'est pas plus éclairée que celle des brutes. La raison des plus grossiers paysans, celle des Nègres amenés de divers points les plus éloignés de l'Afrique par le commerce des Européens , est telle que nous découvrons quelque apparence d'intelligence , laquelle , bien qu'imparfaite , peut cependant augmenter ; mais l'entendement des Caraïbes en paraît à peine susceptible. Si une profonde philosophie et la religion ne nous apportaient pas quelques lumières sur ce point; si nous devions nous décider d'après la première impression que l'aspect de ce peuple produit sur l'esprit , nous serions disposés à croire qu'ils n'appartiennent pas à une espèce semblable à la nôtre. Leurs yeux stupides sont les vrais miroirs de leur ame ; celle-ci parait être sans fonction. Leur indolence est extrême ; ils n'ont jamais la moindre inquiétude ou attention sur le temps qui doit suivre le moment présent.
Au nombre des causes qui produisent les vices de conformation du crâne , et probablement parmi les plus fréquentes, se trouve le vice rachitique, affection qui consiste dans un ramollissement général ou partiel des os qui composent celte boite osseuse. J'ai trouvé, dans l'espèce humaine , trois sortes d'altèralions, qui ne sont , je crois, que divers degrés de celte maladie. La
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première existe chez les enfans qui viennent au monde ; et elle est assez fréquente, car je l'ai déjà rencontrée quatre fois : elle consiste dans une déformation plus ou moins prononcée du crAne , accompagnée d'une sorte d'érosion des os qui le composent : ceux-ci sont tellement usés dans plusieurs points , qu'ils sont percés à jour. Nous avons fait représenter , pi. XX , lig. 2 et -4 , les tètes de deux de ces fœlus (1),
La seconde allération consiste dans une grande irrégularité d'un ou plusieurs points du crâne, qu'il ne faut pas confondre avec la différence de volume qui existe naturellement entre les deux cotés de la tète. Nous avons souvent trouvé la région occipitale supérieure dans un développement tel , qu'il ne peut tenir qu'à un état maladif : tel était le crâne d'une femme que nous avons l'ail représenter pi. XX, lig. 1 . Nous avons toujours trouvé, dans ces cas , une série considérable d'os wormiens dans toute l'étendue de l'articulation des pariétaux avec l'occipital , et la surface extérieure de ce point du crâne nous a constamment présenté un aspect plus rugueux que celui qui appartient aux os sains.
La troisième espèce d'altération consiste dans le vice rachitique porté à un degré tel qu'il donne lieu à une déformation générale de la tète. Voici à cet égard un fait assez remarquable ; il m'a été communiqué par un de mes confrères M. Yatel, qui a Lien voulu me donner la tète de l'animal que j'ai fait représenter jdanche XIX , fig. 1 . Cet animal , de la famille des singes , avait été apporté du Brésil ; il mourut après avoir langui assez long-temps. A l'ouverture du corps , qui fut pratiquée par M. Talcl , les os furent trouvés dans un état de ramollissement si prononcé , qu'ils pliaient comme des peaux d'anguilles desséchées et à moitié ramollies; toutes les glandes mésentériques étaient autant de foyers purulents. Les os de la tête avaient éprouvé une déformation due à l'absorption de leur partie calcaire, de sorte qu'après la dessiccation , le crâne ressemblait, dans quelques points , à une pomme de reinette entièrement flétrie.
Les os du crâne peuvent présenter divers degrés de densité ou d'épaisseur, sans que pour cela leur forme extérieure soit changée ou altérée. Cette disposition peut être naturelle, le résultat de certaines affections générales ayant une influence sur la nutrition de tout le système osseux , ou la suite d'affections du cerveau, et particulièrement de celles qui donnent lieu au trouble des facultés intellectuelles. Enfin elle peut être la suite de l'âge très-avancé.
Les déformations du crâne ne sont pas très-communes chez les animaux ; la famille des chats, chez les quadrupèdes, celles des pigeons et des poules, chez les oiseaux, sont celles où je les ai le plus ordinairement rencontrées. Voici un état anormal du crâne que j'ai trouvé chez les poules ; il est extrêmement commun en Normandie , et se transmet par voie de génération; voir la pi. XVIIL fig. 1, 2, '3, 4, o : il consiste dans un élargissement du crâne accom-
(1) Ce cas nous parait devoir fixer l'altentlon Ju méJecin légiste; car on conçoit facilement comment un amincissement si prononcé de la boite osseuse peut occasioner la mort de l'enfant, sans que la mère soit pour quelque cbose dans ce malheureux accident.
DK I J»KUNOt.Or.lF,.
pagnc (l'un relard partiel ^lo l'ossificalioa de celle I);>i(e ossieuscî. La parlic moyenne et supérieure de celte enveloppe reste pendant assez lou^^-tcraps à l'èlal membraneux. On peut voir le premier 6tat de ce vice de conformalion bien exprimé sur la fig. 4 , pi. idem. Ici la membrane ne prôsenlc encore aucuns points d'ossificalion. La fig. 2 , au contraire . présente la même mombranc presque enlicrement ossifiée. Je liens des personnes qui élèvent ces poules, qu'elles sonl généralement mauvaises mères. Il serait curieux desavoir jusqu'à quel pointée fait est fondé (1). J'ai fait élever pendant trois mois celle donl la télé est représentée fig. 4. Il serait difficile de se faire une idée de sa stupidité.
n est constant qu'il existe chez certains individus , et sans lésion pathologique apparente, un développement ramarquable du système OFseux. Nous avons rencontré ce cas chez plusieurs hommes d'un tempérament athlétique. Les membres de ces individus sont ordinairement très-prononcés, les mains fortes , les os très-saillants ; la tète offre souvent un yolimie considérable, mais il est dû en grande partie à l'épaisseur du crâne , et à celui de ces enveloppes molles , généralement Irès-développées dans celte classe de personnes. Je m'entretins un jour avec Gall sur ce sujet , et lui fis part de mes remarques que j'étais loin de considérer comme générales , mais qui s'étaient rencontrées assez fréquemment pour mériter de fixer l'aHenlion des phrénologislcs : et chose remarquable, c'est que dans le moment où je lui parlais, lui-même m'était intérieurement , l'objet de mon attention , car je pensais qu'il était au nombre de ceux dont le crâne , par son extrême épaisseur , donne lieu à une tête excessivement volumineuse. Selon vos observations, me dit Gall , je de vrais avoir les os du crâne très-épais ; je suis cependant sûr qu'à ma mort ou trouvera des parois très-minces. Malheureusement, peu de mois suffirent pour me prouver que mon pronostic était juste ; car , lorsque je préparai la tète de cet homme célèbre, je trouvai , et toutes les personnes qui ont assisté à l'autopsie ont vu comme moi , que le crâne de Gall avait une extrême épaisseur ; celle-ci va même au-delà d'un demi-pouce dans les régions répondant aux points d'ossification du frontal et du pariétal. Indépendamment de celle épaisseur des os du crâne, on peut se convaincre que tous les os qui composent la tête de Gall , ont acquis une densité remarquable. Mais je considère ce dernier étal comme la suite d'une affection cérébrale assez longue. Quelques personnes objecteront peut-être que l'épaisseur pourrait bien être aussi l'effet de l'état maladif. Je suis loin de ne pas croire qu'il n'y soi t pas pour quelque chose, mais je suis convaincu qu'il n'aura fait qu'ajoute^' à une épaisseur qui existait naturellement. J'ai voulu me convaincre par l'expérience jusqu'à quel point la différence entre la circonférence de la table externe et celle de l'interne pouvait en imposer , dans certains cas , sur le volume réel du cerveau , et je
(1) Toutes ces pouks sont pourvuus J'une touire de plumes au sommet Je la tète; ce qui les distingue très-aisément de toutes les autres.
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me suis aperçu que celle Jiffôrenre itaiS immense C'l's' au point que tel crûne qui paraissait conlenir un cerveau volumineux , en possûdait quelquefois un au-dessous du volume ordinaire, landis qu'un autre qui paraissait n'eu renfermer qu'un de moyen volume en présentait un d'un beau développement. De ces faits, on tirera peut-être la conséquence que chez Gall le cerveau devait être très-pelit, puisque ses os étaient très-épais; mais nous ferons remarquer que la capacité cérébrale du crâne de Gall esl grande , mais qu'elle le paraîtrait encore plus qu'elle ne l'est réellement, si on la jugeait seulement par l'extérieur de sa lète qui paraissait énorme (1).
L'âge amène naturellement des changemens dans les os du crâne, comme dans tous ceux qui composent le squelette. C'est ordinairement à partir de cinquante ans, jusqu'à la vieillesse contirmée et la décrépitude , que l'enveloppe osseuse du cerveau subit des modifications sensibles. Depuis cinquante à soixante, les parois du crâne augmentent d'épaisseur et de densité : il est alors assez rares de trouver des tètes qui puissent servir pour faire de très-bonnes applications phrénologiques : un changement remarquable a déjà eu lieu dans la nutrition du cerveau, et les facultés n'ont pas été sans en sentir l'influence. Plusieurs même ont déjà perdu de leur activité et de leur énergie. Mais comme ces changemens ne s'opèrent qu'avec lenteur et à la suite des années, ce n'est ordinairement qu'après un laps de temps assez long , que cette différence se fait bien sentir. Le climat, la constitution la manière de se nourrir , certaines habitudes doivent avoir, comme on le pense bien , la plus grande influence sur les modifications éprouvées par le cerveau; de là, la difficulté de préciser rigoureusement l'époque de la vie où elles arrivent. Les os du crâne des personnes très-âgées deviennent-ils plus épais et plus durs? ou deviennent-ils tout à la fois plus épais et plus légers? Bichat (2) s'est prononcé pour la première opinion ; Gall (à), au contraire, pour la seconde. Nous avons cherché, par de nombreuses observations, à découvrir lequel de ces deux hommes célèbres avait raison. Il nous a été facile de voir que leurs jugemens ti opposés tenaient à ce qu'ils a^ aient l'un et l'autre vu un trop petit nombre de faits , et à ce qu'ils n'avaient pas assez spécifié l'âge des personnes, dont les crânes avaient été le sujet de leurs observations. Il- est, comme on le sait, extrêmement rare de trouver des crânes de personnes excessivement vieilles , car la mort naturelle n'a lieu que dans un très-pelit nombre de cas. Je possède une douzaine de crânes de personnes de quatre-vingt à quatre-vingt-sept ans. Trois sont très-èpais et très-denses, quatre présentent à peu près l'épaisseur qird'on trouve chez les personnes de cinquante-cinq à soixante ans, quatre autres tiennent le milieu entre ces deux classes : enfin, l'un d'eux est évidemment moins
(1) Je suis si'ir quf le ccrvpau chez Nupoleon était in's-vo'.uiiiiiKUî, parce qi;e a ,è:e. iii'lépendammeiit de son volume, appartenait à un corps chez qui le s>..lènn; osseux i tait pou développé, comme on peut en jucher par la petitesse de ses mains.
(2) iiiibat , Anatonde i^énéraie , vol. 3, page 80.
(3) Anatoiiiie et Plijmoioi^ic du ccr.'eau, édition in-'?.
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Opais et pliis ligor que tous les autres; il présente, dans quelques points, do ces d.'prossions dont nous avons déjà parlé et qui résuUent de l'absorption de la substance spongieuse. Je nai vu que deux criines de personnes qui avaient dépassé IWge de cent ans : Dans l'un les os avaient à peu près l'épaisseur et la densité de ceux des personnes de quatre-vingt à quatre-vingt-sept : l'autre qui se trouve dans la collection de Gall , appartenait à une femme de cent vingt ans ; il est très-épais, mais excessivement léger et spongieux. Je crois bien que c'est ce crâne qui aura suggéré à Gall l'idée que cette boite devient plus épaisse et moins pesante dans l'âge (rès-avancé ; mais nous croyons qu'il aurait dû se garder de présenter comme observation générale celle qui ne reposait que sur un seul fait. De nouvelles recberches restent donc à faire sur ce point d'analomie.
Les étals maladifs ou les affections qui ont le plus d'influence sur le crâne , sont les lésions chroniques du cerveau et de ses membranes; de là cette épaisseur et cette dureté que l'on trouve si fréquemment dans les crânes des personnes affectées de lésions mentales depuis un très-long temps.
Viennent ensuite les maladies connues sous le nom de rachitisme , le scorbut et l'affecliou syi)hililique. Je possède dans ma collection le crâne d'un jeune homme mort à la suite d'une phthisie qui dura trois ans, et fat accompagnée vers la fin de symptômes scorbutiques. Tout le crâne ne pose que dix onces : je n'ai jamais rencontré un cas aussi remarquable que celui-là. La table externe n'a pas plus d'un quart de ligne d'épaisseur ; il existe même plusieuis points où elle a complètement disparu, et l'on aperçoit le diploé comme si la tète avait été ruginée. Les os présentent cette teinte grisâtre qui se trouve être le cachet de l'affection scorbutique portée au plus haut degré.
Tousles médecins praticiens savent que l'affection vénérienne sévit d'une manière particulière sur le système osseux. J'ai vu plusieurs crânes de personnes mortes à la suite de cette maladie au plus haut degré : ils présentaient à l'extérieur un aspect rugueux et une multitude de dépressions , comme celles qui résultent de la chute des croûtes de la petite vérole ; ils offraient aussi plus de dureté et plus d'épaisseur, quelques points avaient même la densité de l'ivoire.
Je n'ai jamais eu occasion de trouver cette espèce d'altération du crâne que l'on n'a , jusqu'à présent , rencontrée que chez les animaux : je veux parler de ces prétendus cerveaux ossifiés dont quelques adversaires de la physiologie du cerveau ont cru pouvoir tirer un grand parti, 11 existe peu de médecins qui n'aient lu ou du moins entendu parler des observations présentées sur ce sujet à l'Académie , en 170î. Colles que A\nlisni?ri publia plus lard sur ce genre d'altération , firent connaître l'erreur de Duverney , en montrant que ce qu'il avait pris pour un cerveau ossifié , n'était autre chose qu'une exoslose ou développement anormal des saillies qui se remarquent naturellement à l'intérieur du crâne. De nouvelles observations sont venues confirmer ce qui avait été avancé par Valisnicri ; celui-ci eut même l'occasion de voir ce pré-
Icndu cerveau ossifié Irouvô par un frère bénédiclin Jans le crâiîC d'un bœuf lue en 178'>. Vaîisnieri a fait dessiner un cerveau de bœuf, d'après nature , ef l'a placé à côlé de la masse ossiliôe. Il démontre d'une nianièrp évidente , pi-.r leur comparaison , que l'erreur commise à cet égard , tenait au peu de connaissances anatomiques de celui qui l'avait découverte. Effeclivement , dans un cas , ainsi qu'on peut le voir , on distingue toutes les parties qui constituent le cerveau de l'animal ; dans l'autre , au contraire , on ne voit aucune trace de circonvolutions , en un mot , rien de ce qui caractérise l'organe cérébral. Tous les savans distingués qui ont fixé leur attention sur ce sujet , tels que llaller et Soemmering , partagent complètement l'opinion de A'alisnieri , et s'accordent pour considérer celte masse osseuse comme une exubérance du crâne qui s'est développée leulement. Malgré tout ce qu'on a i>u dire sur le bon état des facultés intellectuelles des animaux présentant ce genre d'altération , on sait maintenant que le contraire a lieu , et que tous ont constamment présenté des symptômes plus ou moins prononcés de compression cérébrale.
J'ai rencontré cbez de très-vieux cbiens trois sortes d'altérations du crâne, que je crois important de faire connaître. La première consiste dans un dépôt de matière calcaire ou sorte de reliefs répondant aux enfoncemens que les circonvolutions cérébrales laissent entre elles : cette affection et assez commune chez les vieux cbiens , dont les facultés intellectuelles et affectives ont perdu de leur énergie (1). La seconde consiste aussi dans un épancliement de matière calcaire , mais avec épaississement et dureté du crâne. Je no l'ai rencontrée qu'une fois , chez un chien mort à la suite d'une lésion offrant tous les caractères d'une affection mentale. Voici son histoire :
Deux jeunes polissons s'emparent un jour d'un chien appartenant à une dame , et l'attachent par le cou avec une corde , de manière à le forcer à les suivre. Des personnes qui les surprennent en llagrant délit , reprennent le chien et le font reconduire chez sa maîtresse. 11 y avait à peu près trois mois que cet événement avait eu lieu , lorsque cet animal qui était naturellement gai , devint triste , morose , et se dirigea un jour vers l'appartement qui se trouvait du côté de la porte , avec tous les signes d'un animal qui a peur. El , bien qu'aucun bruit ne se fit entendre , ses yeux restaient fixes, et toute sa contenance paraissait annoncer qu'il voyait un corps qui l'effrayait. Ce manège diira plusieurs jours , avec quelques nuances d'intensité. Pendant deux ans, de semblables phénomènes eurent lieu au piiutemps. Le reste de l'année , le chien était triste et quelquefois souffrant. A dix ans , les accidens augracnlè-
(1) Tous les chiens qui m'ont présenté ce genre (raltération , avaient éprouvé un grand cliiin. peraent dans le caractère , et leurs habitudes étaient bien différentes de ce qu'elles sont chez les adu'tcs. Tous sont hars;neiix, ont peu de disposition au mouvement ; ils recherchent la solitude fl se livrent à un sommeil prolongé ; ils sont très-irascibles, et mordent ou aboient coutre le» personnes qu ils ont même Ihabilndc de voir journellement.
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renl el furent accompagnés de quelques accès simulant l\'pilcpsie (1). Comma on craignait qu'il ne devînt enragé , on le lit noyer. Je me procurai son crùnc, que j'ai lait représenter pi. XIX , lîg. 3. Il est très-dur , plus épais qu'il n<^ Test ordinairement chez les chiens de la mùme espèce el du même j^gc ; oi^ voit que la surface interne de la voûte est extrêmement rugueuse et inégale- La tig. 2, id. pi. , représente la voûte du crâne d'un vieux chien , vue par sa face interne. On y dislingue cette sorte de dépôt de matière calcaire , dont nous avons parlé précédemment. Ce dernier mourut d'apoplexie pendant le coït. Il avait au moins quinze ou seize ans.
La troisième espèce d'altération du crâne se rencontre chez ces petits chiens de dames , dormant la grasse matinée et surchargés d'emhonpoint ; elle consiste dans un èpanchement de madère graisseuse entre les cellules du diploé. Je possède un cas extrêmement remarquable sous ce rapport. C'est celui d'une petite chienne tout à la fois extrêmement gourmande et très-friande. Jamais le plus grand gourmet ne fit preuve d'un goùl plus varié que cet animal : confiture , Lonbons , crème , macarons , biscuils , marmelade , tout se trouvait avalé , savouré avec une avidité et une sensualité peu commune ; jamais enfant gâté ne fut traité , choyé , dorloté avec plus de soin. Les mets dont un chien Je bonne maison aurait fait ses délices, étaient , comme on doit bien le penser , dédaignés par un palais aussi délicat; ce n'était mémo qu'à grand' peine si l'on pouvait, dans les derniers temps, lui trouver , parmi les entrées , quelque chose d'assez fin pour le satisfaire : il n'y avait plus que les entremets elle dessert qui pussent passer. Tous les repas étaient constamment suivis d'un sommeil très-prolongé , et goûté sur un coussin des plus moelleux. Comme on le présume , une vie aussi luxurieuse , aussi criminelle, devait nécessairement avoir de fâcheuses conséquences ; aussi trouva-t-on un jour la friande morte à la suite d'une apoplexie. Les regrets , les lamentations auxquels sa mort donna lieu , sortent du champ de nos observations ; mais nous parlerons de son crâne (2) , dont la voûte est représentée pi. XX, fig. 3. On y distingue quatre dépôts de matière jaunâtre occupant toute la longueur de la partie moyenne de la voûte, et présentant plus d'un pouce de largeur. La base du crâne m'offrit aussi quelques traces de la même matière, mais en bien moindre quantité ; elles existent derrière les cellules efhmoïdales , à l'os placé devant le sphénoïde , sur le corps de celui-ci et sur la parti»
(1) L'épile;isie est très-rare chez les cbiezis , je ne l'ai vue cju'uiie seule fois chez eux; elle est plus conniune chez les chats. Feu le docteur Gtorgct Ta observée chez un chat Je la Salpèlrière. J'avais (hfz moi une petite chatte qui avait un ou Jeux acc'-s par semaine ; ils disparurent à la prctnière portée. Mon collègue et mon ami, M. Eudes des Lonchamps, professeur d histoire naturelle à Caeu , avait un gros chat noir qui était épileplique : j'ai même été léraoia de l'un de ses accès.
(2) Cette chienne était , à sa mort , d'un embonpoint excessif; lout le tissu cellulaire souscutané se trouvait surchargé d'une matière grasse à demi-fluide répandant une orleur acide extrêmement désagréable.
];î8 teuté
aiilùrieure de la gowlîitTC ba&iîairc. J'ai fait colorier sur la voûte les polufs où celle matière a êtù déposée , afin de lui donner l'aspect qu'elle présente naturellement.
J'ai déjà parlé , à l'occasion de la coupe verticale du criine, de l'épaisseur et de la dureté que présentent certains oiseaux de la famille des gallinacés , notamment le coq et le dinde. On rencontre toujours, chez eux, lorsqu'ils sont avancés en âge et nourris avec abondance , cette espèce d'épaississemeat.
§ lî.
Altérations du système nerveux ce'rebro-spinal et de ses niemhranrs.
Les maladies du système nerveux cérébral et de ses enveloppes membraneuses peuvent être congêniales ou accidentelles.
La premiere classe renferme l'histoire de toutes les monstruosités de forme, de nombre et d'absence , d'une ou de plusieurs des parties qui entrent dans sa composition. Nous avons déjà parlé , en faisant l'histoire des altérations du crâne , de l'augmentation en volume du cerveau , et nous avons cité à ce sujet plusieurs cas assez remarquables ; nous avons parlé aussi et donné un exemple de l'état connu sous le nom d'acôphalic ou atrophie des hémisphères cérébraux. Bien que cette sorte de monstruosité ne soit pas la véritable acéphalie , c'est-à-dire la privation absolue de la tète , celle-ci a cependant été rencontrée. Gall cite un exemple remarquable d'absence complète du cerveau chez un nouveau-né : à l'ouverture du crâne , cette cavité se trouva pleine d'une matière aqueuse.
Le cerveau des idiots , dont la tète prôsente un volume égal à celle que nous avons fait représenter pi. LXXXVI, fig. 2, offre un développement moins considérable des circonvolutions que les cerveaux des personnes mieux organisées. On peut aussi se convaincre , par un examen attentif, que plusieurs circonvolutions manquent complètement.
On a rencontré la réunion des hémisphères cérébraux , sans que cet état parût avoir quelque influence sur les fonctions intellectuelles.
L'atrophie ou la perle d'un hémisphère du cerveau n'est pas sans exemple , et on conçoit que, malgré un tel désordre les fonctions intellectuelles auront pu se conserver intactes ; car le cerveau , comme les organes des sens , est composé de deux parties , et la lésion d'un côté peut avoir lieu sans faire sentir son influence sur celui qui lui est opposé. Gall cite dans son ouvrage l'histoire d'un ecclésiastique qui mourut presque subitement d'apoplexie ; trois jours auparavant , il s'était livré aux exercices de sa profession, avec son soin et son zèle accoutumés. A l'ouverture de son crâne, Gall trouva que toute la partie moyenne de l'hémisphère droit se trouvait changée en une matière jaunâtre et grumeleuse. Le même auteur a fait représenter dans son allas , le cerveau
DE l'IlRKNOLOGlE. Io7
d'une femme morle à la suite d'une aliénation mentale chronique : prcsqnc toutes les circonvolutions de l'un des hémisphères paraissent avoir perdu plus de la moitié de leur volume. Les cas que nous venons de citer sont accidentels : je ne sais pas si l'atrophie de l'un des hémisphères cérébraux a été rencontrée à la naissance. 11 n'en est pas de même de l'absence du corps calleux , grande commissure, de celle des couches optiques mentionnée par plusieurs auteur?. Quelques auatomisles disent aussi n'avoir point rencontré la glande pinéale. Meckel (1) nie au contraire le fait, et croit qu'il faut l'attribuer au défaut de précaution des personnes qui assurent avoir rencontré ce cas. Soemmering dit avoir trouvé une fois ce corps double. Meckel croit que celte disposition n'était autre chose qu'une division de la glande elle-même. J'ai cité , à l'occasion de l'anatomie du cerveau , l'histoire de l'absence complète de la glande pinéale chez un renard , qui avait reçu dans le crâne un coup de feu chargé à plomb. Jai même fait observer qu'aucun trouble ne s'était fait apercevoir dans ses fonctions inlelîectuellcs.
Les seuls vices de conformation congéniale du cervelet, observés jusqu'à ce jour, ont toujou. s consisté dans une diminution de volume et de nombre des lamelles qui entrent dans sa composition. Nous avons exposé plus haut ridée peu fondée de Malacarne, qui croyait avoir trouvé un rapport entre l'étendue de l'intelligence et le nombre de lamelles de cette partie du système nerveux cérébral. Quelques auteurs disent n'avoir point trouvé la partie située entre le cervelet et le cerveau, môsocéphaîe , commissure du cervelet.
Les affections accidentelles du système nerveux cérébral sont excessivement nombreuses. Vouloir les traiter toutes , serait rentrer dans le champ de l'anatomie pathologique , et conséquemment nous éloigner du but de notre travail. Il existe cependant certaines lésions de ce système, si propres à éclairer les fonctions du cerveau , que nous ne pouvons les passer sous silence; elles font trop ressortir l'influence du cerveau sur les fonctions de l'arae, pour ne pas y attacher une grande importance.
Nous avons déjà vu que la privation d'une partie des circonvolutions du cerveau , ou la diminution de leur volume, entraînait l'idiotisme. Voici déjà un rapport bien évident, incontestable, entre l'organisation du cerveau et ses fonctions. Le nombre des affections accidentelles propres à établir la relation entre les facultés et l'organe sont bien plus nombreuses encore. On sait qu'à la suite d'une apoplexie, les facultés intellectuelles peuvent être troublées complètement ou incomplètement. Le dernier cas aurait dû suffire pour prouver à des gens observateurs , que le cerveau n'agissait pas en masse dans ses fonctions, mais que diverses fonctions ou actes avaient lieu dans telle ou telle partie du système nerveux. N'avait-on pas vu des personnes perdre la mémoire des noms propres, celle du langage , à la suite d'attaques apoplectiques. Plu-
(l) Merkcl, Manuel d'Ànaloinic descriptiuc et pathologùjue ; traduit par JourJaact BieicUi , loine n, page TSo.
lo8 TnAITB
sieurs anatoraislcs dislingués ont cit6 un assez grand nombre de ces fai(s. En voici quelques-uns que nous empruntons à d'cxcelleus observateurs ; l'un a a été recueilli par M. Hood de Killruarnock; il est d'autant plus remarquable, (jue le malade ne pouvait employer aucune expression , bien qu'il conservât la faculté d'articuler, de percevoir et de juger. Voici son bistoire : un bomme Agé de soixante-cinq ans, doue de la faculté déparier et d'écrire dans un degré ordinaire , commença le soir du 2 septembre 1822, à parler avec difliculté, au point de devenir inintelligible pour ceux qui l'entouraient. On observa qu'il avait oublié le nom de cbaque objet daus la nature ; le souvenir des faits ne paraissait pas diminué, mais les noms à l'aide desquels lesbommes et les choses sont connus avaient eutièremeat disparu de son esprit , ou plutôt il avait perdu la faculté de se les rappeler à volonté. 11 n'était cependant en aucune manière inaltentif à ce qui se passait , et il reconnaissait ses amis et ses connaissances, peut-être aussi promplement qu'auparavant ; mais leurs noms, môme le sien propre , celui de sa femme ou des domestiques paraissaient chast-ôs de son esprit. Le matin du -4 septembre, dit M. llood , nonobstant les disirs de sa famille", il s'habilla et sortit pour travailler; et quand je le visitai , il me donna à entendre par toutes sortes de signes qu'il était parfaitement bien sous tous les rapports , abstraction faite de quelques malaises qu'il éprouvait daus les yeux et la région des sourcils. Je parvins, non sans quelque peine , à le déterminer à une rèapplication de sangsues et à peraiettre qu'un vésicatoirc fût appliqué sur la tempe gauche. 11 était alors si bien, quant au reste du corps, qu'il ne voulait pas être confiné dans sa maison, et son jugement , autant qu'il me fut possible de l'apprécier, n'était nullement altéré ; mais la mémoire des mots était tellement effacée, que les monosyllabes d'affirmation et de négation paraissaient les seules espèces de mots dont il n'avait pas entièrement oublié ni l'usage ni la signification. Il comprenait distinctement chaque expression qui lui était adressée, et bien qu'il eût les idées propres pour former une réponse complète, les mots à l'aide desquels ces idées sont exprimées , paraissaient avoir été entièrement enlevés de son esprit. Comme, par expérience, je lui citais quelquefois le nom d'une personne ou d'une chose, son nom propre , par exemple , ou le nom de quelques-unes de ses domestiques ; il le répétait après moi distinctement une ou deux fois ; mais généralement avant qu'il put agir ainsi une troisième fois , le mot lui échappait aussi complètement que s'il ne l'avait jamais prononcé. Quand une personne lui lisait un passage d'un livre, il n'avait pas de difficulté à saisir, à concevoir la signification du passage : mais il ne pouvait pas lire lui-même , et la raison paraissait être qu'il avait oublié les élémens du langage écrit , c'est-à-dire le nom des lettres de l'alphabet. Dans un laps de temps peu étendu, il devint très-habile dans l'usage des signes, et sa convalescence fut caractérisée par l'acquisition de quelques termes généraux, qui devinrent d'abord pour lui d'une application extrêmement variée. Durant les progrès de son rétablissement , le temps et l'espace vinrent ensemble sous le nom général de temps. Tous les événemens
I)B rnilÉNOLOGIE. 11)9
futurs et les objets devant lui étaient appelés temps présent ; mais les événemens cl les objets derrière lui étaient appelés le dernier temps. Un jour, lui ayant demandé sou âge, il me fit entendre qu'il ne pouvait me le dire ; mais, montrant sa femme, il fil entendre ces mots : combien de fois? comme si elle savait son âge ; quand elle dit qu'il avait soixante ans , il répondit affirmativement , et demanda quel temps il était : mais je ne compris pas distinctement ce qu'il voulait dire. Je lui dis l'heure du jour, il me convainquit que je ne lui avais pas donné la réponse convenable; je lui nommai le jour de la semaine' , ce qui fut aussi peu satisfaisant ; mais ayant mentionné le mois et le quantième, il dit aussitôt que c'était ce qu'il désirait connaître pour répondre à ma question relativement à son âge. Ayant réussi à trouver le jour du mois oii il était né, il me donna à entendre qu'il était âgé de soixante ans et cinq jours ou fois, comme il s'exprimait.
Dans le mois de décembre 1822, sa convalescence était si complète, qu'il pouvait supporter la conversation sans peine. Les maux de tète, dont il avait été affecté pendant si long-temps, revinrent parfois ; mais, sur tous les autres rapports, il jouissait d'une parfaite santé. Le 10 janvier, il devint subitement paralytique du côté gauche; le 17 , il eut une attaque d'apoplexie , et mourut le 21 du même mois.
M. Hood a consigné, dans le troisième volume du Journal phrénoloqiqnc d'Edimhourcj, l'histoire de l'autopsie. Dans l'hémisphère gauche, altération de la subsîance cérébrale ; elle se terminait à la moitié de la surface du cerveau ; là où il repose sur la partie moyenne du plancher orbitairc, se trouvèrent deux petits kystes logés dans une dépression qui paraissait s'étendre de ce point du cerveau jusqu'au ventricule , où il paraissait s'ouvrir sous forme de trompette. L'hémisphère droit ne présealail rien de remarquable.
Observations Je M. EouilIauJ.
Existence d'un centre nerveux cérébral affecté aux organes de la parole, prouvée par des observations de paralysie isolée de ces organes (1).
Première observation.
Catherine Thirion, âgée de quarante-quatre ans, d'une constitution nervososanguine , perdit tout-à-coup la parole , le 10 décembre 1822, et se rendit quelque temps après à l'hôpital Cochin. Elle entendait et comprenait parfaitement tout ce qu'on lui disait, mais ne pouvait proférer le moindre mot. Elle exprimait nellemeat ses idées parle moyen de l'écriture, et nous ap()ril de celle manière qu'elle souffrait dans le front, etc. Irritée d'être muette, elles'inipalienlail , gesticulait avec une extrême vivacité et versait des larmes. Celte femme, après avoir été saignée copieusement , recouvra , au Lout de quelques jours , le libre exercice de la parole,
(1) Àvckwes de mcdeciiic, lomc yui, page 29.
Deuxième observation.
Une femme , âg!'e de cinquanle-quaire ans, perdit (out à-conp l'usage de la parole , le l*-' novembre 1817, et vint à l'IIôlcl-lJieu quatre jours après. Elle entendait très-bien ce qu'on lui disait ; mais quand elle voulait répondre, elle ne rendait que des sons inarticulés, un bruit confus semblable à celui que produisent les sourds-muets ; en même temps elle gesticulait avec beaucoup de vivacité, s'impatientait bientôt, quand on ne la comprenait pas, montrait du doigt sa langue, levait les épaules et s'enfoni;ait sous sa couverture. Sa gaité n'était cependant pas altérée , car elle riait de toi<t. Les mouvemens de la langue étaient faciles, c'est-à-dire les mouvemens de la langue nécessaires à des actes autres que la parole ; les mouvemens des membres avaient conservé toute leur force et leur liberté. La peau n'avait rien perdu de sa sensibilité. [Ohserv. de M. LaUemand.)
Troisième ohservation.
M. D. , d'un tempérament lymphatico-nerveux , reçut, en 1808, une forte contusion à la tête. Il en résulta long-temps après des douleurs de tête périodiques, et qui augmentèrent en 1817. Pendant les accès , qui duraient de dix à vingt-cinq minutes, le malade ne pouvait parler, bien qu'il conservât sa connaissance ; mais exprimait ses désirs par des gestes de la main droite. Les douleurs avaient leur siège profondément sous les arcades sourcilières. [Observation empruntée par M. Bouillaud à M. Desgoutlières.)
ïl résulte, ainsi que l'observe judicieusement M. Bouillaud, des trois observations précitées, que la paralysie des organes de la parole peut exister seule, indépendamment de toute autre paralysie. El puisque les mouvemens des organes qui président à la parole peuvent être anéantis , tandis que tous les autres persistent , il s'ensuit évidemment et nécessairement que les uns et les autres ne sont pas sous l'influence d'un seul et môme centre nerveux , et que les premiers en ont un qui leur est spécialement affecté.
La perte de la parole sans autre sorte de paralysie . et même sans altéralion sensible des autres facultés intellectuelles , est évidemment prouvée par ces trois observations , toutes remarquables par l'impossibilité d'exprimer les idées par l'articulation de la voix. Mais quelle est la partie nerveuse cérébrale qui préside à la faculté du langage ? Nous avons déjà vu , par l'observation du docteur Hood de Killmarnock (1) , qu'une altération avait été trouvée dans des lobes antérieurs du cerveau et à la partie de ces lobes qui répond au plancber orbitaire. D'autres observations de M. Bouillaud vont prouver que c'est aussi à la lésion du lobe antérieur du cervefiu qu il faut attribuer de pareils accidens.
(1) J'ai rite l'observaiion du docteur Hood avaiil celles de M. Tîouillaud, bien que celles de ce dernier lui soient auléricures; mais il ne s'agit pas ici de question de priorité, mais seulement de faits observés.
DE PiSU.'.Mli.oClE. lOJ
Picinicic observation.
Adilaïde ÎUMioiîf , âgée de qiiaraulo-neuf ans , d'une forle conplitution, fui apporléo à l'hôpilal Cochin le 28 octobre 1822. Depuis long-lemps elle éprouvait de la douleur dans la région du front cl d'autres syniplônios d'une afreclion cérébrale. A son entrée, elle présentait une sorte d'élonnement stupide: à peine pouvait-elle arliculer quelques mots. Elle ne larda pas à perdre entièrement l'usage de la parole , et mourut le lendemain. A l'ouverture de son corps , nous trouvâmes le lobule antérieur de l'hémisphère droit ramolli dans toute son étendue , et tellement altéré , que la substance gri?e et la substance blanche étaient confondues en une bouillie purulente. Deuxième observation.
Francois Ralard , âgé de cinquante-neuf ans , reçu à l'hùpital Cochin le 17 Janvier 1822 , conservait, à la suite d'une affection cérébrale, une tellô difficulté de parler , que , malgré tous ses efforts, il parvenait à peine à rassembler quelques mots; seulement il répétait comme automaliquemeut les dernières paroles des phrases qu'on lui adressait , et s'impatientait de ne pouvoir répondre. Au bout de quelques mois de séjour, il mourut. L'autopsie cadavérique nous fit voir, vers le tiers antérieur de l'hémisphère gauche du cerveau, une tumeur de la grosseur d'un œuf, de consistance albumiueuse cuite , parsemée de quelques caillots, et contenant quelques gouttes d'un pus encore liquide.
Nous ne croyons pas nécessaire de faire connaître les autres observations du médecin que nous venons de citer, ainsi que celles qu'il a empruntées à deux de ses collègues , MM. Lallemand et Rostan. L'essentiel pour nous , c'est que , dans toutes ces observations , il y a eu constamment impossibilité pour les malades de rendre leurs idées à l'aide de la parole, et que, chez tous ces individus , on a constamment trouvé une altération de la partie antérieure de l'un ou des deux lobes cérébraux.
Les épanchcmens sanguins observés dans le cervelet , ont ét^ accompagnés de symptômes si remarquables et coïncidant, comme nous le dirons plus tard, avec les fonctions que les phrénologistes attribuent à cet organe , que nous ne pouvons les passer sous silence. Plusieurs médecins avaient déjà remarqué que les cadavres des personnes pendues, se trouvaient dans un étal d'érection. La mort produite de cette manière , est causée , comme on le sait , d'un côté par la privation de l'air , de l'autre par la congestion du sang dans la masse nerveuse cérébrale , et bien que tout le système artériel et veineux, du système nerveux cérébro-spinal , se trouve gorgé de sang à l'ouverture du crâne , il paraîtrait cependant que le seul engorgement du cervelet suffit pour produire l'érection ; du moins c'est ce qui est démontré par plusieurs cas d'apoplexie cérébelleuse , recueillis par M. Serres (1) , médecin de la
Pitié. Voici ses observations :
(I) Serres, Anatamie coinpanic du ceivcau ciaris les quniye classes des vartébrés, tomfi II, page 002.
Ifi3 TBAITÉ
Piemièro vhscrtalion.
Un homme de trente-deiix ans fut frapp6 d'apoplexie dans l'acte du coit et après avoir bu plus que de coutume. Aux syniplùmes ordinaires des apoplexies violentes se joignit l'érection du pénis, qui persista jusqu'aux approches de la mort. Le cerveau était sain , mais le lobe médian du cervelet était le sicge d'une vive irritation , la substance cérébelleuse était brisée en plusieurs endroits ; de petits foyers sanguins étaient creusés le long du processus vermiculaire supérieur.
Deuxième ohservation.
Un journalier de cinquante ans, d'un tempérament sanguin, (rès-adonnô aux plaisirs vénériens , après une journée passée au cabaret , fut pris dans la nuit d'une attaque d'apoplexie, dont l'érection du pénis formait , comme dans l'observation précédente , le symptôme insolite. Il mourut deux jours après , ayant offert à chaque paroxisme la tension de la verge , et dans le dernier, une abondante ejaculation. Comme dans le cas précédent, irritation vive du lobe médian du cervelet , avec érosion de la substance : foyer sanguin dans le centre de son hémisphère droit , qui s'était fait jour dans le quatrième ventricule.
Troisième observation.
Vu homme de quarante-six ans mourut à la suite d'une apoplexie violente, pendant laquelle le satyriasis et l'éjaculation se manifestèrent , suivies d'un gonflement de toutes les parties externes de la génération. Le lobe médian dn cervelet renfermait plusieurs foyers sanguins ; l'irritation vive qui les environnait se propageait à droite et à gauche vers les hémisphères.
Quatrième ohservation.
Un cadavre apporté de l'hospice de Bicètre à l'amphithéâtre central des hôpitaux , présentait une tuméfaction considérable de la verge et des bourses; le cervelet était phlogosé dans toute son étendue.
Cinquième ohservrd'.on.
Un écrivain public . de trente-deux ans , avait offert pendant le cours d'une apoplexie , la tur.gcscence du pénis , et dans certains raomens , une érection complète. T)e petits foyers sanguins étaient situés le long du lobe médian du cervelet ; un autre plus considérable occupait la partie postérieure de l'hémisphère droit.
Sixième observation.
Une fille, livrée de bonne heure aux plaisirs vénériens , se prostitua pour assouvrir ses désirs, else livra à toutes les manœuvres de la masturbation
DU l'HKÎiNOI.O'-.IK. 103
pour suppléer ù l'iasuffisaDcc des cohabitutious jourualières des liomines. Elle tombe dans la nymphomanie. Ilonleusc elle-mr-me de son état , elle supporte que l'on brûle le clitoris ; ce qui n'a aucun résultat avanlagcux. Elle meurt; on trouve une irritation chronique avec induration du lobe médian du cervelet : de petits foyers à bords calleux , comme le reste de l'induration , indiquent une phlegmasic ancienne de celle partie.
Nous ne croyons pas nécessaire de citer les autres observations consignées dans l'ouvrage de ce médecin , car elles ne sont qu'une répétition , sauf quelques nuances dans les symptômes , de celles que l'on vient de lire. Nous avons cru devoir en citer plusieurs , afin de faire voir cette coïncidence constante et si remarquable de l'engorgement ou de l'inflammation du cervelet, et surtout de son lobe médian , avec l'action énergique des organes génitaux.
Je n'ai eu qu'une fois occasion de voir une apoplexie cérébelleuse : c'était sur un homme âgé de quarante et quelques années, et d'une constitution extrêmement chélive; il était sujet à des vertiges et surtout à dos migraines affreuses , qui l'avaient tourmenté horriblement pendant dix ou douze ans avant l'attaque d'apoplexie cérébelleuse qui termina sa vie. Appelé peu d'inslans après celui où il fut frappé , je le trouvai pâle et sans connaissance, une sueur froide mouillait toute la face et surtout le front; le pouls était dur et fréquent. J'usai de tous les moyens que la médecine prescrit en pareil cas, mais sans succès; et quatre ou cinq heures après l'événement la mort eut lieu. A l'ouverture du corps, que je fis avec mon confrère M. Eudes Deslonchamps, je trouvai que toute la face inférieure du cervelet était gorgée de sang; un caillot gros comme la moitié d'une prune, était logé sur la partie moyenne du corps du sphénoïde et la gouttière basilaire ; répanchemcnl s'était opéré par la rupture d'une des artères cérébelleuses ; celles-ci et l'artère basilaire pré-r sentaient , de distance en. distance , des points semi-cartilagineux : c'était entre deux de ces points , que l'une des artères s'était rompue. Je n'observai immédiatement après l'accident , aucune trace d'érection ; j'ai seulement appris que cet homme , bien que d'une constitution rabougrie , se livrait aveo ardeur aux plaisirs vénériens : le cervelet était assez volumineux.
J'ai lu dans les archives de médecine , qu'un médecin français , M. Ségalas, était parvenu à provoquer l'éjaculation , chez les cochons d'Inde , par la cautérisation du cervelet.
Voici un autre fait que j'ai rencontré dans celte espèce d'animal , il s'accorde avec ceux que l'on observe chez l'homme pendant la pendaison.
J'avais acheté deux petits cochons d'Inde mâles , dont je me proposais d'étudier le cerveau ; je les donnai à une personne pour me les tuer , elle eut recours à la strangulation , en les suspendant à une corde ; probablement que celle-ci n'avait pas été serrée fortement, car les animaux mirent un temps assez long à mourir. L'un deux avait éjaculô pendant l'exécution ; un effet semblable n'eut pas lieu chez l'autre ; mais ayant exercé une pression sur la verge ,
je fis sortir un liquide évidemment sperraalique. Les ayant ouverfs loti;? deux, je trouvai les vésicules èéminalcs gorgées de sj)crme jaunâtre (1), celui qui avait été éjaculê était beaucoup plus blanc : les vaisseaux du cerveau , mais surtout ceux du cervelet , étaient fortement injectes.
L'atrophie de certaines parties cérébrales dont nous avons donné la description , ayant été constamment suivies de la perle de quelques fonctions , ne doit-on pas les considérer comme les instrumens de celle-ci? Sœmmeriug dit avoir rencontré l'atrophie des tubercules quadrijumeaux antérieurs chez les chevaux aveugles. Gall a , par quelques observations sur les mêmes animaux, constaté la véracité- des faits avancés par Sœmmering. J'ajouterai à ces observations , celles qui me sont propres. J'ai trouvé , chez quatorze vieux chevaux qui étaient borgnes, que le tubercule quadrijumeau antérieur, opposé à l'œil perdu , avait subi une diminution; et même deux fois l'atrophie du tubercule était complète. J'ai fait un jour l'expérience suivante : je vidai les yeux de quatre lapins , du cùtè gauche ; pareille opération fut pratiquée du côté droit , sur quatre autres ; chez un autre lapin , les deux yeux furent vidés complètement. Après avoir nourri ces animaux pendant dix mois , je les tuai , et trouvai que , chez les quatre lapins borgnes du côté gauche , les tubercules quadrijumeaux antérieurs du côté droit étaient beaucoup plus petits que ceux du côté gauche ; le contraire avait évidemment lieu dans les borgnes du côté droit. Chez l'aveugle , les tubercules bijumeaux étaient beaucoup plus petits que tous les tubercules quadrijumeaux sains des huit lapins. Comparés avec les tubercules quadrijumeaux antérieurs d'un lapin dti même âge , de la même portée , et dont les yeiix étaient sains , ils offraient une différence très-sensible en volume. Chez tous les lapins borgnes , le nerf optique atrophié était réduit au tiers de son volume , et présentait l'aspect d'une corne à lanterne.
M. Magendie m'a dit avoir obtenu une diminution d'un tubercule bijumeau chez les oiseaux peu de temps après leur avoir vidé un œil J'ai répété l'expérience , elle est exacte ; la diminution s'opère même chez eux beaucoup plus vite que dans les quadrupèdes.
Wentzel (2) dit avoir observé l'atrophie des couches optiques dans la cécité; il assure même que lorsque cet état a duré long-temps, celles-ci deviennent plus étroites et un peu aplaties. Dans ces derniers temps, de nouvelles recherches ont été faites sur les lésions des reufleraens profonds du cerveau (?) et les rapports qui existaient entre elles et certaines fonctions. Selon les observateurs de ces faits , il existerait une relation entre ces parties profondes et la locomotion, auxquelles, selon eux, elles doivent présider. D'après l'opinion des mêmes personnes , la substance grise superficielle
(1) Les vésicules sénunales sont énormes dans le cochon '1 Inile.
(2) De pcnit. struct, cereb., pac?c 125.
(3j Voir les Mémoi-ci fie ftîM. Forille et rinel-Gianchamp ; Archives de médecine.
fei;ii;Noi.o(;iî
du cerveau sérail en relation , ou , pour mieux dire , i>ri'siderait aux fondions intellectuelles. Nous avons cru , après la lecture des travaux des médecins que nous venons de citer , et surtout après avoir comparé d'autres faits annonces par d'autres analomistes distingués, qu'il était sage de suspendre son jugement , avant de considérer les premières observations comme devant servir de base rigoureusement exacte à l'histoire des fonctions des corps striés et des couches optiques.
Les altérations déjà assez nombreuses que nous avons fait connaître , no sont pas les seules qui puissent se rencontrer dans le cerveau. Il en est beaucoup d'autres que nous nous contenterons d'ènumérer, a!iu de faire voir à combien de lésions la masse nerveuse renfermée dans le crâne est exposée. Quant à l'histoire spéciale de chacune d'elles , nous renvoyons aux meilleurs auteurs qui ont écrit sur l'anatoraie pathologique.
Le cerveau , comme tous les organes du corps , est susceptible de s'eaflammer et de présenter les divers modes de lésions qui accompagnent l'inflammation des parties molles. Le professeur Lallemand de Ptîonlpellier a décrit ce genre d'altération avec une sagacité et un esprit d'observation qui lui font intiuiment d'honneur.
Des tumeurs énormes se développent quelquefois dans l'intérieur du cerveau. M. Cruveilhier, dans son Traité d'anatomie pathologique , a rapporté l'histoire d'une jeune fille morte à l'hôpital de la Charité , dont le cerveau offrait une tumeur formée d'une matière blanchâtre , ayant l'aspect de la nacre , et se présentant sous la forme de globules agglomérés du diverses grosseurs. L'intérieur offrait un aspect jaunâtre moins brillant.
Les auteurs qui ont le plus écrit sur l'anatomie pathologique , Morgagni , Portai , Reil , etc. , citent aussi plusieurs exemptes de tumeurs développées dans le cerveau.
Quelques auteurs , Bayle surtout , ont publié divers cas dans lesquois lo cerveau était frappé de cancer.
Bien que plusieurs médecins aient parlé de la conversion de la substance nerveuse cérébrale en matière osseuse, on ne peut admettre ces faits comme rigoureusement exacts. Il est presumable que ces auteurs auront pris , pour appartenant au cerveau , une altération de ses membranes ou de la surface interne du crâne , comme nous l'avons déjà fait observer à l'occasion des prétendus cerveaux ossifiés.
L'induration , ou une dureté au-delà de celle qui se rencontre ordinairement dans l'état physiologique , est assez commune , et a été parliculièiement rencontrée dans certa'ms cas de lésions mentales. Le ramollissement du système nerveux cérébral est toujours le résultat de son inilammalion. Nous l'avons trouvé plusieurs fois chez de très-vieux chevaux et de vieux chiens , morts à la suite d'affections ayant tous les caractères de l'apoplexie. Il existait constamment, dans ces cas, des adhérences plus ou moins étendues entre la dure-mère et l'arachnoïde, et entre celle-ci et les vaisseaux de la pie-mère.
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Il n'est pas rare de rencontrer un changement de couleur des deux 6ul>stances qui entrent dans la composition du système nerveux cérébral. Cet état peut exister simultanément ou partiellement , être local , ou s'étendre à toute la substance du système nerveux. On ne saurait donner trop d'attention à ce genre d'altération , probablement méconnu de beaucoup de médecins , qui affirmaient n'avoir rien trouvé à l'ouverture de certaines lésions cérébrales ; car , nous ne saurions trop le répéter , on ne pourra affirmer qu'il n'existe pas d'altération du cerveau , que lorsque cet organe aura été comparé dans tous ses points avec un cerveau sain , et disséqué de manière à ce que l'état de toutes les parlies qui le constituent, ait été bien apprécié. Quelques médecins ont cru devoir considérer les altérations de couleur de la substance nerveuse cérébrale comme étant la cause de l'épilepsie. W'entzel prétend que cette affection est le résultat de l'inflammation de la glande piluitaire. Meckel , au contraire , dit avoir trouvé ce corps très-sain chez des individus qui avaient ressenti plusieurs attaques d'épilepsie. Je fis un jour la dissection du cerveau d'un chat qui avait éprouvé régulièrement , et depuis trois ans , deux ou trois attaques d'épilepsie par semaines : le corps pituitaire, comparé le jour même avec celui d'un autre chat , ne m'offrit aucune différence sensible. Je trouvai seulement que tous les vaisseaux du cerveau étaient plus gorgés de sang dans le cerveau du chat qui avait été épileptique, que dans l'autre qui jouissait d'une parfaite santé , et que j'avais fait tuer le même jour , pour me servir de terme de comparaison.
Un des médecins qui ont le mieux observé l'épiplepsie , feu le docteur Georget, dit n'avoir pas assez souvent rencontré les mêmes altérations, pour les considérer comme causes certaines d'épilepsie. M. Esquirol , ajoute le même auteur, ayant trouve neuf fois de suite une immense quantité de petites plaques lenticulaires cartilagineuses ou osseuses, adhérentes à l'arachnoïde rachidienne d'épileptiques , crut d'abord que cette altération pouvait avoir quelques rapports avec l'épilepsie ; mais, d'un côté, ces mêmes altérations ne se sont pas rencontrées dans de pareilles circonstances, et de l'autre on les a observées très-souvent dans des cerveaux de personnes qui n'avaient point été épileptiques. Nous ne citons ce dernier fait que pour faire voir combien il faut apporter de circonspection dans le jugement que l'on porte sur les altérations du système nerveux cérébro-spinal et les phénomènes qui les accompagnent. Certes, les affections pathologiques de ce système pourront , nous n'en doutons pas , jeter un grand jour sur l'histoire des organes des facultés intellectuelles ou affectives , et sur ceux qui président aux mouvemens. Nous les croyons inême beaucoup plus sures que les expériences mutilatoires, parce qu'en agissant avec plus de lenteur, elles ne donnent pas lieu à ces troubles si violens occasionés parla mutilation, mais, comme nous le disions tout à l'heure, elles demandent à être faites avec une grande réserve. Nous verrons plus tard que
(1) PhjsioloQÏe du s) sic/ne nciveux , tome u.
Dr rm-.rNoi.cx.in. 107
le» expériences qui consisleulà élever pendant assez long-lemps les animaux, et observer après leur mort les rapports qui existent entre leurs diverses parlies eacéphaliques et leur facultés dominantes durant leur vie, sont celles qui doivent mériter le plus de confiance. Ces recherches sont Ioniques, pénibles, elles demandent même un certain esprit d'observation de la part de ceux qui s'y livrent ; et, bien qu'elles fassent moins de bruilque celles des mutilations , nous les croyons plus sûres, moins exposées à de nombreuses erreurs et à ces contradictions si choquantes que celles-là nous ont présentées jusqu'à ca jonr.
Les inflammations des membranes qui enveloppent le système cérébrospinal, sont trop fréquentes pour que nous entrions à cet égard dans des détails particuliers : nous n'en parlons ici que pour fixer sur ce point l'attention des phrénologistes qui voudraient examiner l'état du système nerveux cérébral chez une personne dont ils auraient observé, durant la vie, les phénomènes auxquels ce système préside. On sait que dans beaucoup de cas d'affections des membranes du cerveau, des accidens ont eu lieu dans les organes cérébraux; ce qui s'explique très-bien par le contact de ces deux parties. La présence de kystes, de tubercules, de vers sont des lésions que nous nous contenterons d'énumérer.
L'atrophie des hémisphères , celle du cervelet , des tubercules quadrijumeaux , de la glande pinéale , etc., sont presque toujours le résultat de l'inflammation des parties nerveuses qui les composent. On sait , depuis fort longlemps , que le système nerveux cérébral est exposé , ainsi que les autres parties du corps , à l'irritation et à l'inllammation , et c'est probablement à celle-ci qu'il faut rattacher toutes ces modifications de couleur , de densité, de poids , etc., trouvées dans le cerveau de certains individus. Je ne sache pas que des cerveaux sains et en assez grand nombre aient été examinés avec assez de soin pour servir de terme de comparaison dans les cas d'anatomie pathologique , de manière à préciser avec exactitude la différence présentée entre le cerveau sain et le cerveau malade. La méthode communément employée dans la dissection du cerveau , est on ne peut plus vicieuse pour apprécier ces altérations ; car en le coupant par tranches , on peut très-bien ne pas voir certains points , qui avaient cependant éprouvé un changement de couleur ou do consistance. Voilà sans doute pourquoi certains auteurs disent avoir rencontré beaucoup de cas d'aliénations mentales, sans altération sensible du cerveau on de ses dépendances. Telle est du moins l'opinion de l'un des médecins les plus en réputation pour le traitement des aliénations mentales, M. Esquirol (1). D'autres médecins, au contraire assurent avoir presque toujours trouvé des traces visibles d'affections du système nerveux cérébro-spinal ou de ses enveloppes. Nous nous rangeons entièrement du côté de ces derniers , et nous croyons qu'il est impossible que le cerveau d'une personne affectée d'aliénatiofl
(1) Article Folie du Dictionnaire des Sciences médicales.
H;8 raviTÉ dk pubiinolocie.
nieniale ayant duré un cerlain temps, jouisse présenter l'aspect de celui qui aurait appartenu à un individu mort dans l'état de satilé. Telle e*t aussi l'opinion de l'un des médecins les plus distingués de Londres . qui a été à même d'examiner les cerveaux d'un assez crand nombre d'alincnés.
« J'ai examiné (I), après la mort, la tète de plusieurs aliénés, et trouvé » difficilement un seul cerveau qui ne raontrAt des traces visibles de lésions. )) Dans les cas récens : vaisseaux gorgés de sang , augmentation de la sérosité ; » et dans les cas de longue durée , des signes non équivoques d'augmentation » d'une action récente ou passée, les vaisseaux plus gorgés de sang,etparais- » sant en plus grand nombre, les membranes épaissies et opaques , dépôt de » matière coagulable formant des adhérences, de fausses membranes, des » é'panchemens aqueux , même des abcès ; ajoutez à cela , que fréquemment » les fous deviennent paralytiques , ou périssent subitement d'apoplexie. » On voit que cette opinion de M. Laurence , basée sur de nombreuses observations, diffère complètement de celle de M. Esquirol. Greding dit avoir trouvé chez beaucoup d'aliénés, une augmentation de dureté ou de ramollissement des deux substances du système nerveux cérébral. Un jour il trouva les hémisphères cérébraux changés en une matière ayant l'aspect terreux , il est vrai qu'il dit aussi avoir trouvé des cas d'aliénation sans traces apparentes de lésions organiques ; mais est-il certain que ses recherches aient été faites avec assez de soin? C'est ce que l'on peut révoquer en doute , si on lient compte des connaissances analomiques de notre époque.
L'histoire des lésions mentales se rattaclic tellement aux iiiflammalious du cerveau et de ses membranes , que nous croyons devoir parler ici de ces affections , que nous ne traiterons , comme on doit 'uien le penser, que d'une manière générale , sauf cependant quelques points particuliers , sur lesquels nous insisterons un peu plus , à cause de leur extrême importance.
(1) Laurence, Leçons sur la Physiologie , 1819 ; Londres.
CIIAPITBE X]I.
TO>S MUNTAI Ii>.
Folic;.
De tous les éciits propres à inspirer de l'aversion aux personnes de bon sens , à celles qui demandent des fails et non des liypollièses , les traités sur les aliénations mentales sont certainement en droit de réclamer la préféreiice. Tous en général reposent sur des principes erronés ; et si quelques faits , fruits d'une longue habitude avec les fous , ont mis les savans qui les ont publiés , dans le cas de recueillir quelques observations, en apparence remarquables , celles-ci finissent par perdre toute leur importance , lorsqu'on cherche à les ra( tacher à quelques principes, à ceux mêmes des personnes qui les ont observés. Imbus des principes de Locke ou de Condillac , ces auteurs durent nécessairement chercher des lésions du jugement, de l'imaginalion de la mémoire, etc., etc. Il était cependant difficile d'accorder ces principes avec les lésions mentales , puisque le jugement était perverti dans un cas , et ne l'était pas dans l'autre. Aussi voyons-nous , pour expliquer ces contradictions , les cas appelés folie raisonnante, ce qui veut dire à peu près que le malade était et n'était pas fou. ÎSe peut-on pas croire que les auteurs qui ont écrit sur les aliénations mentales , n'étaient pas dans la bonne voie, puisque tous virent les causes de la folie , là où certainement les phrônologistes n'iront pas les chercher. Ainsi ils notaient avec soin la couleur des cheveux , celle des yeux, de la peau, et puis le tempérament , car c'était toujours là le grand principe. Depuis plus de trente ans, que ces soi-disant observateurs examinaient, étudiaient ou croyaient étudier les lésions de l'esprit, comment ne s'étaient-ils pas aperçus que la folie existait avec toutes les nuances possibles de couleur de peau, de cheveux, de tempérament, etc., et que c'était au cerveau seul qu'il fallait s'en prendre ? que le tempérament n'était qu'une condition propre à modifier les facultés , sans être la cause directe de leur trouble. Je ne crains pas de dire publiquement , après avoir lu les irailès publiés jusqu'à ce jour sur les lésions des fonctions intellectuelles ou la folie que tous me paraissent avoir été recueillis par des commères, des bonnes femmes , ou des garde-malades, car j'y retrouve toutes ces contradictions, tout ce ramas d'expression populaires et de préjugés , qui caractérisent la crédulité ou l'ignorance. C'est probablement pour la même raison , je veux dire le peu de solidité de leurs principes, que tous les gardiens de fous s'entourent d'une certaine atmosphère mystérieuse. Je n'ai pas visité un seul établissement d'aliénés, en France ou à
réfranrer, sans y rencontrer un certain air d'apprêt , de caché , que l'on nft devrait trouver, selon moi , que chez les diseurs de bonne aventure. Si vo» principes sont bons , pourquoi ne pas les faire connaître au grand jour; et s'ils Bont mauvais , pourquoi ne pas faire l'aveu de votre i^noraui-e?
Les écoles phrcnoloiiiques qui s'élèvent sur tous les points du monde savant, ne larderont pas à faire justice de lliéories et de Iraitemens souvent si opposés, si contradictoires. En nous prononçant ainsi, nous ne prétendons pas attaquer les personnes, car nous sommes convaincu , que plusieurs d'entre elles sont dirigées par des principes d'honneur ; nous n'attaquons seulement que les théories qui nous paraissent fausses et vicieuses.
Que doit-on entendre par folie ? Il n'est personne qui ne croie pouvoir répondre facilement à cette question ; et cependant si nous prenons ce mot dans sa plus grande extension, la réponse devient un peu difficile, et l'on prévoit facilement que le nombre d'établissemens pour le traitement des aliénés n'est point en proportion avec celui que la société contient. Certains troubles des sens, certaines passions portées à un haut degré, doivent-ils être assimilés à l'état ordinairement connu sous le nom de folie? Il est d'autant plus important de s'entendre sur l'idée que nous devons attacher à ce mot, que l'homme qui en est affecté perd tousses droits civils : il peut être séquestré do la société de ses semblables, privé du bien le plus précieux dont l'homme puisse jouir, de la liberté! Quel est l'homme juste, le magistrat intègre qui ne demandera pas à être bien éclairé , avant d'en venir à mettre son égal dans une position aussi fâcheuse, aussi digne de pitié? Combien d'individus affectés de passions morales très-vives ont été considérés comme fous , à une époque où les lésions mentales étaient bien moins connues que de nos jours? Combien , d'un autre côté, est grand le nombre de malheureux morts sur l'échafaud, qui ont subi la peine infligée aux plus vils , aux plus scélérats des hommes , et dont tout le tort était d'avoir le cerveau malade! Et que l'on ne nous taxe pas d'avancer des faits gratuits : l'époque où de pareils actes ont eu lieu n'est pas si éloignée. Le procès de la iille Cornier , ceux de Léger et de Papavoine , prouvent jusqu'à quel point peut aller l'erreur des hommes chargés de juger les actes de leurs semblables. Mais, diront les âmes froides et égoïstes, la société n'a fait que se débarrasser d'êtres qui lui étaient préjudiciables: mais n'avez-Yous pas une voie meilleure pour arriver à ce résultat? Rèlablirezvous l'honneur de la famille , qui se trouve flétri par une mort, dont le plus sot des préjugés fait rejaillir la honte sur les parens de l'individu qui l'éprouve. Et si votre père , votre frère, vous-mêmes enfin étiez dans la position de ce ' malheureux? Nous citerons à l'occasion des monomanies homicides, quelques actes qui prouveront qu'il n'est pas toujours nécessaire d'être médecin, pour apprécier qu'ils ne peuvent être que la suite d'une lésion des facultés mentales (1)1
(1) Nous ne sauricni trop recomraand. r la lentwre d'un ouvrage récemment nuî.lle sur les «lleaatioin mentales : c'esl celui d'un ctiirurgiesi et d'un pbrénulogiste distingué , M. Audré
U£ t'IlItÉ.NOLOUtn. 171
Ilaslam (1) , un des hommes de l'Angleterre qui oui le plus observù Wa logions de l'esprit , croit qu'il est diflicilc d'eu donner une juste duPniilion. Celle réserve n'annoncerail-cUe pas la fausseté des principes qui ont servi jusqu'à ce jour de base aux fonctions de l'intelligence, dont la folie n'est qu'une lésion. Effectivement, si vous prétendez, avec Arislote et les philosophes qui ont développé ou modifié ces principes , que les facultés de l'enlendcmenl se réduiseut à sept ou huit, que vous désignez sous le nom de mémoire, d'attention, etc., vous devez nécessairement chercher les troubles de ces prétendues facultés. Eh bien, vous entrez dans un établissem;int d'aliénés, vous y trouvez une personne qui vous accompagne partout , entre avec vous dans les plus petits détails, répond à vos questions avec précision cl justesse ; elle vous fait des remarques Irès-sensées sur les principales affections des aliénés, et après vous avoir fait voir un individu qui se croit Jésus Christ, elle vous dit avec sang froid : la folie de cet Iiomme est d'autant plus ridicule que je suis le Père Éternel, aiusi il n'est lui, qu'un imposteur. Comment accordercz-vous cette lésion avec les principes reçus de vos métaphysiciens ? Oserez-vous dire que cet hoaime n'a pas le jugement, la mémoire, l'attenlion , lorsqu'il n'y a qu'un instant , il vous étonnait par le développement remarquable de ces facultés que vous appelez fondamentales? Voilà pour les facultés intellectuelles proprement dites. Quant aux lésions des facultés affectives ou les passions, les médecins de l'antiquité et ceux des temps modernes sont beaucoup plug d'accord. Les monomanies ambitieuse , orgueilleuse, celle de l'attachement, etc., ont été reconnues et bien appréciées dès la plus haute antiquité.
Voyons ce que l'un de nos médecins les plus estimables et les plus en réputation dit sur la folie. Nous empruntons les propres expressions que l'auteur , M. Esquirol , a consignées dans l'article Folie du grand Diciionnaire des Sciences médicales. Nous nous permettrons d'y ajouter quelques remarques, afin de montrer que les principes de cet auteur , qui ne sont que ceux de son maître, ne nous paraissent pas établis sur des bases bien solides.
« Je ne fais, dit ce médecin , que développer les principes de M. Pinel : » les lésions de l'entendement peuvent être ramenées à celles de l'atlention. » Jean-Jacques a dit que Tétai de réllexion est un état contre nature ; que » l'homme qui médite est un animal dépravé. Au lieu de celte boutade misany> thropique (2) , Roussçau aurait dû dire que tout raisonnement suppose un r> effort ; que nous ne sommes raisonnables , c'est-à-dire que nos idées ne sont » conformes aux objets, nos comparaisons exactes, nos raisonnemens justes, » que par une suite d'efforts ou par l'allention qui suppose à son tour un état
Combe d'Edimbourg. Ce serait, à noire avis , s'il avait été accompagné de plus d'ouvertures de cadavres et de plus de faits praliquis , le meilleur ouvrage publié sur ce sujet.
(t) YioisXam , Sur la Folie, deuxième édiiion , page 6.
(2) Nous croyons que ce n'est pas une boutade, mais bien un de ces sopLismes qui ce r«n- «oatrem si fréquemmenl dans les écrits éloquens du pbilosophe génevoi».
» actif de l'organe de la pcns6c ; de mcine fjii'il faut un effort musculaire pour » produire le mouvement , quoique les mouveraens ne soient pas plus danslo » muscle , que la pensée dans le cerveau. Si nous réiléchissons à ce qui se passe » chez l'homme le plus raisonnable, seulement jiendaut un jour , quelle inco- » liérence dans ses idées, dans ses déterminations depuis qu'il s'éveille jusqu'à « ce qu'il se livre au sommeil du soir! Ses sensations, ses idées , ses déter- » minali.ms n'ont quelque liaison entre elles que lorsqu'il arrête son attention? » alors seulement il raisonne. L'aliéné ne jouit plus de la faculté de fixer, de » diriger son attention ; cette privation est la cause première de toutes ses » erreurs. » Comment concilier ce défaut d'attention chez les aliénés , avec un grand nombre de faits cités par M. Pinel, dont M. Esquirol ne fait que développer les idées , el par d'autres si nombreux que ce médecin note luimême? Ces auteurs ne citent-ils pas des cas où des aliénés s'étaient livrés à des travaux mécaniques qui demandaient non-seulement l'allenlion la plus soutenue , mais encore ime grande imagination et un excellent jugement , pour apprécier l'influence réciproque de force, de volume et d'activité des pièces qui devJiient les composer.
« Un aliéné, dit M. Esquirol , refuse toute sorte de nourritures : l'honneur » lui défend de manger. Après plusieurs jours vainement employés à le per- » suader qu'il est dans l'erreur , on lui apporte une patente simulée de son soun verain , qui lui ordonne de manger et qui le met à l'abri de toute atteinte » contre Thouneur. Il obéit, il prenu l'ordonnance, la lit plusieurs fois ; il » s'établit une lutte morale entre sa conviction et l'ordre qu'il reçoit. »
Nous demanderons comment celle liille morale a pu avoir lieu sans la faculté de V attention, que l'auteur nous a dit tout à l'heure ne pas exister chez les aliénés. « Après un combat de plusieurs heures » [on voit que l'allenlion a été passable- » ment soutenue], il cède en frémissant mange, et est rendu à la vie. Ce défaut I) d'attention , que l'on voit chez les aliénés , est précisément ce qui a lieu chez » les enfans qui ont des impressions , et n'ont pas de sensation et d'idées faute j) d'attention. » Ainsi, d'après Pinel et M. Esquirol, les enfans doivent être assimilés aux fous. Nous croyons que ces médecins avaient troppeu exercé leur attention lorsqu'ils écrivirent ces pensées que nous croyons toul-à-fait gratuites; et quelque estime que nous ayons pour feu le vénérable Pinel el son estimable disciple, M. Esquirol, nous ne croyons pas qu'il soit possible d'établir jamais une comparaison entre les fous et les enfans. Loin de refusera ceux-ci , avec ces médecins, la faculté connue sous le nom d'attention, nous la croyons au contraire très-prononcée chez eux ; seulement la vivacité, propre à leur âge , les fait passer promptement d'une idée à une autre. Mais si nous leur présentons des choses à leur portée et qui les intéressent, nous serons frappés de leur extrême attention , fût-ce même une chose de science ou de morale.
Nous pensons que le mot folie ne peut être appliqué qu'au trouble des parlies cérébrales qui président aux facultés intellectuelles ou affectives. Nous ne croyons pas, avec quelques auteurs, que cette affection puisse avoir sou
Dii i>uii;N\)i.ooi:
biégu dans d'autres organes que le syslcme céréîjral , qui peuNMrc trouble ou sur-excilt' par une inlinilé d'autres lésions.
Voici , selon nous, comment il conviendrait peut-être de cla?scr toutes les lésions du système nerveux cérébro-sitinal.
1 " Ce serait en rattachant toutes ces affections à chacune des parties analoniiques qui le constituent : ainsi , lésions des hémisphères et de leurs membranes; lésions du cervelet ; lésions de la moelle épinière et des sens.
Toutes ces affections peuvent présenter des caractères propres ou généraux. A la première classe , se rattachent tous les vices de conformation , résultant du défaut de développement d'une ou plusieurs parties , ou bien de leur volume excessif. Dans le premier cas, nous avons l'idiotisme occasioné par le peu de volume du cerveau , et toutes les idioties partielles. Dans le second , nous trouverons ces développemens excessifs de certains organes , donnant lieu à une foule de monomanies.
Dans la seconde classe , se trouveraient les affections ayant un caractère général. Ainsi on conçoit très-bien que toutes les parties du système nerveux cérébral, telles que les hémisphères, le cervelet, la moelle épinière et les cinq sens, peuvent manquer d'énergie, ou être sur-excitées généralement ou parîiellemcnt. Dans celte classe , se trouveraient 1° les idiots ou les personnes d'une faible intelligence , bien que présentant quelquefois une assez belle conformation de tète (1) ; 2° le défaut d'action ou la sur-excilation générale ou partielle des parties constituant le système nerveux cérébro-spinal. Le défaut d'action doit être assimilé à la démence qui arrive à la suite d'aliénations mentales aiguës. Une extrême sur-excitation pourra produire les monomanies sans développement considérable des organes qui président aux facultés. Disons quelques mots sur les différentes sortes d'affections qui se rattachent à ces diverses classes.
(1) Cette faiblesse d'esprit qui accompagne assez fréquemment de très-helles conformations de têtes, ne doit pas être iernorée du phrénologiste , car, on ne saurait trop le répéter, le volume d'un organe n'est qu'une conduion de son action , et celle-ci ne peut avoir lieu sans un certaia degré d'activité organique. Le foie et les testicules les plus volumineux ne sont pas toujours «eux qui sécrètent davantage de bile ou de liqueur spermatique. La vie si active de certains oiseaux et quadrupèdes, nous prouve jusqu'à quel point une prompte nulrilion influe sur les fonctions organiques.
Nous avons entendu dire à certaines personnes , que ce défaut d'excitation du cerveau n'était qu'un faux fuyant mis eu avant par les pbrénologistes. La plus simple attention suffit cependant pour démontrer la justesse de notre observation. Qui ne connaît des personnes dont le cerveau n'agit convenablement qu'après avoir été excitées par l'ingestion de substances stimulantes. Je connais un jeune homme remarquable pour l'étendue de ses connaissances et son esprit de saillie : prenez le à jeun , et vous ne trouverez qu'un bomme oïdinaire; a-t-il pris quelques substances stimulantes, mais surtout du café, ses saillies , son imagination , ses à propos vous étonnent. L'bistoire ne nous apprend-elle pas que ce n'était que dans un ëtat d'ivresse que le contemporain de Sapbo , le poète Alcëe , composait ses vers qui ont fait l'admiration de la posL<;riié.
174 Tr,inK
% II
IJioiisme.
Monomaiiles,
L'idiolisme peul è(re congenial cu acci len'el, general ou parliel : les deux premières classes renferment tous les individus dont la tète est au-dessous du volume normal ; ceux dont la tète, bien que parfaitement conformée, renferme un système nerveux cérébral sans action ; enfin ceux qui , jouissant do bonnes facultés , les ont perdues à la suite de fortes impressions , de chutes , ou de coups reçus sur la tète. Cette affection peut être complète, c'est-à-dire Bans aucune trace d'actes intellectuels ; ou incomplète , c'est-à-dire que , remarquables sous le rapport de certaines facultés , beaucoup de personnes seront dépourvues de plusieurs autres , ou du moins les auront dans un degré de développement si peu considérable , qu'elles seront vraiment idiotes quant à ces facultés. Étudié dans ce sens , qui nous parait le meilleur on prévoit que l'idiotisme peut présenter bien des nuances , bien des variétés , et qu'il est beaucoup plus commun qu'on ne le pense généralement : tel homme gérant bien ses affaires , ayant ce que l'on appelle le sens droit , ne sera cependant pour le phrénologiste , qu'un véritable idiot à l'égard de beaucoup de facultés. Les idiots complets, et les individus dont les facultés intellectuelles sont dans ua Irès-faible degré de développement, méritent la surveillance des personnes qui les entourent et surtout de celles qui sont chargées de mesures administratives et de sûreté publique. La privation des facultés iutellectuelles , chez certains individus de cette classe , l'énergie des facultés affectives chez d'autres , en font des hommes extrêmement dangereux , et qui demandent la plus grande surveillance. Bon nombre d'entre eux ont été souvent la victime de scélérats , qui en avaient fait des instrumens pour accomplir leurs desseins (1). Herder cite le cas d'un idiot , qui , après avoir vu tuer un cochon, égorgea un homme. Gall rapporte celui d'un jeune imbécille, qui avait mis le feu à neuf maisons. Le même auteur parle d'un idiot qui dans un accès de lascivité effrénée, maltraita sa sœur de manière à mettre ses jours en danger. On ne tarirait pas si on voulait énumérer tous les malheurs occasionés par cette classe d'individus qu'il faudrait absolument séquestrer de la société.
Les monomanies, c'est-à-dire les lésions de l'esprit dans lesquelles les individus raisonnent bien sur plusieurs points et présentent cependant plusieurs troubles des facultés sous beaucoup de rapports, sont extrêmement nombreuses : elles présentent autant de formes qu'il peut exister de facultés intellectuelles ou affectives fondamentales. Quelques-unes de ces lésions ne portent préjudice qu'aux personnes qui en sont affectées; d'autres, au contraire, peuvent donner lieu aux accidens les plus graves , quelquefois même les plus horribles; telle
(1) Un idiot, Missonnier, fut employé par les assassins de M. Fualdès.
DC P:iUi;NOL0GtS. 1 iii
«Rt, par exemple, la monomanie homicide. Cesl à celto malhcurouse maladie qu'il faut rattacher ces scènes dégoûtantes qui ont conduit à l'échafaud les Papavoine, les Léger, etc. C'est elle aussi qui porta la fille Cornier à couper la tète d'une jeune fille. Un fait semblable à celui-ci s'est passé dernièrement, cl à peu près à la même époque ; et ce fut même la mère de l'enfant qui fut l'auteur du meurtre. Nous allons citer ce fait, moins pour faire connaître le cas lui-même , que pour faire ressortir la ressemblance existant entre eux deux.
« Le dimanche matin, vers dix heures et demie , 10 mai 1822, un meurlro » horrible , d'une inhumanité sans exemple , a eu lieu sur la personne d'un en- » fant du sexe féminin, âgé de huit mois, nommée Sara Montford, par sa propre » mère. Le mari , qui est méthodiste , était aller à l'église , laissant sa femme » à la maison pour habiller et conduire sa jeune famille à l'école du dimanche. » Elle se livra aux soins du ménage, et ce fut après les avoir terminés qu'elle » fut prise touî-à-coup d'une aberration de l'intelligence telle, qu'elle coupa la » tète de son enfant avec un rasoir , et souillée de son sang , dit aux person- » nés de la maison où le fait sanglant avait eu lieu, qu'elle se remettait à leur » garde, parce qu'elle souhaitait être pendue. D'après la conduite de cette » malheureuse femme, après que l'acte fut commis , il est impossible d'avoir » le moindre doute sur son état d'aliénation. Elle fut soumise à un interroga- » toire le lundi , et fut mise en accusation. L'enquête du procureur du roi a eu » lieu , et il en est résulté une déclaration de culpabilité de meurtre contre » la malheureuse femme. La position de la famille est déplorable. Le pauvre » mari et les deux filles aînées courent les rues dans un état d'abattement » moral extrême. L'une d'elles n'a pu parler depuis que le fait a eu » lieu. (1) »
On voit facilement, parcelle observation, que nous avons rapprochée do celle de la fille Cornier , que tous ces actes affreux , qui soulèvent d'abord l'indignation publique, devraient au contraire exciter la pitié pour leurs auteurs; car ils ne les ont évidemment commis que dans un état où ils n'avaient pas leur volonté libre. Malheureusement, ce qui peut induire en erreur, dans certains cas, les personnes étrangères aux lésions de l'esprit, c'est la conduilo suivie, raisonnée même, de plusieurs monoraaniaques. Mais si l'on y prend garde , on verra que presque tous , sans exception , ont donné des preuves u.3 singularité dans leur conduite , leurs affections ou leur manière d'envisager lesévénemens ordinaires de la société. Nous ne pouvons donner un meilleur exemple à l'appui de ce que nous avançons ici , que celui du malheureux Papavoine, qui fut exécuté pour avoir tué deux jeunes enfans dans le bois de Vincennes.
Il fut bien démontré que le père de ce malheureux avait été sujet à d<-s allucinations mentales. Nous citons d'abord ce fait, parce qu'il est déjà, sinon
(1) Elirait d'un journal Anglais du mois de mai 1S22.
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•une preuve, du moins un fort indice lendanl à démontrer l'étal d'aliénation de Papavoine, puisqu'il est généralement connu que la folie est fréquemment héréditaire. Toutes les dépositions des témoins s'accordèrent pour dùmonlrer que les facultés mentales de l'accusé avaient un caractère entièrement oppose à celui des hommes qui les ont en bon état. Une personne assura qu'après dix jours d'une véritable aliénation , Papavoine croyait toujours voir un homme à côté de lui , cl que c'était pour cela qu'il voulait avoir un pistolet pour se défendre. Toutes les personnes qui le connaissaient avouèrent qu'il était d'un caractère sombre, évitant la société des autres hommes, fréquentant toujours les lieux solitaires. Il croyait, dit un autre témoin , que tout le monde s'occupait de lui ; celte personne ajouta même qu'il prétendait avoir vu un ennemi secret qui lui apparaissait comme un esprit et cherchait à le (r.er. Quelque temps après avoir perdu son père , Papavoine alla trouver sa mère avec un regard effaré, tenant un papier à la main , l'assurant que son père n'était pas mort. J'en ai la preuve, dit-il, en lui montrant le papier, et doouant pour raison que quelquefois on enterrait des gens qui n'étaient pas morts. Un des amis de Papavoine raconte qu'il a entendu celui-ci dire plusieurs fois , tandis qu'ils se promenaient ensemble : Quoi , pas un instant de bonheur! je crois que je suis fou ! Ayant examiné , sur un papier qu'il tenait à la main , les lettres 0 N ; qu'est-ce que cela signifie , dit-il, avec un air très-inquiet? Je ne sais pas, lui dit son ami, cela ne signifie rien. Cela veut dire, reprit Papavoine, on noie le monde ici. Un jour on lui propose un barbier; l'idée d'un rasoir le fit trembler : que me veulent-ils, s'écria-t-il ; mais je iie crains ni le rasoir ni le pistolet. Quel est l'homme un peu sensé qui, après avoir lu ces détails , fùl-il même étranger à la médecine, ne verra pas, dans tous ces actes et ces expressions, le langage d'un pauvre fou? Le jury en jugea cependant autrement , et le malheureux Papavoine fut condamné à périr par la main du bourreau.
Représentons-nous , pour un instant , un de ces malheureux conduit à l'échafaud pour un acte commis dans un état d'aliénation mentale , ignorant même le sort qui lui est réservé , et convenons qu'il ne peut exister de spectacle plus révoltant et plus affreux.
Ce qui prouve encore plus que les actes des individus que nous venons de citer résultent d'une vraie lésion de l'esprit, c'est que les personnes qui les ont commis n'en ont retiré aucun benefice. Celui-là seul est coupable à qui le crime profite, a dit un grand pubiiciste. De quelle utilité ont donc été , pour ces malheureux , les actes horribles auxquels ils se sont livrés. A quoi ] ouvait servir à Léger le raeurtre d'une jeune aile ? que pouvait gagner Papavoine par la mort de deux eufaas? la fille Cornier et cette malheureuse Anglaise par celle de deux petites filles? Ne voyons-nous pas même que plusieurs de ces accusés font l'aveu de leurs actes? Est-ce là, nous le demandons, la conduite de l'homme vraiment coupable , de celui seul que la loi doit a;!eindre ? Ne serait-il pas sage , maintenant que la société a èlô éclairée par Uii assez grand nombre de faits comme ceux que nous venons de citer, de
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«Diiiinor uno i.oimni>sion dj iné-docins iiislniils ol faniiliaii-^l's avoc k's K'sions iiR'nialos , adn dt' i>rovcnii' le retour de condamnations aussi odiousos. On a vu, dans jdusienrs cas de nionomanic homicide, les malades conserver encore assez de raison pour conseiller aux personues qui les cntouraionl , de les fuir. Pinel raconte Ihisloire dun homme qui éprouve , jar intervalles irréguliers , des accès de fureur , marques par un penchant sanguinaire irrésistible, el s'il peut saisie un inslruracuf, tranchant , il est porlé à sacrilier, avec une sorte de rage , la première personne qui s'offre à sa vue. 11 jouit , à d'autres égards , du libre exercice de la raison. Durant ses accès , il répond d«rectemeut aux questions qu'on lui fait, cl ne laisse échapper aucune incohérence dans les idées, aucun signe de délire; il sent aièmc profondément toute l'horreur de sa giluatiou ; il est pénétré de reinords , comme s'il se reprocJiail ce penchant forcené. Avant sa réclusion à Bicèlre , cet accès de fureur le saisit un jour dans sa maison ; il en avertit à l'instant sa femme , qu'il cliérissail d'ailleurs , et il n'eut que le temps de lui crier de prendre vite la fuite pour se soustraire à une mort violente. A Bicêtre , même accès de fureur périodique , même penchant automatique à des actes d'atrocité, dirigés quelquefois contre le surveillant , dont il ne cesse de louer les soins conipalissans et la douceur. Ce combat intérieur, que lui fait éprouver une raison saine, en opposition avec une cruauté sanguinaire, le réduit quelquefois au désespoir, et il a cherché souvent à terminer, par la mort, cette lutte insupportable. Un jour , il parvint à saisir le tranche! du cordonnier de l'hospice , et il se fit une profonde blessure au côté droit de la poitrine et au bras , ce qui fut suivi d'une violente hémorrhagie. L'ouvrage de Gall contient aussi plusieurs exemples de monomanie homicide. Nous ne les citerons pas , car ils ne serviraient qu'à grossir inutilement ce volume Nous éviterons , par le même motif, de parler des monomanies des autres facultés : toutes sont le résultat de l'extrême développement ou de la surexcitation des organes dont ces facultés dépendent. Mais pour avoir une idée juste el complète des variétés qu'elles présentent , il est nécessaire d'examiner avec soin le développement et l'action des autres parties cérébrales, car, nous ne saurions trop le répéter, les organes des facultés intellectuelles el affectives ont une action absolue et une relative. La première est celle de l'organe lui-même, abstraction faite de l'influence que l'action des aulres peut avoir sur lui ; l'autre est celle qui résulte du développement plus ou moins considérable des autres parties. Voilà pourquoi il existe tant de variJtés dans la conduite des personnes en santé ou dans l'état maladif, avant, pendant ou après les actes auxquels elles se sont livrées. Nous reviendrons plus tard sur ces phénomènes , quand nous traiterons de la combinaison des facultés.
H ne sera point ici question des lésions purement mécaniques ; elles doivent trouver leur plac3 dans un traité de maladies chirurgicales. Il n'eu sera pas de même des résultats auxquels elles ont quelquefois donné lieu , soit eu activant , ou en paralyranf \>s facultés intellectuelles ou affectives.
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Plusieurs chirurgiens citent des cas où des hommes doui's de facultés ordinaires ont , après des chutes ou des coups sur la tète , manifeslé dos actes in- Icllecluels remarquables : Tel était le i)ère Mabillon qui (il preuve d'une» haule intelligence après avoir reçu un coup sur la tête. Acrel cite l'histoire d'un jeune homme de mœurs irrci)rochabIes , qui éprouva le plus vif désir de dérober après avoir supporté l'opération du trépan. Le baron I.arrey a fait connaître le cas extrêmement remarquable d'un homme qui perdit la mémoire des noms propres , après avoir reçu un coup de fleuret qui pjnétra à travers le plancher orbilaire. Nous ferons connaître dans notre second volume l'histoire d'un homme qui , après avoir reçu un coup sur la nuque . se porta aux actes les plus désordonnés de lubricité , bien qu'avant cet accident, il passât pour un homme continent et d'une conduite très-régulière. Il est facile d'expliquer ces phénomènes , si on tient compte de l'influence de l'activité des organes dans l'exercice des actes du système nerveux. On sait que l'ingestion de certaines substances , en activant la circulation , facilite l'exercice de l'organe des facultés intellectuelles , tandis que d'autres , au contraire , ralleutissent son action ou la paralysent. Les causes extérieures , dans les cas que nous avons cités , ont donc agi en déterminant une surexcitation dans le système nerveux , et ont rendu ainsi ces actes plus faciles , plus prompts et plus énergiques. Ou a vu d'autres fois des résultats entièrement opposés à ceux que nous venons de rapporter : c'est-à-dire que le système nerveux a perdu'une partie de son action. Les individus qui ont éprouvé ces accidens , présentent des symptômes qui varient suivant les parties nerveuses affectées. Ainsi les uns sont en démence , les autres offrent diverses sortes de paralysie. Le nombre de cas où ces affections sont survenues à la suite de coups ou de chute sur la tête , sont en trop grand nombre pour que nons lea rapportions. Les mêmes effets peuvent se rencontrer à la suite de certaines monomanies aiguës passées à l'état chronique. L'affaiblissement des facultés intellectuelles chez les personnes arrivées à l'âge de la décrépitude doit être considéré comme une véritable démence. Nous avons vu dans les grands hôpitaux un nombre considérable de ces individus. On est surtout frappé de la différence qui existe entre leur vie de relation et celle des voies digestives. Plusieurs ont un teint fleuri , des joues rebondies et lisses , tous une figure sans expression. L'organe qui mettait tous les traits de la face en action étant paralysé ; si quelquefois on voit leurs yeux briller , c'est seulement lorsqu'on leur apporte les alimens dont ils se gorgent.
Quelques-uns présentent un mouvement musculaire plus ou moins soutenu , ou un bavardage continuel composé de mots sans suite ou de phrases incomplètes ;"d'autres versent des larmes au moindre récit qui leur est fait , fùt-il même de nature à exciter la plus grande gailé. Je me rappelle avoir vu dans la détention de Caen, maison de (IJicêtre) , un ancien abbé dans un état de démence: il répétait du malin an soir un jargon inintelligible : sa nianiiTv-» de marcher et son baragouinage étaiejit d'une monotonie fatigante.
PB l'nnÉNOior.ir,. 1 '«'
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IlvpooouJric.
Doit-on , aiusi quo son nom l'indiquo , cousidinor rhjpocoudrio commo la suite d'une affection des viscères siégeant dans les hypocondres ; ou bien cette maladie doit-elle ctro rangée parmi celles du système nerveux cérébral?
Si nous parcourons les livres des hommes les plus recommandables qui ont écrit sur cette singulière affection, nous voyons que tous se sont plus attachés à décrire quelques symptômes qui l'accompagnent, à noter les circonstances qui peuvent la produire, l'époque de la vie de l'homme où elle se rencontre ordinairement , qu'à remonter à son véritable siège.
On croirait , eu lisant les dcscrii)tions qui nous ont été données par les ntèdecins sur celte maladie , que tous aient voulu payer un tribut au préjugé populaire qui place les passions dans les viscères de la vie organique. Sans doute que l'on rencontre dans cette affection un embarras vers les Iiypocondres ; il n'est pas rare non plus de voir ces malades affectés do mauvaises digestions ; c'est aussi dans cette classe où se voient ces goûts singuliers, ces .'ippétits de prédilection pour certaines substances, telles que des acides, des épices, etc. , etc. Mais les sympt mes qui se manifestent du côté du basventre, sont-ils les seuls qui accomr-agnent rii}pocoiidrie? i\'exisle-t-il pas du côté du cerveau des traces d'affection tout aussi remarquables , et qui sembleraient prouver que c'est aux déraogemens de ce viscère qu'il faut au contraire attribuer les principaux phénomènes qui la caractérisent? Deux médecins distingués, MM. Georgct et Falleret, sont de ce dernier avis auquel nous nous rangeons entièrement. Les observations que nous avons faites sur cette raaladi!3 e( sur les personnes qui en sont affectées , nous vni démontré que c'est dans une lésion du système nerveux cérébral qu'il faut chercher la cause de l'hypocondrie, et que les troubles des viscères abdominaux ne sont ici que très-secondaires. La meilleure preuve que nous j)uissions donner en faveur de notre opinion , c'est que l'hypocondrie peut se rencontrer sans <|u'il existe aucune trace d'embarras ou d'inflammation du côté des hypocondres. J'ajouterai de plus qu'il ne m'est pas encore arrivé de rencontrer im seul hypocondriaque qui ne m'ait présenté quelque chose de singulier, de bizarre dans le caractère ; tous passent avec une extrême facilité d'une joie excessive à ra'uallement le plus profond ; il n'en existe pas un seul qui ne soit influencé par l'élut de l'atmosphère : ce sont, que l'on me passe l'expression , de vraies macliines barométriques , qu'un vent de nord ou de sud élève ou abaisse subitement. Tous exagèrent leurs maux : l'un prétend avoir lo sang corrompu , calciné ; celui-ci vous assure que depuis vingt ans il n'a |uis fermé l'œil ; celui-là i)rétend qu'un? humeur acrimonieuse , répandue par tout son corps, le mine sourdomcnl , cl autres niaiseries semblables Je ne
luO Tr.Ans
connais pas jiour le inédcciii do niaUides plus dôsagivaLles. Toujours inqiiiefs , loujours s'écou(ant , ils vous faligueut de questions : tous sont trèspusillanimes et très-irri(ahles.
Ou je me trompe fort, ou ces symptômes sont bien ceux qui annoncent tme lésion du système nerveux cérébral , lésion dont les caractères se dessinent d'autant mieux que la maladie a duré plus long-temps.
D'un autre crié, si naus examinons à quelle classe de la société appartiennent les hypocondriaques , nous verrons que c'est précisément à celle qui pe trouve conroséc de gens à système nerveux irritable. Consultez tous Ici médecins qui ont observé l'îiypocondrie, et tous vous répondront qu'elle est on ne peut plus commune citez les musiciens, les poètes, les philosophes , les peintres . les sculpteurs , en un mot, chez toutes les personnes chez qui l'orgar.c ci'rébral est souvent mis en jeu. Mes recherches phrénologiqucs m'ont ausfi d jraonfré qu'elle sévissait avec force chez les personnes douées de facultés affectives trop énergiques, telles que l'orgueil, la vanité, rattachement, etc.
Je me rappellerai toujours l'histoire d'une dame affectée d'une hypocond;ie dont la cause était toute moi^ale ; et que le hasard seul me fit découvrir. Sûr d'avoir rencontré juste , je profilai d'une conversation que nous eiimcs ensemble, pour lui dire que, dans certaines affeclions, la médecine moralo était à préférer aux médicamens ; et comme je lui citais avec intention un cas qui avait la plus grande analogie avec celui où je la supposais , une vivo rougeur colora subitement son \isage, et, après un moment de silence ; eh bien, vous avez deviné, me dit-elle, et ce que j'éprouve n'est autre chosa que la suite dune affreuse jalousie qui me dévore ! Depuis trois mois , un médecin à pilules et à potions l'accablait de narcotiques et de stimiilans , tandis qu'en éloignant la cause de l'affection , une semaine suffit pour rétablir la sauté , et faire succéder la caité à l'hypocondrie la plus profonde.
Bien qu'il existe , sous plusieurs rapports, de l'analogie entre l'hypocondrie et la folie , on ne peut cependant les confondre. Deux hommes célèbre», Pascal et Jean-Jacques Rousseau , nous fournissent chacun un exemple do ces deux affeclions. Ainsi, lorsque le premier, après l'accident qui lui survint à?i'euilly (1) , croyait avoir sans cesse un précipice à ses côtés, il était fou. Le second, au contraire , en supposant que les enfans et les invalides , qui certes ne pensèrent jamais à lui , formaient des complots contre sa personne , n'élait qu'hypocondriaque.
Plus on étudie l'organisaiion et la vie «hi philosophe genevois, et plus on demeure convaincu que toutes les circonsîanccs s'étaient en quelque sorte réunies pour en fr.iro la proie de Ihypocondrie la plus horrible. Nul doute
(1) Pascal étant aUé se promon. r ai poiil Je Xcuiî'y , dans un carrosse à qu;.tie chevaux , les deux premiers prirent le mors aux tlenls et se précipitèrent <lans la Seine. lîeurcuseinent , les traits fe Irouvrrcnt rompns r.nr la ?rroi:5se , et le rarrosse resta sur le bor^l <)e Frau.
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quo eu suit à ccUx urrrcuâo tualadio qu'il faille alliibucr celU (ciiitu Jo luulaucolie qui règne dans plusieurs des ouvrages de eel boinmcexlraordiuairc, el qui leur donne un chariue inexprimable. J'ai lu jdusicurs livres oii le« principales passions sont mises en jeu ; mais je rojifesse que je n'ai trouva dans aucuns le même abandon , le même naturel que dans ceux de Jean- Jacques. Quelle sensibilité! quel feu! comme cet bomme vous remue! conimo il vous entraine!
Doué d'un orgueil excessif, ayant le sentiment da sa puissance intellectuelle, et voyant tout à travers le prisme exagèratci;rde l'ima^inalion, Rousïeau dut plus que tout autre se considérer comme un être différent des aulrea bomraes : mais écoutons-lc parler lui-môme.
« L'impossibilité de trouver dos êtres dignes do moi , me jeta dans les » régions imaginaires , et ne trouvant pas dans les objets exislans un seul » qui fill digne de mon délire , je m'en créai dans un monde idéal , que mon » imagination créatrice peupla bientôt selon le désir de mon cœur. Pans » mes extases continuelles je bus à torrens les sentimens les plus délicieux » qui aient jamais entré dans le cœur de l'homme. Oubliant le genre hun main , je me créai une société de créatures célestes par leurs vertus et » leurs beautés, et d'amis sûrs cl fidèles, tels qu'il n'en exista jamais ici » bas. » Et dans un autre passage.
» Libre et maître de moi-même, jo croyais pouvoir tout faire, atteindre » à tout; je n'avais qu'à m'élancer pour ra'élever et planer dans les airs. » J'entrais avec sécurité dans le vaste espace du monde : mon mérite allait » le remplir; à cbaque pas, j'allais trouver des festins, des trésors, des )) aventures ; des amis prêts à me servir , des maîtresses empressées à mo 0 plaire. En me montrant , j'allais occuper de moi l'univers : non pas pour- » tant l'univers tout entier , je l'en dispensais en quelque sorte ; mais il no » m'en fallait pas tant, une société charmaute me suffisait sans m'embar- » rasser du reste. Ma modération m'inscrivait dans une sphère étroite , mais » délicieusement choisie , où j'étais assuré de régner ; un seul château bor- » nait mon ambition. Favori du seigneur et de la dame , amant de la deraoi- » feile , ami du frère et protecteur des voisins , j'étais conlent ; il ne m'en » fallait pas davantage. »
C'était parbleu bien assez. Pauvre Jean-Jacques , ainsi que plusieurs hommes célèbres et plus qu'eux, peut-être, tu reçus en partage le fatal présent de l'imagination. Ton ame avide d'émotions but avec délices à sa -coupe séduisante; mais de combien les illusions et tes espérances ne furent-ellc» pas déçues lorsque les hommes et leurs misères l'apparurent sous leur vrai jour !
TABLE ET DlTISIOl^î