CHAPITRE XI
TETES MALAOrS.
L'histoire des lésions du cerveau et de ses enveloppes , mérile de fixer l'altenlion des personnes qui se livrcul à l'étude de la physiologie du cerve; u : c'est par la connaissance de leurs altérations qu'elles pourront se rc .dre compte des divers phénomènes ouchangemens que présentent quelquef' .s les actes intellectuels ou les facultés affectives des individus qui en étaient atteints. Elles nous apprennent aussi comment les phrénologistes peuvent être induits en erreur dans les applications, s'ils ne tiennent pas compte de l'état pathologique des tètes soumises à leur examen.
Nous suivrons pour les lésions de la tête , le même plan que nous avons adopté pour la description des parties qui les composent ; c'est-à-dire que nous traiterons d'abord des lésions des enveloppes, ensuite de celles du système nerveux qu'elles contiennent.
Lésions du crâne.
Toutes les lésions du crâne peuvent se rapporter à trois principales : 1° Un vice déforme ou de configuration. 2' Une augmentation ou une diminution de la matière calcaire Entrant dans la composition des os qui le constituent, è" Une augmentation du nombre des os qui le composent. A la première classe , appartiennent tous les vices de conformation , connus sous le nom de monstruosités. Nous ne citerons de ces sortes d'affections que les deux principales , qui paraisseut se rattacher plus que les autres à i'iùstoire du développement du crâne et du cerveau. La première consiste dans une sorte d'atrophie des os du crâne , coïncidant avec celle des hémisphères cérébraux , voir la fig. 2 de la pi. XXI. On désigne vulgairement cette espèce de monstruosité sous le nom d'acéphalie, du mot grec xs^ix?.-^ tête et de Vx privatif, c'est-à-dire , sans tète , expression vicieuse , puisque celle-ci existe : ce mot ne conviendrait réellement qu'aux êtres qui viennent au monde avec son absence totale . Nous n'exan . inerons pas ici les diverses théories des anciens et des nouveaux anatomistcs, tendant à expliquer la formation de cette monstruosité ; nous ferons seulement remarquer celle coïncidence de l'absence , ou pour mieux dire , de la diminution de la boite osseuse avec celle du système nerveux qu'elle contient.
Il existe une autre lésion entièrement opposée à celle que nous venons de signaler, et se rattachant aux lésions de la première série. C'est l'hydrocéphale , maladie qui , comme son nom lindjque, consiste dans un épanchement di^ matière liquide dans la tète.
TRÂITÛ i>£ PlIRlk.NOl.UGlE. liS
Il résulte de celte disposition , que le cerveau , dans les ventiicules duquel le liquide se trouve épanché, augmente de volume, se distend, et que ses circonvolulious s'effacent. La nutrition du cerveau étant on relation avec celle du cn\ne, fait que celui-ci se moule sur la forme du premier et que la tête peut présenter un volume monstrueux. 11 existe dans les cabinets d'anatomie de l'école de médecine de Paris, plusieurs crânes d'hydrocéphales très-remarquables. Nous nous rappelons avoir vu à l'hospice de perfectionnement de Paris, un jeune homme de seize à dix-huit ans, affecté d'hydrocéplialie dont la tète n'offrait pas moins de deux pieds et demi eu circonférence. Son regard était stupide et il paraissait soutenir sa tèle avec peine. On nous dit qu'il avait la mémoire des mots assez heureuse ; l'on nous assura même qu'il avait retenu un assez bon nombre de vers adressés à un personnage illustre dont il était le parent.
Il n'est pas sans exemple que des individus affectés d'hydrocéphalie aient conservé leurs facultés intellectuelles. Au nombre de ces cas assez rares, se trouve celui de ce jeune homme dont le docteur Spurzheira a fait représenter la tète dans le traité de phrénologie qu'il a publié à Londres (1). Ce jeune homme, âgé de trente-trois ans, présentait une tèle ayant trente-trois pouces de circonférence , trois pouces moins de trois pieds. Le même médecin dit avoir vu à Musselburgen en Ecosse, prés d'Edimbourg, un hommf; douô de facultés intellectuelles très-remarquables, et dont la tèle était encore plus volumineuse. Tuîpius et Camper avaient déjà observé des faits semblables (2).
Sur cinq ou six cas d'hydrocéphales que nous avons rencontrés, nous n'en avons pas vu un seul où toutes les facultés intellectuelles fussent intactes : il existait chez presque tous , un trouble de ces facultés ou des sens plus ou moins complet. Presque toujours la vue des hydrocéphales est imparfaite ; ils ont des accès de somnolence plas ou moins prolongés; quelques-uns ne peuvent supporter le moindre bruit, quelque léger qu'il soit. On trouve mèmefréquem-' ment une paralysie des extrémités inférieures.
Nous avons déjà fait observer que, dans ces lésions, le cerveau n'était poir^ délayé comme on l'avait supposé ; queTulpius avait prouvé et Gall après lui, que le cerveau était au contraire déplissé : mais, comme il présentait alor$ l'aspect d'une membrane, les anatomistes inatteiitifs avaient pris le viscère lui-même pour une de ses enveloppes.
Aux vices de formes du crâne appartient un cas beaucoup moins rare que ceux que nous venons de citer. Le cerveau et le crâne n'ont d'autre vice apparent qu'un développement au-dessous de l'état normal. Cette diminution est toujours accompagnée de cet état des facultés intellectuelles , connues sous le nom d'idiotisme. Nous avons fait représenter l'un de ces cas, pi. LXXXVI,
(1) Le docteur Gall n fait rpprc'snitcr la même ttte dans son Atlas.
(S) TLoina» Darlboliii cite un cas où U ttte présentait quatre pieds de eirconf«'reiice.
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g. 2 ; celte têlc appartenait à une jeune fille complètement idiote , cl âg6e de ingt-trois ans. Au-dessus d'elle , et sur la même planche , se voit une tète l'homme appartenant à la classe de celles que l'on rencontre assez communément. On voit cependant l'immense différence qui existe entre ces deux tètes ^ quant au volume. Un peu au-dessus et au-dessous du volume de la tète de celte fille , se rencontre constamment l'idiotisme absolu : cas qu'il faut bien distinguer , ainsi que nous le verrons plus loin , des idioties partielles , dont le nombre est immense.
Les docteurs Gall et Spurzheim (1) assurent que , lorsque la tète dans un adulte n'excède pas le volume d'un enfant d'un an, la manifestation des facultés est toujours impossible : nous ne croyons pas l'observation de ces médecins généralement vraie. La tète d'un enfant d'un an, pi. VIII. fig. S his (2), présente quelquefois une circonférence de quinze à seize pouces, et nous avons vu des femmes et des hommes , dont la tète n'avait pas une circonférence plus étendue , manifester des facultés intellectuelles assez remarquables.
Comment en serait-il autrement? Ne peut-il pas arriver que la partie du crâne où siègent les organes des facultés intellectuelles supérieures , soit assez développée, cl que les parties affectées aux facultés affectives, le soient trèspeu ; dans ce cas , l'homme peut avoir de l'intelligence sans présenter une grande circonférence de tète , tandis qu'un homme où les facultés affectives 6ont îrès-développées, pourra présenter une grande circonférence; et cependant être ua iùiot. Dans le nain Bébé, dont le squelette se trouve déposé dans le cabinet d'anatomie du Jardin-du Roi, à Paris, et dont nous avons fait représenter le crâne, pi. XCVII, fig. 2, la tète présente quatorze pouces de circonférence; mais, comme nous le faisions observer tout-à-l'heure , on voit que la partie antérieure du crâne, où sont logés les organes des facultés inlellecluellcs , sont dans une petite proportion. Quelle différence à cet égard entre la tète de Bébé et celle de l'enfant de onze mois, pi. VIII his , fig. %. Voici quelques détails sur le nain Bébé , dont le squelette se trouve déposé dans le cabinet d'anatomie au Jardin-du-Boi : ils coïncident parfaitement avec l'organisation cérébrale de cet individu.
Ces détails consignés dans le quatrième volume du suppléra&nt de l'encycloj)édie , furent envoyés par M. le comte de Tressan , associé de l'académie des sciences, à M. Morand, mj^mbre du même corps savant. J'y joindrai quelques remarques anatomiques et phrônologiques, afin de rendre plus complète î'iiistoire de cet être singulier qui fut long-temps le sujet des conversations des principaux savans de l'Europe .
« Nous venons, mon cher et illustre confrère , de perdre Bébé, ce fameux » nain du roi de Pologne; et je crois que quelques petits détails à son sujets
{\) Spurrhcim, Phrénologie , j age 26; Taris, 1318,
(2) La Icte représentée ici est celle d'un enfant de onze moi» ; la ciiconférenrr ilt soa crâne est de 16 pouces 2 lignes.
Piî J'nUE>01.0UlE.
Ul
» pourront vous intôi-esper. Lébù naquit dans les Vosges , de deux gens de vil- » laye, sains, bien fails et travaillant à la terre. Sa racrc l'cleva avec beau- » coup de peine , sa petite bouche ne pouvant s'appliquer qu'en partie au ma- » melon. Un sabot lui servit long-temps de berceau; son accroissement fut » proportionné à sa petitesse première jusqu'à l'âge de douze ans, A cet fige, » la nature parut faire un effort : mais cet effort n'étant pas uniformément » soutenu l'accroissement fut inigal dans quelques parties; l'apophyse nasale » [les os du «C-.) surtout , grandit en proportion des autres os do, la face , l'ù- » pine du dos s'arqua en cinq endroits, et comme nous l'avons reconnu à la » dissection, les côtes grandirent plus d'un côté que del'aulre.
» Bibé n'a jamais donné que des marques très-imparfaites d'intelligence : il » n'a re^u aucune notion de l'Être Suprême et de l'immortalité de l'âme , ce » qu'il a prouvé dans la longue maladie dont il est mort. Il paraissait aimer » la musique, et battait quelquefois la mesure assez juste : on était même par- )) venu à le faire danser ; mais en dansant, il avait sans cesse les yeux attachés » sur son maître qui , par des signes , dirigeait tous ses mouvemens , ainsi » qu'on le remarque dans lous les animaux dressés. Il était susceptible do » quelques passions, dd'especo de celles quisonl communes aux animaux, tel- » les que la colère et la jalousie ,"pou;ï/î<oi jjas , dirons-nous , puisque les » facultés affectives sont très-fortes dans sa tête. Cependant il avait tous les I) organes libres, et tout ce qui lient à la physiologie paraissait exact et selon » l'ordre ordinaire de la nature. A l'âge de dix-sept à dix-huit ans, les signes )) de la puberté furent (rès-évidens et même très-forts pour sa petite structure; » il parait même prouvé qu'une servante en avait long-temps abusé, et l'on » attribue aux excès de Bébé, l'avancement de sa vieillesse (1).
« Par toutes les observations que j'avais pu faire sur l'organisation de ce » petit être , j avais prévu, avec bien d'autres observateurs que Bébé mourrait » de vieillesse avant trente ans. En effet, dès vingt-deux ans, il a commencé » à tomber dans une espèce de caducité, et ceux qui en prenaient soin ont cru » pouvoir distinguer une enfance marquée, c'est-à-dire une augmentation de y> radotage. » Cette vieillesse jyrématurce parait être l'apanage de tous les nains. Je ne crois pas qu'il y ait un seul exemple d'un individu appartejinnt à cette classe qui ait vécu lomj-temps. Tous meurent de très-bonne heure , tt même avec tous les caractères de la vieillesse confirmée; Bébé lui-même nous en offre un exemple frappant. Ses mâchoires , comme on peut le voir pi. XCVII , ficj. 2, sont complètement dépourvues d'alvéoles, linfériems surtout présente les caractères qui ne se rencontrent que chez les vieillards.
« La dernière année de sa vie , il avait peine à se soutenir ; il paraissait
(1) Comme !e crâne du squelcfle Je Bébé a été soie liorizonta'.ement , on pout facilement •'' percevoir à riniérieur toute l'étcmlue des fosses cérébelleuses; elles sont vraiment très-fortes ru égard au volume du cr.!ne; celui ci a éié représenté en profil perdu, et le S(£uelette placé sur une rL.iic . Je manière ;i fiire voir la plus grande partie Je la réijion ocripilale.
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rr accablé par le paids des années ; il ne pouvait supporter l'air extérieur qu« » par un temps chaud : on le promenait au soleil , où il avait peine à se » soutenir après avoir fait cent pas. Une petite indigestion, suivie d'un rhume » avec un peu de fièvre , l'a fait tomber dans une espèce de léthargie , d'où » il revenait quelques momens , mais sans pouvoir parler, tout le larynx » paraissant affecté de paralysie. Il a cependant lutté contre la mort pendant » trois jours , et ne s'est éteint que lorsque la nature , entièrement épuisée, h s"esl arrêtée d'elle-même. J'ai obtenu du roi de Pologne qu'il ne sérail » point enterré sans avoir été disséqué , et ensuite qu'on enterrerait seule- » ment les chairs et tous les viscères, mais nous garderons le squelette que » M. Péret , premier chirurgien du roi de Pologne, prépare avec soin ; et ce » squelette sera déposé dans la bibliothèque publique de Nancy , d'où j'es- » père, qu'avec le temps, on pourra l'envoyer au Cabinet du Roi. Ce sque- » lette sera d'autant plus intéressant qu'au premier coup d'œil , il parait » être celui d'un enfant de trois ou quatre ans au plus, et qu'à l'examen , » on verra que c'est celui d'un adulte. Dans la dissection qu'on en a faite, » on a trouvé un des os pariétaux un peu enfoncé » . M. de Tressati se trompe , nu des pariétaux n est pas enfoncé , il présente seulement quelques rugosités, dont nous 2}arlero7is plus loin. « Le lobe gauche du cervelet était » pressé dans un endroit et un peu relevé en d'autres et hors de sa position » naturelle ». L'inspection de la base du crâne de Bébé , prouve que M. de Tressan aura été induit en erreur , car les deux fosses cérébelleuses ne diffèrent en rien de ce quelles présentent chez les autres hommes. « La moelle » alongée était comprimée de même ; ce qui vraisemblablement doit avoir » empêché la force végétative de s'étendre avec régularité , le cours des » fluides n'ayant jamais été libre , la vie et l'action n'ayant point été portées » d'une manière uniforme dans toutes les parties : c'est ce qui peut aussi « avoir occasioné le dérangement des vertèbres. » L'opinion de M. de Tressan ne tire point ici à conséquence , car c'est celle d'un homme du monda étranger à la médecine. Ce dérangement des vertèbres précéda ou accompagna sans doute l'affection de la moelle épinière dont l'état rachilique fut probablement proroqué et peut-cire augmenté par l'habitude de la 7nasturhation.
» On a trouvé de l'eau dans la poitrine et les poumons adherens ; les par- » ties de la génération étaient d'une conformation parfaite ; le cœur , les » entrailles , le diaphragme et le foie en très-bon état » .
Nous supprimons ici, comme inutile, l'épitapho de Bébé, que le roi de Pologne exigea de M. de Tressan. Voici seulement quelques détails anattmiiques sur son squelette et son crâne. La hauteur du squelette, prise du sommet de la tête au talon , est de deux pieds dix pouces ( ancienne mesure). 11 existe évidemment trois courbures à la colonne vertébrale : une dans la région supérieure dorsale , et c'est la plus forte ; une autre dans la région dorsale moyenne ; enfin une troisième dans la colonne lombaire. La portion droite
DE PUniî.NOLOGlK.
tâu thorax csl plus saillante quo la gaucho. Mesuré à l'extérieur , et suivant une liune qui passerait sur la partie moyenne de l'angle supérieur do l'os occipital , les tempes et la partie moyenne du frontal , le crâne donne une circonférence de quatorze pouces. Le diamètre transversal du crâne , mesun'; sur la base et au-dessous de la fosse temporale , est de quatre pouces ; et le diamètre longitudinal , c'est-à-dire depuis l'occipital jusqu'au frontal, mesuré de la même manière , quatre pouces sept lignes. La hauteur du crâne, priso du conduit auditif externe , est d'environ quatre pouces. Les os du nez sont extrêmement développés; le front, la partie moyenne exceptée, présente peu de saillie ; il n'en est pas de même des régions occipitales, pariétales et temporales , qui prédominent évidemment. L'intérieur du crûne est très-sain ; les fosses occipitales inférieures répondant au cervelet , très-dôveloppécs. Les pariétaux offrent à l'extérieur, dans leur tiers supérieur, ces rugosités que Ton rencontre quelquefois sur le crâne des personnes décrépites (1).
Des observations recueillies chez les nains ont prouvé qu'avec une circonférence de quatorze pouces , un homme peut présenter des facultés intellectuelles, assez étendues. MM. Gall et Spurzheim croient expliquer le bon état des facultés cérébrales chez les individus de cette classe , en disant que , si chez eux elles sont bien développées , il faut s'en prendre à la disposition dynamique de l'organisation. Cette explication ne nous parait pas satisfaisante, et nous croyons qu'elle ne s'accorde pas avec les observations générales qui doivent servir de base à la physiologie du cerveau.
Faut-il considérer l'aplatissement qui se rencontre dans la région frontale de certaines peuplades sauvages , les Caraïbes , par exemple voir la pi. CXV, fig. 1 , comme un mode de conformation du crâne propre à ces peuples ? Doiton , avec quelques naturalistes et plusieurs médecins , le considérer au cortraire comme le résultat d'une pression artificielle ? Les docteurs Gall et Spurzheim paraissent disposés à le considérer comme une organisation propre à ces insulaires. L'aplatissement leur parait même une chose impraticahle , du moins par le procédé employé pour le produire. « o'ai queslionni, » dit le docteur Spurzheim (2) , plusieurs personnes qui sont allées à l'ile » Saint-Vincent , habitée par les Caraïbes , mais les rapports qu'elles m'ont » donnés sur la compression, étaient contradictoires et peu satisfaisans : » l'un m'a dit qu'on appliquait les machines pendant six semaines , un autre » m'a parlé de six mois , et selon un troisième , la machine reste durant deux » années. En admettant même ce dernier période , je ne conçois pas son effet
(1) Il existe clans les cabinets d'anatomic de la Faculté de médecine de Paris, une imitation en cire de Bébé; et bien que la note placée sous le Terre qui la recouvre annonce que les vétemens sont ceux dont ce nr.in se trouvait revêtu peu de temps avant sa n;ort, on peut se oonvaircre par Texamen du squelette déposé au Jardin des Plantes, que les proportions du mo. (lèle en cire ont été très-réduites, el qu'il a fallu nécessairement retailler les vêtemens pour les y ajuster.
(2) Obscvi'alions sur lu Phrénologic ; Paris , 1812 , page lit.
» mr raplr.tisFcmjnt du front tel qu'il est; car, à deux ans, les parties cé- B rébrales du front ne sont pas encore lout-à-fait développées , et il y a toute n probabilité que les tètes des Caraïbes adultes sont plus grandes que celles s de leurs enfans : les cbangeraens ultérieurs du front ne seraient donc pas » empêchés. » Il tioiis semble que celle dernière propocHion de M. Spurzheim nesù que spécieuse; car si à deux ans, les parlies cérébrales de la région du front ont été atrophiées , 7ious ne voyo?is pas pourquoi les changemens idlérieurs du front ne seraient pas empêchés. Sans doute que les têtes des Caraïbes adultes sont plus fortes que celles de leurs enfnns ; mais il ne doit pas en être autrement même dans l'hypothèse de la compression, car celle-ci 7ie s'opère que sur un point, et n'empêche nullement le développement des autres recjions. Gall, avec qui je parlai de ce sujet , quelques mois avant sa mort , me paraissait revenu de l'idée que la forme des têtes des Caraïbes était naturelle , mais qu'elle était au contraire le résultat dune pratique emploijée par ce peuple. M. John Sedgicick , n présenté à la société phrénologique do Londres , dont il est secrétaire , une notice fort curieuse sur ce sujet. Nous la croyons trop digne de fixer l'attention des j)hréno~ logistes, pour 71e pas lui donner place dans cet ouvrage, et nous le faisons avec d'autant plus de pildisir quelle est rédigée dans un bon esprit, et prouve le disceniement de son auteur.
Que la forme naturelle du crâne ait été provoquée par quelques nations , et sa forme particulière effectuée à l'aide do moyens mécaniques? telle a été l'opinion de divers écrivains des premiers temps. Comment se fait-il que dans ce siècle plus éclairé , la vérité de cette pratique ait été mise en question , et la possibilité de comprimer le crâne, ou autrement dit , d'altérer la forme de la tête , nonobstant l'assurance de plusieurs voyageurs qui en avaient été témoins , entièrement niée ? Le premier auteur remarquable qui parait avoir fixé l'attention sur ce sujet , est Hippocrate , dans son ouvrage célèbre de aère , aquis et locis ; il dit , en parlant des Macrones , nation proche du Pont-Euxin , qu'il appela macrocépbales , à cause de la longueur de leurs tètes , que c'était une nation dont les tètes étaient entièrement différentes de celles des autres. D'abord , la longueur de leurs tètes fut le résultat de la coutume , mais maintenant elle est devenue héréditaire. L'opinion générale chez ce peuple était que ceux qui avaient les têtes les plus longues , étaient aussi les plus distingués. Telle était la coutume : aussitôt qu'un enfant était né , ils façonnaient sa tète encore flexible , avec leurs liiains , et à l'aide de bandages et d'appareils , la forçaient à prendre plus de longueur , de manière que sa forme perdait en spliéricité ce qu'elle gagnait en longueur. On eut d'abord recours à un procédé pour forcer la nature à agir dans ce sens, et dans la suite elle devint si naturelle , que le procédé employé devint inutile. Hippocrate cherche alors à expliquer ce résultat par l'hypolhcse de la génération. Voici ce qu'il dit à cet égard : Si Tenfant est formé de toutes les parties du corps, c'est-à-dire , la partie saine de la partie saino , la partie faible de la
nu PHRKNOLOGÎE. '.Ah
faible ; si , gonèralcmenl parlant , ceux (jui sont chauves cngcadreut des enfans chauves, ceux qui louclicnt des enfans louches, les contrefaits des enfans contrefaits, et pareille chose peut être dite de toutes les formes possibles; pourquoi les Macrocéphales n'engendrcraient-ils pas des Macrocéphales ? Quant à la vérité de cette hypothèse , qui ressemble toul-à-fait à celle de Buffon , nous n'essaierons pas de donner une opinion ; il est cependant Lien connu que les mutilations après la naissance , telles que l'amputation d'un membre , la circoncision , n'ont aucune influence sur les enfans des personnes mutilées , etc. Tandis que d'un autre côté , plusieurs maladies et vices de conformation sont héréditaires et se communiquent du père au fils. On a aussi observé qu'avec les progrès de la civilisation , on trouve que les facullés morales et intellectuelles deviennent graduellement plus développées par la succession des générations. Strabon (1) parle aussi d'yne nation vers le Caucase , qui était remarquable par la forme alongée de la tête ; et Scaliger, dans ses Commentaires sur Théophraste , dit que les tribus qui bordent la Crimée, pratiquaient autrefois une compression sur les tempes de leurs enfans, coutume qu'ils avaient reçue des Maures leurs ancêtres.
Les Turcs étaient autrefois remarquables et le sont encore , nous pensons , pour la forme ronde de leurs têtes ; circonstance qui a excité l'attention de divers écrivains. Vésale (2) remarque que presque toutes les nations ont quelque chose de particulier dans la forme de leurs têtes. Les crânes des Génois, et plus particulièrement encore ceux des Grecs et des Turcs, sont complètement sphériques , dit-il , et cette forme, qu'ils considèrent comme très-élégante adaptée aux turbans qu'ils portent sur la tête , est produite par les sages-femmes à la sollicitation des mères. Ces faits peuvent être reçus avec d'autant plus de crédit , que leur confirmation se trouve établie par une lettre du baron Asch à Blumenbach (3) , que celui-ci a publiée dans son premier fascicule des crânes des diverses nations. Il dit que les sages-femmes de Constantinople demandent communément à la mère , après son accouchement, quelle forme elle souhaite donnera la tête de son enfant, et qu'elle préfère ordinairement celle qui résulte de la pression opérée sur l'occiput et !e front , parce qu'elle pense que le turban sied mieux aux têtes ainsi conformées. L'aplatissement de la région occipitale, qui est encore remarquable parmi les habitans de l'Allemagne , est attribué par Vésale à la coutume de laisser toujours reposer les enfans sur le dos ; cause qui cependant nous parait insuffisante pour produire un aussi grand aplatissement de celte partie de la tête. Soemmering remarque qu'il n'y avait pas une différence bien marquée entre l'Allemand , le Français , le Suédois et le Russe sous le rapport de la forme du crâne (4) , du moins sur ceux des individus de celte nation qu'il
(1) Strahonis Gengraphia ; lib. xil, 2 vol. page 757.
(2) De corporis humanijabricd.
(3) Decades craniorum dii'ersarurn gentium illustratœ.
(4) Cette opinioa de Soemmering résulte, comme nous le prouverons à l'article des têti