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CHAPITRE III

4.0NSIDERATI0NS GENERALES SCR LES FONCTIONS DU SYSTEME NERVEUX CEREBRO- SPINAL. OBSERVATIONS SUR LES CLASSIFICATIONS EN GÊNÉUAL, ET EN PARTICULIER SUR CELLES PES FACULTES PROPRES A CE SYSTEME,

Les fonctions du système nerveux cérébro-spinal ont un caractère qui ne permet pas de les confondre avec celles des autres organes. Leur propriété distinctive consiste à nous procurer la conscience de certaines impressions ou sensations. C'est ce qui constitue dans un sens général ce que Ton entend par sensibilité. Celle-ci présentera autant de variétés de percevoir ou de sentir, qu'il existera d'organes ou d'appareils nerveux ayant une fonction déterminée : c'est ce que nous voyons pour les sens de l'ouïe , de la vue , du toucher, etc. , et pour les fonctions intellectuelles et affectives parles facultés de se rappeler les mots, les faits, de calculer, d'être sensible à la louange, d'être attaché à ses petits; modes de sentir bien distincts et possédant nécessairement un appareil nerveux particulier.

J'ai déjà dit et je ne saurais trop le répéter, qu'en s'étudiant soi-même on a la conscience de diverses impressions ou sensations. L'histoire des parties nerveuses qui sont le siège de ces sensations , l'analyse philosophique de celle-ci chez l'homme et les principaux vertébrés , l'histoire de leur développement et des variétés qu'elles présentent, constituent la physiologie du système cérébro-spinal, ou la phrénologie, science dont Gall, malgré l'imperfection de ses travaux , a eu la gloire d'être le fondateur. Les fonctions du système nerveux cérébro-spinal furent désignées par le célèbre Bichat, par l'expression générale de t-'ie animale , parce qu'il considérait les actes qui en dépendent , comme le caractère le plus propre à distinguer les animaux. Ces actes sont encore généralement désignés dans tous les livres de physiologie, sous le nom de vie de relation , c'est-à-dire fonctions qui nous mettent en rapport avec tout ce qui nous entoure. Ces deux manières de définir sont seulement générales , et ne font connaître en aucune manière les caractères propres à chaque mode de sensation, soit qu'il appartienne au système nerveux des raouvemens volonfaires, ou des sens, ou des facultés affectives ou intellectuelles , et encore moins les rapprochemens ou les différences qui peuvent exister entre les sensations , afin d'en former plusieurs groupes ou séries , en nn mot une classification. C'est surtout dans les sciences naturelles, que le besoin d'une bonne classification se fait vivement sentir. Quel cahos, et combien de temps perdu , si le jeune naturaliste n'avait pas déjà pour se diriger.

«ne bonne division dos corps en classes, ordres, genres, espèces, cl même des sous-divisions pour les variétés spécifiques! D'un autre côté, le défaut de connaissances analomiques et physiologiques et la raauio do généraliser à pilori , ont été la cause d'une multitude d'abus et d'erreurs.

Trop souvent les mots sensit j7i/e, sentiment, intelligence, instinct , fonotion, facilité , ont été employés pour désigner des choses semblables ou différentes. Les métaphysiciens, dont le principal tort a toujours consisté à ne pas vouloir prendre pour point de départ l'organisation , confondirent les caractères généraux des facultés avec les facultés elles-mêmes. De là les expressions de jugement, mémoire , instinct, etc. , sans cesse répétées dans les livres de presque tous les pbysiologistes de nos jours : langage vicieux et contraire à Tétude de l'organisation du système nerveux , qui partout nous démontre une variété de composition d'organes en raison des fonctions.

Pourquoi donc n'avoir pas fait , pour le système nerveux et ses facultés, la même dislinclion que pour les autres organes? Pourquoi surtout avoir isolé l'étude de l'homme de celle des animaux , et n'avoir pas mis à profit celte mine féconde que nous présentent les variétés d'organisation du système nerveux des vertébrés, variétés si riches en faits précieux, que leur seul examen eût suffi pour expliquer une multitude de phénomènes jusqu'alors inexplicables? En effet, que nous offre la grande série des corps organisés, sinon une augmenlalion ou complication d'organes selon l'étendue des fonctions ? Dans les classes animales inférieures, l'organisation est si simple, qu'il est à peu près impossible de les bien distinguer des végétaux. Au-dessus , les caractères d'animalité se dessinent davantage, l'organisation devient moins simple, et successivement ainsi, jusqu'à ce que les animaux occupent un rang plus élevé dans l'échelle.

Chez tous les animaux sans exception , se rencontrent certainement les mêmes tissus élémentaires d'organisation , partout des os, un tissu cellulaire musculaire , fibreux , etc. Mais combien de variétés dans le nombre , la texture et la composition de ces tissus pour la composition des organes ? Étudiez la variété de composition de l'appareil digestif. Chez certaines espèces des classes inférieures, il consiste dans un simple réceptacle. Chez les oiseaux, où la digestion est plus compliquée , nous voyons des organes plus nombreux. Cette fonction ne s'opère-t-elle que sur des matières peu réfraclaires à l'action de l'estomac? on ne trouve qu'un simple conduit membraneuxvarianl en longueur. Il en est ainsi chez les oiseaux de proie. Les alimens, pour êlre convertis en matière réparatrice, demandent-ils une action plus soutenue et plus énergique? Deux nouveaux viscères , l'un membraneux destiné à ramollir la substance alimentaire, le jabot, l'autre d'une organisation plus résistante, le gésier seront ajoutés pour aider le travail digestif. Tel est le mode d'organisation que nous présente toute la famille des gallinacés. Quelle différence immense d'organisation ne trouvons-nous pas dans le système digestif des quadrupèdes, ca raison des fonctions qu'il doit remplir 1 Chez les carnassiers où la digestion^

est assez compliquée, ce sjstème se compose d'un très-long canal, s'élendant de l'œsophage à l'anus , etdivisô en plusieurs parties ou organes faisant éprouver une modification ou changement à la masse réduite en pulpe grossière par l'appareil masticateur. Celte complication d'organes est cependant peu de chose, si nous la comparons à celle du canal digestif des herbivores, tels que le bœuf, chez qui on rencontre , indépendamment d'un intestin grêle de près de cent pieds de longueur , quatre grands réservoirs ou estomacs variant de forme et d'organisation. Le premier , qui parait surtout avoir pour usage de ramollir, à l'aide de ses nombreuses papilles , l'énorme quantité d'herbe que la hèle engloutit, est le plus grand de tous : c'est la panse ; vient ensuite le bonnet , composé d'une muKilude de cloisons formées par un réseau présentant diverses ligures. La pà(e chimeuse, après avoir été divisée par ces cloisons et y avoir séjourné , passe dans le troisième réservoir , le plus compliqué de tous ; il se compose d'une immense quantité de lames minces, ce qui lui a valu le nom de feuillet : une fois soumise à l'influence de ce nouvel organe la pâte alimentaire entre dans la caillette , espèce de poche tapissée d'une muqueuse offrant des rides et des replis moins nombreux et moins consistans que ceux du feuillet. Viennent ensuite les intestins duodénum, jéjunum, ileum , colon et rectum , variant encore de texture et d'étendue.

Ce que je viens de dire de l'appareil digestif est applicable à ceux des principales fonctions, telles que la circulation, la locomotion, la respiration, etc., et celles qui ont leur siège dans le système nerveux de la vie de relation.

Depuis les animaux inférieurs, tels que les zoophiles, les vers, les insectes, les mollusques , les poissons , les reptiles , les oiseaux , etc. , jusqu'à l'homme , le système nerveux , siégé de la sensibilité ou du senliment , suit un ordre de développement en raison de Vètendue des fonctions. L'homme est de tous les animaux celui nui parait avoir ce système le plus compliqué , surtout la portion qui préside aux facultés affectives et intellectuelles. Nous allons surtout nous attacher à faire connaître ces fondions et les organes qui en sont le siège. Nous les étudierons dans les (rois classes d'animaux placées à la tête des vertébrés , c'est-à-dire l'homme, les mammifères et les oiseaux. La comparaison des facultés de l'homme avec celles des animaux fera ressortir sa supériorité.

Tous les animaux vertébrés , ainsi que je l'ai déjà dit dans la première partie , sont pourvus de deux cavités osseuses servant de protection au système nerveux de la vie de relation. La première renferme la moelle épinière, sorte de cordon composé de deux substances , l'une grise , pulpeuse , et l'autre libreuse, d'où partent des filamens (nerfs spinaux) allant se distribuer au cou , aux membres supérieurs et inférieurs , et fournissant, dans chaque région principale , des filets de communication avec les nerfs du côté opposé.

IndépcndamraciU des caractères généraux propres à tous les nerfs provenant du prolongement racbidien, tels que la duplicité, la blancheur, une enveloppe fibreuse , la présence de ganglions à leur racine postérieure, leur division conslante en deux branches , les nerfs de cliaque région , ef même chaque

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nerf présentent des caractères particuliers, soit dans le volume, soit dans le nombre , la consistance , etc. Ainsi , les nerfs thoraciques sont moins volumineux que les nerfs cervicaux inférieurs, que les lombaires et que les sacrés supérieurs. 11 est aussi très-certain, comme l'avait déjà remarqué Haller, que les nerfs thoraciques diffèrent des autres, non-seulement pour le volume, mais encore en consistance. Peut être , ajouterai-je , existe-il encore d'autres différences qui échappent à nos moyens d'investigation. Nul doute que ce ne soit à ces différences de structure qu'il faille attribuer les variétés de sensibilité des parties où les nerfs vont se rendre : quelle différence, par exemple, entre l'impression produite par le frottement de la peau du dos et celle de la plante des pieds, du cou , des parties sexuelles, etc.!

Le syslème nerveux contenu dans le crAne, comme celui de la moelle épinière, se compose d'une collection de parties possédant aussi diverses manières de seBtir ou de percevoir. Comme le système nerveux de la colonne vertébrale, celui qui se trouve contenu dans le crâne est double , mais le volume des parties qui le constituent n'est jamais égal des deux côtés. Cette différence est surtout très-apparente chez l'homme dans les parties désignées sous le nom de cervelet , et celles qui forment les circonvolutions. La différence n'existe pas seulement dans l'hémisphère considéré en général , mais encore dans chaque circonvolution.

Il suffit, pour apprécier la différence des parties qui composent la masse encéphalique , de comparer entre elles les diverses masses qui la constituent. Ainsi , par exemple, les circonvolutions placées sur le plancher orbitaire ne ressemblent en aucune manière à celles du lobe médian, pi. LXXXIV, fig. 1 et 2 ; celles-ci , à leur tour, diffèrent de celles qui appartiennent au lobe postérieur , pi. LXXXIil, fig. 1 et 2. La partie connue sous le nom de cervelet , id. , pi. 4, S, 6, 7, 8, ne ressemble en rien aux parties que nous venons d'indiquer.

Nous avons déjà vu que par sa base , pi. LXXXIV , le cerveau nous présentait plusieurs filamens blanchâtres , vulgairement appelés nerfs cérébraux. Ces nerfs diffèrent , comme ceux de la moelle épinière en volume, en forme et en consistance.

Il est donc bien établi, par les observations qui précèdent , que le sj'slème nerveux de la vie de relation présente des modifications de structure , suivant les fonctions qu'il doit remplir : tantôt il se présente sous forme de pulpe, de lamelles, de membranes, de circonvolutions, etc., et quand il y a absence de ces dernières , comme chez les rongeurs et les oiseaux, un renflement plus saillant de l'encéphale indique une sphère d'action plus grande.

J'ai dit plus haut que l'on donnait le nom de sensibilité à la faculté que possèdent l'homme et les animaux de percevoir des impressions. Maintenant se présentent naturellement les questions suivantes. Dans quelle partie de l'économie animale la sensibilité réside-t-elle ?

N'exisle-t-il qu'une seule partie qui en soit le siège ?

Avant do répondre à ces questions, je suis obligé d'entrer dans quelques considérations générales.

Le système nerveux a été, avec juste raison , considéré par tous les physiologistes comme étant le siège delà sensibilité; mais, selon moi, on s'est trompé beaucoup, en ne considérant, comme sensibles ou capables de recevoir des impressions , que les nerfs dont la matière mise en contact avec le fer , le feu ou d'autres agens, produisait une impression douloureuse. C'est à l'espril étroit et peu philosophique de quelques expérimentateurs de notre époque, que nous sommes redevables d'une manière de voir si absurde (1 ) . 11 faut avoir bien peu réfléchi sur les diverses espèces de sensations ou do perceptions ,. pour n'avoir pas su distinguer qu'il doit exister autant de modes de sensibilité que de manières de sentir ou de percevoir. De ce qu'une partie nerveuse ne fera pas jeter des cris à un animal sous l'influence du fer ou du feu, on ne pourra conclure que cette partie est insensible. Je m'explique : Je suppose que les nerfs optique, olfactif, acoustique, soient cautérisés, mis en contact avec un acide , tordus , et que l'animal ne manifeste aucun signe de douleur , faudra-t-il rationnellement en conclure que ces nerfs n'ont aucune sensibilité? Non certainement, car les véritables excitans de ces nerfs sont la lumière, les particules odorantes ou les sons. Ce que je viens de dire de ces nerfs s'applique au système nerveux cérébral. Si nous ouvrons, par exemple, l'ouvrage de M. Magendie, nous y trouvons les expressions suivantes (2) : « Examiné sur l'animal vivant , le cerveau présente des propriétés bien éloignées de ce que l'imagination pourrait nous représenter. Qui croirait , par exemple, que la plus grande partie des hémisphères, sinon la totalité, est insensible aux piqûres, déchiremeus, sections, et même aux cautérisations, etc. , etc. ; » c'est pourtant un fait sur lequel l'expérience ne laisse aucun doute^

Ohservatio7i.

Si au lieu de faire des expériences avec le fer et le feu , M. Magendie les eût faites en observant les actes cérébraux de l'animal, il aurait reconnu diverses sortes de sensibilités qui ont échappé à son scalpel. Je dirai donc avec M. Charles Bell, que c'est par cela même que ce viscère est insensible au fer et au feu , qu'il doit avoir un autre mode de sensibilité, c'est-à-dire celui qui

(l)Je crois que Ion pourrait comparer les expérimentateurs de notre époque aux alcbimisles, qui, en réunissant ensemble plusieurs corps, obtenaient quelquefois des résultats auxquels ils n'avaient jamais pensé. A force de brûler, couper, empoisonner , on obtenait quelques phénomènes, et Ton chantait victoire. U y a eu un temps où de pareils résulUts ont produit quelque clTetsur les esprits superficiels; mais heureusement l'on commence à demander que les faits recueillis soient analysés , comparés et en rapport avec les actes physiologiques de l'homme et des animaux ; qu'ils présentent uncaractèrc scientifique, et non celui de faits isolés, dont liniportance, même comme faits, n'a de valeur qu'eu se rattachant à la science raisonnéc.

(2) liv. cit., t. J, 2= édit.jp. 192,

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se rattache aux facuUôs intellectuelles et affectives. N'esl-il pas anti-physiologique de croire que la partie côrèbrale qui perçoit l'impression du plaisir vénérien, celle qui perçoit la sapidité des alimens, ou les sons harmonieux, seront sensibles au fer , au feu et à la torsion.

Ce sont ces variétés de perceptions qui constituent le caractère des diverses fonctions ou facultés fondamentales du système nerveux cérébro-spinal. Nous devons entendre par cette expression faculté, l'idée d'un pouvoir, d'une puissance ou d'une action. Il existera donc autant de pouvoirs, de puissances ou d'actions que d'organes nerveux; et, comme nous l'avons démontré, plus ceux-ci seront nombreux et plus développés , et plus la sphère de sensibilité, de sensations , sera étendue et énergique.

L'histoire des fonctions des organes qui composent le système cérébral, ou ce que l'on a désigné collectivement sous le nom de facultés intellectuelles , senlimens, penchans, instinct de l'homme et des animaux, constitue, ainsi que je l'ai dit précédemment la phrénologie ou la physiologie du cerveau.

Je crois nécessaire de récapituler ici, mais très-sommairement , les fails principaux qui servent de base à celte science.

1° L'anatomie : elle démontre que la sphère d'action du système nerveux augmente en raison de sa complication chez les principaux vertébrés.

2» L'expérience de réflexion et d'application : par la première nous pouvons reconnaître la différence que présentent entre elles nos facultés propres, et celle qui résulte de leur comparaison avec les facultés des individus de notre espèce. Par l'autre voie d'expérimenter, je veux dire V application (crânioscopie) , nous pouvons apprécier la coïncidence qui existe entre le développement des parties cérébrales et celui des facultés dont elles sont le siège.

3o Le développement graduel des facultés coïncidant avec celui des organes, et leurs différences chez les sexes.

4° La multiplicité de facultés chez l'homme et les principaux vertébrés.

5° Les variétés d'action des facultés intellectuelles et affectives chez les individus delà même espèce.

6o Les idioties partielles.

7° Les monamanies.

8o Les lésions de quelques parties qui ont aboli plusieurs facultés sans altérer les autres.

Une fois la pluralité d'organes, elconséquemment de facultés, bien établie, nous devons faire connaître les caractères propres à une faculté, ou quels sont les signes positifs qui pourront la stigmatiser.

Gall et tous les phrénologistes qui l'ont suivi , ont donné les faits suivans comme ceux qui doivent caractériser essentiellement une faculté fondamentale. Mais , comme j'espère le démontrer , tous ont confondu des caractères généraux avec des caractères propres; cependant comme je ne puis être bien entendu qu'après avoir exposé les idées de Gall et deSpurzhelm sur ce point >

je commencerai par les citer textuellement (1). « Nous croyons pouvoir indi- » quer, de la manière suivante, les conditions caractéristiques pour qu'un B instinct, un senlimenf, un talent, méritent la dénomination de /o?»(/ame;i/a/, » de primitif, de radical. »

1» Lorsqu'une qualité ou une faculté, ou bien son organe, ne se manifeste > ni ne se développe , ni ne diminue à la même époque que d'autres. C'est ainsi que l'organe du penchant à la propagation et le penchant lui-même, se développe et se manifeste ordinairement plus tard que d'autres penchans. C'est ainsi que la mémoire des noms faiblit ordinairement plus tôt que les autres facultés.

Observation.

Gall et Spurzheim me paraissent confondre ici l'étal ou la manière d'être de la faculté, c'est-à-dire son développement, avec ce qui la caractérise ou la constitue. Ainsi , selon moi, ce n'est pas parce que le penchant à la propagation se développe à une époque plus ou moins éloignée de la naissance ; ce n'est pas non plus parce que la mémoire des noms faiblit plus tôt que les autres, que ces facultés doivent mériter le nom de fondamentales ; mais bien à cause de leur mode spécial d'action , qui consiste , pour le premier , dans le penchant à reproduire , et dans le second , à se rappeler les mots. L'époque de développement d'une faculté n'est donc, dans certains cas, qu'un moyen de la faire reconnaître, mais ne constitue pas son vrai caractère.

2' Lorsque, dans le même individu, une qualité ou une faculté est plus ou moins active sa partie cérébrale est plus ou moins développée que les autres. C'est ainsi que les grands sculpteurs, peintres, dessinateurs, n'ont quelquefois pas la moindre disposition pour la musique, les grands poètes peu détalent pour les mathématiques.

Ohservatio7i.

Ce que j'ai dit précédemment est applicable à cette proposition. Ainsi, de ce qu'une faculté est plus active et sa partie cérébrale correspondante plus développée , cela ne la caractérise en aucune manière ; cela sert seulement à prouver que toutes les facultés sont loin d'avoir la même énergie chez tous les hommes ou tous les animaux de la même espèce.

&" Lorsqu'une seule qualité ou ^ine seule faculté est active , tandis que les autres sont paralysées , et qu'également il n'y a de développé que le seul organe qui lui correspond. C'est ainsi que des imbéciles , sous tous les autres rapports, sont quelquefois impérieusement porté à l'amour physique , ou ont un grand talent d'imitation.

Observation.

L'objection que je viens de faire s'appliquant entièrement à cette troisième proposition , je m'abstiendrai de toute espèce de remarque.

(l) Gall, vol. 3', édit. in-S'j Paris. Spurzheim, PhrénoCagie , Z' édit.; Londres.

DK PllREr.'OI,OC.IE.

4" Lorsque foules les qualités et toutes les «autres facultés subsistant dans leur intéizrité et tous les autres organes étant sufilsaranisnt développés, une seule qualité ou une seule faculté se trouve dans l'inaction olun seul organe non développé. C'est ainsi que certains individus ne sauraient comprendre que deux fois deux font quatre ; que d'autres ont la musique , les femmes en horreur.

îî" Lorsque dans les maladies mentales, il n'y a qu'une seule qualité ou une seule faculté qui souffre , ou qu'il n'y en a qu'une seule qui subsiste dans son intégrité. C'est ainsi que tel aliéné n'est égaré ou exalté que sous le rapport des idées religieuses, de la fierté; que tel ou tel autre, quoique fou sous tous les rapports, donne encore des leçons de musique avec une Ircs-gransle intelligence,

6° Lorsque la même qualité ou la môme faculté se manifeste d'une manière loule différente dansles deux sexes delà même espèce d'animaux, et que Torgane, dausl'un des sexes, esldifféremmenl développé que dans l'autre. C'est ainsi que l'amour de la progéniture et son organe son! plus prononcés dans les femelles de la plupart des animaux; c'est encore ainsi que chez les oiseaux de chant, le mâle seul chante et a seul cet organe bien développé.

7' Lorsqu'enfin la même qualité ou la même faculté et le mime organe se trouvent toujours dans telle espèce, et manquent toujours dans telle autre. C'est encore ainsi queplusieurs espèces d'oiseaux, que le chien, le cheval, etc. , n'ont ni le penchant ni lorgane de la construction qui se manifestent si merveilleusement dans d'autres espèces d'oiseaux, dans l'écureuil, dans le castor. C'est encore ainsi que certaines espèces d'animaux sont carnassiers, émigrent, chaulent , soignent leurs petits , tandis que d'autres espèces sont frugivores, restent toute leur vie sédentaires, ne chantent point, et abandonnent leur progéniture.

J'ai cru devoir réunir les quatre propositions qui précèdent avant qu'elles devinssent l'objet de mes remarques. Tout ce que Gall et Spurzheim disent ici sur les caractères d'une faculté, ne me parait, comme je l'ai observé, qu'un moyen de la faire reconnaître, mais n'indique en aucune manière sa ûature. Ainsi , de ce qu'une faculté est restée dans l'inaction et un seul organe moins développé, je ne suis pas plus avancé sur la nature de la faculté ; je vois seulement qu'il en manque une , et encore ne le sais-je que p^rce que je connaissais déjà son caractère ; telle est , par exemple , la faculté de reconnaître les lieux , de se rappeler les nombres, etc. , etc.

Enfin , ce n'est pas non plus la présence d'une faculté dans une espèce et son absence dans une autre, qui constituent les caractères d'une force primitive ou d'une faculté; car il y a un assez grand nombre de facultés qui se rencontrent dans toutes les espèces sans exception. Je citerai comme exemplele penchant à la reproduction, la faculté de reconnaître les lieux, etc.

Ce n'est pas non plus parce que le mAle, dans certaines espèces, chante

mieux que la feraello, quo celle facullé devra être considérée comme fondamenlale; car je ne vois dans cel acle qu'un det^ré différeut d'action d'une facullé , et non son vrai caractère , qui consiste à saisir les rapports des tons , ou , si l'on veut , la faculté de la musique.

Je n'insisterai pas davantage sur les faits propres, selon Gall etSpurzheim , à caraclériser une facullé , un instinct , un penchant ou un sentiment. Je crois en avoir dit assez pour prouver que ces conditions peuvent aider à faire reconnaître une facullé, mais ne la constituent pas, comme le donnerait à entendre le langage de ces médecins.

J'appellerai faculté , tout mode de sensibilité ou d'action du système cérébro-spinal donnant lieu à une perception telle, qu'elle ne puisse pas être confondue avec une autre. Ainsi l'impression produite par la musique, celle qui résulte du plaisir vénérien, celle que nous éprouvons en compAlissant aux maux d'aulrui, ont un caractère si bien tranché, qu'il est impossible de les confondre : chacune do ces impressions constitue donc une faculté fondamentale.

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