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Organe de l'amour de la propriété.
Diverses expressions ont été employées pour désigner cette faculté. Ce fut après avoir étudié sa manifestation dans le plus haut degré , que Gall parvint à indiquer le siège de son organe sur le cerveau et le crâne. Plus tard , cl afin . comme il le dit lui-même, de donner une idée de la sphère d'action de cette faculté, il l'appela instinct de faire des provisions , convoitise, penchant au vol. Spurzheim , dans son langage de mauvais goût , changea le mot convoitise en convoitivité ; plus tard il adopta l'expression acquisilivilè proposée par les phrénologistes d'Edimbourg.
Je ne saurais trop répéter , qu'avant d'employer préférablement telle ou telle expression , il faudrait étudier les facultés chez l'homme et les animaux. Dès l'instant qu'elles leur seraient communes, ce serait, je pense, chez les animaux inférieurs qu'il faudrait chercher leur véritable caractère. Si Gall n'a pas traité ce sujet comme il aurait pu le faire , il aura toujours le grand mérite d'avoir mis sur la voie ceux qui viendront après lui. Cet homme célèbre cherchant à développer ses idées philosophiques en s'ètayant de l'anatomie et de la physiologie comparée, a mis une distance immense entre lui et Spurzheim et tous les phrénologistes qui n'ont pas su , comme lui , marcher sur ses traces. Le temps qui met les hommes à leur place , tout en nous faisant connaître les imperfections des travaux de Gall , ne manquera certainement pas de rendre justice à l'étendue de ses vues. Mais, avant que l'histoire du
(1) C'est une chose vraiment curieuse que cette antipathie que les femelles manifesiciit en général pour les animaux châtrés. Je mis un jour dans une loge où j'avais deux lapins femelles , un gros lapin châtré , A peine y fut-II , qu'elles se jetèrent sur lui, et lui firent voler le poil i coups Je dents : je crois qu'elles l'auraient mis a mort sJ je ne l'avais pas retiré.
développement des organes et l'étude de leurs fonctions soient complètes , de nombreuses observations , basées sur la connaissance approfondie des mœurs des animaux, doivent être recueillies. Cène sera qu'après de pareils travaux, qu'il sera réellement possible d'apporter dans le langage plirénologique plus de précision et lui donner un caractère plus philosophique. C'est malheureusement ce que n'ont pas compris quelques esprits superficiels, qui , sans connaissances préalables, se sont cru en état de pouvoir clianger la nomenclature , semblables en cela à ces archilecles qui croiraient pouvoir construire un édifice avec des pierres taillées sans choix. Que restera-t-il de ces nomenclatures, fruit de rigriorauce ou de la vauilô? l'oubli ou une destruction complète de leur frêle échaffaudage. Mais revenons à la faculté qui nous occupe. Exisle-t-elle chez l'homme et les animaux? quel est son véritable caractère? Si tous les animaux élaient enclins à amasser, l'expression penchant à faire des provisions serait très-bonne. Mais il existe beaucoup d'animaux qui n'ont point ce penchant : cette expression est donc vicieuse. Celle de penchant au vol n'est pas meilleure , car tous les animaux et tous les hommes ne dérobent pas. Le désir d'acquérir, dernièrement adopté par Spurzheim , est-il bien le caractère de celle faculté? Je ne le pense pas : il ne me parait qu'une nuance ou un degré d'action de celte faculté. Son principal caractère consiste, je crois, à conserver ou considérer comme sa propriété , les objets ou les choses que l'on peut posséder. Le désir d'avoir n'est, selon moi, qu'un premier degré d'action de la faculté que j'appellerais amour de la propriété. Cette faculté, pour être mise en jeu , suppose l'influence de circonstances extérieures en harmonie avec l'organisalion des animaux. Les moineaux ne permettent pas aux autres oiseaux de s'emparer de leur nid. Les renards, les chevreuils et beaucoup d'animaux chassent de l'endroit qu'ils occupent, les animaux de leur espèce qui voudraient s'en emparer. L'idée de possession dans ce cas , comme chez l'homme , est celle qui paraît préxiominer. L'assertion que j'avance ici me paraît prouvée par l'expérience. J'ai connu plusieurs personnes remarquables par leur désir d'acquérir , qui m'ont avoué que , malgré la certitude oii elles étaient de posséder une chose, elles n'étaient tranquilles et satisfaites que lorsqu'elles la possédaieut. L'idée que l'objet ne leur aurait pas appartenu, bien qu'elles en eussent eu la jouissance , suflisait pour faire évanouir tout le plaisir que la possession leur eût procuré. L'avarice et le vol ne me paraissent que des abus du sentiment de propriété. Spurzheim dit que l'expression , sentiment de propriété, n'est pas convenable pour désigner la faculté fondamentale en queslion. Ou a vu, dil-il, des voleurs qui dérobaient sans avoir l'intention de retenir ce qu'ils avaient pris : les hommes et les animaux prennent, dérobent des choses qui leur sont inutiU^. Ce raisonnement de Spurzheim ne me parait que spécieux : d'abord il parle de l'exagération d'aclion de la faculté, et non de son caractère propre : il se trouve en coulradiction avec luimôme , puisqu'avant , il avait considéré le vol comme une exagération du penchant à acquérir. De ce que l'on a vu des voleurs donner ce qu'ils avaient
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pris, je ne crois pas qu'il soit juste d'ei lirer la conséquence , que le désir de posséder ne soit pas le caractère de la faculté dont je traite. En donnant ce qu'ils possédaient, ils ont obéi à l'inlluence d'iuitrcs facultés. Quant aux oiseaux ou aux personnes qui dérobent des objets qui leur sont inutiles, rien ne prouve que ce n'est pas le désir de posséder qui les fail agir ainsi. J'ai vu une pie privée s'emparer à plusieurs reprises d'un morceau de fer-blanc que je lui avais fait quitter. Elle le considérait si bien comme sa propriété , que je l'ai vue se jeter dessus et le reprendre lorsque je venais près d'elle. Enfin je ne vois pas qu'il soif nécessaire qu'une chose soit utile pour désirer de l'avoir eu propriété. J'ai connu une vieille femme qui prenait plaisir à ramasser toutes sortes de guenilles, de vieux plats et un tas d'ordures, qui no pouvaient lui être d'aucune utilité ; mais elle les possédait, et c'é(ait-là sa grande jouissance. Le désir de posséder est essentiel aux hommes et à beaucoup d'animaux. Je ne crois cependant pas, avec Gall, que le penchant à faire des provisions dépende seulement de celle faculté ; celle conduite, chez les animaux, me parait une action combinée, résullaut de la circonspection et du l»enchaut à posséder.
Il est souvent difficile , dans l'espèce humaine, d'apprécier si dans telle ou telle facullé mise en jeu, 1 homme n'obéit qu'à l'influence d'une seule. Tel individu qui manifeste le désir de posséder ,. n'agit quelquefois que pour satisfaire une autre faculté. Tel autre , avec toute l'apparence du désintéressement, ne donne qu'avec l'intention de recevoir. C'est surtout à ceux-ci que s'applique la maxime de Larochefoucault , que les vertus ne sont que des vices déguisés.
Les combinaisons des facultés fondamentales variant prodigieusement dans l'espèce humaine, il en résulte une foule de nuances dans la manifestation du désir de posséder. Aussi que de degrés depuis le misérable que ce penchant domine , jusqu'à celui dans lequel d'autres facultés viennent en masquer la laideur.
Pour quelques êtres , acquérir et posséder est l'arae de leur existence , le Lut constant de tous leurs efforts : tout ce qui ne se rattache pas à leur passion dominante ne leur inspire qu'un faible intérêt. Si on observe , ainsi que je l'ai fait , la conduite de ces êtres ignobles, on trouvera qu'il y a toujours chei eux quelque chose de particulier dans leur extérieur : leur accoutrement surtout se ressent de leur passion dominante, il est habituellement usé ou râpé dans quelques-uns de ses points; ce qui leur donne cet air crasseux qui distingue si bien lesenfans d'Israël. Voulez-vous savoir à quoi vous en tenir sur l'idée qui préoccupe ces hommes? touchez la corde sensible, parlez-leur d'argent, et vous verrez alors combien leurs traits s'animeront. L'opération la plus cruelle leur serait plus supportable que l'idée de renoncer à leur or et à leurs propriétés.
Molière, dans sa comédie de l'Avare , nous représente l'abus du sonlimenl de propriété sous les couleurs les plus vraies. On m'a raconté un trait qui na serait pas échappé à ce grand homme s'il lui eût été connu. Un riche proprii-
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taîre apporta un jour , chez un notaire , une Loîle renfermant , assurait-il , une chose très-précieuse qu'il voulait donner en dot à sa fille. Que l'on juge de la surprise du fonclionuaire public à la vue d'un rat pétrifié, que ce ladre voulait porter en conipfe pour la somme de deux mille francs 1
Ce trait me rappelle celui d'une dame Agée et très-riciie , à qui j'avais donné des soios, et qui voulut me payer en vieux fossiles, et toutes sortes d'objets d'histoire naturelle bons à jeter à la rue.
Sl'ge do l'organe de l'amour de la iM-opriété , chez I homme et les animaux.
Les nombreuses recherches que j'ai faites sur des personnes qui ont manifesté le penchant à dérober dans un haut degré, ne s'accordent pas complètement avec les observations de Gall, sans détruire toutefois le fond de ses idées. 11 n'est pas vrai, comme il le dit, que tous les voleurs préseulent un grand développement de cet organe. Dominé par la recherche d'une faculté et de son siège, ainsi que le démontre son ouvrage , Gall ne donna pas assez d'attention , ou plutôt ses recherches ne furent pas assez étendues, pour savoir jusqu'à quel point le défaut de développement de certaines facultés , comme l'extrême énergie de plusieurs , pouvaient influer sur les actions des hommes. Toute proportion gardée, j'ai trouvé chez les détenus un faible développement (les senlimens supérieurs , de ceux qui servent en quelque sorte de gouvernail aux facultés animales, tandis que celles-ci sont gèuéralement très-développèes dans celte classe d'hommes. La ruse , le manque de justice et de veneration , souvent un développement considérable de l'organe du penchant à la reproduction ou de celui qui préside au choix des alimens , tel est , en général , l'élat le plus ordinaire des facultés que l'on trouve chez la masse des détenus. J'ai la conviction que le vol, chez un très-grand nombre, n'a été qu'un moyen de satisfaire d'autres penchans plus énergiques. Ce sujet recevra un plus grand développement lorsque je traiterai de la combinaison des facultés, de l'influence des circonstances extérieures et de l'habitude.
L'angle antérieur et inférieur de l'os pariétal, pi. LXXXVII, fig. 2, II» 12, répond au siège de l'organe du penchant à posséder : la fig. 2 de la pi. CXI donne une idée du développement extrême de cet organe. Il arrive quelquefois que la portion la plus antérieure de l'angle pariétal se trouve déprimée, bien que l'organe présente un assez haut degré de développement. Plus la surface comprise entre les deux lignes qui forment l'angle pariétal et qui se trouve circonscrite par la figure au milieu de laquelle se trouve le n" 12, est large et bombée, et plus l'organe présente de développement. L'épaisseur du muscle temporal , lorsque les parties molles existent , peut devenir un obstacle à saisir le développement de l'organe du penchant à posséder.
Chez les quadrumanes , l'organe du penchant à posséder occupe la même place que chez l'homme. Je l'ai trouvé généralement très-développé daus celte
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classe d'animaux. (Voir la fig. 2 de la pi. III.) 11 est Irès-prononcè sur le cràoede l'oraug-oulang, pi. XCVII, fig. 1.
Chez les quadrupèdes voleurs, ou qui font des provisions, la position de l'organe est encore la même. (Voir fig. 1 , pi. XXXV, le crâne du renard.) La pi . XXXIII représente quatre crânes de jeunes chattes : celui qui se trouve placé en haut et à gauche appartenait à une chatte excessivement voleuse. Dans ce crâne , comme on le voit , celte région est très-renflée : le crâne qui se trouve en regard appartenait , au contraire , à une chatte qui n'a jamais volé.
Une observation que j'ai été à même de répéter plusieurs fois , m'a convaincu que le développement considérable de l'organe qui préside au choix des allmens, soit chez les chats, soit chez les chiens, était plus souvent la cause des vols que ces animaux commettaient, que la suite d'un grand développement de l'organe de posséder.
Parmi les nombreux faits que j'ai observés, je citerai celui d'une jeune chatte dont le crâne se trouve représenté à gauche et au bas de la pi. XXXIII. Pendant trois mois et demi j'ai suivi ses habitudes , et j'ai pu me convaincre qu'elle n'a jamais volé que pour satisfaire sa gloutonnerie. Jamais je ne l'ai vue dérober quand elle était repue. Il n'en était pas de même de celle dont le crâne est placé au-dessus ; rien ne put la corriger de son penchant à voler. Afin de m'assurer que cette disposition n'était pas chez elle la suite d'un appétit excessif, je l'enfermai dans une chambre où j'avais mis sur une table ua morceau de veau récemment cuit; mais avant de l'y déposer je l'avais gorgée de viande et de débris de poisson : à peine eus-je quitté l'appartement que l'infernale bête s'empara de la viande, et la cacha derrière un petit meuble, A mon retour d'Angleterre , M. Broussais me fit voir , et sans me rien dire , le crâne d'un chien que j'ai fait représenter pi. XXXIX, fig. 1. A peine eusje jeté les yeux dessus , que j'assurai que cet animal devait être très-voleur. Voleur, me dit M. Broussais, comme il n'en a peut-être jamais existé. Chez ce chien, la ruse, l'organe de l'alimentation et celui du penchant à posséder sont très-développès.
Chez tous les oiseaux qui ont le penchant à dérober, ou celui de faire des provisions, tels sont la pie , le geai , les corbeaux , les mésanges , l'organe du penchant à posséder est placé au-dessus de celui de la ruse : réuni à cet organe il forme une masse commune qui élargit les parties latérales du crâne, pi. XCIII, fig. 4, u° 12. Le crâne delà corneille des clochers, de la pie et de la corneille mantelée, pi. XLIV, fig. 3 , 4 et 5, contrastent singulièrement dans cette région avec ceux du coq , pi. LVIII , fig. 6 ; du dinde, pi. LI, fig. S.