XI
Organe «Je conservation du produit de la conception. — Philogé.-.itiire.
Il existe très peu de personnes qui n'aient eu occasion d'observer les soins que les parens , chez l'homme ou les animaux , prodiguent aux nouveau-nés. Les nuances et les degrés d'énergie que présente ce penchant varient prodigieusement selon les espèces. Chez certaines, le mâle j' est complélemenl étranger ; dans d'autres, au contraire , il le partage avec sa femelle. L'homme est de tous les animaux celui qui en est doué au plus haut degré ; aussi est-il de tous, celui qui demande le plus de soins et de secours de la part de ceux qui l'ont engendré.
Le penchant pour la progéniture étant indispensable à la conservation des espèces, il n'existe pas un seul animal qui n'en présente quelques traces. Sans cette faculté précieuse , tous les êtres créés eussent disparu de la surface du globe. C'est vraiment une chose digne de remarque , que celte espèce de surexcitation vitale qui modifie un être faible, au point de lui donner assez d'énergie pour résister à des soins qui paraîtraient devoir l'épuiser. Je ne reproduirai pas ici toutes les explications qui ont été données de ce penchant admirable : avec plus de connaissances en phrénologie comparée , leurs auteurs se seraient bien gardés d'en placer le siège dans le cœur ou les entrailles.
Il est assez curieux que cette faculté, dont les caractères sont si tranchés et qui frappe si fréquemment les hommes les moins observateurs , n'ait pas été une des premières qui aient été découvertes par Gall. Ce fut même sur la remarque d'un ecclésiastique qui assistait à une de ses leçons, qu'il parvint à la connaître , et à préciser , sur l'homme et les quadrumanes , le siège de son organe. Je démontrerai plus loin que ses applications sur le cerveau et le crâne desaulres animaux sontloin d'avoir lamême exactitude. Mais avant d'en venir là, il est bon que nous étudions un peu dans diverses classes la faculté qui porte
UK l'HUi;.M>I.Oi;iE.
les animaux à prendre soin du produit de la concepliou : ces objcivalions serviront à en éclaircir eldéveloi)per l'iiisloire.
La classe des reptiles présente ordinairenicul peu d'atlachenienl pour les petits ;el encore n'est-ce que la femelle qui s'en occupe : tous leurs soins consistent à déposer leurs œufs ou le produit de la conception , dans les lieux les plus favorables à leur éclosement. Les grenouilles déposent leur frai dans les eaux dormantes peu profondes, et exposées à l'ardeur du soleil ; les tortues , les crocodiles , placent leurs œufs dans le sable. Chez les vivipares , telles sontles couleuvres et toute la famille des serpens, les petits écloseut tout formés du sein de la mère , et peuvent se passer d'elle à leur naissance, La même chose se passe chez les poissons qui pourvoient à leur subsistance le jour même de leur éclosement (1).
Chez les oiseaux, le coucou excepté , les parens donnent des soins assidus et soutenus à leurs petits. On trouve dans cette classe des variétés extrêmement remarquables, soit pour la durée de ce penchant , soit pour les soins particuliers ou donnés en commun. Ce qu'il y a de plus curieux, c'est qu'il existe constamment chez eux , à quelques classes qu'ils appartiennent, une différence d'organisation cérébrale, en harmonie avec l'absence ou le développement de ce penchant. C'est ce que nous trouverons dans la famille des gallinacés, où la femelle s'occupe presque exclusivement du soin des petits. Chez les corbeaux, les buses, toute la famille des becs-fms, où le père et la mère se partagent alternativement lessoins de la couvée, nous verrons que l'organisation du mâle diffère de celle du mâle chez les gallinacés , et qu'elle se rapproche beaucoup de celle de la femelle. 11 en sera de même dans les quadrupèdes , chez qui se remarquent des variétés non moins curieuses dans le penchant pour les petits. Quelles que soient les classes auxquelles les animaux appartiennent , on peut dire d'une manière générale que la femelle présente toujours l'attachement pour les petits dans un plus haut degré que le mâle. Dans l'espèce humaine ce penchant existe dans les deux sexes, mais il est toujours plus prononcé chez l'individu du sexe féminin. Cependant, comme les variétés de développement du système cérébral sont très-nombreuses dans l'espèce humaine, il n'est pas rare de rencontrer des femmes ayant peu d'attachement pour les enfans, et encore moins de trouver des hommes qui ont pour eux le penchant le plus vif. Tousles individus qui présentent ce caractère out , dans leur organisation cérébrale , et seulement dans celle qui annonce un grand développement de l'organe dô l'attachement pour les petits, la plus grande ressemblance avec celle de la femme.
Quel e^e vrai caractère de la faculté qui nous occupe , et quelle est l'expression qui convient le mieux pour en donner une juste idée ?
(l) .l'ai observé plusieurs fois que tous les poissons qui proviennent du iiicme frai vivent Ion;, temps en compagnie, n est excessivement conmiun de voir dans les rivières ou les ctan;,'s peu pro fond» , des bandes de jeunes poissons présentant à peu près le même volume.
SSO TBAITÉ
Tous les phrênologislcs qui ont écrit jusqu'à ce jour, onl considéré l'atlachcmcnt pour les cnfans comme élant le vrai caractère de celle faculté. De là , lo nom d'attachement pourles petits, de Gall; de philogéniture , de Spurzhcim. Cependant , plus j'étudie les actes des animaux , et plus je demeure convaincu que l'attachement pour les petits n'est qu'un degré d'action de cette faculté, et non la faculté elle-même. Son vrai caractère me parait surtout consister à prendre soin du produit de la conception. Ne voyons-nous pas beaucoup d'espèces prendre toutes les précautions possibles pour recevoir et protéger ce produit , longtemps avant qu'il soit qucsiion de nouveau-nés ? Si l'amour pour les petits était le vrai caractéredecette faculté, je ne vois pas pourquoi la femelle s'attacherait avec tant de sein à couver ses œufs; car on ne voit encore rien qui puisse l'émouvoir : cependant, quelle précaution pour les garantir du froid et de l'humidité I Longtemps avant que la femelle du lapin mette bas, elle s'arrache les poils du ventre pour en former un coussin qui garantira ses petits du froid. Qui peut donc porter c&t animal à cet acte , si ce n'est une force instinctive destinée à préserver le produit de la conception? Il est vrai que lorsque les oiseaux éclosent, leurs parens manifestent par leurs actions la plus vive tendresse pour leurs petits ; mais ce n'est qu'un degré d'action plus considérable de la faculté primitive , qui portait l'animal à prendre soin de ses œufs, ou à préparer un nid pour les recevoir. D'ailleurs on n'a pas assez réfléchi , ce me semble , à l'effet que doit produire la présence des nouveau-nés sur les parens ; elle devient un puissant stimulant d'une multitude de facultés. Voilà d'autres êtres , dont les gestes et les accents vont se trouver en harmonie avec les facultés du père et de la mère : les besoins des petits vont les forcer à pourvoir à leur nourriture : la ruse et la circonspection des parens , éclairés sur les dangers qu'ils ont courus , vont être incessamment mises en jeu. C'est alors que va s'établir entre eux et les nouveau-nés un langage de gestes et de cris , destinés à transmettre, d'une part , Içs impressions éprouvées par les parens , de l'autre , les nouveaux besoins des petits. Ces variétés d'action et de langage qui se manifestent alors chez les espèces , est une des éludes les plus piquantes de la pliysiologie du cerveau , et qui demanderait , pour être traitée convenablement , de fort longues et de nombreuses observations.
Il résulte, ce me semble , des faits que je viens d'exposer , que la faculté désignée jusqu'à présent sous le nom d'attachement pour les petits, serait infiniment mieux caractérisée par celle du penchant à préserver le produit de la conception. Plus le produit se rapproche de l'époque de la naissance, et plus son action a d'effet sur l'être chargé de lui donner des soins. C'est là ce qui explique pourquoi les grands parens paraissent avoir plus d'affection pour leurs petits-enfans, que pour leurs enfans propres. Les adolescens n'inspirent jamais autant d'affection qu'un très-jeune enfant. J'ai vu des femmes âgées, dont les facultés intellectuelles étaient très-affaiblies , éprouver encore à la vue de leurs petits-enfans une émotion délicieuse , tandis qu elles voyaient avec indifférence leurs enfans devenus adultes.
DE PIIRENOLOGIE.
Il es( cerlaio que l'état d'eufancc , cl j'entcnJs par là les Irails qui caraclcriseul un èlre faible et dèVical, est un puissant moyen d'excitation de l'organe qui porte à prendre soin du produit de la conception. M, Scot, dans une note consignee dans le Journal phrénologique d'Edimbourg, me parait avoir fait preuve de sagacité , en disant que les femmes célibataires et celles qui sont mariées, mais qui n'ont pas d'eufans , prodiguent quelquefois des caresses aux animaux de l'espèce la plus délicate, qu'elles nourrissent et soignent avec un degré d'affection qui ne peut être seulement comparée qu'à celle que les mères ont pour leurs enfans.
Siège de l'organe destiné à conserver le produit de la conception.
Chez l'homme, et dans la famille des quadrumanes, le siège de l'organe de la philogénitureest le même. 11 est logé dans la dépression "2 de l'os occipital , fig. 2, pi. XI bis, et XII iis, fig. A. A l'extérieur , son centre répond à la partie moyenne de la ligne courbe de l'occipital, fig. 2, n' II, pi. LXXXIX. Lorsque cette région du crâne est Irès-développée, elle augmente son diamètre longitudinal d'une manière très-apparente. C'est ce que l'on peut voir en jetant les yeux sur la fig. 1 de la pi. III , représentant le crâne du sajou femelle, et le comparant avec celui du sajou mâle, id. pi. , fig. 2. On peut comparer pour l'espèce humaine le crAne d'une femme qui aimait excessivement les enfans, pi. CV, fig. 1 , avec celui d'une autre femme qui n'a jamais manifesté le moindre allacliement pour eux, id. pi., fig. 2.
Les nègres , pi. CXVII , fig. 2 , et les Caraïbes, pi. CXV , fig 1 , ont , en général, un amour passionné pour les enfans; aussi l'orgauisatiou qui l'annonce est-elle fortement exprimée sur leur crâne.
Je n'insisterai pas davantage sur ces observations que l'on peut vérifier tous les jours : je passe donc au siège de cet organe chez les animaux.
« J'ai examiné, dit Gall, autant qu'il m'a été possible, les crânes des oiseaux , depuis le plus petit jusqu'au plus grand , et des mammifères , depuis la musaraigne jusqu'à l'éléphant, et j'ai trouvé partout que , dans les femelles, la partie cérébrale qui correspond à l'organe de l'amour de la progéniture chez l'espèce humaine, est plus développée que chez les mâles. Que l'on me présente dans l'eau les encéphales frais de deux animaux adultes quelconques, l'un mâle, l'autre femelle, et je distinguerai les deux sexes sans me tromper jamais. Dans le mâle , le cervelet est plus grand , et les lobes postérieurs sont plus petits; dans la femelle , au contraire, le cervelet est plus petit , et les lobes postérieurs ou la circonvolution affectée à celte fonction , sont plus gros et surtout plus longs. » (1).
Il m'a été démontré par mes noniLreuses recherches, que l'assertion de Gall est loin d'etre toujours fondée. D'abord , il n'est pas géuéralemeut vrai
(1) Lib. cil., S' vol., p.igc 450, Odi(. ia-8'
que le cervelet soit toujours plus petit chez la femelle que chez le mâle : j'ai souvent trouvé chez les chais et les rongeurs de nombreuses exceptions. Les lobesposlèrieurs ne soatpas non plus toujours plus développés chez la femelle : seulement on peut dire qu'une partie, celle affectée à la progéniture, l'est davantage , et qu'elle l'est d'autant plus , que dans l'ospèce la femelle s'occupe exclusivement des petits (1).
«Les régions marquées 11 , dit Gall (voir la pi. LVII de son atlas) , sont, sans exception , plus bombées dans le crâne de la femelle que dans celui da màle. Le crâne de la femelle offre dans sa partie supérieure, à côté delà ligne médiane, deux élévations oblongues qui s'étendent jusqu'à la partie qui renferme les organes de l'ouïe. Comparez les organes sur le crâne de la poule, fig. 2 , et celui de la dinde , fig. 4 , avec celui du coq , fig. 1 , et celui du coqdinde, fig. 8, 11. »
Je suis encore à concevoir comment Gall a pu indiquer d'une manière aussi inexacte le siège de l'organe de la progéniture. Que les personnes qui possèdent son allas examinent avec soin les fig. 1, 2, 3, 4 et 5 de la pi. LVII; qu'elles abaissent mentalement une perpendiculaire sur le crâne tombant sur le n" 1 1 , et elles verront que celle-ci touchera la partie moyenne de l'os frontal , et non le point où siège l'organe en question. Mais laissons de côté ses dessins , et consultons la nature. Gall vient de dire tout à l'heure : le crâne de la femelle, en parlant des oiseaux, offre dans sa partie supérieure , à côté de la ligne médiane , deux élévations oblongues qui s'étendent jusqu'à la partie fjui renferme les organes de l'ouïe. Il suffit d'avoir une légère connaissance du crâne des oiseaux , pour voir combien ce langage est vague et inexact : car quelle serait la partie cérébrale qui s'étendrait depuis la ligne médiane jusqu'à lorgane de l'ouïe? ne serait-ce pas toute la partie postérieure de l'hémisphère cérébral ? Et cette région, comme je l'ai démontré, contient plusieurs parties cérébrales affectées à diverses fonctions.
Si Gall avait seulement étudié l'anatomiedu crâne et du cerveau chez une douzaine d'oiseaux d'espèces différentes , et dont les mœurs lui auraient été bien connues , il n'eût point mis dans son langage ce vague que nous retrouverons constamment, quand il sera question d'appliquer la phrénologie au crâne des animaux.
Le n" 11 , pi. XCIII , fig. 3 indique le véritable siège de l'organe de la philogéniture chez les oiseaux (2).
Si nous jelons maintenant les yeux sur les figures de la pi. LVII de mon atlas , nous pourrons nous convaincre que la région que je viens d'indiquer se trouve plus prononcée chez la dinde femelle, fig. 2, que chez le mâle, fig. 4. Celle partie est surtout Irès-apparenle sur le crâne représenlé fig- 2; c'est ce-
V l) I.ib. cil. , p.ig. 450.
(2) J'ai donné à GaU , en 1 827 , deux crânes de chaUes et trois d'oiseaux , sur lesquels j'avais niariiiO moi-racme le siège de cet organe : ilsiloivent faire partie de sa collection.
DE PlIRÉNOLOGIE. «^»
lui d'une dinde qui mourut victime de son attachement pour un petit canard qu'elle avait couv6. Voici le fait. On avait donné à cet animal un œuf de canne à couver. A peine le petit canard fut-il êclos , qu'obéissant à son penchant naturel, il se dirigea vers un étang et s'y lança nonobstant les cris et les agitations delà dinde. Celle-ci resta sur le bord de l'eau, et s'y accroupit attendant qu'il plùl à son fils adoptif de venir la rejoindre, ce qui ne manquait jamais d'avoir lieu , mais seulement quand il avail joué son rôle de canard. Chaque jour, nouvelle promenade sur l'eau, et nouvelles anxiétés de la mère. Un jour un chien de cliasse passa près de l'élang, et s'y lança tandis que le canard y prenait ses ébats ; la pauvre dinde craignant pour les jours du canard , en Ut auîant et se noya (1). La fig. 1 de la même planche représente le crâne d'une autre victime de l'amour maternel. C'est celui d'une poule qui fut étranglée par un chien de basse- cour : il s'était trop approché de ses poussins , que la malheureuse bête avait voulu défendre.
La différence que je viens de signaler entre le crâne du mâle et celui de la femelle , est bien sensible sur les crânes de la pintade , mâle et femelle, pi. LVII, fig. 7 et 8, et sur ceux de la caille , mâle et femelle, id. pi. , fig. 5 et 6 (2).
Le reproche que je viens de faire à Gall sur sa manière d'indiquer le siège de l'organe de la philogéniture chez les oiseaux, est applicable à ce que cet auteur dit sur le siège du même organe chez les quadrupèdes.
« Que l'on compare, dit-il, le crâne de l'étalon avec celui de la jument. Tant que les chevaux sont jeunes, la jynrtie supérieure de la tête delà jument est considérablement plus bombée et plus large que celle de l'étalon. Chez elle les deux pariétaux se prolongent davantage en arriére , parce que les parlies cérébrales placées sous cet os , sont plus bombées , plus larges et plus longues qu'elles ne le sont dans le mâle. En supposant que le fait cité par Gall soit généralement vrai, ce n'est pas préciser le siège de l'organe que de dire que chez la jument la partie postérieure de la tête se trouve plus bombée, puisque cette région recouvre plusieurs organes.
La même chose, dit-il , a lieu dans le taureau et dans la vache. (Voir les fig. 1 et 2 de la pi. LIX de son atlas). Ici Gall indique le siège de l'organe, mais d'une manière (rès-inexacte : son chiffre 11 est plus en dedans que l'organe du penchant pour la progéniture. Que l'on consulte ensuite les fig. 8 et -4 de la pi. LXIV de son allas , où se voient les crânes du chevreuil , mâle et femelle , et l'on verra que l'organe n'est plus à la même place que chez le
( I ) n est assez commun en Normandie de donner des œufs de canne à couver aux poules ou aux dindes femelles. Je blAme beaucoup cette coutume, parce qu'elle met en relation des individus dont les habitudes sont toutes différentes.
(2) Comme chez les gallinacés, la partie occupée par les organes de l'ouïe, forme plus du tiers de la partie postérieure du crAne : c'est plus en avant que le point indiqué sur le corbeau , qu'il faut chercher le siège de l'organe de la philogéniture.
veau. Cependant je puis assurer que chez ces deux animaux appartenant à la famille des ruminants, le siège de l'organe est absolument le même.
Je n'insisterai pas davantage sur des erreurs semblables qui se trouvent dans les dessins de son atlas.
Afin de préciser d'une manière rigoureuse le siège de l'organe de la philogènilure, j'ai fait une collection de crânes ayant appartenus à des femelles excessivement attachées à leurs petits. Je ne crois pas qu'il existe au monde rien de comparable pour le nombre et l'exactitude de mes recherches sur ce point.
Je demanderai à mes lecteurs la permission de citer quelques faits qui se rattachent à cette faculté, avant de préciser le siège de son organe à la surface du cr;\nedes quadrupèdes.
Une dame avait une jeune chatte à qui on laissa un petit. Vingt jours après la parturition, cette dame alla chez une de ses parentes qui demeurait à plus d'une lieue de l'endroit qu'elle habitait, et fit porter avec elle la chatte el son petit. Probablement que la nouvelle habitation ne convenait pas à la mère , car ou ne la trouva pas le lendemain de l'arrivée ; mais ce qu'il y eut de curieux, c'est qu'elle revint à sa première demeure avec sou petit qu'elle avait emporté avec elle (1).
La propriétaire d'une maison que j'occupais.à Caen, avait une petite chatte qui m'affectionnait beaucoup. Un jour elle vint à ma porte en poussant des cris que je n'avais entendu que lorsqu'elle était vivement émue ; je m'aperçus qu'elle allait et venait sans cesse de mon appartement à l'escalier ; enfin elle disparut, et revint aussitôt avec son petit qu'elle tenait dans sa gueule, et qu'elle déposa sur un coussin qui était à ma porte. Se couchant ensuite sur le côté, elle s'empara de son petit, agita sa queue brusquement, et fit entendre le bruit cataire.
La même chatte fit un jour cinq petits que ma servante m'apporta dans ma chambre ; la chatte Vy suivit ; et comme ses petits ne lui furent pas rendus, elle vint se poser pendant trois jours sur le mur placé devant ma fenêtre, poussant continuellement des cris dèchirans.
Un de mes compatriotes avait une chienne qui donna le jour à trois petits qu'uue servante fut jeter à l'eau. La chienne suivit la personne, se jeta après ses chiens qu'elle porta l'un après l'autre sous un égoul. Là , cette malheureuse bête leur prodigua tous les soins que leur position exigeait , et ne les quitta pas un seul instant. On fut obligé pendant trois jours de lui descendre de la nourriture dans un panier ; mais au bout de ce temps, la rivière étant devenue plus haute , les petits périrent. Alors la pauvre mère revint à la maison.
(I) Ayant appris ceUe circonstance, je parvins à me procurer celle cliallc dont le crâne je Iruuve rcpr<5scnté pi. XXXtU.
DB PHRÉNOLOGir. 888
lue personne qui avait vu un renard s'introduire dans le creux d'un vieux pommier, attendit que l'animal en ressortît pour voir ce qu'il était allé y faire. Elle aperçut au fond de l'arhrc deux jeunes renardeaux que la femelle èlail sans doute venue allaiter. Ayant fait part de sa découverte à une autre personne , toutes deux s'acheminèrent le lendemain vers l'arbre : mais que l'on juge de leur surprise lorsqu'elles virent que les petits avaient été enlevés par la mère.
li n'est pas d'animal chez les carnassiers, qui ait plus d'attachement pour ses petits que le renard. Les chasseurs, comme l'a fait observer Georges Le Roy , ont tourné à leur profit celte tendresse extrême du renard pour ses petits. Ils placent à la gueule du terrier un piège, dans lequel la femelle n'aurait jamais donné , si les soins de sa famille ne l'avaient pas forcée à braver le péril. Bien que le renard vive dans l'état de mariage , et que le père et la mère s'occupent du soin des petits, il est digne de remarque que c'est toujours la femelle de ces animaux qui se laisse prendre la première.
Dans le commencement de mes recherches, l'aspect lisse du cerveau chez certaines classes me fit d'abord douter de la réalité de la multiplicité d'organis cérébraux; car, me disais-je , si chaque faculté avait son organe propre , je devrais trouver chez tous les animaux ces circonvolutions distinctes , dont la différence de volume et d'étendue explique assez bien la pluralité d'organes et conséquemment de fonctions. Là, au contraire, je trouve une sorte de masse commune , et cependant il existe, comme chez les autres, pluralité de facultés. L'examen de plusieurs cerveaux d'animaux dont je connaissais les mœurs (et je citerai comme exemple les oiseaux voyageurs) ; celui des cerveaux des lapins femelles , qui étaient remarquables par leur attachement pour leurs petits, modifièrent tout à fait ma manière de voir. Si je comparais, par exemple , le cerveau de deux oiseaux du même genre, l'un voyageur et l'autre sédentaire, je trouvais que , bien que leurs cerveaux fussent lisses , une de leurs parties était cependant plus renflée dans l'un que dans l'autre. En comparant les cerveaux d'un lapin mâle et d'une femelle de même âge , je trouvais encore que ces deux cerveaux lisses n'étaient cependant pas renflés de la même manière dans le point où se trouve le siège de rattachement pour les petits, point qui se trouve indiqué sur le cerveau de la chatte par le n" 10, fig. 1, pi. LXXV. Lorsque cette circonvolution est très-prononcée , elle se porte en arrière et un peu obliquement de dedans en dehors , en recouvrant une portion du cervelet. On voit que chez le chat , id. pi. , fig. 4, la même circonvolution est moins prononcée, et ne vient pas, comme chez la femelle, couvrir le cervelet. Il faut bien se garder de confondre cette circonvolution avec celle que l'on voit en dedans, et qui se trouve marquée 12 ; celle-ci est quelquefois plus forte chez le mâle que dans la femelle. D'autres fois le contraire a lieu.
J'ai indiqué à la surface du crAne du chat, pi. XCII, fig. 2 , n» 11 , l'endroit où siège l'organe de l'attachement pour les petits. Le siège est absolu-
ment le même chez lous les quadrupèdes ; seulement on trouve une infinité de nuances quanta l'étendue en arrière et au volume.
Maintenant que le siège de l'organe de l'allacheraent pour la progéniture est bien précisé, ou fera bien d'examiner quelques crânes d'animaux milles et femelles , afin de saisir la différence de conformation imprimée à cette enveloppe osseuse , par le développement plus considérable de cet organe chez la même espèce : le crâne du chien et de la chienne, pi. XXIII , fig. 1 et 2; ceux du chevreuil mâle et femelle, pi. XXVI et XXVII ; ceux du lièvre mâle et femelle , pi. XXXII , fig. 2 et -4.
Le crâne représenté en haut et à droite de la pi. XXXIII (1) , est celui de cette jeune chatte dont j'ai fait connaître l'histoire, et qui rapporta son petit à son ancienne demeure. Non-seulement toute la région en question est pleine , mais s'étend encore beaucoup en arrière.
Dans les espèces où le mâle et la femelle donnent des soins aux petits, la différence de volume et de longueur de la circonvolution est moins sensible. (Voir le cerveau de la marte mâle et femelle , pi. LXXX , fig. 9 et 10.)
Avant de terminer ce qui a trait au siège de l'organe de l'attaclieraent jîour les petits, je crois nécessaire de faire connaître un fait rapporté par Gall , probablement connu de beaucoup de monde, et qu'il avait emprunté à Cabanis.
Il est d'usage, dans certains pays, de faire servir les chapons pour couver. Pour les aider à ce manège , on les prive des plumes situées sous le ventre, et la peau ainsi mise à uu, est frottée avec des orties de manière à l'irriter fortement. Dans cet état, l'animal est placé sur les œufs; leur contact frais lui fait supporter agréablement celte position à laquelle il s'habitue facilement.
Gall a cherché à expliquer ce phénomène, en disant que chez le chapon l'organe de la progéniture se développait par l'effet de la castration. Depuis que j'ai dit ceci , dit-il , j'ai fait une nombreuse collection de mâles châtrés do plusieurs espèces d'animaux : chez tous ceux qui ont été châtrés dans la première jeunesse , l'organe de l'amour maternel se trouve presque toujours sensiblement plus développé que chez ces mêmes animaux entiers (2). »
Ma collection de crânes de quadrupèdes châtrés de très-bonne heure n'est pas très-nombreuse; je n'en possède que six : il n'en est pas de même des chapons dont j'ai recueilli plus de vingt crânes. Mais chez eux , ainsi que chez les quadrupèdes, je n'ai rien vu qui vînt constater la vérité des fails avancés par Gall. D'un autre côté , je ne comprends guère comment l'ablation des testicules pourra faire développer 1 organe de l'amour pour la progéniture. Je ne puis expliquer ce phénomène de l'action de couver dans le chapon , que parce quel'animal se sera bien trouvé de sa position sur les œufs et l'aura conservée;
(1) Dans les premières livraisons, le graveur avait oublié Ue mettre les n°' des figures. Dans celles qui ont été publiées depuis, ce crâne est incliqué par le n" 2.
(2) Lib. cit. , page 465.
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OU ce qui est plus probable, parce que l'organe pour la progônilure, qui existe chez lui couinie chez la femelle, bien qu'à un moindre (i('gré cependant , aura pu entrer eu action, d'une part , par le procédé qu'on emploie , de l'autre, par l'effet même de la castration, qui fait que l'animal n'est plus entraîné par la passion de l'amour qui le maîtrisait auparavant. J'ajouterai qu'avant d'avoir recours à l'extraction des plumes, et au frottement des orties, on habitue le chapon à vivre dans l'obscurité , et qu'on ne lui donne à manger qu'à des heures réglées.
Si l'on a vu des chapons accompagner de jeunes poulets , leur servir en quelque sorte de mère , il faut plutôt attribuer ce phénomène à l'action de l'organe qui porte cet animal à vivre en société. D'ailleurs il est assez naturel que le chapon préfère vivre avec les poulets plutôt qu'avec les poules , puisque celles-ci ne peuvent le supporter (1).