‹ Traité de phrénologie (volume 2)Chapitre 57 sur 78 · III · texte numérisé non relu

III

Organe de retendue.

Spurzheim est le premier qui ail parlé de cette faculté , que l'on doit admettre en théorie, et probablement en pratique. Il est certain que l'on peut avoir une idée de la forme d'un objet , sans voir celle de ses vraies dimensions. Plusieurs observations que j'ai faites sur des dessinateurs , m'ont paru confirmer celles de Spurzheim , en pratique et en théorie. Je connais plusieurs peintres qui dessinent parfaitement , qui font même très-ressemblant , mais qui

DR PURFNOI.OGtF.

âJJi

donnent constamment à l'objet qu'ils dessinent ou trop , ou trop peu d'61endue, d'autres, au contraire, bien que très- médiocres , rendent exactement l'ùlondued'un objet.

Voici le moyen auquel j'ai eu recours pour apprécier le développement de cede faculté. J'ai donné à plusieurs dessinateurs le même sujet à représenter. J'avais choisi avec intention un dessin, afin de mesurer facilement les distances après l'exécution. Les dessinateurs étaient tous à la même distance : celui qui fit le dessin dans la proportion la plus voisine du modèle , avait évidemment la région indiquée par Spurzheim , c'est-à-dire la partie interne el supérieure du grand angle de l'œil, pi. XCI, fig. 2 , n" 16 , plus saillante que les autres. Chez la personne qui avait le moins bien réussi , la même région était évidemment moins saillante.

Je n'ai jusqu'à ce jour trouvé aucune occasion de faire des remarques chez les animaux , pour ou contre les faits reconnus chez l'homme pat Spurzheim.

§ ÏV.

Organe de 1î distance.

J'ai été conduit à la découverte de cette faculté , par l'observation des actes de certains animaux, et quelques faits recueillis chez l'homme. Je ne crois pas que l'on puisse confondre la faculté de l'étendue avec celle de percevoir la distance; l'une peut exister indépendamment de l'autre. Apprécier l'étendue ou le volume d'un corps, c'est avoir une idée de tous les points do sa surface; tandis que la distance consiste seulement dans l'intervalle qui existe entre deux points d'un corps , ou deux objets placés en diffèrent lieu. Je m'explique : î'aigle qui, du plus haut des airs, s'élance sur sa proie comme un trait, doit avoir, avant d'agir, une juste idée de la dislance qui le sépare de sa proie, pour ne pas tomber en deçà ou au delà. Le renard qui se jette sur une poule , la manquera certainement s'il n'a calculé juste l'intervalle qui l'en sépare. Un chasseur m'a dit avoir vu un renard qui, après avoir manqué une poule, répéta deux fois le même saut , afin de voir pourquoi il n'avait pas réussi dans son opération.

Comment certains oiseaux qui ne vivent que de poisson , et dont le bec est très-effilé , pourraient-ils saisir leur proie, s'ils n'avaient pas une juste idée de la dislance ? le chasseur qui tire sur une pièce de gibier , doit , pour réussir, avoir une juste idée de Tintervalle qui existe entre l'animal et le canon de son fusil. La faculté de la distance est indispensable aux oiseaux de proie. C'est elle qui constitue le bon chasseur : réunie à la faculté de la résistance, elle devient d'un secours précieux aux joueurs de quille et de palet.

En comparant les cerveaux du dinde et de l'aigle , j'ai remarqué une différence très-sensible dans le développement de la partie cérébrale placée en i , fig. 7 , pi. Ihis; celle-ci était bien plus arrondie el bombée sur le cerveau

(le l'aiglo que sur celui du dinde : il exi«4e, surtout entre les cerveaux des oiseaux do proie et ceux des granivores, une différence renaarquable sous ce rapport : d'où résulte, dans la disposition de la voûte crânienne , une différence de conformation sensible dans sa partie antérieure comparée chez ces deux classes d'animaux. On peut rapproclier la voûte du crâne de la buse et de l'effraie , fig. 7 et 8 , id. \A. , do celle de la poule , id. pi. , fig. 9. Que l'on examine le cerveau delà grande chouette, pi. LXXIII, fig. 5 , et l'on verra que la partie du lobe antérieur qui répond au point que je viens d'indiquer chez l'effraie et la buse , est très-arrondie. J'ai retrouvé la môme disposition chez le grèbe, pi. LU , fig. 1 ; le cormoran , pi. LV, fig. 1 ; le guillemot, pi. LIX, fig. 7; elle est très-apparente sur le cerveau de l'hirondelle, pi. LXXIII , fig. 9. Je la trouve encore très prononcée sur le cerveau des canards et des oies sauvages. Je crois que cette faculté donne aux oiseaux voyageurs une idée de la dislance parcourue. J'ai comparé ensemble quatre individus , dont deux étaient remarquables par leur adresse au tir et au palet, et les deux autres d'une grande maladresse pour ces exercices. Chez les deux premiers la région marquée 17 , pi. XCI , fig. 2 , était évidemment plus prononcée que chez les seconds. J'engage les plirénologisfes à répéter encore ces expériences. J'ai déjà dit que la faculté de percevoir la dislance devait être le caractère distinclif do certaines espèces ; tels sont les oiseaux de proie chez les oiseaux , le renard , le chat parmi les quadrupèdes : on sait avec quelle adresse et quelle justesse celui-ci saule d^un toit sur un autre. Le chamois qui se précipite d'un roc sur l'autre , et sur une place où il peut à peine mettre ses pieds, doit avoir la faculté de percevoir la distance dans un trèshaut degré.

Je connais un chasseur qui possède deux lévriers , bien différens pour la

^faculté de la perception de la distance : l'un manque toujours un lièvre ou

un lapin plusieurs fois avant de s'en emparer; il est très-rare, au contraire,

que l'autre fasse deux sauts pour le saisir. J'ai employé, mais vainemeni,

tous mes efforts pour me procurer le crâne de ces deux animaux.

Organe du sens géomOtriqtie.

Si l'on examine avec soin la manière dont volent ou marchent les animaux, on trouvera qu'il existe entre eux des différences assez remarquables. Les pigeons, les corbeaux , les alouettes , volent par troupe et sans aucun ordre; les étourneaux, les moineaux, les perdrix, sont dans le même cas. Il est d'autres oiseaux, au contraire, tels que les canards, les oies, les macreuses, qui marchent, nagent ou volent en suivant un ordre tres-régulier. Les macreuses forment souvent à la surface de la mer de longues lignes noirâtres ,

DB PllRENOLOQIB. 8615

d'une grande régularité. Toutes les personnes qui ont obscrv6 les oiseaux de passage dans leur vol , ont dû être frappées do ces espèces do figures géométriques que certaines espèces tracent dans l'air : le plus souvent c'est celle d'un triangle exlrèmeraent régulier. Celle manière do voler des canards, des oies et des cygnes, était connue dès la plus haute antiquité : Pline , dans son 23* livre, dit , en parlant de ceux-ci : liburnicnrum modo, rostrato impetu fcruntur , facilius ifàfindcntcs aéra, quàm si recta fronte itnpellorent : a tergo senslin dilatante se cuneo porrigitur agmen, largcquo impellcnti prashetur aiirœ; colla impommt prœcedentlh us ^ fcssos duces ad terga recipiuîit.

Personne , avant moi , n'avait cherché à démontrer que cette faculté dépendit d'une organisation spéciale. Les fails que j'ai recueillis à ce sujet me paraissent assez nombreux pour être à l'abri do toute attaque.

Avant d'indiquer le siège de l'organe du sens géométrique à la surface du crâne chez les oiseaux, je dois faire remarquer que je divise la partie antérieure du bord orbilaire en quatre régions, à partir de dedans en dehors, c'est-à-dire du point x au point y (}). Si de ces quatre régions, comprises entre ces deux points , on examine avec soin celle indiquée par le n" 18, pl.XCIII, fig. -4 , on la trouvera très apparente , sans aucune exception, chez toutes les espèces qui voyaient en décrivant des figures géométriques. Je ci. terai comme exemple de ce mode d'organisation , le canard sauvage , pi. LI , Ç\'j,. 4 ; l'oie sauvage , id. pi. , fig. 1 ; le canard pilet, pi. LUI , fig. 1 ; le morillon, id. pi., fig. 2; lo cravant , le souchet et la beruache , id. pi., fig 3, 4 et o.

La même organisation se retrouve encore chez les macreuses, pi. LII, fig. 2 et 3 ; le grèbe , le canard silïleur et la sarcelle , id. pi. , fig. 1, 5, et 4. La pi. LXXII représente cinq cerveaux appartenant à des oiseaux possédant la faculté en question dans un assez haut degré.

Tous les crânes que je viens de mentionner , contrastent d'une manière reniarquable dans le point que j'ai indiqué , avec ceux des oiseaux qui volent irrégulièrement; tels sont les corbeaux, les goélands, les pigeons, etc.

Tous les animaux qui mettent dans leur manière de marclier , de voler ou de nager, un certain ordre, ont cet organe plus ou moins développé. Je l'ai trouvé chez l'oie et le canard domestique, bien que moins prononcé que chez les individus sauvages du même genre. Je crois que c'est cet organe qui contribue à rendre le cerveau du hareng plus largo dans sa partie antérieure (2) : on sait que ce poisson nage par bandes assez régulières. C'est encore le même organe qui donne au crûno du lemning une forme carrée. (Voir la fig. 8 de la pi. XXIX.) Les personnes qui ont lu l'histoire de oe rat de la Norwège , savent que ce petit animal voyage dans uu ordre de bataille admirable.

', 1 > Voir la fisiin- i lie la pi. \( ill. {-i) Voir lafisurc 7 Uc la pi. l.VXI.

3o6 TRAITE

La facuUë que j'ai découTerle chez les animaux , existe-t-e11e aussi chez l'homme , et contribue-t-elle à former, seule ou réunie à d'autres, le talent du géomètre? c'est ce que j'ignore : c'est au temps et à l'expérience à nous instruire sur ce point.

Page 1