‹ Traité de phrénologie (volume 2)Chapitre 58 sur 78 · S VI · texte numérisé non relu

S VI

Organe de la résislaHce. — Organe appréciant la densité des corps.

Gall n'a rieu dit de cette faculté et de son organe , que Spurzheim donna d'abord comme probable, et dont l'existence n'est plus contestée maintenant. Non-seulement j'ai découvert cet organe chez les animaux, mais je crois avoir donné à l'histoire de cette faculté un plus grand développement, en l'appliquant à plusieurs vertébrés , et en faisant voir le rôle important qu'elle joue dons les actes des espèces qui en sont pourvues dans un haut degré. Spurzheim désigne cette faculté sous le nom de pesanteur; mauvaise expression, puis, qu'elle indique cette loi générale en vertu de laquelle les corps gravitent les uns vers les autres. Un phrénologisle distingué d'Edimbourg , M.-G. Mackenzie , a proposé le mot résistance , expression préférable en la prenant dans ]à vrai sens que l'on doit y attacher , c'est-à-dire comme la faculté qui nous permet d'apprécier la densité des corps qui nous entourent.

La faculté de saisir la résistance des corps ou leur densité, est loin d'être perçue de la même manière par tous les individus de la même espèce ou d'espèces différentes. L'oiseau de proie qui veut s'emparer d'un animal , ne doit pas seulement calculer la distance qui l'en sépare , mais encore développer une force d'ailes égale à la résistance de l'air qui l'environne. Les hirondelles, les martinets , les frégates , parcourent dans l'air des dislances incroyables. Comment pourraient-elles, sans une juste appréciation de la résistance de ce fluide , donner à leurs mouvemens cette régularité et cette grace qui nous étonnent ? Voyez la cresserelle qui plane au-dessus et à une très-grande hauteur d'un mulot qu'elle veut saisir ; la rapidité de ses ailes est telle qu'elle parait presque immobile : en un clin d'œil elle se laisse tomber comme une pierre, s'empare de sa proie et s'envole en exécutant des mouvemens bien différens de ceux qu'elle avait d'abord employés.

La faculté de percevoir la densité de l'air, devient surtout indispensable aux oiseaux qui sont obligés de franchir des espaces considérables : tous ne doivent ils pas modifier leur vol , suivant la direction et la deusitè de l'air ? comment les oiseaux palmipèdes pourraient-ils nager avec facilité , s'ils n'avaient pas dans leur cerveau une perception exacte de la résistance que leur offre le liquide qui les supportent? Qui n'a observé les mouvemens si légers et si gracieux du cygne , résultant en partie de la juste appréciation de la résistance qu'il oppose à l'eau avec ses pattes, et à l'air en déployant ses ailes comme les voiles d'un navire ? n'est-ce pas la même faculté de percevoir la

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rcsislance des corps, qui contribue à rendre le pas des chevaux et des mules plus ou moins sur? n'est-ce pas elle encore qui fait déployer à quelques animaux sauteurs , un degré de force égal à l'espace qu'ils ont à franchir ? Quelle différence ne reraarquc-l-on pas entre quelques hommes, sous le rapport de certains exercices dans lesquels la perception de la résistance est nécessaire? Comment se fait-il que de deux frères , l'un excelle dans les exercices de la natation , du saut , du patin , etc. , tandis que l'autre peut à peine se tenir en é<}uilibre sur la glace , ne peut jamais apprendre à nager? J'ai connu dans mou pays une famille composée de quatre garçons ; tous , dès l'âge le plus tendre, nioutraient une disposition étonnante à exécuter avec grace toutes sortes d'exertiees : ils excellaient surtout dans l'art de monter à cheval , et seraient devenus au besoin d'excellcns équilibrisles. Je connais, au contraire, plusieurs personnes d'une maladresse étonaante pour les exercices du corps : l'une, entre autres, est d'une telle gaucherie , qu'elle a été renvoyée de la garde nationale pour le seul motif de son défaut de tournure : rieu de plus comique effectivement que tout son ensemble.

J'ai consulté plusieurs personnes remarquables pour bien patiner , danser avec grace, faire toutes sortes d'exercices du corps avec facilité, et je n'en ai pas rencontré une seule qui ne jouât bien au billard, et n'excellât dans les exercices dans lesquels il est nécessaire d'apprécier la résistance des corps. Chez toutes j'ai trouvé la région marquée 19, pl.XCI, flg. 2, trés-dèveloppée.

Chez tous les oiseaux de proie , tels que les aigles , les chouettes , j'ai trouvé qvw la région marquée 19, pi. XClîI , fig. 4, était très-saillante. Il en est de même chez l'hirondelle, le martinet, chez tous les oiseaux voyageurs sans exception , et chez les oiseaux plongeurs. On peut consulter à cet égard les crânes des animaux de ces diverses classes représentés dans mon atlas. Je suis Ires-disposé à croire que c'est celte faculté qui est mise enjeu dans les oiseaux dits culbitans : on sait que ces pigeons s'élèvent d'abord à une grande hauteur , et font ensuite plusieurs tours sur eux-mêmes à la manière des saltimbanques.

Dans tes quadrupèdes, la région indiquée par le n» 19, fig. 1 , pi. XCII, est celle qui me parait être le siège de cette faculté. Elle est très-apparente citez le chat : c'est celle partie du cerveau qui contribue à renfler la partie antérieure et moyenne du crâne de l'écureuil. J'ai trouvé cet organe très-promuicé sur le crâne des chauves-souris. Je regrette vivement que les bornes imposées à mon ouvrage ne me permettent pas d'insérer ici un travail sur la faculté de la résistance, présenté à la Société phrénologique d'Edimbourg , par l'un de ses membres les plus distingués, M. James Simpson : on le trouvera consigné dans le 2" vol. du journal publié par cette Société. L'auteur ne s'est pas contenté de recueillir plusieurs faits trcs-remarquables sur cette faculté , il en a encore fait l'analyse avec un esprit de logique et d'observation qui lui fait infiniment d'honneur. 11 a surtout démontré par la théorie et l'expérience, que cette faculté existait à un haul degré eliez les personnes qui s'occupaient

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de dynamique, cl s'appliquaient ù saisir les divers degrés de force» mécaniques.

S vn.

Organe Ues localités. — Faculté de s'orienter.

Voilà sans contredit une faculté dont l'existence est bieu connue de tout le monde , et dont jusqu'à Gall , aucun philosophe ou naturaliste n'avait donné une solution satisfaisante. Si ce médecin a bien précisé chez l'homme la partie du système nerveux cérébral qui est le siège de celle facullé , il n'en est pas de même de son application au système nerveux et aux crânes des animaux vertébrés , chez qui il commet des erreurs très-graves que je ferai connaître lorsqu'il sera question d'appliquer la phrénologie.

C'est un spectacle vraiment admirable et bien digne de fixer l'altention d'un esprit réfléchi, que celui de ces peuplades d'oiseaux voyageurs , qui peuvent sans aucune espèce de boussole , traverser dans l'air des espaces de quatre, cinq et six cents lieues, et revenir au point d'où elles étaient parties. Ce phénomène avait paru si extraordinaire à quelques savans , qu'ils l'attribuèrent à un sixième sens dont ils ne démontrèrent pas l'existence. Que d'hypothèses n'a-t-on pas inventées pour expliquer cet acte, qui paraît tenir du prodige ? les uns prétendaient que si les chiens revenaient facilement chez leur maître, c'était parce que celui-ci avait laissé dans l'atmosphère des émanations qui servaient de guide à l'animal ; cependant , comme il n'èlail guère supposable que ces émanations existassent encore après deux mois d'absence, el que l'on avait vu des chiens revenir après une époque bien plus éloignée, il fallut rejeter cette opinion. J'ajouterai que les chiens ne sont pas les seuls animaux qui s'orientent facilement : les oiseaux qui retournent à leur ancienne demeure après six mois d'absence , n'ont pu trouver dans l'atmosphère des émanations qui servissent à les diriger.

Quelques personnes crurent pouvoir expliquer la faculté de s'orienter chez les oiseaux, par leur seule posilion élevée dans l'air, qui augmentait ainsi, disait-on , le champ de leur vue : je conçois facilement comment la vue peut èlre nécessaire pour reconnaître les lieux où l'on veut s'arrêter; mais je nie formellement qu'elle soit absolument nécessaire pour s'orienter. Je citerai à cet égard une observation qui me paraît sans réplique. Il m'est arrivé plusieurs fois d'entendre passer au-dessus de moi, à une Irès-grande hauteur, el par la nuit la plus obscure, des bandes d'oiseaux voyageurs. J'ai vu des chiens et des chevaux retrouver leur chemin nonobstant la plus grande obscurité.

Des naturalistes ont supposé que les fleuves pouvaient servir de boussole aux oiseaux voyageurs ; mais celle opinion me paraît tout a fait gratuite. Il est impossible que par une nuit très-obscure, les oiseaux puissent distinguer les rivières : d'ailleurs quand ces animaux traversent un espace de plusieurs cenlaines de lieues, placés entre l'air et une plaine liquide sans limites, je

DC PHRÉNOLOQIB. ^^9

voudrais bien savoir quels sont les objets qui peuvent leur servir de boussole; cepeudaul ils ue s'écartent point de la roule qui doit les conduire aux lieux qu'ils vont habiter. Deux facultés dont j'ai découvert les organes chez les oiseaux voyageurs, la dislance el la résistance, me paraissent jouer un trèsgrand rule dans la faculté de s'orienter que possèdent ces animaux. La prenaière , en leur donnant la conscience de l'espace parcouru ; la seconde , en leur faisant probablement apprécier la direction des vents. Je considère ces observations que personne n'avait faites avant moi, comme propres à éclairer l'histoire de la faculté que je traite maintenant.

D'autres naturalistes ont prétendu que l'attrait que les oiseaux voyageurs auraient pour certains pays , sérail la cause de leur voyage. Georges Le Roi , en réfutant cette opinion , prétend que l'incommodilô de la température , qui ne convenait plus à la conslilulion de l'animal , a donné lieu de proche en proche aux émigrations, que le lemps a fini par régulariser. Il ajoute que l'époque des voyages est précédée, chez les oiseaux, de réunions nombreuses, destinées, selon lui , à donner des renseignemens el des inslructions aux jeunes oiseaux sans expérience. Ces faits cités par Georges Le Roi sont exacts ; seulement rien ne prouve que leur voyage soit l'objet de leur babil. D'ailleurs il existe plusieurs espèces d'oiseaux qui vivent par couple , qui se séparent de leurs petits avant l'époque des voyages; et cependant ceux-ci ne retrouvent pas moins bien leur route.

Quant à l'influence du climat, considérée par Georges Le Roi comme cause de voyages, je la crois fondée , el tout ce que Gall a dit pour la réfuter ne me parait que spécieux. Voyons quelles sont les objections que Gall considère comme victorieuses.

« (!) Georges Le Roi a oublié complètement que les animaux voyageurs retournent au printemps dans le pays qu'ils avaient quille en automne. Qu'estce donc qui les force à quitter un climat où ils se trouvaient bien pendant que l'hiver régnait chez nous , et où ils pourraient se trouver bien tout le long de l'année ? S'il était vrai que l'incommodité d'une température qui ne convenait plus à la conslilulion de l'animal , eût donné lieu à l'émigration , cette incommodité les engagerait, tout au plus , à fuir le climat dont la température les incommode , pour en chercher un plus doux ; mais nullement à revenir, nonseulemenl dans le même pays , mais encore dans le même lieu qu'ils ont quitté : ce que nous voyons cependant arriver.

Si c'était l'inclémence de la saison qui inspirât aux animaux voyageurs le penchant à émigrer , pourquoi le froid le plus rigoureux pendant lequel les moineaux, les perdrix, les corneilles gèlent en l'air , ne les détermine-t-il pas à émigrer dans des contrées plus méridionales?

On dit que c'est le défaut de nourriture qui force les oiseaux d'émigrer ; mais dans ce cas, qui est-ce qui les engage à revenir au printemps, puisque dans

(l) Call , vol. 4 .(!dit. in-S", page 4 4'i.

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le pays où ils s'étaient retirés, ils trouveraient à manger toute l'année ; du reste, les oiseaux émigrent Lien avant le temps où la nourriture viendrait h leur manquer. »

Observation.

Tout ce passage de Gaîl me paraît abonder en raisonnemcns spécieux, et pèche y)ar l'inexactitude des faits , qui paraissent en conlradiclioo avec ce que l'expérience nous déraonlre. Si Gall avait voulu se donner la peine d'étudier avec plus de soin les mœurs des oiseaux voyageurs , il eût pu se convaincre que l'inclémence du climat peut avoir une grande influence comme cause délerrainanle des voyages, en privant les oiseaux des substances dont ils font leur nourriture. Si nous examinons quelle est l'époque de l'année , et sous quelle influence les myriades d'oiseaux voyageurs viennent dans nos climats, nous verrons que c'est lorsque le froid du Nord vient flétrir les végétaux, ou donner la mort à une multitude d'insectes dont ces animaux faisaient leur nourriture. 11 est si vrai que la temperature a de l'influence sur les transmigrations des oiseaux, qu'en Normandie où il en passe beaucoup , leur quantité est toujours en raison de l'intensité du froid. Il n'y a pas un seul chasseur qui ne sache cela parfaitement. Le froid se fait-il sentir de bonne heure , l'arrivée du gibier se trouve avancée. C'est ordinairement vers la miaoût, que plusieurs oiseaux de passage viennent sur les côtes de la Normandie ; mais ils ne sont encore qu'en très-petit nombre comparativement aux grandes volées, qui n'ont ordinairement lieu qu'en décembre , janvier et février. Pourquoi donc celte différence de nombre chez les individus de la même espèce? c'est qu'en août une multitude d'oiseaux trouvent encore à vivre dans les pays septentrionaux, tandis que plus tard l'extrême froid les prive tout à coup de nourriture, et les force d'émigrer dans un climat plus tempéré.

Que les premiers froids , qui ont lieu dans notre climat vers la fin d'octobre ou au commencement de novembre , se fassent sentir quelques jours plus tôt, et vous ne verrez pas une seule hirondelle ou un seul martinet. El comment en serait-il autrement? De quoi se compose la nourriture de ces oiseaux? d'une multitude de petits insectes voltigeant dans l'atmosphère : tant que la fraîcheur des nuits ne les a pas fait disparaître, les hirondelles ne quittent pas. Le nombre de ces insectes vient-il à diminuer? toule la troupe ailée se met aussitôt en roule. Mais, objecte Gall , pourquoi les oiseaux, qui restent jusqu'au printemps, retournent-ils dans le pays d'où ils étaient venus, puisqu'ils trouvent alors tout ce qui est nécessaire pour leur nourriture? Et qui vous a prouvé , rèpondrai-je , qu'ils trouvent alors tout ce qui leur est nécessaire ? Avez-vous assez étudié leurs habitudes , leurs mœurs, leurs goûts, pour savoir si quelques autres motifs , tels que l'attachement pour les lieux qui les ont vus naître, tel ou tel aliment, n'ont pas une influence sur leur

DE rHUÉNai.OGIE. 'Mil

peuchant à éinigrer? Vous Jemandez pourquoi l'iaclùineiicc de la saison, «jui détermine certains oiseaux à éniigrer, ne produit pas le même effet sur les moineaux, les perdrix et les corneilles qui , dites-vous , gclciil en l'air.

A cela je répondrai que ni les moineaux , ni les corneilles ne gèlent en l'air pendant l'hiver : que tous ces oiseaux, malgré les froids rigoureux , trouvent à vivre et à s'abriter. J'ai ouvert beaucoup d'estomacs de perdrix grises tuées pendant des hivers très-rigoureux, et je l'ai trouvé rempli de feuilles de blé qu'elles vont chercher sous la neige.

Voici une observation que j'ai constatée deux fois , et qui prouve que la température a de l'influence sur l'émigraliou des oiseaux. Tous les ans , des pigeons ramiers viennent habiter les grands marronniers des Tuileries , et y faire leur couvée : ils y restent jusqu'à l'époque où l'on ressent les premiers froids. Si l'hiver est très-doux, ainsi que cela a eu lieu en ISVù, ces oiseaux ne quittent pas le jardin : il n'en est pas de même si l'hiver est rigoureux; on n'en voit pas alors un seul. J'ajouterai enfin, pour soutenir mon assertion , qu'il est bien connu en Suède , que lorsque les rivières et les lacs viennent à manquer d'insectes par l'effet du froid, les oiseaux commencent à craigrer (1). Si le froid se manifeste en Suède et en Finlande un peu plus lût que de coutume, l'émigration se trouve aussi avancée.

Je ne répondrai rien aux autres observations de Gall , parce qu'elles uo m^ paraissent pas même spécieuses.

Voulant éviter avec soin toute citation qui ne serait qu'un vrai rerapiissagy sans donner plus de corps à mon travail , je vais résumer ici ce qui se rattache à la faculté de reconnaître les lieux. Je passerai ensuite au siège de sou organe chez l'homme et les animaux :

1° La faculté de reconnaître les lieux est une des plus précieuses que les animaux aient reçue en partage , puisque sans elle les oiseaux n'auraient jamais pu retrouver leurs nids, et les bêtes, leur demeure ;

2<» La faculté de reconnaître les lieux, bien qu'appartenant à tousles ;inimaux , ne leur a pas été accordée au même degré. C'est à cette différence (j;j'il faut attribuer ce phénomène si remarquable, qui fait qu'après cinq et six mois d'absence d'un endroit, certaines espèces d'oiseaux et de quadrupèdes peuvent y revenir facilement;

3» Le développement considérable de l'organe des localités n'est pas la seule cause des voyages chez les espèces qui éraigrent , l'inclémence du climat ou d'autres circonstances encore peu connues peuvent en être la cause déterminante ;

4° Indépendamment de la faculté de reconnaître les lieux , deux facui:és dont Gall n'a poiut parlé peuvent aider puissamment les oiseaux émigrans

(l) les lacs , les rivières et les élangs de la Norwége, de la Siièdc et de la Finlande, se trouvent couverts, à l'époque où les oiseaux y arrivent, d'une multitude effrayante de moucherons et d'iusectes. ; Acerbi , voyage en Suède).

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dans leur voyagea ces facullôs sont la distance, la rosistancc, et peut-èlrc une autre faculté dont il me reste à faire l'histoire, le temps.

Siège lie l'organe des it>oalitOs chez rintrunic.

Chez les eufans et les personnes adultes, dont le crâne est dépourvu de sinus frontaux , il est (rés-facile d'apprécier à l'exlôrieur l'organe des localités; il se présente sous la forme de deux saillies oblongues, placées sur les parlies latérales de l'organe de la perception do la substance , pi. XCI , fig. 2 , n 20, et sur le point où correspondent les sinus frontaux.

Les personnes peu familiarisées à l'application de la phrénologie au cràniî humain , confondent presque toujours la crèle formée par la table externe du frontal avec l'organe lui-même. C'est sans doute ce qui arriverait à un débutant en crânioscopie , en jetant les yeux sur le crâne représenté fig. 1 , pi. C. Ici , non-seulement l'organe des localités se trouve masqué par la table externe, mais encore tous ceux qui correspondent à l'arcade orbitaire , depuis l'angle externe jusqu'à l'interne. Quand la région, placée au point où se trouvent les sinus frontaux, est douce et arrondie, c'est une preuve que l'organe est assez développé.

Si(?ge lie rorgane des localités chez les animaux.

Je|commencerai paroles oiseaux, parce que c'est dans cette classe quo l'on rencontre le plus grand nombre d'animaux possédant à un haut degré la faculté de s'orienter. Il faut que Gall se soit borné à une étude bien superficielle da crâne et du cerveau des oiseaux voyageurs, pour s'être exprimé ainsi : « l'organe des localilés est trop difficile à distinguer chez les petites espèces d'oiseaux voyageurs , et l'on pourrait môme le confondre avec l'organe de l'amour de la progéniture. » (Gall, pag. 49, 4= vol., édit, in-S".) C'est absolument comme s'il était possible de confondre les yeux avec les oreilles , car , ainsi que je vais le démontrer , il n'existe aucun rapport de situation entre les deux organes.

Mais quels sont les cerveaux ou les crânes d'oiseaux voyageurs, sur lesquels Gall a représenté le siège de l'orgaue des localités ? Je n'en trouve pas un seul dans son allas. Seulement il a fait représenter au trait , pi. LVII , fig. 7 et 6, deux tôles de canards : sur le n" 6 qui représente celle du canard sauvage , il a mis sur le crâne une ligne ponctuée circonscrivant , selon lui , l'organe des localités. Gall ne pouvait manquer de comprendre cet organe dans cette ligne , car elle embrasse toute l'étendue de l'os frontal , et consèquerament 7 à 8 organes.

Afin de bien préciser le siège de l'organe des localilés chez les oiseaux , j'aurai recours à une division des oiseaux qui permettra de mieux l'apprécier à la surface du crâne chez les diverses espèces.

DE PJIRÉNOLOGIE.

Zd'i

Il faut d'abord se rappeler que la faculté de reconnaître les lieux appartient à tous les oiseaux , puisqu'ils retrouvent très-bien leurs nids dans les bois les |)liis fourrés. D'un autre côté , j'ai dit qu'il exfstait certaines espèces qui pouvaieul s'orienter en francliissant des espaces immenses.

On peut, je crois, diviser sous ce rapport les oiseaux eu trois grandes classes.

1» Ceux qui vivent dans un rayon assez circonscrit , tels sont les faisans, les perdrix , les moineaux , les paons , etc.

2» Ceux qui vivent par troupes ou isolés, et changent seulement de provinces à l'approche de la mauvaise saison , tels sont lesétourneaux, les tourterelles , les ramiers , les grives et les alouelles ; celles-ci arrivent par milliers en Normandie lorsque les premiers froids se font sentir en Bourgogne.

Enfin vient la troisième classe, celle qui constitue la famille des oiseaux voyageurs proprement dits, ou de passage, parlant et revenante des époques périodiques. On peut former , relativement à notre climat , deux grandes sections de celte dernière classe : l'une composée des oiseaux d'été, l'autre dt-'s oiseaux d'hiver. Voici deux listes des oiseaux appartenant à ces deux seclions, dont j'ai fait représenter quelques cerveaux et tous les crânes.

OISEADX VOYAOECRS

d'été.

I« concou , pi. XLVn , fig. 2.

l'hirondelle, id. pi. , fig. 4.

le marlinet, id. pi. , fis. I.

la huppe , Id. pi. , Og. 3.

la fauvette à tête noire , ni. pi., tlg. 5.

Lcngoulevent, pi. LXIIl, fig. 3.

!e loriot , pi. LXXII , fig. 5.

le râle de genêt , id. pi. , fig. I.

la caille, pi. IXVI , fig. 2.

la pie grièche rousse , id. \>\. , fii4. 3 .

OISEAUX VOYAGEUns

d'hiver .

r.a bécassine pi. XLVlII , Og. 5 ,

La bécasse, id. pi. , fig. I.

Le grand courlis , id pi. , fig. 3,

La large aboyeuse, id. pi. , fig. 2.

1,'oie saiivage commune, pi. t.\ , Ci^.

le canard sauvage , ici. pi., fig. 4.

le canard pilet , pi. LUI , fig. l .

Le morillon , id. pi. , fig. 2.

Le cravant, id. pi., fig. 3.

Lesouchet, /V/. pl.,flg. 4.

La bernache , id. pi. , fig. S.

Le pluvier à collier, pi. L, fig. 1 .

La petite m.iiibcse , ni. pi. , Tig. 2.

Le moyen courlis, id. pi. , fig, 3.

te bécasseau , i<t. pi. fig. 4.

L'huîtrier, id. pi., fig. 5.

Le grèbe , pi. LU, fig. 1.

Les macreuses , td. pi. , fig. 2 et fig.

La sarcelle . id. pi. , fig. 4.

le canard sidlcur , id. pi., fig. û.

La spatule, pi. XLV, fig. I.

Le cygne sauvage, id. pi. , fig. 2.

La cigogne, id. pi. , ûg. 3.

La grue coraniune, pi. XLIX , flg. 3.

I/os frontal des oiseaux peut présenter deux caractères bien différensdans la partie antérieure et externe, c'est-à-dire celle qui s'étend de i en d, et qui forme l'arcade orbitairc (voir la fig. 1 au trail, pi. XVII) : ou cette partie est déprimée et aplatie , ou bien elle présente une espèce de renflement assez

considérable. La première disposition se remarque chez les corbeaux, pi. LIX, fig. 1 ; la corneille, pi. XLIV, fig. 3; la pie, id. pi., fig. 4 ; la buse , pi. LXIX, fig. 2; la cresserelle, pi. LIV, fig. 2; l'aigle, id. pi., fig. 3; le coucou, pi. XLVII , fig. 2 ; la huppe, id. pi. , fig. 3 ; le martinet, id. pi., fig. 1 ; les hérons, pi. LV, fig. 2 et 4.

Chez les canards , le grèbe , les oies et les cygnes sauvages , ce rebord orbilaire est arrondi et renne , comme s'il était souillé de dedans en dehors. Il pré ente chez ces espèces quelques rugosités , probablement dues à la présence d'un corps glanduliforme (glande deHarderus).

Dans toutes les espèces où le bord orbitaire est déprimé , c'est derrière» el dans le point marqué 20, pi. XCIÎI, fig. 4, qu'il faut chercher l'organe des localités. Il est facile de voir que cette partie se trouve sensiblement renflée sur le crâne de l'hirondelle, pi. XLVII, fig. 4 ; du martinet, id. pi. , fig. ]; delà huppe, id. pi., fig. 3; du coucou, iJ. pi., fig. 2; de l'engoulevent, pi. LXIII, fig. 3 ; enfin chez tous les oiseaux voyageurs d'été compris dans la liste que je viens de présenter. Il est digne de remarque que chez toutes ces espèces le rebord orbitaire est mince et déprimé à sa partie la plus externe.

Dans plusieurs espèces d'oiseaux voyageurs d'hiver, nous trouverons une différence de conformation assez remarquable pour être signalée. Chez toutes les oies et les canards sauvages , dont j'ai fait représenter dix espèces dans mon atlas , le rebord orbitaire est arrondi et bombé. Que l'on se rappelle ce que j'ai dit de l'organe du sens géométrique , et l'on ne sera point surpris de trouver ici un tel mode de conformation. Toutes ces espèces, sans exception, ont la faculté de tracer en l'air des figures géométriques. Le grèbe, la famille des c'urlis el les barges , sont aussi dans le même cas : aussi la région marquée 1 8, lig. 4 , pi. XCIII, est-elle bien prononcée sur leur crâne. Une disposition contraire se remarque chez les oiseaux voyageurs d'été.

Il n'existe pas d'oiseaux chez qui l'organe des localitésse distinguemieux à la surface du crâne que chez la bécassine. Cette disposition est due, d'une part , à l'extrême développement de cet organe chez cet oiseau, de l'autre, au peu d'épaisseur de son crâne , surtout dans la région frontale (1).

Toutes les personnes peu familiarisées avec l'anatoraie du crâne et du cerveau des oiseaux, prendront les deux masses situées en arrière des orbites et occupant tout le frontal de la bécassine, pour les organes des lieux : l'erreur est d'autant plus facile à commettre , que le crâne de cet oiseaux, placé entre

Cl ) n est digne de reni.irque tjue les bécassines sont , de tous les oiseaux voyageurs, les plus rOiLTnaiLS. Voici ce que je trouve à ce sujet dans le i' vol. du Voyage de Cook , édit. in-4° , MDCCIXXIV, Paris. l\ est question du gibier qui se trouve à Batavia.

a Eu général, le gibier volant y est assez rare ; nous avons aperçu une fois dans les champs un canard sauvage , mais nous n'en avons jamais vu d'exposés en vente : nous avons souvent vu des bc^cassines de deux espèces, dont l'une est exactement la même q'ie celle d'Europe : il est à remarquer que les bécassines se trouvent dans be.Ticoup plus de pays du monde qu'un autre oiseau. F.Hes sont communes â certaines Cpoques dans toute l'Europe , VAsie, l'Afrique et 1 Amérique.

DE FHBÉNOLOGIE. 365

l'œil el la lumière, laisse apercevoir deux masses communes. L'expérience et un grand nombre de comparaisons , m'ont cependant démontré que ces deux masses renferment plusieurs organes, et que le point marqué 20 sur lecrûne dn corbeau, pi. XCIII, fig. -4, est celui qui correspond aux organes des lieux. Celle partie est généralement très-renflée chez tous les oiseaux voyageurs; on peut comparer comme contre épreuve le crâne du dinde, pi. LI, fig. o ; de la perdrix , pi. LXII , fig. 6 ; du faisan , pi. LVI , fig. 1 ; du héron , pi. LV , fig. 2 , tous oiseaux sédentaires.

On peut encore comparer ensemble, afin de bien saisir la différence d'orgaî!i«:ation, deux individus du même genre; le crâne du canard domestique et celui du canard sauvage, pi. LI, fig. 3 et -4; celui de l'oie domestique et de l'oie sauvage , id. pi. , fig. 2 et fig. 1 .

Bien que la différence entre ces espèces soit frappante, on aurait tort de supposer que chez l'oie el le canard domestiques , l'organe des localités soit peu développé; il l'est au contraire à un degré très-remarquable : c'est là ce qui explique comment ces oiseaux reviennent facilement, de très-loin , aux lieux où ils résident. La pi. LXXII représente autant de cerveaux d'oiseaux voyageurs : chez îous, sans exception, la région moyenne antérieure répondant au nombre 20 , fig. -4 , pi. XCIII , est très-saillante. On retrouve la même di^posilinn sur le cerveau de l'hirondelle, pi. LXXIII, fig, 9 ; de l'huîtrier, id. pi. , fig. 6. J'ai rencontré, chez des oiseaux de la même espèce , un état de développement de l'organe de localités assez remarquable et que je ne puis passer sous silence.

Un chasseur me donna un jour une têle de canard sauvage , en l'accompagnant d'une observation que j'avais déjà entendu faire plusieurs fois. C'est que cet oiseau se trouvait à la têle du Y que la troupe traçait en volant. J'avais ouï dire, me dit ce chasseur , qu'il se trouvait toujours un chef chargé de conduire les autres; ainsi vous pouvez compter l'avoir , car j'ai la convielion de l'avoir tué. L'année suivante, je reçus encore une tête d'un canard placé à la tête de la troupe. Mais ce qu'il y a de vraiment curieux , c'est quo sur trente crânes de canards sauvages qui font partie de ma collection , ce sont les seuls qui présentent , dans le plus haut degré de développement , les organes de la dislance , de la résistance , du sens géométrique et des localités. Ce cas est-il accidentel? est-il , au contraire, la suite d'un développement plus considérable des organes que je viens de ciler chez les individus de la môme osnéce , développement qui changerait en certitude l'hypothèse d'un chef ou d'un oisefiu instructeur chez quelques espèces sauvages? C'est ce que j'ignore , mais le fait n'en est pas moins exact.

Dans les petits quadrupèdes l'organe des localités est très-facile à reconnaître , lorsque le crâne offre peu d'épaisseur : c'est ce que l'on peut voir sur le crâne de l'écureuil, pi. XXXVII , fig. 1 ; du lemming de la Norwége, fig. 7 et 8 , pi. XIX : ce n'est pas le point indiqué par le n" 4 , id. pi. , fig. au trait» qui est le siège de l'organe des localités , mais celui qui est en dedans de ce no

La region 4 est affectée au sens géométrique , et sous ce rapport , le crâne de ce rongeur présente une grande ressemblance avec celui des oiseaux qui voyagent eu trarant des figures dans l'air. Je ne puis rendre l'impression agréable que j'éprouvai après avoir découvert cette faculté et le siège de son organe chez les oiseaux, lorsque je vis pour la première fois le crâne du lemming, chez qui je rencontrai une organisation semblable et la même faculté , d'après la description que Linné nous a donnée sur ces animaux. Les lemmings, dit ce célèbre naturaliste, voyagent par troupes immenses qu'aucun obstacle n'arrête : on les voit descendre par milliers des montagnes de la Norwége et du nord de l'Europe , à certaines époques, qui , quelquefois , n'arrivent guère qu'une fois tous les huit ou dix ans. Ils descendent en nombre incroyable des Alpes du nord , où sont construits leurs terriers dans les plaines voisines ; ils marchent rangés en bataille, les files serrées, laissant leur passage marqué par un chemin de la largeur qu'occupe la troupe. {Linnœus, Systema naturœ).

Cliez le chat , la circonvolution placée derrière le n» 2 , fig. 2 , pi. LXXV, est l'organe des localités. Celle circonvolution est plus distincte sur la fig. 3 , id. pi. , parce que celle qui se trouve en devant est bien séparée de celle des localités.

Le crâne de la chatte représenté en bas et à gauche, pi. XXXIII, peut servir de modèle quant au développement de l'organe des localités. Bien que Irès-jeune et portée dans un panier à plus d'une demi-lieue, elle revint à sa première demeure : trois heures après son transport elle était de retour.

Le crâne du chien représenté pi. XXIII, fig. 2, est celui d'un barbet femelle, ayant appartenu à un Anglais qui habitait Caen en 1827. Obligé d'aller passer quelques jours à Rouen , il emmena sou chien avec lui et dans une voiture. Le chien perdit sou maître dans cette ville , mais trois jours après il revint à Caen (1).

L'organe des localités est énorme chez ce chien : il donne lieu à cette saillie qui se remarque au-dessous de la crête qui va se terminer à l'angle orbi taire. La circonvolution marquée -i , fig. 6, pi. LXXV, est l'organe des localités chez cet animal. On peut comparer , quant à la différence de développement de cette partie cérébrale, les deux cerveaux représentés pi. LXXI, fig. 1 et 2 (2). Celui de la fig. 1 appartenait à une chienne très-remarquable par sa facilité à retrouver les lieux : il s'en fallait de beaucoup que l'autre s'orientât aussi aisément; il lui arrivait même très-souvent de se perdre. (Ces deux animaux étaient de même âge et de même espèce).

L'organe des localités est très-apparent chez le renard , où il occupe la même place; en se confondant avec un autre organe, il donne lieu, chez cet animal, à ce renflement qui se remarque au-dessous de la crête qui va se rendre à l'angle orbitaire externe. Ce grand développement de l'organe des

(1) On compte 30 lieues de Rouen à caen.

(2) Il y a erreur dans le teste anglais, le n» l est Téiiagneul femelle , et le n'^ 2 Pépagneul mâle.

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localités chez le renard , rend compte de sa facilité à retrouver les provisions qu'il a l'habitude de placer tantôt sous la neige, tantôt sous la mousse ou dans les buissons.

La faculté de reconnaître les lieux est très-prononcée chez les chevaux el les ânes. Je rencontrai un jour, el dans un des quartiers les plus fréquentés de Paris, quatre de ces ànesses que l'on a l'habitude de traire dans les maisons. Comme elles étaient seules , je fus curieux de les suivre pour savoir jusqu'où elles pourraient aller sans aucun guide. Après avoir parcouru la rue Saint-Denis , elles traversèrent le boulevard , et se dirigèrent vers le Château d'Eau; elles en étaient assez près quand je vis arriver leur conducteur : le drôle s'était amusé à boire chez un marchand de vin. Je lui demandai pourquoi il avait quitté ses ànesses, qui auraient pu s'égarer; s'égarer! al» bien oui, reprit-il ; elles connaissent mieux le chemin que vous et moi. Cet homme me raconta alors , qu'un jour où il avait été pris de viu, les quatre ànesses traversèrent tout Paris, et vinrent jusque près la fontaine de l'Eléphant, où se trouvait leur èlable. Il m'assura qu'elles connaissaient si bien les lieux, qu'elles s'arrêtaient à toutes les portes , ou entraient dans les cours des maisons où l'on avail l'habitude de les traire.

organe des nombres.

Les observations des Phrénologistes ont confirmé celles de Gall sur l'existence el le siège de l'organe des nombres. D'autres assez nombreuses que j'ai faites sur le même sujet, m'ont prouvé qu'il était absurde de supposer, avec la majorité des savans, que le talent pour le calcul était l'indice d'une intelligence supérieure , ou comme d'autres personnes le croient encore , celui qui donne à l'homme plus de justesse dans les idées. Oui , dirons nous , tant qu'il sera question de nombres ; non et mille fois non, lorsqu'il s'agira de peinture, de musique , d'esprit philosophique , etc. , etc.

Si de grands philosophes, tels que Descartes, Leibnitz, Newton, Pascal, ont réuni au talent du calcul une grande profondeur de pensées, il serait absurde d'en tirer la conséquence qu'ils devaient leur supériorité intellecluelle à leur talent pour le calcul. J'ai rencontré des hommes d'une pauvreté d'e;pril incroyable, qui possédaient cependant la faculté des nombres dans un haut degré. D'un autre côté, j'ai vu des hommes d'un esprit fort distingué, pleins de pénétration el d'un grand sens, d'une nullité étonnante pour tout ce qui était calcul.

Que répondront les partisans exclusifs de l'éducation , quand ils sauront que des hommes dépourvus de toute espèce d'instruction , sont parvenus par

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leur seul talent naturel , à calculer toutes sortes de nombres qu'un arilhniélicien consommé n'aurait pu résoudre sans le secours du crayon ou de la plume. Parmi les faits nombreux que Gall a recueillis, je choisirai un des plus remarquables : c'est celui du jeune Américain Colborn, dont je vais faire connaître l'histoire en copiant textuellement la note qui fut communiquée à Gall, et qui se trouve insérée dans son ouvrage.

« Cet enfant est né en avril 1804, à Cabot, comté de Calédonie, étal de Vermont ; il n'avait pas encore sept ans à l'époque où le vit M. Mac-Neven , qui rend compte de cette visite dans le Medical and Philosophical Journal and Revieio , imprimé à New- York , 1811. Dans le courant de sa vie , Zerah paraît en tout semblable aux autres enfans, soit pour la légèreté, soit pour la puérilité de ses amusemcns ; mais lorsque son attention se fixe entièrement sur quelque sujet, il déploie alors des facultés irès-supérieures à son âge , et lorsqu'il s'agit de calculs , supérieures , je crois , à ce qu'on pourrait attendre de quelque âge que ce soit. Ce fut en août dernier 1810, que sou père lui entendant répéter entre ses dents quelques nombres qu'il raultipli;iil pour son plaisir, s'aperçut de sa prodigieuse facilité pour le calcul : l'atleution qu'elle excita , et l'exercice qui lui fut donné en conséquence de celle attention , ont en quelques mois singulièrement augmenté cette faculté. La promptitude de ses réponses sur les questions d'arithmétique qui peuvent lui être proposées , est telle qu'il semble répondre de mémoire. On ne peut cependant douter que cette promptitude ne soit due à la rapidité de ses combinaisons ; car dans les calculs un peu compliqués , on l'entend souvent multiplier, additionner ou soustraire tout haut, et avec une incroyable vitesse. Il se reprend quelquefois : lorsqu'il commet quelque erreur, il en parait excessivement mortifié ; mais cela ne lui arrive presque jamais. M. Mac-Neven l'a entendu répondre , sans la plus légère apparence d'hésitation et sans la nu Indre erreur, aux questions suivantes : Demande. Que font 1 ,347, 1 ,933 et 2,091 ? Réponse : 5,391. Demande. Quels sont les nombres qui, multipliés l'un par l'autre , donnent 1,242 ? les solutions suivantes furent données aussi vile que peut le permettre la parole : S4par 23, 9 par 138 , 27 par 46 , 3 par 414 , 6 par 207, 2 par 621. Demande. Quel est le nombre qui , multiplié par luimême , donne 2,401 ? Réponse : 49 et 7 multiplié par 343 , donne le même nombre. Lorsqu'on exprimait les nombres par mille et par cent , il criait avec impatience : mettez-les en cents , c'est-à-dire que pour 2,401 , il voulait qu'on lui dit 24 cents et 1 . Demande. Que donnera 6 multiplié 6 fois par lui-même ? Il calcula tout haut de la manière suivante , et aussi vite que peut aller la parole : 6 fois 6 font 36 , 6 fois 36 font 218, 6 fois 216 font 1296 , 6 fois 1296 font 7,776, 6 fois 7,776 font 46,6156, 6 fois 46,6o6 font 279,936.

Demande. Combien d'heures eu 26 ans 11 mois et 3 jours? Réponse: 226,992. La personne qui lui avait fait celte question s'était trompée dans le calcul qu'elle avait fait de son côté ; en sorte que lorsque Zerah répondit , elle crut que c'était lui qui se trompait. Zerah , après un moment de réflexion,

DE PHDENOLOGIB.

a$(SUi'a quo c'claii sou calcul qui élail juslo : on refit l'opôralion , cl il se trouva qu'il avail raison. Ceux qui queslionuaicnt l'enfanl ont oublié do faire entrer dans ce dernier calcul la difference des années bissextiles , et ont supposé les onze derniers mois de Ireule jours. »

Comme on lui proposa de raulliplier 123 par 237 , son père objecta; que deux nombres triples étaient trop difficiles. L'enfaut répondit qu'il pouvait les multiplier, et tint parole, il multiplia même, et très-promplemeul , 123-4 par 1234, Cependant on voit que les questions difficiles le fatiguent, et il prie souvent qu'on ne luien donne pas de si compliquées. Pendant qu'il répond, on voit à son raainlien , à l'état de ses yeux, à la contraction de ses traits, combien son esprit travaille.

Sa physionomie est très-expressive ; il a le front petit mais angulaire ; les arcs orbitaux , les sourcils considérablement avancés; ses yeux sont gris, spirituels et toujours en mouvement; son crâne est arqué et considérablement large; il a l'occiput petit, les cheveux roux; il est singulièrement fort et grand pour son âge : ses mouvemens sont précipités , et il est toujours en action.

Il n'a jamais été à l'école, et il ne sait ni lire'ni écrire. On lui demanda comment il faisait ses calculs; il répondit qu'il les voyait clairemant devant lui. Il n'a point encore d'idée des fractions , et ne sait compter que les nombres ronds. Zerah est prorapt à la répartie, et quelquefois mordant. Quelques jours avant la visite de M. Mac-Neven , une femme s'était divertie à lui demander : combien font trois zéros multipliés par trois zéros ! précisément ce que vous êtes , dit-il , rien du tout.

J'ai fait représenter le masque de cet enfant, pi. CVII, fig. 2. Ou voit que la région marquée 21 , pi. XCI , fig. 2 , est très-prononcée sur son crAne; c'est elle qui renûe d'une manière très-apparente l'angle externe de l'arcade sourcilière. Quelle différence à cet égard entre ce masque et celui qui se trouve a côté !

J'aiëlè frappé, en examinant les jeunes gens de l'école polytechnique, de voir que le plus grand nombre se faisait remarquer par l'étendue du sourcil , à partir delà bosse nasale jusqu'à l'angle orbilaire externe , ce qui est évidemment dû au plus grand développement de la région où siège l'organe du calcul , généralement assez apparent chez eux.

Des observations faites par Georges Le Roi ; d'autres que j'ai été à même de recueillir chez les chiens , prouvent incontestablement que le sens du calcul existe chez les animaux.

Dans le pays où l'on conserve avec soin le gibier, dit Georges Le Roi, on fait la guerre aux pies , parce qu'elles enlèvent les œufs et détruisent l'espérance de la ponte. On remarque donc assidûment les nids de ces oiseaux destructeurs; et pour anéantir d'un coup la famille carnasière , on tâche de tuer la mère pendant qu'elle couve. Entre ces mères, il en est d'inquiètes, qui déserteol leur nid dès qu'on approche. Alors on est contraint de faire qn affût bien.

convert , au pied de l'arbre ?ur lequel est le nid, el un homme se place dan« l'affût pour attendre le retour de la couveuse ; mais il attend en vain , si la pie qu'il veut surprendre a été quelquefois manquée en pareil cas : elle sait que la foudre va sortir de cet antre oii elle a vu entrer un homme. Pendant que la tendresse maternelle lui lient la vue attachée sur son nid , la frayeur l'en éloigne jusqu'à ce que la nuit puisse la dérober au chasseur. Pour tromper eet oiseau inquiet, on s'est avisé d'envoyer à l'affût deux hommes, dont l'un s'y plaçait, el l'autre paraissait; mais la pie compte et se tient toujours éloignée. Le lendemain, troisy vont, et elle voit encore que deux seulement se retirent ; enfin , il est nécessaire que cinq ou six hommes , en allant à l'affût , mettent son calcul en défaut. La pie qui croit que celte collection d'hommes n'a fait que passer, ne tarde pas à revenir. Ce phénomène renouvelé toutes les fois qu'il est tenté, doit être mis au rang des phénomènes les plus ordinaires de la sagacité des animaux (1). (Georges Le Roi, Lettre sur l'intelligence des animaux, pag. 149.)

Voici une expérience assez curieuse que j'ai faite sur un chien , et qui me parait démontrer que cet animal peut avoir une idée des nombres.

Je lui donnais tous les soirs , et à une heure fixe , trois boulettes de viande , en les jetant à diverses places de l'appartement. Après douze jours de celte habitude , je laissai avec intention une des boulettes sur une table, et me contentai d'en jeter deux. L'animal alla les prendre, mais comme il ne trouva pas la troisième , il se mit à la chercher partout , et aboya pour l'avoir : ces ciis n'avaient certainement pas d'autre but ; car à peine lui eus-je donné la troisième boulette , qu'il cessa de crier. Pareille conduite a eu lieu pour quatre et cinq boulettes. Obligé de quitter Caen, il me fut impossible de continuer Texpèrience , et de savoir jusqu'à quel point je serais parvenu à faire compter cet animal. Je n'ai pas recueilli un assez grand nombre de faits pour préciser le siège de l'organe du cakul chez les animaux. Je ferai seulement observer que chez les espèces du genre corvus , il existe une disposition assez remarquable de l'os frontal. Je veux parler de la grande étendue de son bord orbilaire à partir du point 1 au point d, pi. XVII , fig. 2. Je serais porté à croire, par la connaissance des organes répondant à ce bord , que s'il existe un organe du calcul , il doit occuper la région marquée 3 , placée au-dessus de l'apophyse orbitaire externe, id. fig.

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