‹ Traité de phrénologie (volume 2)Chapitre 59 sur 78 · S IX · texte numérisé non relu

S IX

Organe de tordre.

Gall , tout en admettant que le penchant à l'ordre , c'est-à-dire à mettre de

(O C'est par erreur que Gall fail dire à Dupont de Nemours, que les pies peuvent compter jusqu'à neuf. Je n'ai rien vu de semblable chez cet auteur , que j'ai consulté plusieurs fois, voici

DE PHRENOLOGIE

la symétrie ou de l'arraDgemenl dans les objets qui nous entourent , était le résultat d'une faculté fondamentale , n'a point indiqué la partie cérébrale qui en est le siège.

11 est impossible de ne pas admettre l'existence de la faculté de l'ordre, après avoir examiné atlenlivement la conduite de certaines personnes. Chez elles, c'est cette faculté qui se manifeste par le plaisir qu'elles éprouvent en voyant régner dans les choses qui les entourent l'ordre le plus parfait. Rien ne les flatte tant que la distribution régulière des allées d'un parc ou d'un jardin , qu'une suite de tableaux , de livres ou de médailles de mêmes dimensions. S'occupenl-elles d'entomologie? elles s'attachent à mettre dans le même cadre les insectes d'un volume à peu près égal , afin que cette symétrie, qui les flatte tant , ne soit pas dérangée. S'adonuent-elles à la numismatique ? leurs médailles sont classées moins d'après les époques que selon leur étendue. Je connais un homme d'un grand mérite, à qui la fracture de l'aile d'un scarabée donna les plus grandes contrariétés; c'était moins l'insecte qu'il regrettait , que l'embarras de pouvoir en trouver un dont le volume fût aussi bien eu harmonie avec ceux qui l'entourent.

Portée à l'extrême, la faculté de l'ordre donne à l'esprit un caractère d'ôtroitesse quelquefois ridicule. Je connais un avocat, qui ne peut pas supporter que les alumeltes de soubriquet phosphorique soient d'inégale hauteur; aussi s'amuse-t-il , dans les intervalles de temps que lui laissent Gujas, BaR- IhoUe et Potier , à les couper une à une et de même longueur.

Quelque désagréable que soit cet esprit d'ordre porté à l'extrême , il l'est cependant moins que la disposition contraire. 11 est des individus assez mal organisés pour que jamais l'idée d'ordre soit passée par leur tête. Tous sont remarquables par le défaut d'arrangement dans leurs effets , ou le peu de soin de ceux qui ne leur appartiennent pas. Leur prêtez-vous un objet? vous pouvez compter, si toutefois ils ne vous l'égarent pas, qu'il sera plein de taches ou qu'il y manquera quelque chose. Je n'aurais jamais cru , si je ne l'avais vu moi-même, que le défaut d'ordre pût être porté chez quelques hommes jusqu'au point de les mettre au-dessous des animaux les plus immondes. C'est cependant ce que j'ai rencontré chez deux artistes , l'un poëte et l'autre dessinateur. Ce dernier peut assurément se vanter d'être une tête modèle sous ce rapport. Jamais cochon , dans sa bauge , n'offrit un spectacle comparable à sa chambre : tableaux, linge sale , vase de nuit, vieux souliers, reste d'àlimens, tout s'y trouve pêle-mêle. Tout le pan de mur placé près de son lit se trouve couvert de ses cracliats: des bouteilles, autrefois pleines de liqueur,

seaicmcnt ce «lu'il dit, aprts avoir cilii le passage de Georges I,e Roi qu'on vicnl de lire : Ici es» Télal de celle science chez les pies ordinaires. U ne serait pas impossible cependant qu'une pie dYlile douée d'une allenlion plus profonde , et d'une pensde plus constante , parvint à compter sur, ses deux pâlies jusqu'à Uuit. ( Uupoiit de Nemours. MCmolrc sur (tiffùrcns sujets , pa;;. 20G ^ 2' édition. )

lai servent d'urinal, et un grand pot à beurre est quelquefois sa cuvette de lieux d'aisance. J'ai eu la constance d'examiner combien de temps il resterait sans se peigner , et j'ai pu me convaincre que pendant plus d'un mois , le peigne n'avait approché de sa tête. J'avais cru ra'apercevoir que sa main droite, outre son extrême saleté , présentait une teinte safranée que je ne voyais pas sur l'autre. Fit-on jamais un pareil usage de sa main! cependant le papier abondait dans sa chambre.

Le sens de l'ordre exisle-t-il chez les animaux.

Tous les naturalistes qui ont écrit sur leurs mœurs, ont garflêle sileilde stir cette faculté; il en est de même de fous les Phrènologistes. J'ai cependant la conviction qu'elle existe chez eux, seulement elle ne s'y trouve pas au même degré. Je crois que c'est à cette faculté qu'il faut attribuer en partie la sjTnètrie et la régularité du nid des oiseaux. Je crois encore que c'est elle qui porte les oiseaux et les quadrupèdes à lisser leurs plumes ou leurs poils, et à les remettre en ordre avec leur bec ou leur langue. Qui n'a observé le soin que prennent les canards , les oies et une mul titude d'oiseaux , de lisser et nettoyer leurs plumes? J'ai été surtout frappé du soin que prennent les lapins, les chats et les ours, d'entretenir leur robe dans un grand état de propreté. Un autre phénomène qui me paraît tenir à la même facuUô se voit fréquemment chez les chats : ces animaux ont ordinairement l'habitude de faire un trou dans la terre très-meuble ou dans la cendre: ils y déposent leurs excrèmens qu'ils recouvrent ensuite avec leurs pattes.

La remarque que je viens de faire sur les chais est applicable aux perroquets. Un des principaux marchands d'oiseaux de Paris m'a assuré qu'il était assez commun de voir une grande différence entre les oiseaux de la même espèce sous le rapport de la propreté. J'ai eu, me dit-il , un kacatoës blanc qui s'occupait presque tout le jour de sa toilette; d'autres de la même espèce s'en occupaient très peu ; enfin il y en avait d'une saleté dégoûtante. L'état de saaté n'y entrait pour rien , ajoutait-il, car tous se portaient parfaitement.

Chez l'homme , l'organe de l'ordre est placé auprès et eu avant de l'organe du calcul , pi. XCI , fig. 2 , n" 22. Sur deux personnes d'un caractère entièrement opposé sous le rapport de celte faculté, j'ai trouvé une différence frappante dans la région ci-dessus indiquée. De nouvelles observations que j'ai faites plus tard ont confirmé cette remarque.

ïe ne puis préciser rigoureusement le siège du sens de l'ordre chez les quadrupèdes et les oiseaux. Je m'étais procuré deux crânes de chats , l'un très-remarquable par sou extrême propreté, l'autre, au contraire, extrêmement sale : malheureusement ils furent mis ensemble en macération , le fil que j'avais mis à l'un d'eux pour les distinguer se détacha . et il me fut impossiible de pouvoir les reconnaître.

DB rHmSKQLOGIE.

ÀrgaÀlè'acl'lémps.

Je n'aurais pas eu conuaissance (Se ceïle facutte ,'^ùè je serais parvenu , en ni'éludianl, à découvrir son existence. Je pourrais au besoin servir de contre épreuve. Je ne crois pas qu'il existe au monde une personne, pour qui ce quo l'on appelle chronologie , dates, temps écoulés , Soit aussi désagréable qu'à moi. Il m'est absolument impossible de me rappeler exactement l'époque où un fait s'est passé, fùt-elle même assez récente. Tous les ifaits qui accompagnent une circonstance dont je suis témoin, voire même ceux qui sont insignifians, je les retiens avec une netteté et une fidôlilé remarquable. S'agitn, au contraire, de temps? quinze jours et deux mois ne m'offrent aucune différence sensible. On ne saurait croire combien de fois je me suis vu obligé de me rappeler toutes les circonstances qui accompagnent les faits dont j'avais été témoin , afin d'apprécier la différence des époques.

Bien que Gall ait parlé de la faculté d'apprécier le tetops écoulé , ou de la mémoire des dates , Spurzbeim a été le premier qui ait indiqué le siège de son organe. Ce fut après avoir connu l'histoire de Baretl (1) , que ce médecin fut conduit à considérer la faculté du temps comme fondamentale. Le masque de cet individu lui servit de point de comparaison pour indiquer le siège de l'organe de celte faculté. De nouvelles observations ont confirmé la localisation de cet organe. Je choisirai parmi elles celle qui m'a paru présenter le pluS d'intérêt. La voici. Jean-Daniel Chevalley, âgé de 67 ans, éprouva de très- Lonne heure du plaisir à entendre le bruit des cloches et les vibrations des pendules ; il contracta dès son jeune âge l'habitude de compter les vibrations isoèhrones, et déploya une habileté considérable en calculs. Lorsqu'il fut plus développé , il parut prendre plaisir à sonner les cloches du collège et de l'église , et par l'attenlion qu'il y prêta , il observa que les ballemens étaient de vingt ou vingt-trois par minute, mais particulièrement vingt, comptant du moment du départ jusqu'au retour. Après cette expérience il chercha à fixer son attention de manière à conserver le plus longtemps possible un mouvement interne semblable à l'étendue du temps et du nombre des vibrations. D'abord , dit-il , en ajoutant vingt vibrations à vingt autres , ou minute à minute , j'arriverai facilement à une heure et marquerai toutes les subdivisions que je souhaiterai, et cela sans contusion ; mais mes idées et mes occupations corporelles se ressentirent de cette attention. Par degrés je devins capable de compter en pensant et en agissant, mais je ne pus aller loin, parce que mon esprit faisant un effort pendant un certain temps, bien que très-peu sensible pour moi, je me fatiguais, et je ne suivais plus la suite de mes calculs. Néanmoins

rO le \t\kiTP, (ie B.-,rctt qui s'adonna par goi'n S îa chronologie, fait partie <Ic la collec-

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en 1789, je parvins à acquérir d'une manière invariable la possession de celle faculté qui ne m'a jamais quille ou Irompè depuis.

Il était alors âgé de 22 ans , el occupé à l'école ; mais en conséquence de quelques habitudes singulières , telles que celle de sonner les cloches , quelques notions mystiques qu'il avait acquises , et plusieurs disputes sur les changemensà faire aux cloches du village, il fut renvoyé , et revint à son moulin ; continuant à faire sonner ses cloches , il fut appelé la momie du moulin.

Etant sur le bateau à vapeur du lac de Genève, en juillet 1 823 , il fixa l'altention par ses remarques , en disant que tant de minutes et de secondes s'étaient écoulées depuis qu'ils avaient quitté Genève ou passé d'autres lieux, et un instant après il s'engagea d'indiquer aux personnes qui l'entouraient un quarl-d'heure écoulé ou plusieurs minutes ou secondes, selon ce que l'on voudrait choisir, et cela pendant une conversation très-variée avec ceux qui étaient près de lui , el plus tard d'indiquer par la voix le moment ou l'aiguille d'une montre passerait sur lés quarts de minutes ou demi-minutes ou autre subdivision dont ou conviendrait d'abord, peudant tout le temps de l'expérience. Ce qu'il fit sans se tromper, malgré ce que firent toutes les personnes qui l'entouraient pour distraire son attention : il frappa des mains à la fin du temps fixé.

J'ai acquis, dit-il, par imitation, travail el patience un mouvement intérieur que ni les occupations de l'esprit ou du corps ne peuvent arrêter ; il ressemble à celui du pendule qui , à chaque mouvement d'aller et de venir , me donne l'espace de trois secondes , de manière que vingt me donne une minute que j'ajoute aux autres continuellement. Les calculs par lesquels il obtint des subdivisions des secondes ne furent pas très-clairement saisis par M. de Chavannes. Mais cet homme proposa volontiers de donner une preuve de sou talent. Après l'avoir mis à l'épreuve pour un nombre de minutes, il secoua la tête au temps indiqué, fit une infiexion de voix au quart, la moitié et les Iroiquarls de minute, et arriva exactement à la fin de la période indiquée. Il parait s'aider légèrement par une application de la mnémonique et applique quelquefois mentalement des noms religieux à ses minutes , et au delà de la cinquième quand il recommence. Il agit ainsi pendant une heure et recommence de la même manière. Ayant entendu dire que les gens de la campagne assuraient qu'il se dirigeait par les baltemens de son pouls, il se mit à rire , et dit qu'il était tropirrègulier pour lui servir à cet effet.

Il dit que son mouvement interne n'est pas aussi sûr et aussi constant pendant la nuit ; néanmoins il est facile de concevoir , dit-il , que lorsque je n'ai pas été trop fatigué pendant le soir, si mon sommeil a été agréable et que l'on m'éveille doucement, je réfléchirai une seconde ou deux, et ma réponse ne sera pas dix minutes eu erreur. L'approche du jour renouvelle le mouvement s'il a été arrêté , ou le rectifie s'il a été dérangé pendant le jour : lorsqu'on lui demanda comment il pouvait renouveler le mouvement lorsqu'il avait cessé , il répondit , Monsieur , je suis seulement un pauvre homme , ce n'est pas un don du ciel : je suis arrivé à ce résultat par travaux et calculs trop longs pour

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être décrits. L'expérience a élé faite plusieurs fois pendant la nuit, et je la répéterai quand vous voudrez. M. Chavaniies n'eut pas occasion de faire cette expérience, mais il fut enliérenicnl convaincu delà faculté de cet homme. Il fait remarquer que cet individu est sourd maintenant, et ne peut entendre le bruit de la cloche ou d'une montre , et plus loin il dit que ni l'une ni l'ature ne vibrent vingt fois pendant une minute, ce qui est toujours le nombre indiqué par les mouvemens de Clievalley , lorsqu'il veut indiquer son mouvement interne. Il est convaincu , par ce qu'il a vu , que cet homme possède une espèce de mouvement interne qui lui indique les minutes et les secondes avec la plus grande exactitude (1). »

Gall , après avoir parlé de la faculté de se rappeler les dates , se demande s'il faut l'attribuer au talent du calcul, ou bien s'il existe pour elle un organe particulier. Je suis réellement surpris qu'il ait pu se faire une pareille question ; car il est impossible qu'il n'ait pas eu occasion d'observer des personnes qui se rappelaient très-bien les dates avec peu de disposition pour le calcul ; et d'autres , au contraire , qui calculaient très-bien sans pouvoir se rappeler les époques. Ces facultés sont évidemment tout à fait distinctes.

On ne peut mettre en doute , en étudiant les mœurs des animaux , qu'ils possèdent la faculté d'apprécier le temps. Georges Le Roi a cité très au long les habitudes des faisans, des perdrix, des lapins, afin de prouver que ces animaux ont une idée du temps écoulé.

Je possède une petite perruche du Sénégal, qui m'a servi plusieurs fois d'horloge. A peine le jour commence-t-il à poindre, qu'elle se met à manger : à deux heures précises elle fait un repas plus copieux. Je n'ai jamais trouvé une différence de plus de quatre minutes pour les heures de ses repas. Les corbeaux ont le sens du temps Irès-développé. Voici un fait que j'ai constaté plusieurs fois , et qui peut donner une idée de leur appréciation du temps. La ville où je suis né possède plusieurs clochers assez élevés , sur lesquels des troupes de corneilles (le choucas, corviis tnoncduln) viennent se rendre tous les malins. Toute la troupe qui habite le même clocher y arrive d'assez grand matin ; le soir elles se réunissent et retournent à l'endroit où elles ont l'habitude d'aller coucher; c'est dans l'ancien parc d'un couvent construit du temps de Guillaume-le-Conquérant (l'abbaye aux Dames). Elles partent toujours à une heure fixe. Il m'est arrivé plusieurs fois, lorsque j'étais enfant , de les voir arriver par troupes des divers clochers de la ville , et nicher sur le sommet des grands arbres sous lesquels j'étais allé promener. A peine arrivées , elles faisaient entendre leurs criailleries qui duraient plusieurs minutes, et auxquelles succédait tout à coup le plus profond silence. L'heure de leur départ est toujours avancée ou relardée suivant la saison. Toutes les tentatives que j'ai faites pour déterminer le siège de l'organe du

(l) J'ai traduit ce passage d'après un article consigniî dans le n" de novembre 1827 du journal «l'Edimbourg : l'auteur la emprunté au journal des Sciences et des Arts.

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femps chez les animaux, ont été infructueuses. J'ai cependant quelques raisons pour croire qu'il doit occuper , chez les oiseaux , la région marquée 2-5 , fi^. A ,pl. XCIII. Voici sur quels motifs je fonde mon opinion : 1" la fonction de cette partie du cerveau n'a pas encore été déterminée; 2" certains organes étant voisins les uns des autres, il est naturel que celui du temps se trouve près de ceux de la résistance , de l'ordre et de la distance ; 3» celte région est très-prononcée chez le corbeau, qui est doué de la faculté d'apprécier le temps dans un degré remarquable ; A" enfin j'ai trouvé cette région Irès-saillante chez tous les oiseaux de passage ; ce qui m'a fait supposer que cette faculté pouvait aussi jouer un rôle dans les voyages qu'ils entreprennent. Chez l'homme, l'organe du temps est placé au-dessus de la partie moyenne du sourcil , n" 23 , fig. 2 , pi. "XCl , en dehors de l'organe des lieux.

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