‹ Traité de phrénologie (volume 2)Chapitre 65 sur 78 · ïflAITÈ · texte numérisé non relu

ïflAITÈ

caractérise le haut degré de développement de son organe, dont il a bien indiqué le siège. Voici comment il fut conduit à sa découverte. Ayant observé quo certaines personnes employaient toujours des similitudes ou des analogies pour convaincre les autres, il supposa que ce mode d'action devait tenir à une faculté fondamentale , dont il cberclia l'organe en suivant , pour reconnaître son siège, la mélbode qu'il avait employée pour les autres. Ses recherches ne furent point infructueuses, car il trouva que toutes ces personnes présentaient un mode de conformation du crâne absolument semblable : il consistait dans une saillie ou élévation , ayant la forme d'un triangle dont la base était dirigée en haut et la pointe en bas ; elle occupait la partie moyenne de l'os frontal pi. XCI, fig. 2, n» 30. Cette saillie était surtout très-apparente chez tous les prédicateurs qui parlaient en paraboles, et faisaient un fréquent usage de comparaisons pour convaincre leur auditoire.

En admettant avec Gall que les hommes qui présentent le mode d'organisation que je viens d'indiquer , fassent un fréquent usage de comparaisons , de similitudeset d'analogies dans leurs raisonnemens, ne peut-on pas se demander si les comparaisons prises des objeîs extérieurs , peuvent avoir lieu sans qu'il soit nécessaire d'admettre une faculté particulière? Je vais développer ma pensée. Je suppose, ce qui se rencontre fréquemment , que deux personnes soient organisées de telle manière, que l'une présente un grand développeinent de la région de l'organe de la comparaison , mais avec un faible degré de celui qui fait reconnaître les formes des objets (organe de la configuration) ; que l'autre présente, au contraire , une organisation inverse, c'est-à-dire, un grand développement de la configuration , et un très-faible de l'organe de la sagacité comparative : comment, demanderai-je, la première pourra-t-elle apprécier les ressemblances ou les différences des objets extérieurs pour convaincre ses auditeurs? D'un autre côté, il est certain que celle qui aura le sens delà configuration très-fort, pourra faire usage de cette faculté pour convaincre les autres, sans avoir pour cela la sagacité comparative très-forte. Je fais d'abord cette observation pour montrer que l'expression, comparaison, employée par Gall pour désigner la faculté en question , est incorrecte, et .même en contradiction avec ses principes, puisque tantôt il l'admet comme attribut, et d'autres fois comme faculté. Comment se fait il qu'après avoir rejeté les principes des métaphysiciens, en disant que l'attention, la comparaison elle jugement sont des attributs des facultés , Gall admette ensuite un de ces attributs ( la comparaison) comme faculté propre? La faculté du coloris , compare les couleurs pour en saisir l'harmonie ou les différences ; celle de la configuration que Gall appelait improprement sens des personnes, compare les formes. Chacune de ces facultés, dit Gall , a sa mémoire, sa comparaison , son jugement. Je demanderai maintenant quels sont les attributs de la faculté qu'il appelle comparaison ? car si , comme Gall vient de le dire, le sens du coloris et le sens des personnes ont leurs attributs, la faculté qu'il appelle comparaisou devra aussi avoir les siens. Ainsi la comparaison aurait aussi sa comparaison , ce qui devient alors absurde de sens et de langage.

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Il résulte de ce que je viens d'avancer, que les différences ou les rapports de formes , de couleurs, de nombre , de tous , en un mol de toutes les facultés perceptives, sont appréciées parles organes du coloris, des nombres, du lalent musical , elc.

Aux objections que je viens de faire. Gall répond que la faculté qu'il désigne sous le nom de comparaison , a surtout pour objet de comparer des choses tout à fait différentes , un ton avec une couleur, ou celle-ci avec une forme. A cela je réponds que ce n'est vériîablcment pas une comparaison, puisqu'il n'existe aucun rapport entre ces choses. La véritable comparaison ne peut avoir lieu qu'entre des objets de mémo nature : un homme est plus petit ou plus grand qu'un autre : il existe des différences entre les tons , les couleurs , les nombres, etc.

Avant de faire connaître comment je conçois la faculté désignée jusqu'à ce jour sous le nom de comparaison, je dois rappeler que trois facultés, placées sur la ligne médiane du frontal , ont entre elles des relations très-étroites. Ainsi par la première nous avons une idée de l'existence des corps ( organe de la perception de la substance) , par l'autre nous saisissons les modifications qu'ils peuvent éprouver (l'éventualité) , enfin , par la troisième nous saisissons les relations qui peuvent exister entre eux, quelles que soient les différences qu'ils présentent. Je crois que c'est la faculté désignée par Gall sons le nom de comparaison qui saisit ces relations , c'est pourquoi je propose de l'appeler organe de l'appréciation de l'état des choses. {Voir le tableau, page 2o0.) Je vais par un exemple développer davantage ma manière de voir à cet égard. J'ai dit que la vraie comparaison ne peuvait exister qu'entre des choses de même nature , telles que les formes avec les formes, les tons avec les tons, les couleurs avec les couleurs, etc. Mais si je compare un lis avec l'innocence, la vie à un fleuve, etc., etc., ce n'est plus une vraie comparaison, c'est un langage tout à fait figuré ou métaphorique. Cette manière de s'exprimer, qui peut donner tant de vie à l'éloquence et au style, n'est jamais qu'une image propre à rendre la pensée plus brillante , mais non une vraie comparaison.

Un phrénologiste distingué , M. Hewet- Watson , a fait insérer dans le Journal phrénolofjiquc d'Edimbourg, un article très-intéressant sur la faculté de comparaison. Il pense que son véritable caractère consiste à saisir la condition des choses. Bien que les argumens de ce phrénologiste soient très-ingénieux , je n'y retrouve au fond que l'idée de comparaison avec le sens que Gall y attache.

Pour rendre plus sensible le sens que j'attache à la faculté en question , je supposerai pour un instant queje considère un morceau de glace mis dans un vase placé sur le feu. La masse de la glace, sa forme, son volume et sa couleur seront appréciées par les organes de la perception , de la substance , de la configuration et du coloris. Le changement de la glace de l'état solide à l'état liquide sera perçu par l'éventualité. Les différentes perceptions dont je viens de parler

poarronl avoir lieu sans que j'élablisse un rapport entre l'étal de la glace passée à l'étal liquide , el le même étal chez d'autres corps, tels que le plomb , le mercure , le lait , etc. Quelle est la faculté qui saisira cet état d'un corps relalivemenlà un autre, de manière à faire connaître ses qualités exprimées dans le langage par l'adjectif? Nul doute, d'après ce que je viens de dire que ce ne soit la comparaison, ou comme je l'ai dit dans mon tableau, l'appréciation de l'étal des corps , mais avec l'idée de rapprochement ou de relation.

L'homme, dit Gall, en comparant entre elles les impressions qu'il a reçues du dehors , s'efforce de les imiter par son langage; il devient imitateur , peintre du monde extérieur: le cheval hennit, le lion rugit, le tonnerre gronde, la clochette tinte , etc. Mots qui imitent le son même qu'ils expriment.

Je crois que Gall confond ici des choses tout à fait distinctes. Je veux dire l'imitation du son dans le langage, appartenant à la faculté d'imiter, combinée avec une action ou événement rendu par les mots hennir, rugir, etc.

La faculté dite comparaison est une qualité précieuse, et sa sphère d'action est excessivement étendue. Elle réagit puissamment sur les facultés perceptives , el sur toutes les impressions perçues. Trop développée elle produit des abus ; elle donne au style un caractère sententieux, et le rend par fois inintelligible par l'abondance des similitudes , des analogies, des métaphores et des paraboles. Cette espèce de langage , comme l'avait observé Bacon , fui employée comme premier jeu de la raison qui s'essayait avec la vérité. On voulut plaire aux hommes avant de les instruire , el amuser l'enfance de Tesprit par des images agréables. Ce langage précéda les discours raisonnes, comme les hiéroglyphes ont précédé l'usage des lettres.

Gall après avoir traité de la faculté de comparaison chez l'homme , n'en parlepas chez les animaux, son langage donne même à entendre qu'elle ne se rencontre point chez eux. En théorie comme en pratique , Gall me parait avoir tort. Ainsi lors qu'avant de parler des facultés (page 19-4, vol. 6) , il s'exprime ainsi : « que l'on compare maintenant la partie antérieure supérieure du front de l'homme avec les fêtes des animaux. Tandis que les parties antérieures du cerveau ne pèchent chez les animaux que par le défaut d'^un développement favorable, les parties antérieures supérieures leur manquent tout à fait. » Il est évidemment démontré par l'inspection du crâne de l'orangoutang , pi. XCVII , fig, 1 , du chien, pi. VI, fig. 1 , que l'opinion de Gall est complètement erronée. Sans doute que cette région du crâne des animaux diffère beaucoup en étendue avec celle du crâne de l'homme ; mais elle n'existe pas moins dans un développement assez remarquable. Je dirai plus , c'est par retendue assez considérable des organes qui occupent cette région chez les animaux que je viens de citer , que nous pouvons nous rendre compte d'une multitude d'actes ayant la plus grande analogie avec ceux qui se rencontrent chez l'espèce humaine. Comment Gall a-t-ildonc pu dire après des faits analomiques aussi évidcns ? « Toutes les ressources que lanatomie el la physiologie comparées m'offraient pour appuyer mes asserlions , relativement aux

organes dont j'ai traité jusqu'ici, viennent maintenant à me manquer , et je rae trouve restreint à l'homme (Gall , liv. cit. , pag. 19}î). »

Plus j'ai étudié les actes de certains animaux , notamment du chien , de l'éléphant , de l'orang-outang , de l'ours , et plus je me suis convaincu que la faculté désignée jusqu'à ce jour par le nom de comparaison existait chez eux. La circonvolution marquée ^ sur le cerveau du chien, pi. LXXV, lig. 6 (1) , me parait être celle de l'organe de la comparaison , son siège extérieur est indiqué par le n» âO , pi. XCIII , fig. 2.

Esprit Uc causalité.

Les facultés intellectuelles de l'homme ne se bornent pas toujours à connaître les objets et leurs rapports , elles cherchent quelquefois à saisir la cause de leur formation et des modifications qu'ils éprouvent. Je suppose que plusieurs personnes assistent à l'ascension d'un ballon. Pour le plus grand nombre , les perceptions qui auront lieu se borneront à la forme , au volume et a la rapidité avec laquelle l'aérostat s'élèvera dans l'air. D'autres, indépendamment de ces perceptions, cherclieront à saisir la cause qui fait que le ballon s'élève dans l'air. Ce que je viens de dire d'un ballon , est applicable à une mullitude de phénomènes extérieurs qui frappent journellement nos sens. Deux personnes voient l'eau s'élever dans un tube à la hauteur de 32 pieds, et le mercure à celle de 28 pouces. L'une est seulement frappée de ces phénomènes, et se contente de voir leur différence : l'autre , au contraire , se demande d'abord pourquoi l'élévation de ces deux corps liquides, et pourquoi ils ne s'élèvent pas tous deux à la même hauteur. Comment expliquer celte différence de percevoir chez deux êtres intelligens de la même espèce ? Si ce n'est que chez l'un , il n'y a perception que pour les phénomènes extérieurs sans idée de remonter à leur cause , tandis que le contraire a évidemment lieu chez l'autre. Reste à savoir maintenant, puisqu'il ne peut exister d'effet sans cause , s'il existe une disposition organique par laquelle on puisse reconnaître le caractère d'esprit propre aux personnes qui ont une tendance naturelle à remonter aux causes.

Gall arriva à la découverte de ce mode d'organisation , en examinant avec soin la conformation de la tête des hommes qui se sont fait remarquer par ce qu'on appelle , dans le langage ordinaire , profondeur d'esprit. Chez tous il trouva un développement considérable de la portion cérébrale placée sur les côtés de l'organe de la comparaison, pi. XCI, fig. 2, u" 31. Gall a donné dans son ouvrage , comme exemple d'un grand développement de cet organe , le portrait du philosophe Kant.

(1) C'est le chiffre 3 placé à droite qui se trouve sur la portion de circonvolution que je crois tire l'organe de la comparaison. Celui Uc gaucbc indique une autre partie cércbralc.

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La facullé de causalité est sans confredil uns dos plus précieuses que l'homme puisse posséder : je dirai même plus, c'csl ello qui complèfe une tête pensante , et sans elle rieu de neuf ne peut avoir lieu dans les arts , l€s sciences et la philosophie. Je ue connais pas d'exemple d'un seul homme de g;''nie sans un développement plus ou moins considérable de l'organe de causalité. Il est très-apparent sur les portraits de Platon , de Socrate , de Bacon , de Newton , de Galilée, etc. En un mot , chez tous les hommes qui se sont fait remarquer par une grande sagacité, ou faculté de remonter aux causes de tous les phéuomènes, et d'en saisir les lois ou les relations. Les écrits de tous les écrivains qui présentent cet organe très-faîble, se font ordinairement remarquer par le défaut de système , de vues et de conceptions : leurs travaux ne se composent que de détails ou de pièces de rapports, ne se rattachant à aucune théorie.

Dans un trop haut degré , et lorsque les facultés perceptives sont faibles , l'esprit de causalité peut donner lieu à beaucoup d'abus. îl dispose à donner comme généraux des principes qui ne sont fondés que sur un petit nombre de faits. Les personnes ainsi organisées font d'abord leur système , qui ne tarde pas à crouler devant l'examen d'un grand nombre de faits mieux observés.

Je suis très-disposé à croire que la faculté de causalité existe chez certains animaux, tels que l'éléphant, l'orang-outang, le chien, mais dans un degré d'infériorité tel, qu'elle ne peut être comparée à celle de l'homme. Je crois que c'est au développement considérable de celte faculté chez ce dernier , qu'il faut surtout attribuer la distance immense qui existe entre lui et les animaux.

Esprit de discrimination. ^Esprit de combinaison. — Esprit caustique, de saillie, (call). — Gaîté, ( Spurzteim ).

Plus je me suis attaché à l'observation des actes et de l'organisation des personnes qui présentent comme trait saillant de leur caractère ce que Gall appelle esprit caustique , esprit de saillie , et plus je suis demeuré convaincu que Spurzheim a doublement erré en plaçant cette faculté au nombre des seu' timens, et en la considérant comme la cause de la gaité. L'esprit de saillie, l'esprit caustique, résulte selon moi de la combinaison de plusieurs facultés : d'abord, de celle dont je traite maintenant, puis du sens du langage, de ceux de l'imitation , des formes , des couleurs , des tons , etc. Sa sphère d'action est excessivement étendue : elle me paraît surtout consister dans la réaction sur les impressions produites par les autres facultés.

Gall dit que pour avoir une idée de la faculté qu'il appelle esprit caustique, esprit de saillie, il n'avait rien de mieux à faire qu'en la décrivant comme le caractère dominant de Rabelais, de Cervantes, de Boileau , de Racine, de Swift , de Sterne , de Voltaire , de Piron. Il est certain , comme il le fait ob-

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server, qu'il existe entre la conformalion du crâne de tous ces hommes dans le point indiqué par le n" 32 , pi. XCIII bis , fig. 1 , une très-grande ressemblance. Mais combien d'hommes célèbres ont présenté cette disposition sans avoir le caractère de ceux que je viens de citer. D'un autre côlé , que de nuances entre la manière dont Voltaire, Cervantes, Sterne et Rabelais ont exprimé leurs pensées, dont l'esprit de saillie n'est pas toujours le caractère distinclif ? Quant à l'humeur gaie provenant , selon Spurzheim , de celte faculté , le contraire est évidemment démontré par 1 exemple de personnes la présentant dans un haut degré et dont le caractère était extrêmement triste : Molière était dans ce cas. Je connais deux personnes remarquables par la tournure d'esprit propre aux hommes que j'ai cités plus haut, et qui sont dans leur intérieur d'une tristesse très-voisine de la mélancolie. Jean-Jacques, dont tous les actes sont frappés au coin de l'hypocondrie la plus profonde, présente cependant , assez développée sur son plâtre , la région de l'organe auquel Spurzheim attribue la gailè. Cette faculté a donc évidemment une au trc qualité que celle que lui ont attribuée Gall et Spurzheim. Combinée avec d'autres, elle constitue le style distinctif de plusieurs auteurs.

La faculté dont il est maintenant question , a fixé particulièrement l'attention de trois phrénologistes d'un grand mérite : ce sont M. Schwartz de Stockholm , et MM. Scott et Hewet-Walson d'Edimbourg. Leurs travaux , trop étendus pour être cités ici , ont clé insérés dans \q journal phrénolocjique de cette ville. Je vais en présenter ici le sommaire.

D'abord tous s'accordent sur un point capital , c'est que celte faculté n'est pas un pur sentiment , comme le prétendait Spurzheim , mais bien une faculté reflective. Selon M. Scolt , elle aurait surtout pour fonction d'apprécier les différences entre les choses , tandis que la faculté que nous avons désignée sous le nom de comparaison, apprécierait les ressemblances ou les analogies. M. Hewet-Walson pense , au contraire , que celte faculté prend connaissance de la nature intrinsèque des choses. Enfin , M. Schwartz lui attribue la propriété de considérer les objets dans leurs relations de moyens pour arriver à un but. Je ne connais pas, dit-il, de nom qui puisse mieux la désigner que l'expression faculté de combinaison. Ces trois phrénologistes ont, dans leur manière de présenter leurs idées , fait preuve d'infiniment de talent. Bien que je ne partage pas sur tous les points l'opinion de M. Schwartz, il me paraît être cependant celui qui aurait le mieux fait ressortir toute la sphère d'étendue d'action de la faculté que j'appelle discrimination , ou , avec M. Schwartz, combinaison. Comme ce que cet auteur dit de cette faculté n'est pas trèséteudu , je vais le rapporter ici.

Après avoir, ainsi que je l'ai dit précédemment, considéré cette faculté comme le caractère distinctif des hommes remarquables par la combinaison de leurs pensées ou leurs actions, M. Schwartz s'exprime ainsi : « Chacun sait que ce que l'on appelle présence d'esprit est une qualité que très-peu de personnes possèdent : nous l'admirons dans les saillies de l'esprit , dans l'origina-

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lilédu savant; cliez le guerrier , dans la facullé dont il fait preuve en profilant des moyens qui se présentent d'eux-raûme sur le terrain ; chez le joueur , dans la prévoyance de ses calculs ; chez le marchand , dans la bonne conception de ses spéculations; chez le mécanicien, dans ses nouvelles conceptions ; et pareillement dans chaque condition de la vie. C'est cette faculté qui , dans mon opinion , étant accompagnée d'un développement remarquable d'une faculté perceptive, celle des tons, des nombres, delà forme, constitue ce que l'on appelle proprement génie, et qui nous frappe par l'originalité et la richesse de ses résultats. Cette faculté, que l'on pourrait aussi nommer talent inventif , est le principe créateur dans les beaux arts aussi bien que dans la vie domestique. Réunie à l'idéalité (poésie) elle produit ce qu'on appelle imagination : avec le penchant au merveilleux, elle donne lieu aux illusions, et avec ces deux pouvoirs réunis elle constitue le talent poétique. Réunie au langage, elle se manifeste dans les belles-lettres, et combinée avec la faculté des tons, de la couleur, des formes, de la construction et de l'imitation , elle se fait reconnaître par une aptitude à l'acoustique , la chromatique , l'art de modeler et les arts mécaniques. Combinée avec le talent poétique et le penchant à la destruction , elle dispose au sarcasme et à la satire ; avec le courage, au caractère résolu. La disposition à amuser et provoquer le rire , eu montrant l'inconvenance ou l'absurdité d'une chose relativement à un but que l'on veut atteindre , provient évidemment de la même faculté.

Les personnes douées dans un haut degré du talent de combinaison, montrent, même dès le jeune âge, dans leurs discours, leurs actions et leurs écrits, ce que l'on appelle sens solide : elles ne s'exposent pas promptemenlà ce qui est inconvenant ou ridicule ; précisément parce qu'elles ont un coup d'oeil particulier pour observer les défauts des autres. Dans le langage ordinaire , les Allemands appellent celte facullé Uugheit. Réunie à un moral élevé, elle est appelée sagesse. Avec un manque de moralité et la ruse trèsactive, elle donne lieu à des fraudes de toutes espèces. Le défaut de cette facullé produit l'embarras, ou l'impossibilité d'avoir ce que l'on appelle présence d'esprit , et donne lieu à uu air de stupidité, tel que celui que Lafonlaine présentait , à ce que l'on assure. Quelquefois l'organe se confond, comme dans le buste de Gall , avec les facultés rédectives ; d'autres fois avec l'idéalité , la poésie , et donne lieu à une largeur particulière de la partie supérieure du front, comme chez Sterne et Washington. Il est rarement peu développé sur la tête des hommes distingués. Il parait être plus commun dans le Midi que dans le Nord , et èlre un des élèmens de la présence d'esprit des Français, et du talent d'improviser des Italiens. »

Je n'ai rien rencontré dans l'organisation et les fonctions des animaux vertébrés , qui puissent présenter quelque analogie avec la faculté que je viens de faire connaître.

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