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Bienvei!!ance.
Celte faculté étant une des plus faciles à constater chez l'homme et les animaux, je serai très-sobre de citations tendant à démontrer son existence. Il suffit d'étudier le caractère des enfans réunis dans un collège, et très souvent ceux d'une famille , pour voir que le sentiment de bienveillance n'existe pas au même degré chez tous les individus. Appelé plus'ieurs fois pour pratiquer une opération sur le chef d'une famille , j'ai pu saisir les nuances de développement de cette faculté sur les diverses personnes qui la composaient. Les unes é'.aient émues jusqu'aux larmes , d'autres , touchées au point de se sentir défaillir, landis qu'il y en avait qui paraissaient presque indifférentes. Je me rappelle l'histoire d'une dame qui avait absolument exigé que je lui donnasse une idée d'une opération que j'avais pratiquée à une de ses amies. Soil que j'eusse mis une grande vérité dans ma narration , ou plutôt que cette perr sonne, sous l'influence d'un haut sentiment de bienveillance, eût été vivement émue, je vis ses lèvres trembler, sa figure se décolora, et elle perdit connaissance. J'ai souvent vu des personnes se trouver mal avant de voir pratiquer l'opération de la saignée; mais, comme j'ai pu m'en convaincre, ce n'est pas le sentiment de bienveillance qui est ici en action , mais celui de la conservation , qui a pour effet de produire un trouble qui suspend la circulation. Je n'ai pas observé que ces personnes fussent pour cela plus douces , plus généreuses, en un mot, plus bienveillantes.
La bienveillance est une des facultés les plus précieuses dont l'homme piiisse être doué. Outre qu'elle contribue puissamment au bonheur des autres, elle fait éprouver mille sentimens délicieux à celui qui la possède. Je plains l'homme assez mal organisé pour être insensible au plaisir d'être utile, de secourir, de soulager et d'aimer son semblable. Quelque brillantes que soient , d'ailleurs , ses qualités , elles perdront infiniment de leur prix , si elles ne sont pas accompagnées du senlimcnt de bienvcillanee. Je ne connais
DC PIIRGNOLOGIE.
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pas de gloire comparable à celle que procure rexcrcice do celle facullè , quand elle est réunie à des scnlimens supérieurs. La vie d'Henri IV est pleine de (rails qui annoncent que le seulimenl de bonté était le fond do son caractère : en les lisant, l'homme de bien se sent ému jusqu'aux larmes.
Comme tous lessenlimens , celui de la bonté peut avoir ses abus quand il est porté à l'exlrème : il peut mener à là prodigalité, il porte à une indulgence trop grande pour les personnes qui nous entourent.
J'ai déjà dit , en parlant de la conscience , que Gall avait eu tort de considérer ce sentiment comme la suite d'un haut degré de la bienveillance. J'ai' constaté par l'expérience qu'une personne pouvait être très-juste , et manquer de bienveillance , et vice versa.
Lorsque le sentiment de bienveillance se trouve accompagné de ceux delà conscience et de la fermeté, il en résulte ces hommes que rien ne peut déranger de leurs vues et de leurs travaux : sûrs d'être dans la voie de la vérité , ni la crainte du ridicule et du sarcasme, en un mot de tout ce qui produit quelque effet sur les esprits vulgaires , n'aura aucune prise sur eux.
Les hommes dans leurs liaisons, et dans le choix d'une compagne , ne sauraient porter trop d'attention au développement du sentiment de bienveillance. Combien de fois n'ai-je pas rencontré , chez des personnes très-opulentes , toute l'apparence du bonheur , et au fond la vie la plus misérable , parce que des considérations autres que celles du caractère avaient influencé leur choix- Il serait difficile de se faire une idée des actes auxquels peuvent se porter les personnes du sexe , lorsqu'à un faible développement de la bienveillance se trouvent réunies des facultés affectives très-énergiques. Vivre avec des personnes ainsi organisées , c'est vouer son existence à un supplice sans fin.
La douceur, qui n'est qu'un degré ou une modification du sentiment de bienveillance , se rencontre chez les animaux : elle est même le caractère le plus saillant de certaines espèces, telles que le chevreuil et le mouton. Il est très-commun de rencontrer chez les animaux du même genre ou de même espèce , tels que le cheval, le chien, le chat, etc., des différences remarquables à cet égard. Le chien dont le crâne est représenté pi. XXVIII, fig. 2, était d'une douceur étonnante : ou ne le vit jamais aboyer contre les personnes qui venaient visiter son maître. Son premier mouvement était toujours d'aller au-devant d'elles, et de leur faire des caresses. Le chien eskimau dont le crâne est représenté pi. XXV, fig. 1 , était d'un caractère entièrement opposé.
Chez riiomme , l'organe de la bienveillance est situé à la partie moyenne et supérieure de l'os frontal, n» 39, fig. 2, pi. XCI. Quand il est très-prononcé, il renfle d'une manière sensible toute celte région. On peut avoir une idée du grand développement de cet organe en jetant les yeux sur la tête du nègre Eustaclie liclin, représenté pi. CXIII (1).
J'ai eu occasion , il y a peu de temps , de rencontrer un développement cx-
(I) Voir ilaii:> le tcxlc cxi»licalif des planches les principaux actes Ue Eeliu.
430 TRAITÉ DE PnBÉNOLOGlE.
cessivemeiit remarquable de la bienveillaDce, chez une personne illustre, dont je me plairais à citer le nom , si je ne craignais que l'on ne vit dans ma conduite l'intention de flatter ce qui fut toujours loin de mon caractère. Quoi qu'il en soit, je sais que si j'avais à être jugé , je préférerais une personne organisée comme elle à beaucoup d'autres , quelque grandes que fussent les protestations d'amilié qu'elles m'auraient faites.
Dans les quadrumanes , le siège de l'organe de la bienveillance est le même que chez l'homme : chez les quadrupèdes c'est la région marquée u» 39 , pi. XCIII , Og. 2. On peut se convaincre qu'elle est plus prononcée chez le chevreuil, pi. XXVI, que dans l'isard des Pyrénées, pi. XXXVIII, sur le crâne du chien représenté , pi. XXVIII, fig. 2, que sur celui représenté fig. 1 , pi. XXV.
Chez tous les animaux où l'on ne remarque aucunes traces de douceur, tels sont le renard , pi. XXXV , fig. 1 , la marte, pi. XXXVI, fig. 4, le blaireau , pi. XXVIII , fig. 1 , la même région est déprimée. On peut encore comparer, sous ce rapport, le crâne du rat des ègouts avec celui du cochon câblais, pi. XXXVII,fig. 2etfig. 3.