‹ Traité de phrénologie (volume 2)Chapitre 69 sur 78 · CII.VPITUE XII · texte numérisé non relu

CII.VPITUE XII

COMBINAISON DES FACILTKS FOJIDAMESTALIS.

l»ar combiDaisoD des facuUès on entend en phrênologie le rapport de développement existant entre les organes, et conséquemmeut entre les facultés du système nerveux cérébral. Bien que Gall ait fixé son attention sur ce point si important de la physiologie du cerveau, il s'en faut de beaucoup que ses remarques soient complètes et toujours exactes. Je dirai plus , il était impossible qu'elles le fussent à l'époque où il écrivait; car elles demandaient un nombre défaits plus considérables que celui que cet homme célèbre avait alors à sa disposition.

Gall, comme on le sait, parvînt A la découverte des organes des facultés mentales , en étudiant la conformation des crânes des hommes qui présentaient quelque faculté remarquable; mais il ne tint pas assez compte des facultés coexistantes et de leurs organes. Plusieurs facultés nouvelles constatées par l'expérience, non admises ou rejetèes par Gall, et qu'il omit dans l'analyse du caractère des personnes qui furent l'objet de ses remarques, ont dû néces- .sairemeul laisser celles-ci Irès-iraparfailes.

Les travaux de Spurzheim, et surtout ceux de l'école écossaise , ont mis sur la voie de résultats plus étendus et plus positifs. C'est particulièrement sur ce point que la société phrénologique d'Edimbourg , me parait avoir de justes titres à la reconnaissance des personnes qui s'intéressent aux progrès de la science. Je me permettrai cependant de dire aux membres estimables qui la composent , qu'ils me paraissent dans beaucoup de cas avoir jugé avec un peu de précipitation. Assurément rien ne flatte plus l'homme que de pouvoir juger afiiori, et, d'après des documens , les actes qui ont dd accompagner telle ou telle organisation cérébrale. Mais sauf un grand nombre de cas assez bien connus pour que les phrénologisles puissent se prononcer hardiment ; combien ne s'en renconlre-t-il pas qui peuvent induire en erreur , parce que la science n'est pas encore assez riche en faits bien observés, elcapables de servir de base aux savans qui ont entrepris, sur ces données, de décrire le caractère de plusieurs personnages distingués. Et je n'entends pas par faits bien observés, une collection quelque nombreuse qu'elle soit de la partie matérielle de la science; car une collection ne peut avoir aucune valeur, si elle n'est accompagnée de renseignemens exacts , recueillis avec bonne foi el discernement. Plus je me suis livré à l'étude des principaux actes phrènologiques de l'homme, et plus je suis resté convaincu qu'il existait fort peu d'observations vraiment complètes , sur les actes des personnes observées par les phrènologi>«tes.

m TRAITÉ

Le demi savoir et la vanilé , si prompls à faire parler d'eux, donnent souvent pour des observations exactes quelques f.nils recueillis à la hâte, mal digérés, et dans lesquels l'on trouve beaucoup de détails , hormis les plus essentiels , c'est-à-dire les actes principaux des individus qu'ils prétendent avoir étudiés. Les Sociétés plirénologiques ne sauraient donc être trop en garde contre les observations ; car elles ne peu vent avoir, je le répète, de valeur réelle, si elles ne sont faites par des personnes capables et d'une probité reconnue.

Depuis que j'ai pris à lâche de m'occuper de phrénologie humaine, j'ai reçu un assez grand nombre de crânes et de plâtres , accompagnés de détails et de remarques , mais il s'en faut de beaucoup que les documens soient complets. Dans plusieurs on a plus visé à la forme qu'au fond : il en résulte qu'au lieu de faits je n'ai reçu que des phrases.

D'autres , au contraire , se composent de faits minutieux, entièrement inutiles ou étrangers aux faits principaux. Enfin presque tous pèchent parle manque de science. Une multitude de faits précieux, dignes d'être relatés, se trouvent omis par cela même qu'on ne s'est occupé de phrénologie que très-superficiellement.

Je suivrai, pour l'histoire de la combinaison des facultés , le plan que j'ai adopte pour leur classification : cette marche me paraît être tout à la fois rationnelle et philosophique , puisqu'elle se trouve en harmonie avec l'ordre de complication et de développement du système qui est le siège des organes de ces facultés.

Chez les animaux des classes inférieures , à partir des poissons et des reptiles, le nombre de facultés du système cérébral est peu considérable : leurs actes ont généralement peu de durée : fous, sans exception, ont une moelle épinière; et les appareils des sens présentent à l'extérieur une multitude de nuances de formes et de textures propres à en faciliter l'action. Les facultés cérébrales les plus saillantes se composent de la conservation, du choix des alimens, de la reproduction. Si quelques facultés perceptives se laissent voir, elles n'existent, sauf quelques espèces, que dans un degré peu étendu.

Quelle différence, sous ce rapport, entre les animaux dont je viens de parler et les oiseaux? El comment ne pas rester en admiration, lorsqu'on voit avec des actes plusènergiqueset plus compliqués chez les oiseaux, le système cérébral prendre une ampleur plus remarquable? Ne demeurerons nous pas encore plus surpris en voyant Ice combinaisons et l'énergie des facultés coïncider parfaitement avec les besoins des espèces? Comment, d'un autre coté, se refuser à croire à l'existence de la phrénologie, lorsqu'elle vient nous prouver par l'inspection de plusieurs milliers de crânes, que si les oiseaux, quels que soient d'ailleurs leurs classes, leurs ordres, leurs genres, leurs espèces, même leurs différences de mœurs, ont cependant une même faculté qui leur soit commune-, la faculté de s'orienter ou de reconnaître les lieux par exemple, tous leurs crânes auront dans un point la même ressemblance ; et comme ce que je viens de dire s'applique à (ouïes le? facultés découvertes par la voie expé-

Di: l'IlRPNO/.OGÎI

rinienlalQ, nier rexisleiice de ces faits, c'est uior quo l'œil soil l'apparei! extérieur du sens de la vision , l'oreille celui de rouie . le ne/ celui de Todorat, etc., etc.

Chez les quadrupèdes et les quadrumanes , ou les actes cérébraux toujours considérés d'une manière générale sont plus noinhrcux, el présentent surtout une action plus soutenue que chez les oiseaux , nous voyous le système cérè- I)ral prendre plus de développement : certains organes qui n'étaient qu'à l'étal rudimentaire dans les deux premières classes, sont ici très-saillans, et les actes qui en dépendent , en se manifestant avec plus d'énergie , viennent conlirmer celle grande loi générale de la nature, le rapport d'étendue et de force des actes du système nerveux avec son volume ou son développemenl.

Entrons maintenant dans quelques détails sur les rapports de développement de certaines parties du système nerveux cérébral , à partir des oiseaux jusqu'à l'homme. On peut avoir pleine et entière confiance dans mes observalions;; car elles sont le résultai d'un examen scrupuleux et consciencieux de plusieurs milliers de crânes d'animaux, el de la dissection de leurs cerveaux, précédées d'une élude de leurs mœurs et de leurs habitudes les plus saillantes. Les personnes à même de consulter les cabinets d'analomie comparée, pourront constater la vèracilè de mes remarques, sinon pour les animaux que j'ai fait élever , du moins pour les animaux eauvages qui se font remarquer par quelques traits bien tranchés.

Quant à l'espèce humaine, je n'ai (sauf les principale^ divisions données par Gall auxquelles j'ai cru devoir en ajouter deux autres) pris pour base de mes observations que des faits bien constatés. J'aurais certainement pu en présenter un plus grand nombre, mais j'ai cru sage d'attendre que de nouvelles remarques vinssent leur donner plus de poids.

Tous les oiseaux sans exception possèdent les cinq sens : il existe seulement, comme chez les poissons el les reptiles, des variétés innombrables dans l'appareil acoustique externe et interne. Tous, sans exception, ont un cervelet ou organe de la reproduction, el peut être de volition tout à la fois.

L'organe de la conservation existe chez tous les oiseaux : il est surtout trèsprononcé chez ceux qui ont une grande tendance à fuir au moindre danger qui paraît menacer leur existence. Tous les oiseaux sont pourvus de l'organe qui préside au choix des alimens; il est surtout Irès-prononcé chez ceux qui se font remarquer par leur voracité.

Est-il indispensable pour la subsistance d'un oiseau qu'il soit ponssô instinctivement vers tel ou tel lieu? Nous trouvons alors, sans aucune exception, l'organe du clioix des lieux trcs-prononcô. C'est ce que nous offrent tousles oiseaux palmipèdes ou de rivage : les macreuses, les harles , les grèbes, les poules d'eau , les canards, les hérons, les plongeons , etc. Pareille organisalion se retrouvera encore chez ceux qui sont obligés de s'élever à une certaine hauteur , afin de mieux découvrir et saisir leur proie. Les aigles, les buses, les cresserclles , les faucons nous présentent ce mode d'organisation très-

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apparent. L'oiseau esl-il obligé pour vivre d'avoir recours à la ruse , la circonspection , le courage? Nous voyons toujours cette triple combinaison dans un haut degré. Ces caractères nous sont offerts par la majorité des crânes des oiseaux de proie représentés dans notre atlas. Ainsi, non seulement il existe chez eux une faculté commune , le penchant à la destruction , mais celte faculté se trouve accompagnée de plusieurs autres , la ruse , la circonspection et le courage qui lui servent de puissans auxiliaires.

Aucun oiseau ne pouvant subsister si ses parens ne prenaient pendant assez longtemps le soin de le nourrir et de veiller à sa conservation, chez aucune espèce nous ne voyons jamais manquer l'organe de rattachement pour le produit de la conception (1). Il est même d'autant plus développé que l'oiseau prend un plus grand soin des petits , et que cette faculté sera plus longtemps mise en jeu. Le mode extérieur de conformation qui annonce ce caractère , est même si prononcé qu'il est saisi par l'œil le moins observateur.

Les facultés dont je viens de parler , si nécessaires à l'existence et la conservation des espèces chez les oiseaux , sont loin de composer à elles seules leur vie cérébrale. On trouve souvent chez eux plusieurs facultés intellectuelles assez développées, notamment celles qui appartiennent à la première classe de notre tableau. Tous les oiseaux out le sens de la résistance, de la distance, des lieux, du temps, du langage. D'autres joignent à ces facultés celles de la musique, de la construction dans un degré remarquable.

Les deux premières facultés, la résistance et la distance, se trouvent assez prononcées chez lous les oiseaux de proie; ils doivent en effet avoir une juste idée de l'espace qui les sépare de l'animal qu'ils veulent saisir, et du degré de force nécessaire pour arriver sûrement à leur but. Ces facultés se trouvent chez certaines espèces puissamment secondées par celle qui porte les animaux à fixer leur adention sur un objet. Enfin il peut exister chez certains oiseaux» dans les organes qui composent le lobe antérieur des hémisphères cérébraux, une combinaison et un développement des facultés assez grands pour leur donner un caractère d'intelligence excessivement remarquable. Tels sont les perroquets, les corbeaux , les geais , les pies.

Comme je serais forcé de me répéter , si je voulais faire connaître toutes les variétés de combinaison ou de développement de facultés du système nerveux cérébral des oiseaux, je renvoie à l'histoire que j'ai faite des facultés en

(l) On ne manquera pas sans doute de ciler comme exception à cette règle générale le coucou et l'autruche. Cependant la conduite de ces animaux, loin d'être en opposition avec les faits pliysiologiques , les confirment , et en même temps elle milite en faveur de l'expression que j'ai proposée , attachement pour le produit de la concept/on. W'est-ce pas en effet cet attachement qui porte le coucou à déposer ses œufs dans le nid des autres oiseaux, et l'autruche à les recouvrir de sable? En admettant ce dernier fait comme réel; car je me rappelle avoir lu dans un ouvrage d'histoire naturelle, lorsque j'étais à Londres, que l'autruche femelle couvait ses œufs avec la plus grande assiduité ; que pareille chose se remarquait en Lybie, où cet animal était élevé comme objet de commerce.

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parliculier. Après les avoir lues avec soin , el avoir apprécie le siège de leurs organes, mes lecteurs pourront se faire eux-mêmes une idée de leurs combinaisons, eu jetant les yeux sur les crânes el les cerveaux si nombreux de ces animaux, représentés dans mon atlas : ici elles ne peuvent être présentées que d'une manière générale.

Outre la plus grande combinaison el le plus grand développement des organes du système nerveux cérébral cbez les quadrumanes et les quadrupèdes, nous trouvons chez eux plusieurs facultés propres à l'espèce humaine , et dans un degré d'énergie assez prononcé pour laisser bien loin en arrière la famille des oiseaux. Je veux surtout parler ici des organes appartenant au lobe antérieur du cerveau : il peut être développé au point de donner à certaines espèces, tels que les élèphans, certains singes, notamment l'orangoutang, quelques espèces de chiens, les chevaux , les mulets, les ânes , une vie intellectuelle évidemment supérieure non-seulement à celle des oiseaux mais encore à celle des autres quadrupèdes.

Chez tousles petits rongeurs on trouve beaucoup de rapports , quant au développement et à la combinaison des facultés avec les oiseaux. Là , comme ici, ils sont modifiés selon les besoins des espèces, mais constamment avec prédominance des facultés de la première section de notre tableau , c'est-àdire de conservation individuelle et de reproduction. Se conserver, choisir ses alimens, se reproduire , avoir soin des petits, se choisir ou se construire une habilalion, telles sont leurs facultés les plus saillantes. Dans les quadrupèdes à encéphale plus développé , ces mêmes facultés ont bien plus d'énergie; elles sont aussi plus longtemps en action, et si les actes, comme je l'ai dit précédemment , out un caractère intellectuel plus prononcé , une différence frappante d'organisation se laisse apercevoir. Parmi les centaines d'exemples que je pourrais citer , je n'eu prendrai qu'un , laissant à mes lec leurs le soin de faire des applications sur les nombreux dessins de mon atlas.

Le renard , comme tout le monde le sait , est un animal qui ne peut vivre qu'à l'aide de la ruse , d'une extrême circonspection réunies au courage et au penchant à détruire, son principal caractère. Ces facultés essentielles lui deviendraient cependant inutiles pour sa conservation, si elles n'étaient assistées de la connaissance des lieux où il peut rencontrer le gibier , el de ceux qui lui servent de retraite contre l'ennemi. Sans une juste idée de la distance, sa proie lui échapperait dans la majorité des cas : eh bien 1 que trouvons-nous dans l'organisation cérébrale de cet animal, pi. XXXV, fig. 1. Si ce n'est un développemcntdc toutes lesfacuUés indiquées par les n"' 4, IS, 5,3, 20 el 17, pi. XCIII , fig. 1 el 2 , c'est-à-dire de la ruse , de la circonspection, du courage , du penchant à détruire, des lieux et de la disîance? Sans parler du sentiment de propriété qui lui suggère l'idée d'amasser des provisions , qu'il sait retrouver dans les temps rigoureux, el de la faculté de conservation trèsdéveloppée chez cet animal.

Dans le chien nousjrelrouvons les mêmes organes, et conséquemmeut les

mêmes facultés fondauieniales que chez le renard. Il existe cependant en plus des actes que nous ne voyous pas chez ce dernier. A quelle cause devons nous attribuer une différence si grande ? Sans contredit à l'organisation si différente de leur système cérébral. Que Ion choisisse de très-bonne heure un certain nombre de jeunes renards , que l'on prenne toutes les précautions pour les instruire et les dresser , jamais on ne pourra y parvenir. Que la même expérience se fasse sur de jeunes chiens, et l'on obtiendra sans beaucoup de peine des résultais surprenons. Voilà donc deux animaux soumis aux mêmes circonstances extérieures : chez l'un elles n'ont donné lieu à aucun résultat; chez l'autre, au contraire , elles ont été couronnées de succès. Quelle conséquence devons nous tirer de celte expérience? Une, de la plus haute importance, immense, incalculable, c'est qu'il ne peut y avoir de véritable éducation , ou développement artiûcicl des facultés cérébrales, que lorsqu'elle alien sur un animal possédant déjà, dans un assez haut degré, les organes qui doivent saisir le mode d'éducation ou les choses enseignées.

Le renard, par l'influence des circonstances e::térieures, pourra développer les facultés de la ruse , de la circonspection, des lieux, etc., parce que les organes de ces facultés sont très-prononcés chez lui: mais il n'apprendra jamais à rapporter un bâton, à jouer au domino, et à faire ces choses qui nous étonnent chez les chiens, parce que la nature lui a refusé les organes dont le développement permet d'arriver à cette espèce d'éducation. Si maintenant nous jetons les yeux sur l'organisation cérébrale du chien et du renard, pi. VF, Og. 1 et 2, il nous est facile d'après nos remarques anatomiques et physiologiques , de saisir à quoi tiennent les différences d'actes intellectuels chez ces deux animaux. Dans les facultés qu'ils ont en commun, et dont les organes occupent les réuions postérieures et latérales du crâne, on trouve chez les deux un grand développement de celte cavité. Quant à certaines facultés intellectuelles, qui ont leurs organes dans le lobe antérieur du cerveau, et que nous trouvons si prononcées chez le chien , et à peu près nulles chez le renard, nous sommes frappés de la différence que leur crâne présente dans celle région, fig. 1 et 2, id. pi.

Ce n'est ni dans les ouvrages des philosophes , ni dans les phrases harmonieuses de Buffon , que l'on pourra se faire une juste idée des actes d'un chien intelligent. C'est en les étudiant , et les confrontant avec ceux des autres animaux ou ceux de son espèce. Combien de fois ne suis-je pas demeuré surpris, élonuémêrae de la sagacité d'un chien! Que de fails combinés, comparés et raisonnes! Et voilà cependant ce que Buffon appela de l'instinct brut !

S'il me fallait traiter ici toutes les combinaisons des facultés chez les quadrupèdes, je composerais au moins un fort volume. Les principes phrénologiques dont j'ai fait l'exposition avant de traiter l'iiisloire des facultés et des organes qui en sont le siège , suffiront , je le pense , pour mettre sur la voie ceux qui voudraient faire une étude exclusive de celle partie si piquante dé la physiologie du cerveau. J'ai l'habitude dans mes leçons d'y sacrifier plu-

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sieurs séances . en mettant sous les yeux de mes auditeurs les nombietisos pièces naturelles qui viennent à l'appui de mes observations, et auxquelles peuvent suppléer , jusqu'à uu certain point , les dessins nombreux et rigoureusement exacts de mon atlas. Je vais passer maintenant à l'histoire de la combinaison des facultés chez l'homme.

J'insisterai davantage sur ce point qui nous touche de plus près. Mes observations recueillies avec exactitude seront accompagnées de dessins fidèles, afin de graver dans la mémoire de mes lecteurs les principales variétés de formes du crâne humain. Sans cette connaissance il est impossible de faire de bonnes applications phrénologiques.

J'ai déjà dit que Gall avait cru pouvoir établir, d'après ses nombreuses comparaisons de crânes humains , six classes d'individus bien tranchées. Je reprocherai ici à M. Combe de ne les avoir pas fait connaître , à l'occasion de la combinaison des facultés. Il le devait d'autant plus que c'est à Gall qu'il emprunte la base de ses principales divisions (1). Je conviens que ces divisions étaient insuffisantes pour donner une idée juste et complète de la combinaison de toutes les facultés ; mais elles sont uu point trop capital dans l'histoire de la science, pour être passées sous silence.

Gall a donc réduit à six classes les crânes de tous les individus. Dans la première, il place les hommes dont les qualités supérieures, c'est-à-dire celles que nous avons désignées sous les noms de seulimens et de facultés réflectives , sont très-développées , tandis que les organes des qualités ou facultés dites animales , n'ont qu'un très-faible degré de développement et d'activité.

Observation.

Je ne pense pas que l'on ail rencontré jusqu'à ce jour une seule têle humaine , à plus forte raison un nombre suffisant pour former une classe d'hommes qui ail présenté un développement complet de tous les organes des facultés morales et intellectuelles. II faudrait donc remplacer celte classe qui, selon moi , n'existe pas , par une autre qui serait formée d'hommes chez qui un certain nombre d'organes appartenant aux facultés morales et intellectuelles, auraient un développement assez considérable pour qu'il y eut chez eux prédominance de ces facultés sur celles communément appelées penchant ou facultés animales. Ces hommes sont extrêmement rares : je donnerai comme exemple de cette conformation la tête d'Euslache Bélin représentée pi. CXIII.

Dans la seconde classe , les organes des qualités et des facultés animales ont atteint un haut degré de développement et d'activité , tandis que les organes des qualités et des facultés propres à l'homme seul , ne sont que peu développés et peu actifs. Cette seconde classe ne se rencontre malheureusement que trop souvent : c'est à elle qu'appartiennent tous les criminels dont

(I) Voir louvrage Ue phrCnologie de M. combe, publié à Edimbourg, en 1829, 3' édrt.

A'ÔO TKAITÙ

la vie a été souillùe de tout co qu'il y a de plus horrible et de plus atroce. La tête du parricide Martin représentée pi. XCVIIl , peut servir de type pour les hommes de cette classe.

Daus la troisième classe , les qualités et les facultés communes à tous les animaux, e( celles qui sont propres à l'homme ont acquis un développement et une activité considérables.

Cette troisième classe de Gall existe sans contredit, mais elle est excessivement moins nombreuse qu'on ne le suppose communément. Je reviendrai sur ce point quand il sera question de résumer ce qui se rattache à la combinaison des facultés.

Dans la quatrième classe on trouve quelques penchansoutalens développés à un degré extraordinaire , tandis que les autres ne le sont qu'à un degré médiocre , ou même au-dessous du médiocre. Celte classe , ainsi que j'ai pu l'observer, est extrêmement nombreuse, et présente autant de modifications de développement ou de faiblesse qu'il existe de facultés fondamentales.

La cinquième classe comprend les personnes dont quelques organes sont très-peu développés et restent apaliiiques , taudis que les autres sont plus favorablement développés. Cette classe , ainsi qu'on le voit , a beaucoup de ressemblance avec la quatrième.

Enfln Gall place dans la sixième classe les hommes dont les organes communs aux animaux , et ceux propres à l'homme sont à peu près également médiocres.

A ces six classes données par Gall , je dois en ajouter deux qui me paraissent présenter des caractères généraux bien tranchés : je suis même surpris qu'elles aient échappé à l'esprit observateur de Gall. Pour bien saisir ce qui se rapporte à la première de ces classes , il faut se rappeler la division que j'ai donnée des facultés intellectuelles , les unes appelées perceptives , à l'aide desquelles l'homme apprécie les objets extérieurs , leur état , leurs qualités , leur nombre , etc. , et les facultés rèflectives qui réagissent , ainsi que le mot l'indique sur les facultés perceptives. Eh bien, on rencontre très-souvent, et particulièrement en France , dans la classe des soldats et des artisans , un grand nombre d'hommes avec un développement assez grand des facultés perceptives, tandis que les facultés rèflectives ne présentent qu'un degré médiocre de développement. Le contraste entre l'étendue des deux régions affectées à ces deux ordres de facultés est on ne peut plus frappant. -

L'autre classe , dont j'ai à parler , est celle des hommes qui se trouvent placés un peu au-dessus des idiots. Les individus qui la composent se font remarquer par une très-faible action des facultés perceptives , et une nullité absolue des facultés rèflectives. Ce mode d'organisation peut se rencontrer avec quelque talent , tel que celui de la construction , comme cela se voit chez plusieurs ouvriers employés dans les manufactures de montres à Genève. Ils peuvent encore jouer de quelques inslrumens, chanter avec assez de justesse. On rencontre quelquefois chez les hommes de cette classe , la ruse , l'opiniâtreté» et souvent la vanité, dans un degré de développement ass€z remarquable.

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Mais comme les facultés rètleclivcs sonl 1res -peu développées, ces hommes restent conslammenl , que l'on me passe l'expression, dans l'état enibryouique.

Revenons maintenant sur les caractères particuliers que présentent les personnes dont l'organisation appartient à une des classes que nous venons de faire connaître.

Dans la première classe , avons-nous dit, les organes des facultés intellectuelles et morales ont acquis un développement remarquable , tandis que ceux des facultés animales sont peu développés. La conséquence de celle organisation sera que les hommes qui la posséderont seront des êtres éminemment moraux et intelligens, quelle que soit la condition où ils se trouvent. Pj thagorc, Socrale, Phocion, appartenaient à cette classe.

Si les facultés animales l'emportent de beaucoup sur les facultés intellectuelles et morales, et c'est ce que nous voyons chez les hommes de la seconde classe, il en résultera que ces individus seront constamment sous l'influence des penchans inférieurs. Cette classe d'hommes assez nombreuse devrait être l'objet d'une surveillance active de la part des gouvernemeus. Il ne serait pas impossible qu'en les soumellanlde bonne heure à un genre dévie particulier, basé sur la connaissance de leur organisation, on ne i)arvînt à diminuer l'action trop énergique de leurs mauvais penchans , et même à les rendre utiles à la société dont ils finissent presque toujours par devenir la terreur cl la honte. Sous ce rapport seul , la phrènologie est appelée à rendre un service immense aux nations.

J'ai dit que les individus appartenant à la troisième classe , c'est-à-dire ceux chez qui les facultés animales et celles qui caractérisent l'espèce humaine, avaient acquis un développement et une activité considérables étaient très-rares.

C'est là ce qui explique , ce me semble , pourquoi il existe si peu d'hommes qui soient alternativement, excessivemeul bons ou très-vicieux. Quand Gall place dans celte classe Louis XI, Charles-Quint et Philippe II, il me parait commettre une erreur. Il est évident que chez ces trois personnages , les facultés affectives et animales l'emportaient de beaucoup sur les facultés intellectuelles, et surtout sur lessentimens supérieurs. En mettant dans la même catégorie Socrale et Saint-Paul (1) , Gall me paraît errer encore plus.

Je ne crois pas qu'il soit possible de comparer les actes de ces bienfaiteurs du genre humain, avec ceux des trois monstres que je viens de citer. Si Socrale , ainsi qu'il en convenait lui même, avait un penchant naturel à la luxure, il faut convenir aussi que chez lui les facultés intellectuelles et les sentimens supérieurs remportaient de beaucoup , puisque sa vie entière ne fut qu'une suite continuelle d'actes de raison et de sentimens supérieurs.

La quatrième classe, dans laquelle se rencontrent les personnes remarquables par le développement considérable d'une facullé appartenant au pre-

(\) Lib. cit., pag. 32? et siliv, l" édit. in-8".

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mier et au deuxième genre de celles dites intellectuelles, mérite de fixer l'allention des instituteurs et des pères de famille.

C'est pour avoir méconnu l'organisation de ces individus , que l'on a donné au plus grand nombre une mauvaise éducation. La prédominance de quelques penchans ou de certains talens, chez plusieurs hommes de cette classe , bien qu'avec un faible développement des autres facultés , rend compte delà fausse manière de voir des métaphysiciens, et encore mieux de certaines lésions de l'intelligence, les monomanies, sur l'histoire desquelles nous n'avons possédé jusqu'à ce jour qu'un galimathias inintelligible. Ce furent, comme je l'ai dit , les hommes à talens ou à facultés partielles qui mirent Gall sur la voie de ses recherches.

Je crois cependant qu'il ne faut réellement mettre dans cette classe que les hommes qui possèdent certaines facullés très-prononcées, et qui peuvent sans le secours des autres constituer un vrai talent. Je vais développer ma pensée par des exemples. Ainsi je crois que des personnes peuvent avoir isolément et tiès-dèveloppées les facultés du calcul, du sens de configuration, des dates, de l'esprit d'ordre, de la mémoire des mots, des lieux , sans que les autres facultés soient très-développées. 11 n'en est pas de même du poëte, du peintre, du musicien , du sculpteur, en prenant ces talens tels qu'ils doivent être ; car il y a évidemment dans ce cas action de plusieurs facultés. Je placerai encore dans la quatrième classe tous les hommes ayant un sentiment ou penchant très-prononcé, si les autres le sont très-faiblement.

Il est assez remarquable qu'après avoir admis une cinquième classe, composée d'hommes qui ne possèdent que des (alens ou des facullés intellectuelles faibles, tandis que d'autres sont favorablement développées. Gall n'ait pas indiqué le caractère propre à ces individus. Cette classe , ainsi que je l'ai fait observer , est excessivement nombreuse ; on pourrait même dire qu'avec la précédente , la sixième et la septième , elle compose la masse des nations. Le cercle d'idées de ces individus est excessivement limité : il ne roule en général que sur les besoins de première nécessité ou leurs travaux journaliers. Si à ce mode d'organisation se joint , ce qui n'arrive malheureusement que trop souvent, une vanité excessive, ces personnes éprouvent bien des déboires, bien des humiliations, que le défaut d'aisance et la misère viennent presque toujours couronner. Les grandes capitales de toutes les nations civilisées fourmillent d'individus de cette sorte sous le titre d'artistes et de savans de toute espèce.

De sages conseils , une bonne éducation , et par là j'entends une culture d'esprit en rapport avec les facullés, pourraient rendre heureux et utiles à leurs pays des gens dont le principal tort fut d'avoir une trop bonne opinion d'eux-mêmes.

La sixième classe, ou celle qui possède des facultés perceptives assez développées avec des facultés réflectives très-faibles , est aussi très-nombreuse , et présente, sous beaucoup de rapports, plusieurs points de contact avec la

classe précédente : ces bommcs n'inveDlent rien dans les ecienccs ou dans les arts; ils ne fonl que copier ou imiter servilement ce qu'ils voienl faire.

La septième classe, c'est-à-dire celle chez qui se rencontre un dîîveloppement assez remarquable des facultés perceptives, avec un faible degré des facultés réflectives, est trés-coramuue , et peut être utilisée dans une multitude de professions qui demandent la connaissance des lieux, des faits, de l'ordre , du calcul , en un mol de toutes les facultés désignées sous le non» de perceptives. J'ai rencontré beaucoup de savans comme chimistes, botanistes, auatomisles, minéralogistes, appartenant évidemment à cette classe. Quel que soit le mérite spécial de ces personnes, très-utiles et très-estimables d'ailleurs , elles ne sont ordinairement que les échos de la science. Leurs productions peuvent se faire remarquer par l'exactitude des détails; mais elles manquent de plan, et l'on n'y trouve point ces vues générales et profonde» qui ne peuvent venir que de facultés réflectives puissantes.

La huitième et dernière classe , la moins favorisée quant au développement cérébral, peut rendre de grands services à la société dans les emplois inférieurs, comme domestiques, cultivateurs, soldats. Les manufactures de toute espèce abondent en organisations semblables. Cette classe a généralement besoin d'être dirigée et surveillée avec soin.

Les personnes peu habituées à réfléchir sur les hommes et les choses, ne manqueront pas de faire observer que des individus appartenant aux classes inférieures de la société , sont cependant parvenus , à l'aide des circonstances et par la seule force de leur volonté , à jouer un rôle extraordinaire , et à se mettre à la tête des nations. Sans doute l'intluence des circonstances est immense, mais elles se présentent souvent sans que les hommes en profitent : elles ne peuvent même avoir de l'influence qu'autant qu'elles se passent en présence d'une cervelle qui puisse les exploiter. Franklin , qui , de la classe du peuple, s'éleva au rang des premiers hommes d'état, n'était pas plus organisé pour être artisan que Mahomet pour vendre des chameaux, et Jean- Jacques Rousseau pour devenir graveur. Placez dans une société civilisée un homme doué de facultés réflectives ou de talens supérieurs, et soyez persuadé, quelle que soit l'obscurité de la classe où il est né, que sa supériorité ne manquera pas de percer.

Que l'on jette les regards sur l'organisation cérébrale des hommes qui ont joué un rôle remarquable sur la scène du monde, et l'on trouvera que chez tous, sans exception, se rencontre un développement remarquable des facultés intellectuelles. Généraux, jurisconsultes, poètes, peintres, architectes ,pas un seul ne fait exception ; et sur aucun, les caractères d'une haute puissance intellectuelle ne se trouvent plus marqués que sur l'homme qui , de simple sous-lieutenant, parvint à gouverner la France , et à la placer au premier rang des nations (1).

(I) rroLablcniciit que les journaliste* qui publlireiil que la lélc Jo napoléon Éiait très-pclitc ,

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Résumons ici, et assez rapidement, ce qui se rapporte à la combinaison des facultés du système nerveux cérébral.

Tous les animaux vertébrés possèdent un système nerveux destiné à leur donner la conscience de toutes leurs perceptions. Ce système, bien que de même nature en apparence, présente des modifications de forme, déstructure , de développement et de composition , suivant qu'il est étudié dans les diverses classes de vertébrés. C'est à ces variétés qu'il faut attribuer celles non moins nombreuses de facultés qui se remarquent dans tous les animaux. Plus on s'élève dans l'échelle des êtres organisés et plus l'on voit ce système augmenter en volume et en composition. Chaque espèce a un système cérébral composé des mêmes élémens ou des mêmes organes ; mais plus on se rapproche des animaux à système cérébral composé, et plus ces élémens , bien que les mêmes en nombres , peuvent cependant présenter des différences remarquables de volume , et consèquemmenl d'énergie des organes et des facultés.

Dans les classes inférieures, les actes roulent à peu près dans le même cercle d'étendue. Chez les oiseaux , et surtout chez les quadrupèdes , les différences deviennent plus tranchées. Enfin elles le deviennent encore plus dans l'espèce humaine, chef-d'œuvre du Créateur et type du système nerveux cérébral. Énumérersous un point de vue scientifique ou pratique les nombreuses combinaisons des organes du système cérébral de l'homme, serait à peu près impossible ; mais on se fait d'avance une idée des variétés immenses qu'elles doivent présenter. On saisit encore mieux, en étudiant les nations, combien ces variétés étaient nécessaires, indispensables même à leur existence. Supposons pour un instant l'organe de l'ame jeté dans le même moule, doué conséquemment delà même sensibilité, du même degré d'énergie, la diversité des actes qui en émanent disparaîtra: tous présenteront le môme caractère ; il en résultera cette égalité physique et morale rêvée par quelques philosophes, espèce de chimère qui, si elle pouvait se réaliser, aurait pour résultat l'anéantissement des travaux intellectuels. Sans ces variétés d'organisation que deviendraient ces productions qui nous étonnent ? Où trouver assez de mains pour construire ces raonumens, ces flottes, ces armées, ces machines qui font la gloire , la prospérité et la force des nations ? avec des variétés d'orgauisaiion, au contraire, tout change , se modifie , se perfectionne : chacun des individus composant la société , apporte le tribut des facultés qu'il a rerues en partage; et c'est de cette multitude de travaux individuels que résulte ce grand mouvement général des sociétés et des nations. Plus les personnes placées à la tête des affaires sauront utiliser les hommes les plus remarquables par un grand développement des facultés réflectives, plus les nations seront fortes et puissantes.

n'avaient pas connaissance de son plAtre. On peut même ajouter qu'ils n'avaient pas la plus léycii; Uinturc de la science dont ils croyaient Tiire la critique.

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