‹ Traité de phrénologie (volume 2)Chapitre 70 sur 78 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

TifFS NATIONALES. — UaPPORTS EXISTANT F.NTRK LEUR CONIOUMATION KT I.KS

PRINCIPALES INSTITUTION'S CIVILES ET POLITiaUES DES PI-UPLES. RaPPORT.S

ENTRE LVS HABITt'DES DE PLUSIEI RS PEUPLADES SAUVAGES ET LA CONIOUMATION DB LEUR CRANE.

Par tètes nationales , je n'entends pas celles do tous les individus occupant telle ou telle surface du globe , gouvernés par les mêmes lois, soumis à telle ou telle forme de gouvernement. 11 est seulement question ici d'une coHectiou considérable d'individus, dont les facuKés intellectuelles et morales présentent des traits généraux assez tranchés pour former leur caractère distinclif. La nation anglaise, ou la Grande-Bretagne, renferme sous la même forme de gouvernement trois classes d'hommes présentant des caractères particuliers , bien que possédant plusieurs caractères généraux. C'est ce que nous voyons en étudiant avec soin les facultés les plus saillantes de l'Irlandais , de l'Écossais et de l'Anglais, proprement dits.

L'effrayante population de la Russie est loin de présenter partout le même caractère moral et intellectuel. Quelles que soient les modifications quo les èvénemens politiques aient apportées dans le croisement de l'espèce humaine, il n'a pas été porté assez loin pour changer les traits distinctifs des masses qui torment à proprement parler, les nations. Les diverses races sont pour les naturalistes, le philosophe et l'ijomme d'état une source d'études du plus haut intérêt. Malheureusement on s'est plus attaché jusqu'à ce jour à saisir quelques caractères extérieurs, qu'à étudier les facultés morales et intellectuelles. Outre l'avantage immense que la physiologie du cerveau i)ourrait retirer de cette étude , il en résulterait encore des conséquences pratiques d'une haute portée , et l'on pourrait se rendre compte d'une multitude d'actes attribués mal à propos au climat, aux alimens et aux institutions, considérées souvent comme causes, tandis qu'elles ne sont, au contraire, que la suite de l'organisation dominante. Il en est des nations comme des individus : ce n'est pas parce que vous donnerez à une collection d'hommes telles ou telles lois, telles ou telles institutions, que vous modifierez ou changeie/. leurs caractères; vos lois, vos institutions , n'auront de l'inHucnce qu'autant qu'il y aura de la part des peuples aptitudes à les recevoir. N'est-ce pas là ce qui explique pourquoi les progrès de la civilisation ont été si rapides chez la race blanche ou Caucasienne , tandis que les Américains du Nord sont encore ce qu'ils étaient il y a plusieurs siècles? A quel phrénologiste pourrait-on maintenant persuader qu'avec un appareil cérébral , conformé comme celui du Caraïbe, pi. CXV, fig, J, ou celui du nouvel Hollandais, pi, CXIX , fig. 2 ,

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on obtiendrait des progrès rapides de civilisalioo , quelque bonnes que fussent les institutions, quelques soins que l'on apportât dans l'éducation? On ne pourrait arriver à obtenir un changement sous ce rapport, qu'après avoir croisé ces races avec des êtres plus heureusement organisés.

Les personnes qui ont attribué le développement ou la faiblesse de l'intelligence à l'influence du climat, n'ont pas assez réfléchi que sous la même latitude, se rencontraient souvent des différences de facultés intellectuelles bien tranchées. J'ai la profonde conviction que l'examen d'un grand nombre de crânes ayant appartenu à une collection d'individus formant une nation , servira plus sûrement pour arriver à la connaissance de son histoire que tous les documens fournis par les naturafistes.

Le muséum phréuologique d'Edimbourg, le plus riche de l'Europe , contient ^èjà une nombreuse collection de crânes ayant appartenu à divers peuples , avec des documens assez détaillés sur les principaux caractères moraux et intellectuels des hommes auxquels ils appartenaient. Lorsque les faits qui s'y rapportent auront été augmentés, recueillis et mis en ordre par les premiers phrénologistes de cette ville , ils deviendront pour les esprits positifs d'une bien autre importance que les phrases banales que nous possédons sur le même sujet. Quelques observations, se rattachant au sujet que je traite, ont été consignées dans le journal d'Edimbourg : je les ferai connaître aussi longuement que le comporte la nature de mon ouvrage. Je les donne avec d'autant plus de confiance qu'elles sont le fruit des recherches de personnes sages et distinguées comme phrénologistes.

Une grande dispute , qui est encore loin d'être terminée , existe depuis longtemps entre les naturalistes : c'est de savoir si l'espèce humaine est une, ou s'il existe plusieurs espèces. Toute la question se borne, ce me semble, à savoir quelle idée il faut attacher à ce mot espèce. Si les variétés d'organisation qui se remarquent chez les divers peuples, sont portées au point de constituer une différence telle, dans certains cas, que les caractères d'organisation soient complètement dissemblables , il y aura évidemment deux espèces distinctes. Si , au contraire , les différences ne reposent que sur des nuances de proportion des organes, il n'y aura qu'une espèce , et c'est, je pense , ce que l'on rencontre chez l'homme. Chez tous même charpente osseuse , mêmes muscles qui la mettent en jeu , mêmes appareils, mêmes viscères; seulement variétés de couleur de l'enveloppe cutanée et de ses dépendances, variétés de forme et de développement des parties molles. Ce sont ces différences présentées dans les caractères extérieurs des hommes, qui ont servi de base de classification aux naturalistes pour établir les prétendues races humaines qu'ils ont réduites à trois principales. Malheureusement cette distinction , outre rinconvènient de ne présenter que quelques traits généraux des principales nations du globe, a le grand défaut de réunir dans une même série un grand nombre d'hommes dont les caractères moraux et intellectuels offrent de grandes différences : c'est ce que je vais faire ressortir un peu plus loin.

DP. riîBKNOLOGlE. în/

Le célèbre professeur Blnmonbaclv, dans son ouvrage sur les crAues naliouaux, ne s'esl allacliô qu'aux principaux caraclèrcsanatomiqucs, et non à ceux qui intéressent autant le philosophe que le naturaliste , je veux dire les rapports entre l'organisation cérébrale et les facultés morales et intellectuelles des peuples. Aussi son ouvrage ne me parait-il avoir qu'un mérite secondaire. Qu'importe après tout de savoir que les os du nez sont un peu plus longs chez tel peuple que chez tel autre, que les os de la pommette sont plus larges , plus étroits ou plus saillaus ? etc. , etc. Détails mesquins, puérils et sans résultats importans.

Il est vrai que le même auteur a indiqué plusieurs dispositions d'étendue ou d'étroitesse de quelques régions de l'enveloppe crùnienne ; mais sans les accompagner de remarques physiologiques. C'est vraiment sous ce rapport que la phrénologie est appelée à jouer un rôle extrêmement important : ses vues seront justes , car elles seront appuyées sur l'observation : elles seront fertiles en grands résultats , parce qu'elles s'appliqueront aux individus et aux nations tout eulières. Le temps n'est sans doute pas éloigné où les hommes chargés de diriger l'espèce humaine , seront forcés de reconnaître Tiuiporiance de cette science , et d'en faire la base de leur conduite.

Les naturalistes , ai-je dit , s'accordent à reconnaître trois races distinctes d'hommes : une caucasique . qu'ils ont à tort nommée blanche el Européenne; je dis à tort, car tous les individus appartenant à cette race ne sont point blancs , et des millions d'individus qui en fout aussi partie , n'appartiennent pointa l'Europe proprement dite , puisque les uns habitent une grande partie de l'Asie, la Syrie, la Perse, l'Inde, les autres la Nubie et une partie de l'Afrique. Bien qu'il existe entre tous les individus de celte race beaucoup de traits anatoraiques semblables , on commettrait une grande erreur en supposant que leurs facultés intellectuelles ou morales présentent les mêmes caractères. Ce sont ces différences , appréciables chez une collection d'individus partenant à cette race, qui forme ce que j'appelle le caractère national. Moins ces individus , par l'iniluence des événemens ou des principes religieux , se sont mêlés avec d'autres hommes, et plus ce caractère se dessine nettement. Nous avons un exemple frappant de ce que j'avance ici dans la nation juive. On sait que la religion de ce peuple lui défend de s'allier à des personnes d'une religion différente. Il est résulté de cette prohibition , non-seulement que les Juifs répandus par toute l'Europe présentent le même caractère de traits el d'habitudes , mais que l'on peut encore distinguer à la seule inspeclion de la figure , les individus de la tribu de Judas , de ceux de la tribu de Benjamin.

Une chose bien digne de remarque pour le naturaliste, et surtout pour le philosophe et le physiologiste, c'est cette masse de population constituant la race appelée Caucasique, notamment celle qui occupe l'Europe proprement dite , car elle est de toutes les races humaines , celle chez qui les arts el les sciences ont été portés au plus haut degré : et , comme nous allons le démontrer, c'est aussi chez elle que se rencontre un plus grand développement

rfes organes cérébraux, ayant pour résultai inévitable la culture des arts, des sciences naorales et philosophiques. Nous verrons plus loin de combien le» hommes les plus distingués appartenant à cette race , l'emportent en organisation cérébrale sur les hommes des autres races, et surtout combien ils diffèrent sous ce rapport de certaines peuplades sauvages.

Comme on doit bien le pressentir , pour traiter avec fruit et sous nu point de vue phrènologique, l'histoire des nations appartenant à la race Caucasique, il serait bon avant tout de posséder une collection nombreuse de crânes ayant appartenu aux individus qui les composent , et l'on peut dire que jusqu'à ce jour rien de très-èlendu n'a été entrepris dans ce sens. Cependant on possède certains documens trop imporlans pour être passés sous silence. Voici ceux que j'ai pu recueillir, ou par mes propres observations , ou par la lecture de» ouvrages qui ont traité ce sujet sous le même point de vue.

Les Russes, et j'entends par là la population de cet empire appartenant à l'Europe, les Allemands, les Français et les Anglais, bien qu'appartenant à la branche appelée Celtique ou Teutonique, présentent entre eux des caractères généraux , et d'autres qui leur sont propres. Chacune de ces nation? présente même dans plusieurs de ses parties quelques variétés de caractère» assez prononcées : c'est ce que l'ou remarque , par exemple , en France , entre les babitans du Nord de ce pays et ceux du Midi; en Angleterre, entre l'Écossais , l'Irlandais et l'Anglais.

J'ai eu occasion d'examiner un assez grand nombre de têtes russes, sar les regimens qui passèrent en Normandie en 1813. J'ai remarqué que chez presque toutes le système cérébral présentait un assez grand développement : le front surtout , siège des organes des facultés intellectuelles , loin d'être élroit comme l'avance Trooke , était , au contraire , assez élevé , et bien plus large qu'il ne l'est ordinairement sur la masse des autres soldats européens.

les tètes des soldais qui composaient les regimens de la garde impériale, se faisaient surtout remarquer par leur belle conformation. Malheureusement à l'époque où je fis ces observations, je ne m'occupais pas encore de phrénologie , et ne donnai pas conséquemment assez d'attention à mes remarques- Quoi qu'il en soit , il n'est pas difficile de prévoir , avec une organisation semblable , de rapides progrès intellectuels chez la nation russe , et par contre coup son agrandissement prodigieux comme puissance politique. Les personnes habituées à considérer, comme cause principale de la prospérité des nations, les grands hommes qui se sont trouvés à leur tête, ne manqueront pas sans doute d'attribuer à Ivan 111 en 1A62, et surtout à Pierre-le-Grand en 1689, l'augmentation de territoire de l'empire russe , ses progrès industriels et scientifiques , sa force militaire qui lui donna une prépondérance comme nation , etc^ Mais ce serait , selon moi , une grande erreur que de faire dépendre de pareils résultats d'un seul homme secondé par une population nombreuse. Je ne nie pas l'influence que les grandes qualités de ces hommes extraordinaires durent avoir sur la nation russe , mais il fallait qu'il y eut

DE PUKÉNOLOGIE. -liift-

avant tout chez elle une organisation intcllecluclle qui rèpondil A leurs vues. Se former une puissante arni(;e citez un peuple ueuf , battre les Suédois qui passaient alors pour les plus braves guerriers , construire comme par enchauteiuent une flotte formidable , encoura,:;er le commerce, les arts et les scienct'ft^, fonder des écoles d'enseignement de toute espèce , sont sans contredit de beaux titres à la gloire de Pierre-le Grand ; mais que l'on ne perde pas de vue que l'heureuse organisation cérébrale des Russes n'a pas peu contribué à. la rapidité de pareils succès.

Supposons pour un instant un homme encore plus heureusement organisé que Pierre-le-Grand , à la tôle d'une nation d'hommes comme les nouveaux Hollandais , et même les nouveaux Zèlandais bien supérieurs aux premiers. On peut bien affirmer qu'au lieu d'être parvenus à conquérir les Tartares, les Polonais, lesTurcs, envahir une surface de plos 600,000 lieues, les Sarmates ou les Moscovites, comme on les appela plus tard , auraient été tributaires des nations qui les entourent. Ce n'est pas seulement par leurs conquêtes que les Russes se sont signalés, mais encore par le développement presque incroyable des arts et des sciences. Pierre , dil-ou, en habile politique appela près de lui les savans, les artistes de tous les pays , et parvînt ainsi, à mettre la Russie en état de rivaliser avec les principales puissances européennes. Personne ne contestera à Pierre-le-Grand toute la gloire et la sagesse d'une pareille conduite, mais les succès obtenus prouvent, comme je l'ai dit , pour la masse de la nation une organisation très-favorable.

Les Allemands , qui se composent des peuples qui habitaient l'ancienne Germanie , présentent des caractères phrènologiques assez tranchés. J'ai été à même de voir un assez grand nombre de têtes appartenant aux hommes de cette nation , et voici les remarques qu'elles m'ont suggérées. Généralement la capacité absolue du crâne est considérable; les os m'ont souvent présenté plus d'épaisseur que chez les Français. La région des facultés intellectuelles supérieures ou réflectives est très-développée ; il en est de môme de celle de la circonspection , de celle des sentimens supérieurs, dont le grand développement contribue taut au bonheur des hommes, soit qu'ils vivent dans la vie privée ou comme corps de nation. La vénération et la bienveillance sont surtout très-prononcées chez eux. Considérées d'une manière générale les facultés perceptives , le talent musical excepté , sont dans un moyen degré de développement. Les organes du talent poétique, du talent de construction , celui qui préside au choix des alimens, m'ont paru souvent très-apparens sur le» têtes allemandes. La ruse, l'esprit de domination , suite d'un grand développement de l'orgueil , sont aussi très-prononcés.

Une personne très-versée dans la connaissance pratique de la phrénologie pourra , à la seule inspection d'un grand nombre de crânes allemands, dire que les individus auxquels ils appartenaient faisaient partie d'une nation remarquable par un haut développement des facultés qui caractérisent l'espèce humaine ; éminemment réfléchis , excelleos musiciens , supérieurs dans le»

arts manuels, pleins d'imagination , remarquables par leur bonlé réunie à beau coup de graviléet une grande force de caractère.

Les Français , bien que composés du mélange de plusieurs peuples venus du Nord avec la masse de population qui couvre le sol actuel de la France , désignée par les Romains sous le nom de Ciaule , présentent avec les Allemands proprement dits, des caractères pbrônologiques assez trancbés. Voici quels sont ceux qui m'ont frappé davantage. En général le crâne des Français présente moins de volume que celui des Allemands. La région des facultés perceptives est généralement plus forte chez les Français , tandis que celle des facultés réllectives est plus développée chez les Allemands. Comparés , dans les détails, les crânes des deux nations diffèrent sous beaucoup de rapports. A nombre égal de crânes Français et de crânes d'Allemands , on trouvera que la région du talent musical et celle du calcul sont plus prononcées sur le crâne des Allemands.

Une autre région frappera encore plus, c'est celle de la circonspection, dont le grand développement sur le crâne des Allemands contraste singulièrement avec celui des Français qui ne la présente en général que dans un degré moyen de développement. Trois facultés perceptives , la perception de la substance , du coloris et de la configuration sont ordinairement très-prononcées chez les Français. Il en est de même de la comparaison , de l'esprit de discrimination (vulgairement esprit de saillie) du penchant au merveilleux, de l'esprit poétique.

Le talent de construction , d'imitation , et le sens du beau dans les arts sont aussi très-prononcés chez eux , notamment les deux derniers.

On trouve chez les Français des différences assez remarquables de développement dans les organes des facultés du -4° ordre , ou les sentimens : il en est un cependant qui prédomine généralement sur les autres , c'est la vanité ou l'amour de l'approbation. La bienveillance est eu général assez prononcée. Il n'en est pas de même de la vénération , de l'orgueil et de la persévérance. Deux provinces de France , la Normandie et la Bretagne, me paraissent faire exception pour les deux dernières facultés. Né en Normandie , et ayant eu conséquerament occasiou d'examiner un grand nombre de têtes des habitans de cette province, j'ai pu me convaincre que l'orgueil et surtout la fermeté étaient très-prononcés chez eux. Chez les Bretons la fermeté est souvent trèsprononcée ; mais le crâne présente en général moins de hauteur que chez les Normands.

On conçoit que sur une population de plus de 30 millions d'habitans, et un territoire présentant plus de 26,000 lieues carrées, des variétés remarquables d'organisation doivent nécessairement se rencontrer. Userait à désirer qu'elles fussent étudiées dans les principales provinces qui composent la France : envisagées sous un point de vue philosophique et phrénologique, elles ne pourraient manquer de présenter le plus vif intérêt aux personnes qui s'occupent de science , et des résultats incalculables pour ceux qui sont à la tête du gouvernement.

Dli PIIRr.NOLOCIE.

Aei

Jo ne puis m'empêcher à cette occasion de faire connaître quelques remarques d'un de nos hommes d'élat les plus dislinïués , M. le baron Charles Dupiu , parce qu'elles se rattachent précisément au sujet que je traite. De toutes les provinces qui composLMit la France, celles du Nord se font remarquer par leur supériorité industrielle et intellectuelle. Presque tous les objets manufacturés viennent du Nord. Le nombre des écoles primaires est plus considérable dans le Nord que dans le Midi. Sur 1,9^3 élèves admis à l'école Polytechnique pendant 1:^ années consécutives , l,23â ont été fournis parles départemens du Nord , tandis que les départemens du Midi n'en ont donné que 700. Sur 6o membres de l'Académie des sciences, 48 sont des départemens du Nord, et 17 des départemens du Midi. Enfin, sur 2,112 brevets d'invention délivrés depuis le P-- juillet 1791, jusqu'au l> juillet 1825, 1,699 ont été délivrés aux départemens du Nord, et seulement -413 à ceux du Midi. Des différences si grandes, et basées sur des observations dont personne ne peut couleslcr l'auliienticitè , méritent toute l'attention desphrénologistes. Revenons maintenant sur les rapports qui existent entre l'organisation dominante des Français , et les traits les plus saillans de leur caractère moral et intellectuel. On se rappelle sans doute que j'ai fait observer qu'il existait en général une différence remarquable de développement entre les facultés rèllectives des Allemands et des Français, et à l'avantage des premiers. La différence de ce mode de conformation se laisse apercevoir par les résultats. Il n'existe peut être pas au monde de pays où l'instruction primaire soit plus répandue qu'en Allemagne; il n'y a peut-être pas de contrée où le goût de la lecture soit plus prononcé ; et sous ce rapport les Allemands sont bien supérieurs aux Français , chez qui l'instruction n'a encore pénétré que dans les grandes villes. L'Allemagne abonde en penseurs et en philosophes du premier ordre ; mais il faut dire que les facultés rèfleclives si précieuses , d'ailleurs, donnent souvent à leurs écrits un caractère de longueur et d'obscurité qui ne se rencontre point chez nos écrivains , dont les pensées présentent souvent moins de profondeur que celles des Allemands, mais infiniment plus d'élégance, de clarté et de précision.

Chez les deux peuples, la grande différence qui existe entre le développement de la fermeté et de la circonspection , explique celle qui se remarque dans leur esprit de conduite. Les Français, sous l'influence de facultés rèfleclives modérées , d'un développement peu considérable de la circonspection et de la fermeté, sont légers, expansifs , peu réservés, faciles à s'émouvoir. Les Allemands, au contraire, sont graves, tenaces, réfléchis et circonspects. Le défaut de prévoyance se laisse souvent apercevoir dans les institutions des Français; le contraire a lieu chez les Allemands. Un homme remarquable par le rôle qu'il a joué , et ses nombreuses relations avec tout ce que la France possédait de supériorités intellectuelles. Napoléon, disait en parlant des Français : « La nation n'a dans son caractère et ses goûts que du provisoire et du gaspillage ; tout pour le moment et le caprice , rien pour la durée , voilà no-

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ire devise el nos mœurs en France. Chacun passe sa vie à faire el à défaire , il ne reste jamais rien. N'csl-il pas indécent que Paris n'ait pas seulem;;nt uo théâtre Français, rien digne de sa deslinaliou? J'ai souvent combattu des fêtes que la ville de Paris voulait me donner. C'étaient des dîners , des bals , des feux d'artifice de -i , de 6 , de 800,000 fr. , dont les préparatifs obstruaient plusieurs jours le public , et qui coûtaient ensuite autant à défaire qu'ils avaient coûté à construire. Je prouvais (ju'avec ces faux frais, ils auraient fait des raonumeos durables el magnifiques. » (Las-Cases, Mémoires de Sainta- Ilélène.)

Duclos, dans ses considérations sur les mteurs, a peint avec beaucoup de vérité le caractère des Français. Le grand défaut du Français, dit-il, est d'avoir toujours le caractère jeune ; par-là il est souvent aimable et rarement sur. Il n'a presque point d'âge mur, et passe de la jeunesse à la caducité. Nos lalens, dans tous les genres, s'annoncent de bonne heure : on les néglige longtemps par dissipation, et à peine commence-l-on à vouloir en faire usage que leur temps est passé.

L'extrême légèreté, résultant en partie du faible diveloppement de la circonspection chez les Français , a été signalée par Jean-Jacques Rousseau. Les Français, dit ce grand écrivain, ont une manière de s'intéresser à vous qui trompe plus que des paroles. Les gros complimens des Suisses n'en peuvent imposer qu'aux sols ; les manières des Français sont plus séduisantes , en eela même qu'elles sont plus simples. On croirait qu'ils ne vous disent pas tout ce qu'ils voudraient faire, pour vous surprendre plus agréablement. Je dirai plus; ils ne sont point faux dans leurs démonstrations ; ils sont naturellement officieux, humains, bienveillans, et même, quoi qu'on en dise, plus vrais qu'aucune autre nation; mais, ils sont légers et volages; ils ont en effet le sentiment qu'ils vous montrent; mais ce sentiment s'en va comme il est venu. Eu vous parlant ils sont pleins de vous ; ne vous voient-ils plus? ils vous oublient. Rien n'est permanent dans leur cœur, tout est chez eux l'œuvre du moment (Rousseau, Confessions).

Le grand développement du sens du beau dans les arts, réuni à ceux de la configuration, de l'imitation , de l'idéalité, et le sens de construction généralement assez prononcé sur le crâne des Français , explique pourquoi ils sont le premier peuple de l'Europe , pour le fini et le goût exquis de leurs objets manufacturés. Rien de comparable , en effet , aux produits de la main d'œuvre en France. C'est encore aux mêmes facultés qu'il faut attribuer la haute supériorité des Français comme peintres el statuaires.

Deux facultés, dont les organes sont en général bien prononcés sur le crâne des Français, la vanité et le courage, coïncident parfaitement avec leur «iractère. Le désir d'être approuvé, de se mettre en évidence, est incontestablement l'apanage de notre nation. S'il se trouve réuni à des facultés réflectives énergiques , il peut donner lien à de grands résultats , parce qu'il devient «n puissant aiguillon des autres facultés. Dans le cas coulraire , il ne produit

DE PlIREHOI.OGir..

que des abus. L'Iiommequi n'a que la vani(ô en partage , cherche par lous le» moyens possil)les à se donnor (ouïes les apparences du mêrile et du savoir. C'est là ce qui rond compte de cet amour dômosurô des Français pour les titres, les cordons et tons ces colifichets qui n'en imposent qu'aux sols ou aux gens superliciels. C'est encore aux mêmes sentiraens qu'il faut attribuer toutes ces menées, ces brigues et ces misérables intrigues qui régnent eo France dans le sein de toutes les sociétés savantes. C'est le désir effréné de faire parler de soi , qui crée les coteries, et frappe de mort toute espèce d'émulation. Il serait difficile de calculer combien le sentiment de la vanité, a produit do fautes en France , de combien de malheurs il a inondé cette belle nation , qui ferait bien , pour me servir de l'expression de Napoléon , d'échanger sa vanité «ontre de l'orgueil.

Le courage , autre faculté distinctive du Français, est trop bien connu pour que j'y insiste. Toutes les preuves de bravoure qu'une nation peut donner, les Français les ont outrepassées.

J'ai dit que le sentiment de vénération , c'est-à-dire la faculté qui nous porte à vénérer , respecter les hommes et les choses, était peu développé chez les Français. C'est a ce peu de développement qu'il faut attribuer le défaut de religion à peu près général en France. C'est encore à la même cause qu'il faut rapporter la dégradation, le défaut d'entretien d'une foule de monumens, pour lesquels d'autres nations auraient une espèce de culte. Il existe en France, et surtout à Paris , une multitude d'édifices extrêmement curieux, connus et vénérés de l'étranger , que les habitans de cette capitale ne connaissent pas. On peut dire d'une manière générale que tout ce qui présente un caractère d'antiquité déplaît aux Français. Le faible degré du sentiment de vénération, réuni au grand développement de l'esprit de discrimination ou de combinaison, produit chez les Français cet esprit de sarcasmes et de railleries qui attaque tout sans distinction de rang, de mérite ou de fortune. C'est ordinairement sous la forme de caricatures que cet esprit se manifeste, ce que l'on conçoit facilement si l'on a égard au grand développement du sens de construction, et de la configuration chez les Français.

On se rappelle, sans doute, que j'ai dit avoir observé une grande diffé^ rence entre le crâne des Allemands et celui des Français , dans le développe* meut de l'organe qui préside au choix des alimens : elle rend compte de celle qui existe entre ces deux nations, sous le rapport de la sobriété. Après l'Espagnol, je ne connais pas de peuple , eu Europe, plus sobre que le Français , tandis que l'Allemand est essentiellement mangeur. Chez un assez grand nombre de soldats allemands, espagnols et Français, qui étaient dans le même hôpital (à Caen) , j'ai pu observer la différence remarquable qui existait entre eux , 'quant à la faculté en question. Une soupe légère, quelques fruits ou un peu de viande suffisaient aux Espagnols : le repas des Français se composait des trois quarts de portion ; tandis que les Allemands engloutissaient la portion tout entière, mais se plaignaient toujours de ce qu'on ne leur don-

nail ni assez de viande, ui assez de pommes de terre. Chaque fois qu'il m'arrivaitde passer dans les salles où se trouvaient les Allemands, j'étais sur d'être assailli par les mots flesh, flesh, meinher (1).

Deux facultés très-dèveloppées chez les Français, le penchant au merveilleux et la faculté d'imitation , contribuent à les distinguer des autres nations : elles expliquent pourquoi tout ce qui est nouveau les frappe, et leur empressement à le reproduire , à l'aide des sens de l'imitation et de la configuration très-prononcés chez eux. Qui pourrait calculer les variétés de formes dans les vètemens des Français, depuis seulement un siècle? Il est digne de remarque que ces changemens se rattachent souvent à des événemens ou à des personnages extraordinaires. De l'extrême développement de l'imitation chez les Français , résulte une plus grande démonstration dans le geste : chaque classe a le sien qui lui est propre , et chacun le répète comme on apprend une formule de politesse. Sous l'influence de l'imitation, de l'approbation et du sens du beau , les Français sont un peu maniérés ; mais avec goût , facilité , cl sans gaucheiie. Bien que les Anglais cherchent à jeter du ridicule sur notre nation sous ce rapport , j'ai pu me convaincre qu'ils tâchent de nous imiter , bien que d'une manière assez maladroite. Si , comme je l'ai déjà dit , les facultés rèllectives sont , en général , dans un moyen degré de développement sur la masse d'hommes qui compose la nation française , ce n'est pas une raison pour croire qu'il ne se rencontre chez elle qu'un petit nombre d'hommes du premier ordre. Il n'existe peut-être pas en Europe une nation qui ail fourni autant de personnages distingués dans les arts, les sciences et la philosophie; et si l'on réfléchit que l'inslruclion est gènèraleraenl peu répandue en France, on pourra se convaincre que le nombre d'hommes supérieurs aurait été encore plus considérable. Que de généraux, de piiilosophes , de poètes , de peintres célèbres , en un mot d'hommes d'un haut talent , eussent été appelés à jouer un rôle brillant en France , et à devenir la gloire de leur patrie , si une éducation plus étendue et mieux dirigée fut venue les arracher à leurs travaux manuels. Le plus grand service qu'un homme d'état put rendre à la France, serait sans contredit de se faire rendre un compte des enfans qui se feraient remarquer dans les écoles par des qualités supérieures, afin de les utiliser aux besoins de la nation. Ce n'est pas la foule commune qui a besoin d'instruction , c'est au contraire l'élite, qui , par la supériorité de son intelligence, est le grand levier qui fait mouvoir les masses.

Je laisse à dessein d'autres remarques que j'avais à faire sur l'organisation cérébrale des Français : elles trouveront leur place lorsque j'appliquerai la phrénologie à l'éducation , ou dans la comparaison que je vais faire entre l'organisation cérébrale des Français et des Anglais.

Indépendamment des caractères phrènologiques généraux , propres aux ha-

(1) Sur cinq crines de prisonniers espagnols morts en France, la ri?gioii de l'organe q;ii préside an ehoiïdes aiimt^ns était peu développée.

DF PHUl'.NOI.OGIR. 460

bilans de la Graii Jc-Brelagiie , il en existe de parliculicrs ap{>arlcnanl aux hommes qui composent isolément chaque étal , c'est-à-dire rAnsleterre proprement dite , l'Ècosse et l'irlandi». -\ul doute qu'il n'existe aussi dans chaque province des caractères propres à leurs habilans, et qui la distinguent des autres. Il doit nécessairement exister en Angleterre, comme en France, quelques traits spéciaux qui caractérisent l'habitant du pays de Galles el celui du Yorkshire , celui de Aorthumberland et celui de la province de Cornouailles. Les progrès rapides de la phrônologie en Angleterre, ne peuvent manquer de nous faire connaître à quoi tiennent ces différences.

Pendant mon séjour à Londres , j'avais l'habitude d'aller presque tous les dimanches à l'église. Là j'étais sur de voir un assez grand nombre de têtes chauves, et de faire des remarques assez étendues ; car j'ai fréquenté une douzaine d'églises appartenant à diverses paroisses. J'ai fait les mêmes observations toutes les fois que j'ai eu occasion de me trouver dans des réunions nombreuses. Voici le résultat de mes remarques. Considéré d'une maniéré générale , le volume de la tète des habilans de Londres ne diffère pas beaucoup de celles des tètes parisiennes: quant aux différences spéciales, elles sont assez tranchées, A proportion égale , les facultés rèflectives seraient plus développées à Londres qu'à Paris. Il en serait de même des régions de la circonspection , de la fermeté el de l'orgueil , trois facultés dont les organes sont généralement plus développés chez les têtes anglaises. L'organe qui préside au choix des alimens m'a paru présenter une différence do développement entre les Français et les Anglais , il est évidemment plus prononcé chez ceux-ci. J'ai la profonde conviction que de celte différence, résulta celle qui existe entre les deux nations , non-seulement sons le rapport de la sobriété, mais encore sous celui de l'emploi des boissons spirilueuses. Je crois que l'on peut dire d'une manière générale que l'ivrognerie est le vice dominant de l'Angleterre. Paris présente, à cet égard , une différence trop frappante avec Londres , pour ne pas être saisie par l'œil le moins observateur. II est impossible de se faire une juste idée de la quantité de liqueurs alcooliques bues par la classe moyenne et celle du peuple de Londres , et des autres villes de l'Angleterre. Dans un ouvrage récemment publié, inlilulè: de l'Angleterre et des Anglais, l'auteur (Bulwer) rapporte que le bailli de Manchester, une des principales villes manufacturières de l'Anglelerre, observa le nombre de personnes qui entrèrent dans une gin-shop (espèce de boulique où se vendent des liqueurs fortes) dans l'espace de cinq minutes, pendant huit samedis, et à diverses périodes de 7 heures du malin jusqu'à 10 heures. Le résultat fut de 112 hommes et 10-i femmes, ou27o dans 40 minutes; ce qui esl égal à 41 2 par heure.

Les Écossais , mais surtout les Irlandais, paraissent aussi avoir un penchant très-prononcé pour les liqueurs fortes. Je n'ai pas parlé avec un Irlandais, sans qu'il ne m'ait assuré que la paresse , el surtout l'ivrognerie, étaient les vices domioans de la masse de la population irlandaise.

4(Î6 TRAITK

Le (loclenr Caldwell , professeur de clinifjue et de médecine pratique , à l'Université de Transylvanie, a inséré dans le numéro de juin 1834, du.Tournal phrénologique d'Edimbourg , un excellent article sur l'amélioration do l'espèce humaine. Il insiste avec raison sur la nécessité de remédier , dans la . Grande-Bretagne , à l'abus des liqueurs spiritaeuses qui dégrade la plus grande partie de la classe ouvrière de cette nation. Il remarque que les fermiers écossais, qui, en 1800, 1802 et 1803 , étaient arrivés à un certain degré d'aisance, passaient presque tout leur temps à boire, parce que la bouteille était leur seule distraction; mais depuis que l'inslruclion a été répandue dans celle classe , l'ivrognerie a fini par disparaître à peu près complètement.

Une des facultés perceptives, dont le développement m'a paru présenter un contraste assez frappant entre les têtes anglaises et françaises , est celle du sens des nombres ou du calcul, évidemment plus prononcés chez les premières.

Le sens de construction , et surtout ceux de la configuration et du beau dans les arts, m'ont généralement paru moins prononcés chez les Anglais que chez les Français.

A ces remarques , que j'ai pu renouveler plusieurs fois , se bornent les observations phrénologiques positives et générales que j'ai pu faire pendant mon séjour à Londres. J'ai observé cependant une différence de conformation du crûne trop remarquable , dans une classe d'enfans de la ville de Londres , pour négliger d'en parler. Ces enfans , que je crois naturels, sent vêtus d'une espèce de soutane bleue, fixée au milieu du corps à l'aide d'une ceinture de cuir jaune: ils portent sur la tête une calotte semblable à celle des enfans de chœur de l'église catholique romaine. La plus grande masse de ces enfans de l'âge de 12 à 14 ans, m'a présenté un développement cérébral au-dessous de celui des autres enfans de même âge.

Je regrette de ne pouvoir présenter ici les traits généraux les plus saillans des têtes écossaises et irlandaises. Je n'ai encore rien vu , dans le Journal phrénologique d'Edimbourg , d'assez étendu pour servir de base à des remarques générales sur ce point. Cependant, s'il faut juger de la conformation par les actes , ce qui me paraît hors de doute, eu égard à l'état de la science, les Écossais doivent présenter une organisation cérébrale extrêmement remar. quable. Ce n'est pas seulement le courage et l'esprit d'indépendance, dont ils ont donné tant de preuves, qui les distinguent plus spécialement , mais encore leur supériorité dans les sciences et les arts. Il n'y a peut-être pas de pays en Europe qui ait fourni , à nombre è.:al de population , une plus longue liste d'hommes du premier ordre. 11 est extrêmement commun de rencontrer en Angleterre, à la tête des principales institutions, des têtes écossaises. Qu'il me soit permis d'accorder ici aux phrènologisles d'Edimbourg , le juste et sincère hommage dû à leurs travaux. Plus je les lis et plus la vénération que j'avais pour eux s'accroît de jour en jour. Si ces savans, comme je me plais à le croire , étendent leurs recherches en les basant sur l'anatomie , la physiologie, la zoologie et la pathologie , ils ne peuvent manquer de parcourir avec le plus grand succès la belle carrière qui leur est ouverte.

DB PHRÈNOLOGIE. -WT

Après avoir examine les (raits intelleclucls les plus snillans dc quelques j>e»ples appartenant à la race ccllique, jo vais entrer dans quelques détails sjur ceux qui paraissent appartenir à la race olivâtre , qui , comme toutes les races, a été considérée jusqu'à ce jour seulement sousuu point de vue géogra' l)hique, ou purement analomique. Je suis loin de considérer mes observations sur les crAnes de plusieurs individus de celle race , comme bases du caractère général des hommes qui la composent ; j'ai seulement eu en vue detixersurce point l'attention des phréuologistes, afin de savoir si de nouvelles observations pourraient coïncider avec les miennes.

Chez les Calraoucks, voir la fig. 1 de la pi. CXIV, le développement absolu du crâne est en général assez considérable. Quelques organes se font surtout remarquer par leurdèv-eloppcraenl. Voici ceux qui m'ont paru prédominer : 1° celui delà vénération ; 2° du penchant au merveilleux; 3° de l'espérance; 4" de la destruction; 5" de la propriété ; 6" de l'attachement; 7od« la ruse. Les régions du sentiment de justice el de l'orgueil sont peu dèvelop- |)ées. Les facultés rédoctives et perceptives, considérées d'une manière générale , ne présentent qu'un degré moyen de développement.

Sur trois crânes de Chinois (1) , branche de la race olivâtre", j'ai trouvé un plus grand développement de la région frontale, que chez les Calmoucks, tous les trois présentaient un développement assez prononcé de la région du calcul et du coloris. La région de la propriété, celle de la vénération, étaient assez développées, mais moins cependant que sur les crânes des Calraoucks. L'organe du penchant à détruire était aussi moins saillant chez les crânes chinois; mais, comme chez les Calmoucks, la ruse était trés-prononcée , el le sentiment du jusiepeu développé. Considéré d'une manière générale, le crâne du Chinois présente moins de développement que celui du Calraouck. Je n'ai pas encore eu occasion , jusqu'à ce jour , de voir des crânes ayant appartenu aux Mongols proprement dits, ou à cette grande tribut de familles tartares, dépendante de la Chine , et renfermée dans l'espace limUè , au nord , par la Sibérie ; à l'est , par laMantchourie ; au sud , par la grande muraille chinoise. Il existe probablement beaucoup de ressemblance, pour la conformation du crâne, entre les habitans du groupe d'iles dont la réunion forme l'empire du Japon , et les Chinois. Sur le crâne d'un jeune javanais , qui se trouve dans la collection du Jardin des Plantes de Paris, el que j'ai fait représenter pi. CXX , fig. 1, les régions de la circonspection el de l'approbation, sont assez développées : la région frontale ne présente qu'un moyen degré de développement. Les Esquimaux, qui appartiennent selon les naturalistes à la branche Mongole, présentent des caractères phrènologiques assez remarquables. Dans le Journal phrénologique d'Edimbourg , se trouvent deux excellens articles de M. Robert Cox, sur ce peuple. Ils sont accompagnés de documens extrêmement précieux, fournis par les principaux navigateurs, el d'un*

(1) Voir la fi.;, l de la \t\. CIX repicscntant un fioiilal de Cbinois.

dessin du crâne d'un Esquimau, représenté dans les trois sens les plus favorables pour faire ressortir ses caractères les plus saillaus. J'ajouterai que ces deux articles ont encore pour base d'observation , douze crânes d'Esquimaux , dont six naturels et les six aulrcs coulés sur nature. Comme les observations de M. Cox sont Iroplouguis pour être rapportées en entier, .je vais seulement en extraire ce qui se rapporte essentiellement au sujet que je traite.

11 existe une uniformité frappante dans l'apparence générale du crâne des Esquimaux : ils sont longs, ètroils dans leur proportion et d'un assez beau développement, La ré;.;iou frontale est étroite et incline rapidement vers les cotés de la tète. Le front est étroit: l'occiput saillant. En examinant les crânes des Esquimaux, le phrénologisle est aussitôt frappé par le grand développement de l'organe de l'attachemcut pour les petits , annoncé par l'alongcment de la région occipitale. Ce mode de conformation coïncide parfaitement avec les mœurs des Esquimaux , sur lesquels les capitaines Parry el Lyon s'expriment ainsi : «l'affection des Esquimaux pour les enfans, se manifeste non-seulement par l'absence de toute espèce de punition corporelle, mais encore par mille jeux et mille caresses, tels que les parens et les nour rices en emploient chez nous. Rien ne peut être comparé à leur tendresse pour leurs enfans, et ce trail de leur caractère est d'autant plus digne d'être remarqué que c'est réellement le seul véritablement aimable qu'ils possèdent (capitaine Parry) . »

Il est impossible de voir rien de plus charmant, que la tendresse que les parens montrent pour leurs petits pendant l'enfance. Les mères les portent tout nus sur leur dos jusqu'à ce qu'ils soient forts et bons marciieurs. Tout leur temps est employé à les allaiter et à leur donner à manger. Les pères en font leurs joujous , et leur procurent assiduemenl tout ce qui dépend d'eux. Un enfant n'est jamais corrigé ou grondé , mais il est entièrement libre en toute chose (capitaine Lyon). Le même auteur rapport que lorsqu'il envoyait un supplément de nourriture aux habitans affamés, et dont la faim était vorace , les personnes âgées commençaient d'abord par donner des alimeos aux enfans, et divisaient ensuite le reste entre eux par portions égales.

Crantz [Histoire du Groenland) trouve le même caractère chez les habitans de la côte est du Groenland. Les Groenlandais, dit-il, aiment excessivement leurs enfans. Les mères les nourrissent partout où elles vont, et nonobstant leurs occupations, à l'aide d'une disposition particulière de leur vêtement. Elles les allaitent jusqu'à trois et quatre ans , parce que leur pays ne fournit rien qui puisse convenir à un âge aussi tendre. Dans un autre passage, cet écrivain après avoir mentionné que l'on trouve à peine un Groenlandais faisant le bien à un autre , sans l'espoir mercenaire d'une prompte rétribution, nous informe que d'un autre côté, il existe de puissantes traces d'un grand amour entre les parens et les enfans , et qu'il en résulte même des passions. Une mère ne peut pas supporter l'absence de son enfant, et plus d'une s'est noyée parc? que cet accident lui était arrivé.

DB rUHINOLOGlE. 469

Le contraste entre cette ardeur de tendresse des parens , et leur manque général de bienveillance, parait avoir produit une forte impression sur (Irautz, et l'a conduit à former une conjecture, dont la justesse se trouve dé utonirôe par la plirènologie. C'o^^ quo ce ph;;noméno ne peut être expliqué (pie par la supposition de deux facultés distinctes ; car il ajoute : c'est absolument la même chose qu'avec lesèlrcs dépourvus de raison; ils sont insensibles à la peine ou aux plaisirs des autres animaux, mais leur altacliement pour leurs pelitsesl très-prononcé. Ceci nous conduirait presque à penser que les Ciroenlandais agissent par l'instinct que les animaux dépourvus de raison on^ eu commun avec le genre humain, et non par la raison humaine. Le capitaine lloss trouva aussi le même atlachement pour les enfai\s très-énergiques chez les montagnards du pôle Arctique. Il demandai deux d'entre eux , s'ils voudraient lui permettre d'emmener un de leurs enfans avec lui; mais ils répondirent qu'ils n'y consentiraient pas , il fut même impossible de les séduire par des présens.

L'organe du penchant à la propagation , ne le cède pas en développement à celui de l'attachement pour les petits, sur le crâne des Esquimaux, et l'énergie de ce penchant y répond. La fidélité conjugale est presque entièrement inconnue chez eux. On peut certainement affirmer, dit le capitaine Parry, qu'il n'y a pas de pays où la prostitution soit portée aussi loin que chez ce peuple. Le capitaine Lyon rapporte que les femmes sont bien traitées, rarement et peut-être jamais battues. Elles ne sont jamais forcées de travailler, et jouissent dans les affaires privées, d'une autorité égale à celle des hommes. Bien que phlegmaliques, ajoule-l-il, les Esquimaux les traitent avec affection : et l'on voit souvent de jeunes couples se frottant le nez , leur marque favorite d'affection , avec un air de tendresse. Bien que ces hommes et ces femmes paraissent s'entre aimer, ils sont cependant sans scrupule du côlé de l'infidélité mutuelle , et le mari contribue volontiers à sa propre honte : une femme fait part de ses intrigues à son mari , avec la plus grande indifférence, et répond de même à quelque charge de cette espèce, devant une nombreuse assemblée. Les maris prostituent leurs femmes, les frères leurs sœurs, les parens leurs filles, sans montrer la moindre trace de honte. Changer de femme pour un ou deux jours, est considéré comme une marque d'amitié entre deux hommes, et cette demande est souvent faite par les femmes elles-raênves.

La circonspection, bien que ne manquant pas absolument , est, proportionnellement au penchant à combattre, plus petite sur le crâne des Esqui maux que sur le crâne des tribus sauvages que nous connaissons. De là leur peu de disposition à s'alarmer, et leur hardiesse, qui a été le sujet de l'attention des navigateurs anglais. Bien différens do plusieurs tribus sauvages , ils reçoivent les Européens qui les visitent, non-seulement sans manifester de crainte, mais encore avec des démonstrations énergiques de cordialité et d'amitié.

Le capitaine Parry décrit leur manière tranquille , lorsqu'il les approcha ,

et à Toccasion d'une réuuion qu'il reucoolra, lorsque le bâlimenl fui abandonné dans l'île d'Hiver. Ils allendirent tranquillement l'approche des Anglais, et il y avait aussi peu d'appréhension ou de méfiance apparente dans leur contenance et leurs manières, qu'il en existe entre personnes étrangères qui se rencontrent. C'est pourquoi , continue Parry , aussitôt que nous eiimes acheté tout ce qu'ils avaient à vendre, et après leur avoir fait plusieurs prèsens de quelque valeur, nous leur exprimâmes par signes le désir de les accompagner à leurs huttes, ce à quoi ils consentirent volontiers, et nous partîmes tous ensemble sur-le-champ.

Les Esquimaux sont extrêmement imprévoyans, et comme leurs provisions sont très-éventuelles, il en résulte qu'ils sont quelquefois exposés à de grandes privations. La disposition des Esquimaux, dit le capitaine Lyon, est si singulièrement heureuse, que lorsque leurs besoins sont satisfaits pour un moment , ils oublient qu'ils ont éprouvé la faim , ou qu'ils pourront se trouver le lendemain dans la même détresse. On ne peut manquer d'accorder du courage, dit ce capitaine , à des hommes qui osent affronter les regards de l'ours blanc, et même le mettre à mort dans un combat singulier, assisté seulement de leurs chiens.

Le capitaine Parry fait la peinture suivante des moeurs domestiques des Esquimaux de l'Ile d'Hiver : « Dans le peu d'occasions que nous eûmes de mettre leur hospitalité à l'épreuve, nous n'avons eu qu'à nous en louer. La nourriture et le logement de meilleure qualité, étaient toujours à notre service , et leur attention tout à la fois affable et mesurée était tout ce que l'hospitalité et une bonne éducation auraient pu dicter. Les bons offices pour sécher et raccommoder nos vêtemcns, cuire nos provisions et dégeler la neige pour notre boisson , étaient remplis par les femmes, avec un enjouement et une obligeance que nous n'oublierons jamais , et qui méritait notre admiration el notre estime. Étant leur convive, j'ai passé une soirée non-seulement agréable, mais heureuse; car tandis que les femmes travaillaient et chantaient, que les maris raccommodaient tranquillement leurs lignes , que les enfans jouaient devant la porte et que le pot bouillait sur la flamme brillante de la lampe, on pouvait facilement oublier qu'une hutte d'Esquimaux fut le lieu d'un genre de vie si agréable et si confortable , et je puis affirmer avec Cartwright, qu'une fois logé sous leur toît , je ne connais pas de peuple auquel je confierais plus volontiers ma personne et ma propriété.» Cette description doit paraître un peu trop flattée, si nous réfléchissons un instant sur l'esprit intéressé que nous avons précédemment indiqué, et sur la bienveillance peu développée sur leur crâne ; ce qui est assez démontré par ce que le capitaine dit dans les phrases suivantes : « H est pénible , et peut-être odieux après cela, de demander jusqu'où leur hospitalité s'étendrait si l'intérêt en était complètement séparé , el si un étranger était malheureusement dans le cas de ne pas la payer promplement ; mais la vérité m'oblige à avouer d'après leur conduite extrémenieul intéressée, el celle qu'ils tiennent à l'égard des mal-

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heureux de leur Iribu, que j'aurjiLs torl d'iusisler beaucoup Crop sur leur bonté. » Le capitaine Lyon nous apprend , que bien qu'il eùl 616 Iraifé par eux avec la plus grande hospitalité, si le jour d'après il entrait dans une hutte, et demandait seulement un morceau de mousse, on le lui faisait payer.

Le crâne des Esquimaux prosente rarement un développement moyen de la région du sentiment de justice ; aussi il n'y a peut-être pas de race sur terre, qui se fasse plus remarquer pour son défaut de probité , et sa disposition à dérober. Il y a une mullitude de faits qui démontrent que les Esquimaux ont le sentiment qui nous porte à respecter les droits et les propriétés des autres extrêmement faible ; et c'est à ce défaut , plus qu'à l'extrême énergie du senliraent de propriété , que nous devons attribuer cette disposition. M. Ellis , qui fut envoyé pour explorer les mers du nord-est de l'Amérique, parle des naturels qu'il trouva sur les rives occidentales de la baie d'Uudson , comme étant très-adroits, trompeurs, rusés et fourbes.

La moralité des liabitans de l'ile d'Hiver, paraît un peu plus grande que celles des autres tribus d'Esquimaux visitées par les Européens. Les Esquimaux ont une haute opinion d'eux-mêmes. Un jour Okotook (c'est le nom d'un Esquimau ) cherchant à saisir quelques pièces du harnais d'un traîneau , en brisa une pièce qui était composée d'une portion de notre corde blanche. Je n'oublierai jamais l'air de dédain qui accompagna dans son soliloque , le mol Kabloona! (européen), comme marque de l'infériorité de nos objets comparés aux siens. La région de l'orgueil est très-prononcée sur le crâne des Esquimaux.

L'organe de la construction , paraît très-développé chez eux , bien que dans quelques cas, il le soit modérément (l). L'activité de cet organe se manifeste dans la construction de leurs armes , de leurs barques pêcheuses , de leurs vêlemens et des ustensiles déménage. Les femmes ont cette faculté plus développée que les hommes, et l'élégance de leurs ouvrages a souvent fixé l'attention des voyageurs. Les femmes font preuve de beaucoup d'adresse , notamment dans cette partie importante pour une ménagère, l'art de la couture , qu'elles pratiquent avec une grande dextérité, même avec leurs aiguilles grossières, faites avec des os. Leur fil est fait de tendons de rennes, ou lorsqu'elles ne peuvent s'en procurer, elles emploient le pharynx du petit veau marin. Il est divisé en fils de diverses grosseurs , suivant la nature de leur ou. vrage , et présente un tissu admirable.

Le capitaine Franklin, vit parmi les Esquimaux qu'il visita à l'île sauvage du détroit d'Hudson, des imitations d'hommes, de femmes, de quadrupèdes et d'oiseaux , sculptées avec beaucoup de travail et d'élégance , avec des dents de cheval marin. Les vêlemens des hommes et les figures des animaux, n'étaient pas mal exécutés, mais sans attitude.

(1) Pemlanl mon $C\inir à l.onJres , le docteur Wrislit, médecin de BnlhltVm , mo fit voir deux plâtres de crAnes dE'ifiuimanx eoiilc^s snr n.itiire. le sens de conUniotlon tMail trèt-salIUnt sur lesdem.

472 TRAITfe

Le sentiraeul d'approbation a'esl pas en général (rès-romarquable. Cher quelques individus, il parait très-prononcé; mais ils n'en font généralement pas parade. Les crânes des habilans de Ceylan , dit M. Robert Cox , forment avec ceux des Esquimaux, un contraste frappant sous ce rapport.

Il est difficile [>our les personnes qui les observent accidentellement , de dire jusqu'à quel degré le sentiment religieux est éprouvé par les Esquimaux. Leurs crânes laisse voir un assez grand développement de la vénération ; mais l'organe de causalité et celui du penchant au merveilleux, sont peu développés. Le capitaine Ross , invita Sacheuse, son interprèle, à demander à l'un d'eux , Ervick, s'il avait quelque notion d'un Êlre-Suprème, mais après avoir employé chaque expression dans son propre langage pour en donner une idée, il ne put se faire entendre. Il fut bien démontré, qu'ils n'adoraient ni le soleil , ni la lune ou les étoiles, ou quelque image de créatures vivantes. Lorsqu'on lui demanda à quoi servaient le soleil et la lune , il répondit à procurer la lumière. 11 n'avait aucune connaissance ou idée de sa création ou d'un élal futur ; il dit que lorsqu'il mourrait, on le mettrait en terre. Ayant acquis la certitude qu'il n'avait aucune idée d'un Être-Suprème , ajoute le capitaine Ross, je continuai à laide de Sacheuse-, à m'informer s'il croyait à un mauvais esprit , mais il ne put se faire entendre : il dit cependant qu'ils avaient plusieurs Angekoks ou conjureurs , qui possédaient le pouvoir d'exciler une tempête, de rendre la mer calme, d'enlever ou d'apporter les veaux marins. Ayant su que Otooniah, garçon de dix huit ans, était un jeune Angehok , je le fis venir dans la cabine, et Sacheuse lui demanda comment il avait appris son art. Il répondit, d'un vieil Angekok, qu'il pouvait élever le vent, et éloigner les veaux marins et les oiseaux. Il assura qu'il arrivait à ce résultat par des gestes et des mots , mais ces mots n'avaient aucun sens , et n'étaient adressés qu'au vent de la mer. Lorsqu'on dit à Ervick qu'il existait un être lout-puissant, présent partout, invisible , qui avait créé la mer et la terre et tout ce qui en dépendait , il parut très surpris, et demanda avec empressement où il vivait.

La vénération des Esquimaux se manifesterait seulement, d'après les faits consignes dans les observations de M. Robert Cox , dans le respect des jeunes gens et des domestiques pour les personnes âgées.

Le penchant au merveilleux n'est pas très-prononcé sur le crâne des Esquimaux , ce qui explique leur peu de surprise et d'élonnement , lorsque les officiers qui accompagnaient le capitaine Lyon tuèrent devant eux plusieurs oiseaux que les naturels virent tomber. Les organes des facultés intellectuelles ne sont pas (rès-développés. M. Robert Cox, fait observer que le sens de l'ordre est aussi très-peu prononcé chez eux , ce qui rend compte de leur extrême malpropreté. 11 cile , à cette occasion , un fait rapporté par le capitaine Lyon, et qui peut donner une idée de leur saleté. Le capitaine Parry, avait acheté une lampe qui élait allumée , la femme qui la vendit , l'èteignit sur le champ, et commença à la nettoyer avec force, bien qu'elle contint autant de suie que

DE PHRF.NOI.OC.IG. -47 -i

d'huile, en la graltant avec ses doigts, qu'elle poiia rapidement ;i sa bouche , chari;i's de leur agr.>al)le fardeau. Sa langue fiuille reste de ro|)ùra(ioti ; la lampe fut parfaitement nelloyée , mais servit en revanche à couvrir son \isage de suie , ce qui nous porta tous à rire à l'aspect de son étrange figure , et elle-même se joignit à nous de tout son cœur. Lesenfans, dit la même personne, étaient aussi sales qu'il est possible aux cr»iatures humaines de l'être.

L'organe du calcul ou des nombres , est aussi très-petit sur le crâne des Esquimaux , et ce mode de conformation concorde avec l'imperfeclion de leur arithmétique. Les montagnards du pôle Arctique ne peuvent compter au-delà de cinq. Lorsque le capitaine Ross leur demanda le nombre de la tribu, il obtint seulement pour réponse , qu'ils étaient beaucoup d'autres ; cependant ils peuvent compter jusqu'à dix. Quand le nombre dépasse vingt , dit Crantz , ils disent qu'il est immense.

Les Esquimaux ne donnent aucune preuve remarquable de talent musical. Ils cherchent à chanter et à danser, mais avec peu de succès. Le capitaine Parry termine la relation d'une de leur représentations, eu observant que rien n'est plus misérable que leurs récréations de chant. Le capitaine Ross, pour amuser quelques naturels qui étaient venus à bord du vaisseau, fit jouer plusieurs airs sur le violon , mais ils donnèrent peu d'attention aux mots et à la musique. Cartwright ne fut pas satisfait des chants des peuples du Labrador ; quanta leur danse, on croirait, dit-il, qu'ils ont appris cet art des ours du pays. Les organes de la musique et du temps sont faiblement développés sur leuM crânes.

Les facultés réfleclives ne sont pas très développées chez les Esquimaux, aussi, aucunes traces d'entendement profond n'ont été remarquées chez eux.

La race Noire ou Éthiopienne , est loin de présenter aux yeux du phrénologiste les mêmes caractères que ceux que les naturalistes lui donnent. Selon ceux-ci , outre le teint noir , les cheveux crépus , le nez écrasé, etc. , le crâne se trouve comprimé , ce qui est inexact , considéré d'une manière générale. Il n'est pas rare de rencontrer chez certains nègres, des conformations de crâne qui peuvent rivaliser avec celles de la race Européenne ou Caucasique. J'ai vu à l'hôpital de Charenlon , une de ces belles conformations sur un nègre de la Martinique , qui était parvenu , par son seul mérite , à obtenir un grade supérieur dans les armées de Napoléon. La tête du nègre Bélin, représentée pi. CXIII, présente un développement extrêmement remarquable.

Il résulte des observations que j'ai pu faire sur un certain nombre de crânes de nègres, que l'on rencontre des variétés excessivement remarquables, chez les individus de cette race et de la même partie de l'Afrique , et que ces différences sont encore plus frappantes entre les nègres de régions différentes. I! doit nécessairement résulter de ces variétés de développement du système

GO

hlk TBAITÉ

cérébral des nègres , des différences exlrèmeinenl carieuses , quant à leur caractère moral et intellectuel (1).

« Le nègre est extrêmement porté aux plaisirs de l'amour , et se montre tel jusque dans l'âge le plus avancé. Ce penchant est également prononcé chez les deux sexes. Il est si impérieux qu'aucune fatigue résultant des travaux de la journée , ne peut l'empêcher d'aller le soir chercher , quelquefois à deux ou trois lieues , l'objet de sa passion, et de passer la nuit avec lui, malgré l'obligation qui lui est imposée de se représenter le lendemain matin à cin j heures sur l'habitation dont il dépend.

En général , il ne s'attache pas longtemps à la môme femme , et tous les efforts tentés pour introduire le mariage parmi nos nègres, ont été infructueux. Sauf quelques exceptions ils témoignent pour celle institution une répugnance opiniâtre. A Haïty , au dire de tous ceux qui ont visité celte ancienne colouie française, le mariage est à peu près inconnu. Cependant j'ai vu quelques Noirs africains, quoique non mariés cauoniquement, s'attacher pendant bien des années à une même négresse , et dépérir rapidement de chagrin après l'avoir perdue. Je parlerai plus loin des succès que j'ai obtenus, à cet égard, sur une de mes habitations.

On ne remarque généralement chez les deux sexes, qu'un faible attachement pour leurs enfans. Ceux-ci paraissent en avoir davantage pour leur père et mère , et surtout pour le père. Cet atlacheraenl tient moins pourtant de la tendresse que du respect et d'une sorte de crainte révérencielle, qui s'explique facilement par le caractère impérieux du nègre qui parle toujours en maître à ses enfans , et les habitue dès leur naissance à son autorité sans limites.

L'amilè proprement dite , se voit peu chez le nègre , et moins chez le nègre créole que chez l'africain. Celui-ci s'attache beaucoup plus à son maître quand il en a été bien traité , et lui demeure plus ordinairement ûdéle. Il est capable du plus grand dévouement. Il montre un attachement extrême pour les lieux où il a été élevé ou qu'il habite depuis longtemps.

Le nègre se soumet facilement à l'ascendant de la force ou de la supériorité. Il y a sur presque toutes les habitations un, ou plusieurs nègres qui exercent, par la crainte qu'ils inspirent aux autres, un pouvoir clandestin sans bornes, qui contrarie constamment l'autorité du maître et la paralyse souvent. De peur de déplaire à ce camarade qu'il redoute, le nègre s'exposera , sans hésitation , aux châtimens domestiques de son maître et même aux peines les plus graves que peuvent prononcer les tribunaux. La mort qu'il brave sur l'ôchafaud , il n'ose en soutenir la menace dans les regards de celui dont la su-

(1) ce passage était écrit lorsque j'ai eu Pavantage do faire la connaissance «l'un ex-magislrat distingué de la Martinique , M. Pécoul , qui a bien voulu me donner sur les Nègres employés dans cette colonie , les renselgnemens suivans. Je les doune avec d'autant plus de confiance qu'ils sont le fruit d'observations faites avec discernement, et rilipélées sur un très-grand nombre de nègres.

DE PURTNOLOGIE.

përiorilë le fascine cl le tcrrilic. La crainte a toujours tik uu ressort tout puissant sur le nègre , à qui on ne saurait pourtant refuser du courage. La mort , l'u général , ne lui cause point d'olfroi, et il ne montre que peu d'attachement à la vie.

Les querelles sont fréquentes parmi les nègres, et il n'est pas rare que le sang coule dans les rixes qu'ils ont entre eux. La vue du sang les exalte et les rend frénétiques. Ils sont en général sans pitié pour les animaux confiés à leur garde, ou à leurs soins, et les maltraitent beaucoup.

Ils sont très-sobres , recherchent peu la viande dans le choix de leurs alimens, et préfèrent de beaucoup le poisson salé , les légumes et les racines. L'aversion énergique qu'ils montrent pour le travail , ne tient pas , comme chez rindou , à la mollesse du tempérament , car , hors de là , ils sont actifs, vigoureux et infatigables.

Le vol est un des délits les plus frôquens parmi eux , mais ils font , en général , une grande différence entre le vol d'objets de consommation et le vol d'argent. Ce dernier aussi est plus rare. C'est à celui-ci qu'ils appliquent proprement la qualification de vol.

Le nègre aime passionnément la danse et la musique. Il n'est point de fatigue qu'il n'oublie pour aller danser , et souvent il retourne au travail , après avoir passé la uuit au bal, sans en paraître accablé. Ses danses ont un caractère ardent et lascif comme certaines danses espagnoles , ou belliqueux comme celles de certains peuples sauvages. Tout travail accompagné de musique ou de chant cesse d'être une fatigue et se supporte avec joie. Aussi lorsqu'il faut fouiller à la houe un terrain pour le planter en cannes, ne manque-l-on jamais de placer en face des nègres rangés sur une ligne , un d'entre eux qui ne fait autre chose que chanter un air monotone, aux cadences duquel se conforment tous les mouvemens de l'atelier, les houes s'abaissant et se relevant ensemble. Le soir, a-t-on une veillée à demander aux nègres de bonne volonté , pour râper à la main les racines du manioc? le bamboula (1) et un peu de tafia (2) en amènent beaucoup plus qu'il n'en faut, et font de cette corvée, une véritable récréation et un divertissement.

Le nègre a l'ouïe très-juste ; il marque, soit en dansant , soit en chantant, avec une exactitude étonnante , tous les temps. Le coup d'oeil est au contraire exlraordinaireraent faux chez lui. Le meilleur ouvrier peut rarement tracer une ligne droite, et cette défectuosité se remarque dans tout ce que fait le nègre.

11 est ordinairement très- rusé , a peu de circonspection et ne manifeste aucune prévoyance , aucune inquiétude de l'avenir. Il dissipe promptement le produit de ce qu'il a récolté dans le terrain que le maître lui accorde pour son usage particulier.

( I ) Espèce (le daii-c 'lui lire son nom ilc rinsirumcnl ciiiployO pour son cicrcict. V^, r.hunti grossier.

Il montre, à certains égards, un senlimenl exquis du jusie et de l'injuste, et ne conserve jamais de ressenlimenl du châtiment qu'il reconnaît avoir mérité. Il est jaloux et vindicatif à l'excès.

En général, gais et insoucians ils regrettent peu une liberté qu'ils ne connaissent pas , et qui ne leur paraîtrait désirable qu'autant qu'elle leur promettrait l'oisiveté. Nos nègres, ayant tous leurs besoins matériels satisfaits, bien nourris , bien soignés quand ils sont malades, ou quand l'âge a énervé leurs forces , seraient les êtres les plus beureux du monde , si des avis insidieux ne tendaient sans cesse à les rendre méconlens de 1 eur sort , en leur présentant l'appas de la liberté. L'Européen qui vient pour la première fois aux colonies, est étonné, en parcourant nos campagnes , de ne voir partout que des visages ouverts et animes, lorsqu'il s'attendait à ne rencontrer qu'un air sombre et des contenances mornes , indices certains d'une cruelle oppression et d'un désespoir que la force seule empêche d'éclater.

Si, de ces aperçus généraux des nègres de nos colonies, nous passons aux individus des diverses nations ou peuplades où la traite puisait autrefois , nous voyons que les caractères reconnus par l'expérience à chacune de ces peuplades étaient si peu variables, qu'ils servaient de guide au propriétaire dans ses achats.

Ainsi, Vlho, réputé le nègre par excellence, laborieux pour son maître comme pour lui-même , cultive toujours avec soin son jardin , aime l'argent , fail des épargnes, se lient propre et se procure de beau linge ; fier, irascible, ressentant vivement les injures et les injustices : il est pourtant obéissant et susceptible d'attachement pour son maître. En intéressant son orgueil, on en obtient tout ce qu'on veut. On ne redoutait en lui, que les accès de nostalgie. Au moindre chagrin, au moindre dègoùl, il courait se pendre, croyant par ce moyen , retourner dans sa terre natale , et lorsqu'il se trouvait plusieurs individus de cette nation sur la môme habitation , ils se pendaient de compagnie. On en voyait quelquefois sept ou huit pendus au même arbre ou à la même poutre.

Le Congo était peu estimé, paresseux, impropre aux travaux des champs. On eu faisait des domestiques passables, des cuisiniers; leur intelligence était bien plus obtuse que celle des autres nègres.

Le Mondongue était généralement rebuté à cause de sa férocité naturelle et des habitudes d'anthropophagie, qu'il ne faisait nul scrupule d'avouer. On en portail par cette raison fort peu aux colonies.

î.'Amda était doux , obéissant , fidèle et malléable comme une cire molle. Le Cnplaou dont le nom dérive de ce qu'il habite les environs du cap Laou , ou LaOjôtailaprèsribo ,leplus estimé. Bon, doux, obéissant , adroit» intelligent, on en faisait de préférence, des charpentiers, des menuisiers, des tonneliers , des rafineurs , des forgerons ou domestiques. Il s'attache facilement à son maître ou à ceux qu'on charge de le soigner. Il est industrieux , recherclié dans sa mi«e . et économe.

DC PlinCNOLOGIE.

Le nègre du cap Verd, plus délicat que les autres et dont les traits se rapprochent davantage de ceux des races européennes, dépérissait promptemenf, si on raltacliait aux travaux de la terre. Il réussissait au contraire assez bien, si on lui donnait quelque emploi dans l'intérieur ou autour de la maison. Sa peau est d'un noir plus prononcé et plus luisant.

Eu général, on remarquait que ces peuples étaient d'autant plus féroces et grossiers dans leurs habitudes, qu'ils étaient originaires des contrées les plus méridionales de l'Afrique. 11 y a autant de diversité dans les caractères de ces différentes races que dans les traits de leur visage et la nuance de leur peau , et , si mes souvenirs ne me trompent pas, la conformation de leur tète.

Mais , si l'on considère que jamais celte portion de la race humaine , n'a pu atteindre au-delà d'un certain degré , d'une ébauche grossière et imparfaite de société; qu'elleest aujourd'hui et eu tous lieux, telle qu'elle a toujours été observée dans le vaste continent , où elle est disséminée ; que tousles efforts de la philanthropie et de la persévérance anglaises ont échoué à Sierra Leone, à la Trinidad, et partout où le gouvernement britannique, à l'instigation de la société des amis des Noirs, a prodigué ses trésors, pour essayer de plier cette race aux habitudes de la civilisation; si on la voit, au milieu des circonstances les plus favorables, retomber rapidement dans la barbarie à Haïty , là, où la douceur du climat, la fertilité du sol, les restes encore subsislans des travaux par lesquels l'industrie européenne y avait créé tant de richesses, le voisinage de colonies opulentes et la sympathie des peuples, devaient agir si puissamment sur cette race transplantée, c'est avec peine, qu'on se défend de l'aflligeante conviction qu'il manque à son organisation, quelqu'une de ces facultés, qui chez les autres races, perfectionnent successivement l'étal social , et enfantent les merveilles de la civilisation.

Cette infériorité intellectuelle, qui semble incontestable, n'est pas sans doute , un motif, comme on le prétendait autrefois , pour ravaler ces hommes au rang des brutes , et justifier la perpétuité de leur esclavage ; mais ce qui paraîtra bien surprenant, c'est que cette infériorité ne s'est un peu effeicée, qu'il n'y a eu , jusqu'ici progrès réel et constaté dans les habitudes et les idées du nègre, qu'aux lieux précisément où il vit dans l'esclavage; témoins les colonies des Antilles, et surtout les provinces du Sud, des États-Unis, de l'Amérique du Nord.

En effet , le nègre créole , est un être en tout supérieur à l'Africain. Son intelligence est bien plus développée, il est bien plus éducable, si je puis me servir de ce terme. Quelque odieux et inique que soit l'esclavage en principe , il faut bien pourtant reconnaître, qu'il n'est pas étranger à ces résultats, puisque à Ilaïly où règne la liberté , le même progrès n'a pu s'obtenir , et que le gouvernement de cette île , dirigé par des mulâtres, s'est vu forcé ainsi que nous l'apprend son code de police rurale , d'établir, pour imposer le travail aux habitans de l'île, des réglemens qui se rapprochent beaucoup de ceux de nos habitations, cl dont la sanction pénale, est mt-me bien plus sôvcre.

•473 THAITÊ

Je peux offrir sur mon habilation appelée la Montagne, près de St.-Pierre , à la Martinique, les résultais les plus consolans pour l'humanité, les plus propres à faire naître l'espoir qu'il n'est pas absolument impossible de donner aux nègres ces goûts de travail, et ces habitudes morales, qui ont semblé être jusqu'à ce jour , l'apanage exclusif des races caucasiennes et sans lesquels l'homme ne peut marclier dans les voies de la civilisation.

La populalion de cette habitation se compose de plus de trois cents individus de tout âge et de tout sexe. Elle s'accroil chaque année par les naissances; les adultes sont la plupart mariés et vivent en ménage , avec une grande régularité , élevant avec soin leurs enfans, travaillant avec ardeur pour leur maître comme pour eux-mêmes, dans le temps qui leur est laissé à cet effet. Une chapelle placée au milieu de leurs cases , est librement fréquentée chaque soir et les jours de fête. Les nègres y chantent souvent des cantiques jusqu'à 1 1 heures du soir. Pour ne pas compromettre des progrès réels, une circonspection extrême m'était commandée , car il n'est pas aussi facile qu'on se l'imagine, de faire d'un esclave , un homme libre. Quelque désir que j'éprouvasse, de renoncer au fouet comme moyen répressif ou coercitif , j'ai dû me borner à en restreindre l'usage successivement, au point d'en rendre l'application extrêmement rare, et j'en ai retranclié à l'égard des femmes, tout ce qui blessait la pudeur, c'est-à-dire , qu'elles ne le reçoivent jamais que par-dessus leur vêtement. Tout cela s'est fait sans porter atteinte aux revenus de l'habitation, qui chaque année s'accroissent sensiblement.

Des améliorations semblables, opérées spontanément par des colons, servent plus l'humanité , et hâtent plus l'accomplissement des vœux des philanthropes, que les déclamations hypocrites, qui tendent à rendre le nègre mécontent de son sort actuel , et à lui représeutercelui que les lois ont fait son maître, comme un tyran , dont il doit se venger. On a trop oublié combien le coucours des colons pouvait aplanir les difficultés de la grande œuvre d'émancipation qu'on se propose; combien , au lieu de les effaroucher, en les menaçant d'une ruine certaine , et en leur tenant un langage hostile et irritant , il y avait à gagner, en intéressant leurs défauts mêmes comme leurs qualités , au succès de l'entreprise.

Je ne dois pas terminer ces aperçus , sans dire quelques mots du mulâtre, produit du blanc et de la négresse, et dans lequel se reproduisent la plupart des vices et des vertus des deux races qui se mêlent en lui. Robusle,infaligable , ardent, sobre comme le nègre , il lient du blanc son adresse, son goût , des facultés réfleclives plus fortes, et plusd'apliludes à l'éducation. Il est extrêmement vain , fanfaron et enclin à la rixe, jaloux et irascible. Il a beaucoup de ruse, peu de circonspection et de prévoyance , n'est que médiocrement intéressé. Il aime aussi passionnément les femmes que le nègre, montre autant queluid'éloignemenlpourle mariage, et guère plus d'attachement pour ses enfans. Il est un i)eu moins superstitieux. Le goût de la danse et de la musique , est moins prononcé chez lui. Les incapacités civiles , dont il élail frappé,

DB PHRÉNOIOGIE. 479

dans l'ancien syslème colonial, ne lui permeltaionl guère que de s'exercer dans les niôliers. Il y excellait, sans manifester autant de répugnance que le nègre pour le travail , il est loin cependant d'y apporter l'ardeur et l'activité du blanc. »

Quatre sortes de nègres ont été particulièrement l'objet de mon attention , sous le rapport du développement du crâne : 1" Le nègre du Cap ; 2° le Hottentot ; '^" le Cafre; -4° le nègre dont la conformation se rapproche de celle de Belin, et qui appartient à une partie de l'Afrique qui m'est inconnue.

Après les Caraïbes, pi. CXV, fig. 1, et les Péruviens, pi. CXIX, fig. 1 , dont l'aplatissement de la région frontale est , comme je l'ai démontré dans la première partie, le résultat d'une pression exercée de très-bonne heure sur le crAne, je ne connais pas de peuplade qui soit au-dessous du nègre du Cap de Bonne-Espérance. Considéré d'une manière absolue, son crAne, pi. CXV, fig. 2, présente avec les autres une différence frappante de volume et de hauteur. Il est, comme on le voit, bien au-dessous du crâne du Calmouck représenté sur la même pi. , fig. 1. Ce (jui frappe surtout dans le nègre du Cap , c'est le misérable développement de la région frontale : il est même au-dessous de l'habitant de la Xouvelle-llollande , voir les fig. 3 et h pi. , CIX , dont je parlerai plus amplement en faisant connaître l'organisation cérébrale de quelques peuplades de l'Océanie. On peut dire d'une manière générale, que les organes appartenant aux facultés perceptives et rèflectives , sont presque avortés chez le nègre du Cap. Les organes les plus saillans , parmi les facultés communément appelées penchans et senlimens, sont ceux de l'attachement pour les petits, delà vénération et de l'espérance. Quelle que soit l'instruction donnée aux nègres de cette contrée, qui présenteront une semblable conformation, on doit s'attendre à n'obtenir aucun résultat satisfaisant. Nulle profondeur d'esprit, vie animale et superstitieuse, tel doit être le caractère dominant du nègre du Cap.

Le crâne des Hottentots, pi. CXVII, fig. 2 , préseule une différence frappante dans levolume, comparéavec celui du nègre du Cap de Bonne-Espérance- Non-seulement la région frontale est plus développée ; mais certains organes se font encore remarquer par un assez grand développement. Au premier rang se trouvent le penchant à la reproduction, l'attachement pour les petits, l'attachement ou Tamifie , la fermeté et le courage. Viennent ensuite dans l'ordre de développement, la vanité, l'organe qui préside au choix des alimens , ceux du penchant au merveilleux et à la vénération. La région des organes des facultés intellectuelles et rèflectives, sans avoir un grand développement, en présente cependant un assez considérable pour qu'il y ail intelligence, réflexion et possibilité de culture d'esprit. Les organes qui entourent les orbites, notamment celui du calcul et surtout celui de Tordre , sont très-faiblement développés. Il résulte de cette combinaison de développement des organes cérébraux , que les Hottentots doivent se faire remarquer par leur lasciveté , leur attachement pour leurs petits et pour leurs amis : ils doivent être

480 TBAITÉ

(loués d'une grande fermeté , et Irès-courageux, attacher une grande imporlance àleur nourriture , aimer la parure et cependant être d'une grande saleté, à cause du faible développement du sens de l'ordre ; du reste inlelligens et capables d'une certaine culture de l'esprit (1).

Chez le Cafre , pi. CXVI , fig. 2 , autre peuplade de nègres , qui occupe une étendue de terrain assez considérable , à l'Est du pays des Hottentots, les caractères phrénologiques se rapprochent davantage de la race européenne , du moins dans la région qui est le siège des organes des facultés intellectuelles et réflectives ; ils doivent donc nécessairement l'emporter sur les Hottentots , sous le rapport de développement de ces facultés précieuses. J'ai été surtout frappé de la différence qui existait entre le développement de l'organe de la construction , sur le crâne des Hottentots , et sur ceux des Cafres , elle est trop prononcée pour ne pas donner lieu à des résultats différens chez ces deux peuples, notamment pour ce qui a trait aux objets manufacturés, aux habitations, aux ustensiles de ménage, etc. C'est aux voyageurs qui ont pénétré dans ces contrées, à nous faire connaître si les actes des Cafres répandent au mode d'organisation que je viens de signaler. La région des sontimens supérieurs l'emportant sur celle des facultés affectives , et se trouvant réunie à un développement assez prononcé de la région frontale, on doit nécessairement rencontrer chez les Cafres de la bonté , un excellent caractère et de l'intelligence.

Les nègres qui présentent une organisation cérébrale, semblable à celle de Belin , pi. CXIII , appartiennent-ils à une seule contrée de l'Afrique ? ou cette conformation est-elle plutôt, comme je suis disposé à le croire, la suite d'un mélange? C'est ce que j'ignore ; mais s'il en était ainsi , il serait curieux de savoir sous quelles conditions d'organisation cérébrale des parens ont donné le jour à une conformation semblable, ou même un peu au-dessous.

Indépendamment des hommes appartenant à la race Caucasique, Mongolique et Éthiopienne , il existe dans le grand Océan , plusieurs peuplades qui présentent des caractères phrénologiques généraux trop saillans, pour qu'il soit possible de les confondre ensemble. Je distinguerai toujours , et au premier coup d'œil, le crâne du Nouvel-Hollandais, de celui de l'habitant de la Nouvelle-Guinée, et le crâne de celui-ci, de celui du Nouveau-Zélandais. Tous ces peuples habitent , comme on le sait, diverses iles du Grand-Océan , dont la principale, la Nouvelle-Hollande, est presque aussi grande à elle seule que toute l'Europe. Je vais passer successivement en revue les caractères phrénologiques appartenant à plusieurs de ces insulaires.

Je commencerai par les Nouveaux-Hollandais. Je ferai observer cependant

(l) II serait assez curieux de connaître la diaérence qui existe entre les nègres au Cap «le Bonne Espérance , et ceux qui proviennent du mariage des Hotteotols avec les noirs du Cap ou de la cote de Mozambique; mélange qui a souvent lieu au Cap de Bonne-Espérance, où il est assez rare, dit-on, de trouver le Hottentot pur.

DE PHUÊNOLOGIi:. -481

que les caractères que je vais signaler , ne conslituenl pas ceux de toutes les peuplades sauvages de la Xouvelle-llollande , mais seulement d'une partie de cette contrée. Ainsi il existe, sans nul doute, une différence d'organisation cérébrale très-sensible entre les habilans de la Nouvelle - Galles et ceux de la terre Vandiemen (1), ceux du nord et ceux du midi , du même pays.

Cbez les habilans de la Nouvelle-Hollande , qui présentent un mode d'organisation semblable à celui du crâne , représenté pi. CXIX , fig, 2 , on rencontre constamment des facultés intellectuelles excessivement bornées , avec prédominance des facultés animales. Voici ce qu'un de mes amis, naturaliste fort distingué , raconte , des habitans de la Nouvelle-Hollande , qu'il a eu occasion de voir.

« Les indigènes de la Nouvelle-Uollande sont si dégradés, si misérables, qu'il est à peine permis de leur donner le nom d'hommes ; ils semblent n'appartenir à l'espèce humaine que par leurs formes extérieures; leurs facultés intellectuelles paniissont même au-dessous de celles do certains animaux. Les deux sexes vontnus et ignorent la pudeur ; ils vivent de poissons , de gibier , de chenilles, de fourmis, de vers, de larves, de racines, de fougères, d'araignées et de tout ce que l'on peut se figurer de plus dégoûtant; jamais on n'a pu parvenir à leur inculquer les moindres nolions d'intelligence et de civilisalion. Il y en a cependant qui sont assez bons mimes, en contrefaisant les individus qu'ils veulent rappeler à votre souvenir, comme on le voit chez les tribus voisines des côtes. Celles des montagnes sont plus sauvages, et pour elles la vie d'un homme n'est pas plus estimée que celle d'une chenille. lisse bornent à reconnaître quelques chefs, dont l'autorité ne s'étend que sur un petit nombre de familles. Ceux qui vivent dans les bois grimpent sur les arbres comme les orang-outangs. Tous ont une hache de pierre et one sagaye , ils se font des cicatrices sur la poitrine, les bras et le derrière , se passent un bâtonnet dans le cartilage du nez , se frottent la peau avec de l'huile de poisson ou de la graisse; on coupe aux femmes les deux premières phalanges du petit doigt de la main gauche, et on arrache aux adultes une dent ci la mâchoire supérieure (2). Ils vivent en plein air, ou se bornent à élever de misérables huttes formées de l'écorce d'un seul arbre, et où ils couchent pêle-mêle. Les hommes ont plusieurs femmes qu'ils enlèvent en les meurtrissant de coups ; étrangères à toute espèce de pudeur , elles paraissent ignorer

(1) J'ai vu au JarJin des Plantes <ie l'aris, une t(ite d'babitant de la terre <lc Vandiemen, dont les caractères phrénologiques diCfèrent beaucoup de ceux du Nouvel-Hollandais représenté pi. CXIX, ng. 2, qui appartient, je crois, â la cote occidentale de la Nouvclle-llollande.

(2) Selon Smellie , Il serait question de l'extraction de deux dents à la mâchoire supérieure. Après avoir examiné la mâchoire supérieure du crâne du Nouvel-Hollandais représenté pi. CXIX , je me suis convaincu que toutes les dents existaient , seulement les deux incisives supérieures moyennes sont très- écartées, ce qui aura sans doute fait croire à rextr.iction de ces dcnis. Le^ dents des deux mâchoires présentent un caractère d'usure semblable à celui qui se remarque sur celles des vieux chevaux , ce qui me porte à croire que ces insulaires ont rhabitnde de mâcher des corps très-durs.

482 TîïAiTé

égalemeni les lois de la chasteté et de la fidélité conjugale. Une des superstitions de ces sauvages est de répandre du sang pour la mort de l'un deux, soit qu'elle arrive naturellement ou accidentellement. Ils versent le sang d'une personne assassinée sur toutes les personnes de la famille du meurtrier sans distinction de sexe ni d'âge. Quand quelqu'un meurt naturellement, ils se lancent des sagayes les uns aux autres. Ils tuent les nouveaux nés lorsque les subsistances sont rares et qu'ils ont à craindre une famine. Ceux de la Nouvelle-Galles du Sud sont un peu moins barbares , mais ils n'on^t pas été plus accessibles que les autres à des cliangemens pour leur bien-être. (Lesson, Voyage fie la Coquille.)

En laissant de côte ce prolongement du museau , qui donne au Nouvel- Hollandais, un trait extérieur de ressemblance avec les singes, nous voyons que la région crânienne qui distingue surtout l'homme des anim.aux , celle où siègent les organes des facullés intellectuelles (la région frontale ) , contraste singulièrement pour le développement avec celle d'un individu de la race européenne. Afin de mieux saisir celle différence, on fera bien de comparer le frontal d'un Nouvel-IïoUandais vu de face, avec celui d'un Allemand vu dans le même sens, fig. 3 et 2, pi. CIX, quant aux différences de développement partiel , c'est-à-dire de celui des divers organes placés au-dessous de cet os , on pourra s'en faire aisément une idée , à l'aide de la précaution que j'ai prise de placer plusieurs carrés de même étendue , sur les deux frontaux. La comparaison deviendra encore plus intéressante pour le phrénologisle, s'il la fait précéder d'un examen attentif de la carte pbrénologique de la fig. 2 , pi. XCI , indiquant le siège des organes. Jo me bornerai seulement à quelques remarques.

Ce qui frappe davantage dans la comparaison des deux frontaux, c'est l'aplatissement latéral , et le peu de relief en avant dans le frontal du Nouvel- Hollandais : il en résulte que les cases  , 5 et 6, entièrement remplies sur le frontal de l'Allemand, laissent un grand vide, surtout celles marquées 4 et G , chez le Nouvel-Hollandais. Les régions occupées par les organes du sentiment poétique , celui du beau dans les arls , de la construction et du calcul , c'est-à-dire celles qui répondent aux cases 1 , 4 et 7 , sont à peu près nulles chez le Nouvel-Hollandais , tandis qu'elles sont très-développèes sur le frontal Allemand. Quelle différence immense ne présentent pas encore les deux frontaux entre les cases 8 , .'5 , 2 , qui répondent aux régions où se trouvent les organes des facultés intellectuelles et réilectives. D'un autre côté, si uousjetonsles yeux sur le crâne du Nouvel-Hollandais, représontôpl. CXIX, fig. 2 , et que nous lirions par la pensée , uue ligne horizontale à la même hauteur que celle qui se trouve sur la têle de Beliu , pi. CXIII , A B. , nous trouverons que la région des penchans animaux , l'emportera de beaucoup sur celles des senlimens supérieurs.

Les habilans de l'intérieur de la Nouvelle Guinée (1 ) , les Alfourous , sont

^^ 1 ) l,a Souvclle-Guinée ost, après la Noiivcllc-liollande, l'Ile la plu» Otetulue de l'Aii.stralaslB : e!la

nK piiRÊ:^OLooiE. ^m

encore très-peu connus : nous ne possédons sur leurs md'urs et leurs facultés les plus saillantes, que des renseignenieus exirèmement vagues, ou trop contradictoires pour servir de base à un travail plirénologiquc. Je me bornerai à faire ressortir les traits les plus saillans de la conformatiou«du crAue de l'un de ses liabitans. Celui que j'ai fait représenter, pi. CXX, fig. 1 , appartenait probablement à une femme, à en juger par son volume général et le grand développement de la région de l'organe de l'attachement pour les petits. Comme chez le Nouvel-Uollandais, les facultés animales l'emportent de beaucoup sur les facultés intellectuelles et les scntimens supérieurs. Les parties latérales supérieures du frontal étant assez saillantes , annoncent un grand penchant au merveilleux ou à la superstition , et il doit être d'autant plus actif, que les organes des facultés réllectives sont moins saillans.

La région du sens du beau dans les arts , et celle de l'organe de la construction , se font remarquer par leur aplatissement. J'ai fait représenter sur la même planclie une idole des habitans de cette nation , apportée de la Nouvelle-Guinée , avec le crâne représenté fig. 2, par M. Lesson. S'il faut juger du talent de construction de ce peuple par ce produit , on peut avoir une idée de leur industrie manuelle. Le même crâne est représenté vu de face, ei placé à côlè de celui de don Desidèrio , directeur des beaux-arts à Rome, et que l'on a cru pendant longtemps, être celui de Raphaël, pi. CVIII , fig. 1 et 3. Je n'ai pas besoin d'insister sur la différence frappante, qui existe entre ces deux crânes, non-seulement quant au volume général , mais encore dans les deux régions que je viens d'indiquer.

Il existe à la Nouvelle-Guinée, une autre variété de l'espèce humaine, con. nue sous le nom de Papous , bien que cette expression soit aussi donnée eu général aux liabilaijs de l'ile. Ceux dont je viens de parler, les Alfourous , vivent dans l'intérieur, tandis que les Papous , proprement dits, n'habitent que les côtes. Il y a évidemment entre ces deux peuplades , des caractères phrénologiques assez trancliés. Le crâne du Papous que j'ai fait représenter , pi. CXVir, fig, 1 , fait partie de la collection de Gall, et lui fut donné par MM. Quoy et Gaimard, auteurs de la Zoologie du voyage autour du monde , par le capitaine Freycinet. 11 est impossible de confondre , même avec des connaissances phrénologiques peu étendues , le mode de conformation de ce crâne, avec celui des Alfourous, ou bien avec celui de l'habitant de la Nouvelle-Hollande , qu'ils soient comparés en général ou d'une manière absolue, ou en délail et d'une manière relative. Ce crâne de Papous se rapproche beaucoup pour la forme de celui de la race Malaise, pi. CXVIII, fig. 1. La capacité cérébrale étant considérable , on doit s'attendre à rencontrer chez le peuple auquel il appartient une assez grande étendue d'action du système nerveux qu'elle loge. Les facultés réflcclives et perceptives, et le sens de constructiou,

l>rtSente nue surface plus grande que celle «Je la rrance ; on ifcn connaît cucore 'luuiie 1res i>clilc»

ont atteint ici un autre degré de développement que chez les Alfourous et l'habitant de la Nouvelle-Hollande. Quelques organes des senlimens supérieurs sont assez prononcés , et ceux des facultés affectives assez développés pour faire pressentir une grande force de caractère. Les organes qui paraissent prédomiîier chez les Papous de l'ile de Rawack, sont, dans l'ordre de leur développement (voir la fig. 1, pi. CXVil) , ceux de la circonspection, de la desiructioa, de la vènèralion, de la fermeté, du penchant au merveilleux , de la ruse et de la propriété. Plusieurs documens fournis par MM. Quoy et Gaimard, sur les habitudes de ces Papous , coïncident parfaitement avec les points les plus saillans de leur conformation cérébrale.

Les nouveaux Zélaudais , qui habitent deux îles séparées par le détroit de Cook , sont , de tous les peuples de l'Australasie , ceux sur qui on possède le plus de renseignemeus positifs. La conformalion de leur crâne , pi. CXV , fig. 2 , diffère beaucoup de celle des habitans de la Nouvelle-Hollande. Sans être très-prononcée , la région frontale présente assez d'ampleur. Celle des organes des sentimens supérieurs, est ici bien développée ; c'est elle qui contribue à donner au crâne du Zélaudais une hauteur que nous ne retrouvons ni chez le Nouvel-Hollandais, ni chez l'Alfourou. Le développeraenl'presquenul des organes des facultés perceptives et du sens de construction sur le crâne «le celui-ci , contraste singulièrement avec celui que nous offre le crâne du Zélandais , chez qui le sens de construction est surtout bien prononcé. Cette différence laisse facilement deviner celle que l'on doit trouver entre les mœurs et les habitudes des Nouveaux-Hollandais et des Zélandais. Nous avons vu que les premiers vivaient comme de véritables brutes , ne possédant aucuns ustensiles , pas de vètemens ; pour vaisseaux , des espèces d'auges grossièrement creusées et forinées d'un seul tronc d'arbre; sans aucun talent , et inaccessible à tout ce qui pouvait développer Tintelligence. Chez les nouveaux Zélandais , au contraire , on trouve , sous beaucoup de rapports , une grande ressemblance avec les nations civilisées : cabanes nombreuses et bien entretenues , jardins où se trouvent cultivées avec soin les plantes exotiques et indigènes , fabrication d'étoffes faites avec des écorces préparées et teintes de diverses couleurs. Leurs pirogues , leurs instrumens de guerre , leurs cercueils sont construits et sculptés avec infiniment d'élégance. D'immenses filets , artistement fabriqués , leur procurent du poisson en abondance. Là, comme chez les nations civilisées , règne une hiérarchie de rangs et de titres que l'on ne retrouve pas chez les autres peuplades sauvages. Ils ont aussi des prêtres , et croyent à l'existence d'un être qui a créé tout. Hs ont un grand respect pour leurs morts , qu'ils embaument avec plus d'art que ne le faisaient les Égyptiens. Le grand développement de la fermeté, du courage et du penchant à détruire, explique leur penchant bien prononcé pour les combats , souvent porté jusqu'à la férocité. Comme la région du sentiment de justice est faiblement développée, tandis que celle du sentiment de propriété l'est dans un assez

DK PHIIENOLOGIE.

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haut Jeprè , il n'est pas surpreiiaut que ce peuple se fasse remarquer par sou pcnchaul au vol et au mensonge (1).

Je terminerai ce que j'avais à dire sur les principaux caractères des peuplades sauvages , dont j'ai fait représenter les crânes dans mon atlas , par des remarques sur ceux de quelq-ies peuples qui présentent un mode de conformation qui n'est, comme nous l'avons établi dans la première partie, que le résultat d'une pression. On devine que je veux parler des Caraïbes et des Péruviens, dont les crânes sont représentés pi. CXV , fig. l,elpl.CXVI, fig. 1. iCn atrophiant par un moyen artificiel les organes des facultés rélleclives, les Caraïbes se ravalent presque au niveau de la brute. Leurs facultés animales , déjà très-développées , ont une action d'autant plus énergique , qu'elles ne peuvent être contrebalancées par la réflexion. Je ne dirai rien du caractère le plus saillant de ces insulaires, que j'ai déjà indiqué dans la première partie. La compression , en produisant le même effet chez les Péruviens , dont j'ai fait représenter un cr;\ne pi. CXVI (2) , dut nécessairement en faire un peuple stupide et faible ; stupides, car les régions des facultés intellectuelles et rélleclives, sont très-peu développées ; faibles , parce qu'il eu est à peu près de même des régions où siègent les organes des facultés animales; ce qui établit évidemment une différence remarquable entre eux et les Caraïbes. Il est probable que le mode de compression des Péruviens , différait de celui des Caraïbes, car chez ceux-ci , elle se borne à Taplalissement de la région frontale , tandis que chez les Péruviens les régions latérales et inférieures pariétales se trouvent aussi déprimées.

Il n'est pas surprenant qu'avec une organisation cérébrale au?si défectueuse que celle du crâne représenté fig. 1 , pi. CXVI , celte nation soit devenue fa-

(I) J'ai déjà ea occasion «le voir douze crânes de nouveaux Zcilandais. Tous , sauf de légères nuances de dOveloppement , avaient les mêmes caractères généraux de ressemblance. Au reste, c'est ce que l'on retrouvera toujours cbez les peuplades sauvages qui ne se sont pas mélangées avec d'autres.

(2) Le dessin a été fait d'après un plâtre coulé sur un crâne recueilli par M. Penlland , dans les tombeaux de SIcasica dans le baut Pérou. Selon M. Penlland, les restes de ce peuple qui se trouvent principalement dans la vallée de Titicaca , et sur les bords du lac du même nom, auraient appartenus à une race particulière d'bommes différens de ceux qui hahllent maintenant notre globe, et qui auraient vécu il y a sept ou buit siècles. M. Pentland pn'tend que Taplatissement du front n'est pas cbez eux le résultat d'une pression artificielle, mais que cette conformation était naturelle à ce peuple. J'ignore sur quels motifs M. Penlland a basé son Jugement. Quant à moi je nai pas le moindre doute que cette confornialion ne soit artificielle, après les renseignemens fournis par M. Sedgwicii, sur les moyens employés par beaucoup d'habitans de la mer du Sudjetceux du Pérou, puisque un évcipie de l.ima avait défendu par un décret l'emploi de tels moyens. D'un autre côté, si l'on considère que toutes ces têtes présentent exactement le même mode d'aplatissement de la tête , c'est-à-dire de la région frontale et des régions pariétales latérales inférieures, et qui paraît être la suite de la pression d'un morceau de linge, on sera évidemment disposé à croire que ce mode de conformai ion est la suite d'un procédé employé dans le jeune âge. M.PenUand po.ssède un grand nombre de crânes de ces Péruviens : il a été assez bon pour en donner plusieurs à la collection du cabinet d'.\nalomi€ comparée du Jardin des Plantes.

cilemenl la proie de celles qui l'entouraient, ou des Espagnols. Sur un crâne appartenant à des Péruviens d'une époque bien postérieure à celle où vivaient ceux dont je viens de parler, pi. CXIX , fig. 1 , et chez qui la compression n'était pas employée , nous trouvons une différence de conformation trèsgrande avec le crâne de la pi. CXVI , fig. 1.

Il serait extrêmement curieux d'étudier avec soin les changemens opérés par la voie de la generation , en mariant ensemble des individus de races différentes , et d'observer combien il faudrait de temps pour obtenir de grandes modiûcalions dans l'organisation cérébrale.

Jetons maintenant un coup-d'œil rapide sur le caractère el les institutions civiles et politiques de quelques nations civilisées, el les rapports de ces institutions avec leur conformation cérébrale. Les caractères nationaux, comme les caractères des individus , se laissent apercevoir par les actes. La rapidité de civilisation chez les Russes, prouve, ainsi que je l'ai dit précédemment , un heureux développement cérébral. Les peuples de l'Allemagne se font eu général remarquer par leur savoir , leur bienveillance , leur profondeur de penser et leur réserve , fruit évident d'un grand développement des facultés réfleclives et intellectuelles, de la bonté et de l'extrême circonspection. C'est celte dernière faculté , très-prononcée chez les Allemands , qui fait qu'avec beaucoup plus de science que les autres peuples européens, ils sont cependant restés stationnaires comme nation politique. La conduite des Allemands, comme individus ou comme peuple, est généralement mal jugée par les Français: on la croit la suite de la ruse, tandis qu'elle dépend de la combinaison de celte faculté avec la circonspection. Attendre les événemens, mettre dans sa conduite beaucoup de prudence, el ne se déclarer qu'après certitude, telle sera constamment la politique allemande. Chez eux , tout est subordonné à la réflexion, au calcul et à la prévoyance. Sous l'influence de ces trois facultés, les hautes sciences , en Allemagne ,se voient concentrées dans quelques provinces, et ne se trouvent point répandues aussi généralement que chez les autres nations. L'esprit de causalité, souvent très-prononcé chez les philosophes allemands , rend leurs écrits obscurs , et parfois inintelligibles. C'est à l'extrême circonspection ou prévoyance qu'il faut attribuer en grande partie l'état monarchique pur qui domine en Allemagne; si quelques gouvernemens de celte contrée ont adopté des formes représentatives, on peut dire que presque tous sont demeurés absolus ou très-peu modiliôs.

Chez aucune nation de l'Europe on ne trouve , comme en Allemagne, un gotit très-prononcé pour la musique. Ce n'est pas ici , comme en France ou en Italie, de simples airs répétés avec plus ou moins de goiit, mais de vrais chœurs, où l'on trouve tout à la fois la mesure, le goùl et la science; et ce qu'il y a de plus remarquable, chez de simples soldais et des laboureurs, lantest puissante l'influence de l'organisation.

Le grand développement des sentimens supérieurs, réunis à une extrême circonspection el à la fermeté , rend les Allemands d'un caractère grave, élevé

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el tenace : leur Icrupéramcnl qui se rapproclïe un peu du flegmatique contribue à les reudre un peu lourds.

Les trails phrénologiques les plus saillans des Français, se manifestent dans les actes de la vie privée , comme dans leurs institutions civiles et politiques. Pour tout ce qui tient aux beaux-arts , la France est sans contredit supérieure à toutes les nations de l'Furope. C'est aussi chez elle que se rencontre dans une plus grande masse d'individus , la réunion , dans un assez grand développement des facultés perceptives , notamment de la configuration avec les sentimens du beau dans les arts, de l'idéalité et de l'imitation. Quant aux facultés réileclives, comme elles sont évidemment moins prononcées que chez les Allemands , il en résulte que les sciences, en France, ne sont que l'apanage d'un petit nombre d'hommes , et qu'elles se trouvent concentrées dans les villes du premier ordre. Vous ne trouverez pas en France , comme en Allemagne , le goût ou pour mieux dire cette passion pour l'étude , signe caractéristique du besoin qu'ont certains organes intellectuels d'être satisfaits. Un personnage étranger et d'un hautmérile, qui a visité durant l'année lHèÀ , une grande partie des déparleraens du Midi , de l'Ouest et du Nord de la France , m'a assuré qu'il était resté stupéfait du degré d'ignorance de la masse des habitans. Hors leurs travaux manuels , me disait-il , ce sont de vraies brutes , dont la vie est toute machinale.

Le peu de développement de la circonspection chez la masse de la nation française , imprime à ses actes une manière d'être opposée à celle des Allemands. Au lieu de cette gravité, de cet air réfléchi et posé de ceux-ci , les Français se font remarquer par une vie plus bruyante , plus de gaieté, plus d'expansion, et quelquefois même, il faut le dire, par une légèreté incroyable. Tout pour le présont est à peu près la devise de la masse de la nation. Le peu de développement de la circonspection en France se fait ressentir jusque dans les institutions les plus importantes. Sous l'influence d'un assez grand développement des facultés petceplives, les Français attachent beaucoup d'importance aux faits ; sous celle de facultés réfleclivcs plus puissantes , les Anglais, mais surtout les Allemands remontent davantage aux causes et aux conséquences. C'est le développement assez remarquable des facultés perceptives chez les Français, qui fait que l'on trouve en France beaucoup de spécialités d'un grand mérite, mais un très-petit nombre de personnes qui aient des connaissances générales assez étendues pour apprécier tous les avantages des sciences enseignées, leur donner l'impulsion et une direction convenable. Parmi les nombreux exemples que je pourrais choisir , je n'en citerai qu'un seul : il sera d'autant mieux apprécié qu'il tient précisément au sujet que je traite , et dont mes lecteurs auront sans doute senti toute l'importance.

Lorsque Gall vint en France , ses principes , et surtout son analomie du cerveau , produisirent une sorte d'exjilosion : partout, et en très-peu de temps, il ne fut question que de sa doctrine; mais il en fut d'elle comme de la giraffe et des quatre Chinois ; ce ne lut qu'un feu de paille. Cependant, à qui Gall

s'adrcssa-t-il pour faire connaître le fruit de ses recherches et de ses veilles? A tout ce que la France possédait do plus éclairé , do plus savant ; à des naturalistes, des physiologistes , des philosophes et des médecins. Sauf quelque honaraes d'un haut raôrile , les savans de l'Ioslitut, laissèrent passer à peu près inaperçu un travail hase sur un nombre immense de fails, et dont les résultats appliqués à toutes les institutions devaient être incalculables. Un homme, dont le nom vivra autant que celui de Gaîl , Corvisart, doué d'une rare sagacité et d'une grande étendue d'esprit , ne se contenta pas de saisir les vérités générales de la nouvelle physiologie du cerveau ; il alla plus loin , en profitant de sa position auprès d'un despote puissant, pour obtenir, non en faveur de Gall , mais de la science dont il prévoyait fout l'importance , le moyen de la cultiver choz nous. Prévenu par de lâches courtisans, le despote fit la sourde oreille. Cependant , il faut rendre cette justice à Napoléon, sou intelligence et sa pénétration étaient trop grandes pour n'avoir pas été le premier à répondre aux vœux des savans , si ceux qui, par devoir, auraient dû cultiver la phrénologie avaient pris l'initiative. Nul doute que s'il eu eût élé ainsi, la phrénologie n'eût pas tardé à faire partie de l'inslruction publique , et surtout dans les écoles de médecine, où ri)istoire des facultis de l'intelligence et de leurs alloralions, se trouve enseignée d'une manière aussi absurde que ridicule.

Un spectacle bien digne de fixer l'attention des philosophes et des hommes qui étudient les progrès de l'esprit humain , est celui qui nous est offert maintenant par l'Angleterre. Sur le sol de la Grande-Bretagne se trouvent quarante sociétés phrènologiques. En France, où les ressources sont immenses pour l'étude (le la phrénologie , il n'existe encore qu'une société, et la masse des savans est encore à se demander si la phrénologie est une science basée sur l'expérience. En Angleterre, la phrénologie a fait un pas immense. L'histoire des facultés et de leurs organes a été établie sur des milliers d'observations. Plus généralisés et mieux vus , les faits recueillis sont devenus susceptibles d'être appliqués aux principales inslitulious. En France , au contraire , on est encore à l'a b c de la science : on s'attache à recueillir des fails raille fois reconnus par la voie expérimeutale. En me prononçant ainsi , je suis loin de vouloir porter atteinte à la réputation des membres de notre société phrènologique : le (aient réel de plusieurs personnes qui la composent m'est trop connu , pour ignorer que ce n'est pas à eux qu'il faut attribuer le peu de progrès de la phrénologie en France. J'ai au contraire la conviction que, si leur zèle avait élé secondé, celte science serait maintenant aussi répandue chez nous qu'elle l'est en Angleterre. C'est donc , d'une part, parce que les hommes qui se trouvent placés à la lête de l'instruclion en France, n'ont pas su apprécier les vérités de la phrénologie et son importance , que celte science est restée stationnaire chez nous. D'un autre côté , l'esprit d'association qui règne chez nos voisins , et qui n'a pas encore lieu en France . a été aussi une cause puissante de non succès. Enfin, car je dois le dire dans l'intérêt

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delà plirènologie , cctie science n'a pas clé enseigaée »;n Fninco J'iine manière proi)ie à lui faire faire de rapides progrès. Les principes généraux sur lesquels elle repose , au lieu d'avoir ôlé présentés d'une manière convenable , c'est-à-dire coordonnés, enchaînés, et faisant un vrai corps de science, n'ont èlé présentés que morcelés ou sous forme de détails. La partie descriptive , bien que très-importante , mais qui n'est que secondaire , a remplacé la vôritô des principes généraux, et la comparaison de la philosophie enseignée jusqu'à nos jours, avec celle qui résulte de l'étude des fonctions du système nerveux. A force de parler bosses, on a fini par bossuer la science , et par la rendre rachitique. Espérons que sous l'influence d'une plus heureuse direction, et surtout par le zèle des hommes qui sont placés à la tète de la science , la phrénologie ne tardera pas à être cultivée avec autant d'activité en France qu'à l'étranger. Une fois introduite dans les écoles, les meilleures têtes, celles qui donnent toujours l'impulsion , ne manqueront pas de s'y livrer avec ardeur et de la propager avec fruit.

En France, l'esprit de causalité est le partage d'un très-petit nombre de personnes éclairées; c'est pourquoi il est assez rare de trouver dans les inslilutions, de quelque nature qu'elles soient , un ordre , une liaison , un but et surtout un plan général dans les travaux : il en résulte qu'il n'y a pas d'harmonie entre les institutions, les mœurs , le climat et le caractère do ses habitans. Chacun travaille à part et pour soi, el non , comme cela devrait être, dans un but général. Je ne reviendrai pas sur ce que j'ai dit à l'occasion du sentiment d'approbation , très-prononcé chez les Français : en lui donnant une bonne direction , il pourra rendre autant de service à la Fraiice qu'il lui a été souvent préjudiciable.

Les facultés perceptives , celles du sens de construction , du beau dans les arts, de l'imitalion et du talent poétique, ne demandent pas à être trèsstimulées en France, où elles forment le fond du caractère national. Il n'en est pas de même des facultés rôflectives : ou ne saurait trop les cultiver. Je reviendrai sur ce point en appliquant la phrénologie à l'éducation.

Le défaut de persévérance , suite d'un faible degré de développement de la fermeté, contribue à donner aux Français le caractère de légèreté qu'ils possèdent encore comme du temps des Gaulois; que César , dans ses commentaires , peint comme prompts à se résoudre , ardens à combattre , impétueux dans l'attaque , mais se rebutant facilement. Il convient encore qu'ils se distinguaient des autres nations par leur extrême pétulance et leur politesse. Napoléon , dans les mémoires du comte de Las-Cases , rapporte plusieurs faits qui justifient l'opinion de César : il se plaint , surtout dans sa campagne d'Egypte, de la difficulté d'employer les Français dans les entreprises pénibles et de longue durée. Bien que lopiuion de César et de Napoléon se trouve justiûée par la phrénologie, je crois nécessaire de rappeler que les habitans de quelques provinces de France , tels sont les Bretons et les Normands , se font remarquer par leur fermeté. En France , où la levée des hommes destinés au

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service a lieu par dcparleraens , no sorait-il pas possible de composer des regimens enliers d'homraes pris dans les provinces où la fermeté se Irouve réunie au courage , et de les réserver pour les cas où ces deux facultés demanderaient surtout à être mises en jeu? Ce que je dis ici, Napoléon l'avait mis en pratique en composant sa garde d'hommes d'un courage éprouvé. C'est surtout chez celui qui commande aux autres que ces deux facultés, le courage et la fermeté, sont indispensables. J'ai connu plusieurs généraux d'un grand savoir, d'un courage à toute épreuve , mais qui n'auraient été bons, à cause de leur défaut de fermeté, qu'à donner, que l'on me passe l'expression, un coup de collier. Impétueux et bouillans , ils n'avaient pas cette fermeté d'ame et celte opiniâtreté qui est un grand élément de succès. On ne saurait donc trop récompenser en France la persévérance dans les travaux, et la fermeté chez les militaires, deux manières d'être qui dépendent de la même faculté.

Les caractères phrènologiques des Anglais sont parfaitement en harmonie avec leurs institutions. Étudiez avec soin les mœurs privées et les institutions civiles £t politiques des Anglais , et vous trouverez partout le cachet de l'organisation dominante : l'orgueil , la ruse , la circonspection , le désir d'avoir et le calcul, percent partout. La prédominance de ces facultés établissent entre les Anglais et les Français, un contraste frappant; tout en France parait avoir lieu en plein jour; en Angleterre tout est secret et caché. Le Français est communicafif ; l'Anglais, au contraire, sous l'influence de la circonspection et de la ruse , est grave et réservé. S'agit-il de donner publiquement une idée de sa puissance? Sous l'influence de l'orgueil, l'Anglais déploiera au grand jour tout ce qui pourra lui donner un caractère de supériorité , soit d'individu à individu, ou de nation à nation. L'orgueil , principale cause de l'indépendance des Anglais, est loin d'avoir produit jusqu'à ce jour les résultats qu'on devait en attendre ; on peut dire même que la liberté n'existe chez eux qu'en apparence. Il n'y a peut-être pas de pays au monde où les nuances des conditions soient plus tranchées, et où il y ait conséquemment moins de contact entre les cla»5ses. Préjugés de rang , de fortune , de religion, d'éducation, tels sont encore aujourd'hui les traits les plus saillans de la nation qui se croit cependant la plus libre du monde. Sous l'influence de l'orgueil et de la circonspection , la conversation des Anglais, est en général monotone et peu communicative. J'ajouterai que l'esprit de discrimination , en général moins prononcé chez eux, ôte à leur conversation le charme que l'on trouve dans celle des Français, C'est probablement à la même faculté que je dois attribuer une manière d'être que j'ai rencontrée chez plusieurs Anglais pendant mon séjour à Londres : bien que remarquables sous le rapport de certaines facultés rèflectives, ayant beaucoup de bon sens et des qualités morales excellentes , ils manquaieni cependant de ce que l'on appelle communément en France esprit. Celte manière d'être, caractère distinclif du Français, que beaucoup d'Anglais supposent, mais à tort, la suite delà vivacité, résulte évi-

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demment de la combinaison et du rapprochement d'idées fines el délicates : elle lient au développement plus considérable de l'organe de discriniinalion généralement plus développé chez les Français. Le développement considérable de l'orgueil chez l'Anglais contribue à lui donner une forte teinte d'égoïsme, ou de caractère personnel. C'est cependant le même sentiment qui le rend aussi plus patriote, liian comme la vieille Angleterre est le dicton général. Pourquoi , dit Bnwler , un Anglais est-il si vain de son pays? Pour une excellente raison, c'est qu'il l'a produit; dans sou esprit, l'Anglais est le pivot de toute chose , le centre du système solaire.

Sous l'influence de facultés réflectives assez puissantes, de la circonspection el de la persévérance , les Anglais , je leur dois celte justice , me paraissent un des premiers peuples de l'Europe. Nulle part vous ne trouverez, comme en Angleterre , un plus grand nombre de sociétés savantes , douées d'un plus grand esprit d'indépendance, aimant le travail, s'y livrant avec un zèle el une persévérance qu'aucun obstacle ne peut arrêter; et ce qu'il y a surtout de plus essentiel , remarquable par l'heureuse applicalion qu'elles en font à tout ce qui peut contribuer au bien-être général de leur nation. C'est de la réunion de ces sociétés savantes , que résulte, en Angleterre , ce vaste foyer de lumière qui se répand sur tout le sol de la Grande-Bretagne.

Le développement considérable de l'organe du calcul et de Fordre, donne aux actes publics et privés des Anglais beaucoup d'uniformité et de monotonie. Tout va chez eux par poids et par mesure. On peut dire que , sous ce rapport, l'Anglais est un être d'habitudes el de formes. De ce développemenîconsidérable du calcul , et de celui non moins fort du sentiment de propriété , résulte que la fortune chez les Anglais est mise avant tout. Être pauvre, a dit un auteur, n'est pas un malheur en Angleterre, c'est un crime.

Dans leurs constructions, leurs élablissemens publics, leurs voitures , el surtout leurs maisons , les Anglais sont infiniment supérieurs aux Français pour l'ordre , et la propreté qui en est la conséquence. Il parait que cette dernière qualité est encore plus prononcée chez les Hollandais. Je tiens d'une personne qui a beaucoup voyagé, que rien ne peut se comparer à la recherche , l'ordre et la propreté des Hollandais. Le même ordre et la même symétrie se laissent apercevoir dans leurs élablissemens publics , leurs temples et leurs jardins. J'ai eu occasion de visiter dans le port de Caen plusieurs vaisseaux marchands hollandais, j'ai été surpris de l'extrême propreté qui y règne; ils forment, à cet égard, un contraste frappant avec ceux des navires français et étrangers. Les personnes qui attribuent les actions de l'homme à l'influence des circonstances extérieures ne manqueront pas sans doule de considérer la propreté des Anglais et des Hollandais, comme la suite de leur climat froid et humide. A cela je répondrai que la terapôralure n'y est absolument pour rien , qu'il existe d'autres peuples qui habitent des pays froids el humides, et qui sont cependant d'une saleté dégoûtante. J'ajouterai que lés llollandais qui habitent Batavia ont le même caractère de propreté que ceux qui vivent à Amsterdam elRollerdam.

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Une autre faculté assez développée chez les Anglais , louable quand elle est renfermée dans cerlaiues limites , la vénération , a produit en Angleterre d'excellentes chose*, et de grands abus en retardant les progrès de la science. L'extrême vénération qu'ils ont pour leurs morts , a été et est encore un puissant obstacle aux progrès de l'analomie descriptive et pathologique : c'est pour le même motif, qu'au lieu de prendre pour guide la raison et la réflexion > les Anglais ont trop souvent obéi à l'influence d'un nom respectable , qui devenait pour eux une autorité. Bacon, dont l'Angleterre a raison de s'enorgueillir , a peut-èlre eu plus d'influence sur les autres nations que dans son pays. En vain, disait-i! , qu'il était absurde de considérer comme exact el vrai tout ce qui avait été écrit par les anciens : le sentiment extrême de vénération , mère de la routine , restait toujours un obstacle au progrès. Dès l'instant que le gouvernement ou le clergé avaient jugé qu'une chose était dangereuse ; que la lecture d'un livre pouvait produire une innovation , la masse fermait les yeux , et ne voulait plus s'en occuper. L'esprit d'association et l'instruction géuèruleraent très-répandus en Angleterre, leur grand nombre de sociétés savantes surtout, ont amené une grande amélioration dans les progrès des sciences ; mais il reste encore des traces assez prononcées d'un sentiment de vénération mal entendu , pour devenir un obstacle à tout le bien que les savans voudraient obtenir.

En Angleterre, plus qu'ailleurs peut-être , le clergé a été un obstacle au progrès de la philosophie. Confondant mal à propos deux choses qui peuvent exister séparément, la religion et la morale, on a considéré comme immoral riiomme qui ne se conformait pas aux croyances que la religion lui prescrivait. D'un autre côté, l'aristocratie s'est entendue avec le clergé pour corrompre le peuple et l'exploiter à leur profit. Les grandes propriétés n'étant en Angleterre, à cause du préjugé de naissance , que dans les mains d'un petit nombre de personnes, il eu est résulté deux extrêmes dans la masse de la nation, qui ne se voient pas en France : je veux parler de ces fortunes colossales et de ces grandes misères qui existent surtout en Angleterre. A côté d'individus jouissant de plusieurs millions de rentes , il est extrêmement commun de voir des milliers de malheureux plongés dans la plus affreuse misère. Le préjugé do naissance qui n'existe pas en France , a donné lieu à la division des propriétés , et si l'on n'y trouve pas, comme en Angleterre, des fortunes immenses, on y trouve au moins plus d'aisance générale.

La classe des prolétaires, si nombreuse en France avant la révolution de I7ë9 , est devenue à son tour propriétaire, et de cette classe , sont sortis des enfans, qui, par leur intelligence et leur instruction, sont parvenus à occuper les places les plus distinguées dans les sciences, les arts, la magistrature, ou comme représentans de la nation. En Angleterre , les principales places sont Vapanagede l'aristocratie , et si dans les autres classes des hommes font preuve d'un talent eminent , la noblesse, par ruse ou par calcul, sait s'en emparer et se déclarer leur profocleur.

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K'ayaul pas examiné nn assez grand nombre de crAnes, ayant appartenu à d'auUes nations que celles dont je viens d'esquisser les traits phrènologiques les plus saillans, et ne voulant pas donner place dans mon ouvrage aux observations purement conjecturales, je me contenterai d'indiquer les organes qui m'ont paru assez développés sur plusieurs crânes de diverses nations que j'ai eu occasion d'observer avec attention.

J'ai trouvé sur le crâne de sept Suisses, beaucoup de points de ressemblance avec ceux des Allemands : cependant la région des facultés réfleclives , était moins développée. Les organes de l'attachement, du choix des lieux, de la propriété, de la bienveillance, sont ceux qui m'ont paru dominer dans leur crâne : sur quatre , l'organe de construction était très-prononcé.

Les organes que j'ai trouvés le plus développés sur le crâne des Espagnols étaient la vénération , le penchant au merveilleux et le courage. La région des facultés réfleclives était évidemment moins développée que sur les têtes aile" mandes. Le sens de construction, celui du beau dans les arts , et surtout celui de l'ordre, étaient en général faibles. La région du sentiment de propriété était moyennement développée : il existait surtout un contraste frappant entre leur crâne et celui des Allemands, dans la région de l'organe qui préside au choix des alimens : large chez ceux-ci, elle était peu saillaole sur les crânes des Espagnols.

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