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Applications de la pbrénotngie aux éuulcs de droit et de médccinr.
La division des propriétés en France, cl l'instruction plus répandue ont permis à beaucoup de familles de donner une éducation assez étendue à leurs enfans. Il est résulté de ce mouvement intellectuel des avantages immenses et beaucoup d'inconvcniens. Les avantages consistent surtout dans la propagation des lumières en France. Les inconvéniens sont la surabondance des professions libérales , fruit inévitable du désir si naturel à l'Iioraine de s'élever et d'obtenir un titre honorable dans la société. Mallieureuscnient on a , dans la majeure partie des cas, plus obéi à ses senliraens qu'aux heureuses dispositions que les sciences demandaient , et une foule déjeunes gens doués , d'ailleurs, d'excellentes qualités, végètent avec un titre honorable , tandis qu'ils eussent été bien plus heureux en embrassant une autre profession que celle de médecin ou davocat. Dans le nombre de ceux qui ont fait d'excellentes études médicales, ou brillé à l'École de droit, combien ne s'en (rouve-l-il pas dont la vie est malaisée, à cause du grand nombre de personnes de la mè.-nc profession?
La science du jurisconsulte demande , pour y exceller, des facultés réfleclives dans un assez haut degré de développement. Je crois qu'il serait à désirer, dans l'intérêt des familles , comme pour celui des jeunes gens qui se livrent au barreau , que leur admission à suivre les cours des écoles de droit fut précédée d'examens propres à juger leur capacité. Les examens devraient avoir lieu en dehors des écoles, et par des personnes choisies ad hoc. En choisissanU'élite des jeunes gens qui se destinent à la magistrature , on donnerait à la France d'excellens avocats et des magistrats capables. Ceux qui n'auraient pas satisfait à ce qu'on exigerait d'eux auraient encore assez de temps pour suivre une autre carrière, et se rendre utiles à leur pays sous d'autres rapports.
Il y a dans les écoles de droit une partie de renseignement qui me paraît tout à fait inutile , je veux parler de celle du droit romain où se trouvent Irailées des matières qui ne peuvent servir en rien à éclaircir l'histoire de nos lois, et qui ne seront jamais d'application. A quoi sert, par exemple, de connaître les lois concernant les esclaves, celles des successions, puisqu'elles varièrent suivant les empereurs? N'est-il pas absurde de faire perdre un temps précieux aux jeunes gens pour leur apprendre qu'un homme âgé de trente et quarante ans pouvait se remettre en tutelle sous un autre, qui devenait pour lui un nouveau pater familias, faculté qui étciit désignée sous le nom d'abrogation. De pareils sujets, et une multitude d'autres que je pourrais citer , peuvent satisfaire l'araour-propre d'un professeur en lui donnant lieu d'étaler son érudition, mais les jc'.'.nes gens n'en retirent aucun profil pour leur profession. Sous Napoléon on avait, avec raison, laissé de côté toute la parlic du droit romain
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qui ue pouvait servir en aucune manière au dèveloppemenl et à la connaissance des lois de notre époque.
Ce n'est pas seulement sous le rapport de la profession d'avocat que les écoles de droit méritent de fixer l'attention des hommes placés à la tète de l'instruction publique. C'est ordinairement de leur sein que sortent encore les hommes chargés des intérêts privés des citoyens : elles ont fourni dans tousles temps des publicistes du premier ordre, et des hommes qui ont brillé dans les principales fondions de l'État.
C'est ici le cas de faire quelques remarques sur les qualités que doivent posséder ceux qui se livrent aux professions qui demandent la connaissance des lois.
L'avoyîat qui veut se livrer à la plaidoirie ne doit pas seulement posséder des facultés réflectives et perceptives énergiques , il doit y réunir le talent de la parole. S'il ne possède que cette dernière qualité sans un grand fond de science, et les facultés qui font voir juste et loin, il ne sera jamais qu'un homme ordinaire et sans une véritable éloquence ; car celle-ci puise plus sa force dans la nature des choses et la profondeur des pensées que dans l'arrangement des mots. Qui dit, homme éloquent, selon moi, dit homme de capacité et de réflexion. Pourquoi Demosthenes se trouve-t-il placé au-dessus de Cicéron? C'est que ses expressions sont plus fortes et plus vigoureuses ; c'est que dédaignant les détails gracieux de l'orateur romain , il ne vise qu'au sublime de la pensée, et la présente avec cette éloquence mâle qui entraine ceux qui le lisent.
L'esprit poétique réuni à certaines facultés affectives, telles que le courage et le penchant à la destruction , loin de nuire à l'avocat , serviront à donner à son éloquence plus de verve, plus de chaleur et plus d'audace. La ruse lui est aussi nécessaire; car par elle il voit mieux les pièges de son adversaire: bien entendu que ces facultés doivent être subordonnées au sentiment de justice.
On peut être excellent juge sans posséder toutes les qualités que demande la profession d'avocat : des facultés réflectives et perceptives assez développées, mais par dessus tout la prédominance des sentiraens supérieurs, à la tête desquels je place celui du juste et de l'injuste , doivent être les qualités dominantes du magistrat. Il serait bien à désirer que l'on ne choisit pour remplir cette charge que les hommes qui se seraient fait remarquer de bonne heure par leurs bonnes mœurs et leur droiture. La complication de nos lois demande aussi que les juges joignent aux qualités que je viens de signaler un grand fond de science , sans quoi ils s'exposeront à porter un jugement sur des affaires dont ils n'auraient pas une connaissance parfaite.
Les professions de notaire, d'avoué, d'expert en fait d'arbitrage , en un mot toutes celles dont l'objet est de régler les droits privés des citoyens, ne devraient être exercées que par des hommes éminemment probes , et connaissant parfaitement tout ce qui se rattache à leur profession. Il ne se passe pas d'an-
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nées que l'on ne voie des fonctionnaires publics, tels que des uoîaii'es, par exemple , abuser de la confiance qui leur esl accordée.
Les anciens , nolamnienl les Ègj |)lions el les Grecs , donnaient un soin infini au clioix des personnes placées à la lête des admiuislralions, mais plus particulièrement encore à celui de leurs magistrats, qui n'étaient admis à juger qu'après la double épreuve de la science , et d'une moralité irréprochable. Chez les Égyptiens , les juges étaient obligés de jurer en préscrxe du roi do ne jamais prononcer de sentence injuste. A Sparte, les éphores qui étaient chargés de surveiller tout ce qui se raltaciiail à l'administration , étaient renouvelés tous les ans , dans la crainte qu'ils n'abusassent de leurs fonctions.
Depuis plusieurs années de nombreuses et importantes améliorations ont été apportées dans l'enseignement des écoles de médecine; cependant je suis couvaincu qu'elles eussent été cl plus étendues et plus importantes, si les personnes placées à la tète de l'enseignement avaient connu la phrénologie. La profession de médecin , comme celle d'avocat , demande pour être exercée avec succès des facultés réfleclives assez étendues; il serait à désirer que ce quo j'ai proposé pour les éludians eu droit, je veux dire des examens de capacité, eût lieu aussi pour les éludians en méJecine.
Sous Napoléon un grand nombre de jeunes gens qui avaient suivi les armées comme officiers de santé , obtinrent assez facilement le grade de docteur à leur retour. Le nombre de ceux qui aspiraient au même tilre , soit pour se soustraire au métier des armes ou se livrer à la médecine pratique , était pour le moins aussi considérable. Il eu résulta un trop grand nombre de médecins pour la population. Si, à ce nombre, on ajoute encore celui des officiers de santé reçus dans les provinces, on ne sera pas surpris en apprenant que la carrière médicale n'offrait aucune ressource aux deux tiers de ceux qui avaient le droit de l'exercer. Si parmi les hommes qui se destinent à la carrière de la médecine , on ne prenait à l'aide d'examens préparatoires que ceux qui sont organisés de manière à l'exercer dignement , on rendrait un service immense à la société, aux familles et aux jeunes gens.
Dans le nombre des sciences enseignées aux éludians en médecine , il en est qui méritent plus spécialement de fixer l'attention de celui qui se destine à la pratique. Je vais parcourir successivement les diverses branches dont l'ensemble constitue l'art médical, en faisant sur chacune d'elles les remarques qui pourraient intéresser ceux qui s'y livrent, el qui se ratlachenl aux variétés d'organisation qui se présentent naturellement cliez les hommes.
Je suppose que toutes les précautions aient été prises sur la moralité , l'iuslruclion et la capacité des élèves pour suivre les cours. Leur première éluda devra consister dans la connaissance de l'organisation de l'homme ou l'anatomie. La nécessilè de celte science est trop bien connue pour que j'insiste sur ce point. La France esl sans contredit la contrée de l'Europe où elle se trouve cultivée avec le plus de succès. Cependant j'ai pu acquérir, par ma propre expérience, la certitude qu'un très-grand nombre de jeunes éludians la connais^
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saient Irès-mal ou imparfaitement , ce que j'atiribue à la méthode employée dans les dissections. Il n'y a peut-être pas de pays au monde où l'on gâche plus de cadavres. Voici pourquoi : presque tousles jeunes gens qui se livrent aux dissections, ne sont point dirigés dans leurs travaux : n'ayant encore aucune notion exacte des parties qu'ils doivent étudier , ils les coupent à tort et à tra. vers sans pouvoir retenir leurs situations et leurs rapports. Je crois qu'il serait bon qu'avant de disséquer, les étudians suivissent un cours d'analomie sur des pièces artificielles , semblables à celles qui ont été fabriquées par les docteurs Ameliue, Auzou;i et Broc. Ce serait le seul moyen de retenir d'une manière imperturbable le vrai siège et le rapport des parlies qui composent le corps de l'homme. Ce cours devrait être accompagné de l'histoire de plusieurs fonctions qui ne peuvent être bien saisies que lorsqu'on a sous les yeux les organes qui les exécutent , telles sont la circulation , la locomotion , etc. , etc. La seconde année , les jeunes gens pourraient disséquer , mais sous la direction de prosocteurs familiarisés avec l'auatomie et la disseclion. Ils s'attacheraient à répéter les préparations qu'ils auraient vu faire. Il résulterait de cette manière de procéder un double avantage pour les jeunes médecins; d'une part, ils apprendraient mieux l'anatomie cl dans beaucoup moins de temps, et acquèreraienl l'adresse manuelle indispensable à celui qui veut se livrer à la chirurgie. Je dois à cette occasion faire quelques remarques que j'ai été à même de répéter plusieurs fois. On rencontre assez souvent des personnes d'une haute intelligence, capables de devenir des médecins du premier ordre, mais ne possédant pas, ou seulement dans un faible degré, l'adresse manuelle. D'un autre côté, il est encore plus commun de voir des personnes extrêmement adroites, disséquant avec une facilité étonnante , mais d'une pauvreté d'esprit incroyable. La phrénologie , ainsi que je l'ai déjà démontré, explique parraitemenl ces différences qu'il est essentiel de connaître. Celui donc à qui la nature aura refusé l'adresse des mains , résultat de l'action combinée du talent de construction et de la résistance, fera bien de renoncer à la pratique de la chirurgie, et celui qui ne possédera que ces deux qualités sans facultés rèiîcctives remarquables , fera mieux encore en renonçant à la pratique de la médecine et même de la chirurgie. Les qualités nécessaires pour devenir anatomiste du premier ordre sont assez n^jmbreuses. Outre les facultés de la résistance et de la construction , celles de la configuration , de l'étendue et des lieux sont indispensables, puisque sans elles on ne peut avoir une juste idée (le la forme, de la grandeur et des rapports des parties. Je connais un jeune homme qui dissèque très-bien , et qui ne peut se rappeler les vrais rapports et le si''ge exact des parlies qu'il prépare. Chez lui l'organe de la construction et de la résistance sont très-développés, et celui des localités l'est fort peu. Ce serait une grande erreur que de supposer que l'adresse manuelle constitue à elle seule le talent du chirurgien : elle n'en est que l'accessoire. Je n'ai pas encore rencontré un chirurgien vraiment digne de ce nom , qui ne possédât pas des farullés reflective? cl percppiives bien développées. Comme l'ana-
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tomie osl une des branchos de l'art médical qui s'apprend avec le plus de facilité el se perd de niCMiie, celui qui se destine à la médecine, proprement dite, fera bien de s'attacher préfôrablemenl à la connaissance des parties les plus essentielles à se rappeler. Telle est la splanchnoloijie ou l'étude des principaux viscères, la position des principaux vaisseaux, les rejjions par lesquelles ont fréquemment lieu les hernies.
A ranaloraieet à la physiologie doivent succéder l'histoire des altérations organiques, la pathologie externe et interne. C'est en vain que celui qui veut se livrer à l'étude des lésions des organes prétendrait y réussir , s'il ne possédait avant tout l'histoire des fonctions dans l'état de santé ou la physi(dogic. C'est surtout dans les altérations du cerveau ayant pour résultat celles de l'intelligence , qu'elle devient indispensable. C'est pour avoir méconnu les fonctions de l'encéphale que les personnes qui ont écrit sur les aliénations mentales, ue nous ont donné jusqu'à ce jour qu'un amas indigeste d'idées sans ordre , sans liaison et sans principes. L'absurdité fut même portée jusqu'au point d'admettre des lésions de l'esprit sans altération ou trouble de l'organe qui est le siège des facultés intellectuelles : c'était absolument admettre des effets sans cause. C'est vraiment une pitié que de voir de nos jours des médecins complètement étrangers à la physiologie du cerveau, faire des leçons cliniques sur les aliénations mentales. Que penserait-on d'un médecin qui traiterait des lésions (les principaux organes de la vie organique , telles que les maladies du cœur , du poumon, de l'intestin, sans connaître préalablement les fonctions delà circulation, de la respiration eldela digestion? Voyez aussi quel gAcliis dans la théorie et la pratique des hommes, même les plus recommandables, qui ont écrit sur les lésions mentales. La plus grande partie de leurs idées se réfutent d'elles-mêmes à chaque page : si vous les lisez avec attention vous les trouverez constamment en contradiction avec eux-mêmes, fre s'appuyant sur aucune théorie basée sur l'histoire et l'analyse des facultés fondamentales ou la phréuologie, ils se contentent de rapporter tout le bavardage des aliénés, vrai travail d'infirmier ou gardien de fous. Que d'excellens conseils un médeciu versé dans la phrénologie ne pourrait-il pas donner, si celte science était plus répandue, et cultivée avec soin par ceux qui se livrent à la médecine?
L'étude delà chimie est sans contredit essentielle au médecin. Je crois cependant qu'après avoir suivi deux cours, l'étudiant devra s'attacher à retenir seulement les principes généraux de cette science, et à ne prendre de ses détails que ceux qui lui seront nécessaires pour la pratique. Ce que je viens de dire de la chimie est applicable à la botanique. Le temps que l'on mettrait pour approfondir ces deux sciences , serait infiniment mieux employé s'il était consacré à la pathologie externe et interne, bien autrement importantes pour celui qui se livre à l'art de guérir. Le mode d'enseignement de ces deux branches de l'art a gagné prodigieusement depuis un certain nombre d'années.
La connaissance des substances médicamenteuses, celle de leur mode de préparation el de leurs doses sont trop essentielles à connaître pour que la
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matière médicale qui traite do ces divers sujets soit négligée des éludians.
La thérapeutique, que l'on pourrait appeler le couronnement de la médecine, puisqu'elle a pour but de mettre en pratique toutes les sciences qui la constituent, doit être étudiée avec le plus grand soin par les jeunes médecins : elle devient le complément nécessaire et indispensable de leurs études (1).
Je ne puis terminer ce que j'avais à dire sur les écoles de médecine , sans faire quelques remarques sur l'admission des professeurs. Bleu que la voie du concours ne soit pas toujours une garantie suffisante, elle est cependant la seule que l'on doive préférer. N'eùt-elle que l'avantage d'éloigner la médiocrité, on devra toujours la maintenir. Je crois cependant que l'on pourrait admettre sans concours des hommes qui auraient fait, dans une des branches de l'enseignement médical, des travaux hors de ligne. Outre que ce serait rendre un grand service à la science, on ferait un acte de justice. Je croirais encore nécessaire d'exiger comme clause de leur admission, une composition écrite et une leçon de vive voix sur une question du ressort de la science qu'ils seraient tenus d'enseigner.
S IV
Application aux maisons de détention et aux bagnes.
Il n'entre pas dans le plan demon travail d'examiner si nos lois pénales sont bien en harmonie avec la constitution de l'homme , et les précautions que la société a sans contredit le droit de prendre pour sa sûreté. Je dirai seulement d'une manière générale que si d'importantes améliorations ont été apportées dans notre législation criminelle , je suis loin de croire qu'elles soient arrivées à leur degré de perfection , il en est même qui me paraissent encore entachées de barbarie.
Toute législation criminelle qui n'aura pas pour base la connaissance de l'organisation de l'homme , de ses facultés morales et intellectuelles, de ses penchans et de certains états maladifs de l'organe qui est le siège de ces facultés, sera toujours défectueuse. Assimiler, ainsi que cela s'est vu trop souvent, l'homme en proie à une violente passion, celui qui est aliéné, à l'individu qui calcule froidement son crime, est une vraie monstruosité pour l'époque de notre civilisation. Infliger la même peine au malheureux, qui pour se dérober à la mort , aura volé un pain , et à celui qui a l'habitude du vol , me paraît une chose aussi absurde qu'elle est cruelle (2). On répondra sans doute à
(1) Un grand nombre de jcTines gens qui se livrent à l'étude de la médecine présente souvent un développement assez considérable de certaines facultés perceptives, ce qui les entraîne malgré eux vers l'étude de la botanique, de l'entomologie ou d'autres branches des sciences naturelles. Tout en étant le premier à reconnaître Tintérêt et l'importance de ces sicences,je ne saurais trop engager ceux qui se destinent à la pratitiue , à ne pas trop y sacrifier, et de les laisser à ceux qui veulent en faire une étude spéciale.
(2) Dernicremenl un malheureux vieillard était prévenu d'avoir volé qualro pains. Le président
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cela que les jurés ont cgard dans leurs décisions aux circonstances du délit, ce qui peut amener une différence dans l'application de la peine. En adniellant que cela arrive dans beaucoup de cas, il n'en est pas toujours ainsi , el la masse des jurés est encore trop peu éclairée pour juger avec connaissance de cause. Papavoine et Léger périrent sur réchafaud, el cependant ils étaient évidemment aliénés.
Les principales améliorations apportées chez les détenus et les hommes renfermés dans les bagnes, n'ont roulé que sur leur condition matérielle. On s'est très-peu occupé ou même pas du tout, de leur instruction religieuse, morale et intellectuelle. Elle devrait cependant être l'objet essentiel de la sollicitude du gouvernemeul , puisque la majeure partie de ces hommes doivent rentrer un jour dans la société. Le besoin de l'inslrucliou se fera encore mieux sentir chez eux si nous jetons un coup d'œil sur l'administration intérieure de presque toutes les maisons de détention de France : celle de Melun qui contient un grand nombre de détenus ne présente aucune catégorie d'hommes en raison de délits qui ont été commis : tous sans distinction se trouvent en contact, jouent ensemble, se communiquent leurs défauts et leurs vices. Il en résulte que l'homme jeune encore et qui s'est trouvé entraîné par des passions très-vives, des circonstances mal heureuses ou une tendance naturelle à commettre le délit pour lequel il est détenu , mais que l'on pourrait ramener dans la bonne voie , se trouve complètement perverti par son voisinage et ses liaisons avec des hommes qui ont blanchi dans le crime. On peut dire d'une manière générale , que les maisons do detention ont été jusqu'à ce jour des écoles de perversité. Dans un rapport sur les améliorations à apporter dans le régime des prisons par M. de Rambuteau, préfet de la Seine, j'ai vu avec plaisir que la division des détenus par catégorie se trouvait placée à la tête. Lorsque celte mesure aura élè adoptée , on aura rendu un service immense à la société.
L'avantage que l'on retire en transformant les maisons de détention en ateliers de toute espèce , serait encore plus grand si les détenus consacraient deux heures par jour à l'instruction primaire et à des notions de morale el de religion. Beaucoup de détenus qui rentrent dans la société avec le vif désir de retourner au bien , ne tardent pas , à cause de leur défaut de connaissance de la lecture et de l'écriture qui leur eussent procurés certains emplois, à reprendre leurs premières habitudes.
Je ne crois pas nécessaire dédire que la conduite des personnes préposées à la garde des détenus, doit être empreinte de douceur, de fermeté et de juslice, et non de celte dureté brutale, quelquefois même cruelle, que l'on rencontrait autrefois chez elles et dont quelques-unes donnent encore le triste exemple. C'est surtout dans les bagnes que se voit une pareille conduite.
ul demanda s'il avouait cette soustraction. Je ne l'ai jamais niée, répondit ucl homme, mon crime est d'avoir faim. Néanmoins il fut condamné à trois mois de prison.
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Ces sortes d'établissemens sont deslinés, comaie on le sait, â conleair les lioDimes lesplus pervers , l'écume de la société. Cependant là comme daus les maisons de détenlion, la nècessilô des catégorie? se fait vivement senlir. Une grande amélioration à déjà eu lieu dans ce sens , puisque les forçats ont été placés dans divers lieux à raison de la peine qui leur est infligée, il serait à désirer qu'elle s'étendit plus loin, je veux dire que l'on créât des catégories dans chaque bagne. I.e choix des lieux que les forçats doivent habiter, leur paiement, leur surveillance, leur nourriture, en un mot tout ce qui constitue l'administration ou le service des bagnes, est tout à fait étranger à mon travail ; je ferai seulement remarquer que là comme dans les maisons de détention il faut bannir sévèrement l'emploi des boissons spirilueuses qui ont une action marquée sur les organes des penchans. 11 serait aussi à désirer que l'on eut pour ces criminels quelque dégradés qu'ils puissent être, une conduite autre que celle à laquelle on a eu recours jusqu'à présent : la loi veut punir, mais elle défend d'être cruel , et si la société a le droit de rejeter de son seiii l'ncmme dangereux, elle n'a pas celui de le ravaler par de mauvais Irailemens au-dessous des bêles de somme?
>''esl-ce pas une chose hideuse de voir dans les bagnes des monstres à figure humaine armés de bâtons et meurtrissant de coups le malheureux qui commet la plus légère faute. A quoi bon ces chaînes qui fixent les forçats entre eux , puisqu'il est reconnu dans les bagnes qu'elles ne sont point un obstacle à l'évasion ? Que la société prenne des precautious pour que celle-ci n'ait pointlieu, rien de plus sageassurément, mais je lui conteste ledroil dese transformer en bourreau. J'ai la conviction que beaucoup de forçats ne chercheraient pas à s'évader si le genre de vie auquel le plus grand nombre est soumis était plus supportable. Que l'on s'occupe surtout d'améliorer le sort moral et intellectuel de plusieurs d'entre eux , afin qu'en sortant de ces repaires du vice ils puissent devenir utiles à la société au lieu d'en être le fléau. Je crois que c'est ici le cas de faire quelques remarques sur les catégories que l'on pourrait établir dans les bagnes et dans les diverses classes de forçats, daus le double but d'améliorer leur sort , de les rendre utiles à la société , ou de faire qu'elle n'en ait plus rien à redouter.
Les forçats devraient être, selon moi , divisés en trois sections, qui n'auraient aucuns rapports entre elles? la première serait composée d'hommes encore jeunes, privés de toute espèce d'inslruclion et que des circonstances atténuantes lors de leur délit rendraient dignes de piîié. L'aulre serait composée d'hommes à penchans très-énergiques sans profe.-sion , sans moyens d'existence avant leur délit, mais qui auraient inspirés quelque confiance pendant leur séjour au bagne. Enfin viendrait la troisième classe , celle des condamnés à perpétuité ; et dans ceux-ci on pourrait encore faire un triage formant une quatrième classe des hommes éminemment pervers. Je voudrais qu'il y eût une échelle de gradation dans la condition matérielle de ces diverses classes et qu'elle fût connue des forçats, afin de les déterminer par ce qui agit le
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plus puissamincnt sur ces hommes , à modifier leur conduile. Ainsi le régime devieudrait différent cl l'on pourrait m(;me faire passer d'une classe dans l'autre, les individus dont la conduile eu bien ou eu mal serait jugée par les actes.
La première classe serait traitée avec douceur > mais avec fermeté; deux heures seraieut employées dans le jour à la lecture , à l'écriture, au calcul et à une exhortation morale et religieuse. Des récompenses seraient accordées à ceux qui se distingueraient par leur bonne conduite. Une économie serait prélevée sur le fruit de leurs travaux qui ne devraient pas être accablans et leur serait délivrée à leur sortie du bague , afin de subvenir à leurs premiers besoins. Le régime alimentaire serait un peu plus varié que dans les autres classes.
On devrait , indépendamment des leçons de leclure , d'écrilure et de calcul données dans la première et la deuxième classe , enseigner à ceux qui se ■ raient encore jeunes, un métier qui put leur procurer les moyens d'exister lorsqu'ils viendraient à quilter le bagne.
Les hommes condamnés à perpétuité demandent une plus grande sévérilè de régime. Comme ils ont la conviclion de passer le reste de leurs jours au bagne, il est tout naturel qu'ils fassent toules les tenlalives possibles pour s'évader. On pourrait peul-êlre prévenir cet accident fâcheux en améliorant leur sort, au point de leur rendre le séjour du bagne supportable. Placé entre la certitude d'étrerepris un jour et un genre de vie qui n'aurait rien de désagréable , le forçai se résignerait à son sort et ne penserait plus à s'évader. Quanta la quatrième classe, celle des hommes complètement pervers , elle mérite la plus grande surveillance des personnes placées à la tôle des bagnes. Il faut avoir visité les détenus et les forçats, pour savoir jusqu'où peut aller l'influence des grands criminels sur ceux qui ne sont pas encore arrivés au dernier degré de corruption. Il suffit de la présence de deux ou trois de ces malheureux, pour entraîner tous ceux qui les entourent. Lorsque les actes de ces hommes sont bien connus , lorsque tous les procédés que la sagesse et l'humanité suggèrent, ont été employés sans aucune chance d'amélioration, on ne saurait trop redoubler de surveillance. Rien ne changera leurs dispositions quels que soient les moyens que l'on emploie pour les modifier, à moins , ce qui est impossible , qu'on ne change leur organisation qui est vicieuse et souvent malade , comme j'ai pu m'en convaincre (l).
J'insiste d'autant plus sur ce point que des hommes de bien , guidés par la plus pure philanthropie, à qui nous sommes redevables d'importantes améliorations dans le régime des détenus , ont suppose qu'il ne serait pas impossible de ramener au bien l'homme compléleraeut perverti. On pourrait espérer trouver, dit M. Appert, dans une amc corrompue un sentiment honnête qui déve-
(1) Sur neuf crânes de forçais que j ai reçus du bagne de Toulon, trois Otaient Ovidensinent dans un étatmaladil, à la suite d'une affeclion du cerveau.
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loppë avec art et humanité, pourrait ramener au bien l'homme le plus gangrené devices. Une telle pensée fait assurément l'éloge de son auteur, mais j'ai la conviction qu'elle ne s'accorde point avec les faits que la phrénologie nous fournit. Je ne saurais trop répéter qu'il y a des hommes dont l'organisation est si défectueuse qu'elle les rend inaccessible à tout ce qui pourrait développer chez eux des senlimens capables de conirebalaucer des penchans trop énergiques. Mais si on n'obtient rien de ces hommes , on pourra modifier par de bons préceptes et un bon régime, ceux qui ont reçu en partage une meilleure organisation. J'ai la conviction qu'avec ces précautions on préviendrait une multitude de nouveaux délits, chez les hommes qui sortent des bagnes et surtout des maisons de détention.