‹ Traité de phrénologie (volume 2)Chapitre 73 sur 78 · C[I\PITRE XVI · texte numérisé non relu

C[I\PITRE XVI

APPLICATIO?» PURFISOLOGiaUEADX PRINCIPALES INSTITUTIOINS CIVILtS KT POLITIQUES ET A DX SCIENCES MORALES, A l'ÉdCCATION ET AUX BEATJX-ARTS , AUX ECOLES DE DROIT ET DE MEDECINE, AUX MAISONS DE DETENTION ET AUX BAGNES.

En prèseolanl ici quelques remarques sur Tapplicatioa de la phrèuologic aux principales institutions civiles et politiq ues, je n'ai en aucune manière la prôtenlion de m'ériger en réformateur : je me contente d'exposer des faits qui me paraissent fondés sur l'organisation elles fonctions du système cérébral de l'homme.

Si les institutions, en prenant ce mot dans sa plus grande extension, doivent être en harmonie avec l'organisation de l'homme, et personne ne pourra me le contester, je demande ce qu'elles pourront être dans le cas contraire, c'est-à-dire lorsque, sans avoir fait une étude du développement de ses organes, de leur nombre, des raodiflcalions que le tempérament y imprime, ou apportera des formules toutes préparées d'avance , mais en opposition avec ce que la nature nous offre. Il est certain que dans ce cas il y aura vice dans les institutions, ou opposition entre elles et la vraie nature de l'homme. Je veux donc examiner si l'harmonie , dont je viens de parler, existe , et , dans le cas contraire, quelles sont les modifications importantes que l'on pourrait apporter aux institutions. Si mes observations , comme j'en ai la profonde conviction , sont fondées , c'est aux personnes placées à la léte des nations d'en faire l'application.

Dès l'instant où un grand nombre d'hommes se trouvèrent réunis, une sorte de gouvernement et une hiérarchie ou distinction de rang ou de pouvoir durent nécessairement exister ; c'est une conséquence inévitable des variétés de l'organisation humaine. Pareille disposition se retrouve chez tous les peuples sauvages. Là où le courage, la ruse et l'intelligence prédomineront, attendez-vous à voir les hommes qui les possèdent venir à la surface , ou pour parler sans figure, commander aux autres moins heureusement organisés. L'égalité prise dans un sens absolu est donc une chimère qui n'a jamais existé que dans la tête de personnes peu réfléchies, ou mises en avant par des ambitieux qui en firent un instrument.

Selou quelques écrivains distingués, trois périodes auraient marqué le dé-

veloppement des nations. La première aurait été celle de la force , la seconde celle de la foi ou de la religion , et la troisième celle de la raison et de la science. Au premier aperçu celte distinction parait exacte, et plusieurs faits historiques semblent lui donner une certaine force ; cependant je crois qu'elle est plus spécieuse que solide : elle serait en contradiction avec les lois de l'organisation qui me paraissent invariables. Là où se rencontrent des hommes , là aussi se rencontrent des organes manifestant leurs facultés ou leur force , ce qui est pour moi synonyme. Il est vrai que certaines nations n'auront pas encore atteint dans les premiers temps le degré de perfection qu'elles présenteront plus tard ; mais leurs caractères seront bien dessinés. Rome n'eut pas seulement des chefs militaires dès sa fondation , elle eut aussi des ponlifs représentés tout à la fois par ses chefs ou par des prêtres. Tel fut Numa-Pompilius qui appela des diverses parties de l'Italie des augures, des prêtres et des aruspices de tout genre. Les Gaulois comme les Romains eurent tout à la fois des chefs et des prêtres représentés par les Druides. Les anciens Péruviens étaient guerriers et religieux en même temps. Il en est de même de toutes les peuplades sauvages qui combattent, et ont leurs dieux , leurs fétiches et leurs idoles.

Le sentiment de vénération , source de toutes les pratiques religieuses sous quelques formes qu'elles se présentent , a donc dû se manifester à toutes les époques des nations : il en est de même du courage. L'époque que l'on appelle celle de la science dans l'histoire des nations , bien qu'assez difficile à préciser , indique cependant celle où l'instruction dans les arts et la culture des facultés intellectuelles se trouve répandues chez une grande masse d'individus qui composent une nation. Mais cette période n'exclut pas la faculté du courage ou delà force, pas plus que celle de la vénération : ces trois facultés existent chez toutes les nations civilisées, et concourent à leur maintien et à leur bonheur lorsqu'elles reçoivent une bonne direction.

L'état de civilisation, c'est-à dire la culture des facultés cérébrales de l'homme , n"a fait que multiplier les classes qui composent les nations ; mais quel que soit leur nombre, nous en retrouvons les traces chez les hommes qui fondèrent des empires. De tout temps il y eut des chefs militaires, des prêtres et des gens un peu plus instruits que les autres; seulement les facultés qui ne peuvent arriver à leur perfection qu'après de longues années, et à la suite de nombreuses expériences ne se manifestèrent dans tout leur éclat qu'à certaine époque ; c'est sans doute celle que l'on a désignée sous le nom d'époque de la science.

On peut réduire les diverses formes de gouvernemens à deux grandes classes. Les uns sont simples, d'autres sont composés : c'est-à-dire que le pouvoir peut être confié à une seule personne ou bien à une réunion de plusieurs hommes. Dans les gouvernemens composés , le pouvoir est exercé par diverses réunions d'hommes ayant chacune leur pouvoir.

La démocratie, l'aristocratie, la monarchie et le despotisme présentent un exemple d'un gouvernement simple. De ces divers modes de gouverneraeus

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combiués avec un ou plusieurs pouvoirs composés d'hommes choisis dans une nation , résullent les gouverueraens composés. Il n'est pas de ma compétence d'examiner ici ces diverses sortes de gouvernemens. Je me renfermerai entièrement dans le cercle de la physiologie, en faiïiant quelques applications aux principales institutions ou pouvoirs qui composent celui que la France possède maintenant.

On sait que la puissance législative, ou le gouvernement, se compose du roi , de la chambre des pairs et de la chambre des députés. Je commencerai par l'institution qui occupe le premier rang après le chef de l'état, c'est-à-dire la chambre des pairs. Les remarques phrénologiques que j'ai à faire sur les membres qui composent cette assemblée , se bornent à l'âge ûxè pour que les pairs aient voix deliberative, etsur celui que l'on n'a pas déterminé, où les pairs cesseront de prendre part aux délibérations ; ce qui, selon moi, devrait avoir lieu.

La question que les pairs nedoivent avoir voix deliberative qu'à 30 ans révolus, doit , ce me semble, se résoudre par deux autres : l"à quel âge le cerveau de l'homme a-t-il atteint un développement assez considérable pour que ses fonctions s'exécutent parfaitement ; 2° a-t-on des exemples d'hommes qui aient manifesté avant 30 ans des facultés assez brillantes pour faire croire que de l2o à 30 , ils auraient pu prendre part aux délibérations de la chambre des pairs ? La physiologie et l'expérience répondent affirmativement à ces deux questions.

Il est constant que la majorité des hommes qui se sont fait remarquer par des facultés extraordinaires, ont donné des preuves de leurs capacités avant 30 ans révolus. Ce qui doit nécessairement avoir lieu, puisque le cerveau bien que n'ayant pas encore atteint toute l'apogée de son développement, est arrivé à un degré qui lui permet de manifester ses fonctions avec énergie et facilité. Supposons pour un instant que Napoléon eût été admis à la chambre des pairs à l'époque de sa campagne d'Italie, dans laquelle il fit preuve de son grand génie militaire , sa voix n'aurait donc pu se faire entendre dans cette assemblée. On ne manquera pas de répondre que Napoléon est une exception ; mais si le titre de pair ne s'accorde qu'à des hommes remarquables par leurs qualités , ne sont-ce pas aussi des exceptions? Je crois donc que l'âge de 2o ans qui donne le droit d'être admis à la chambre des pairs , devrait aussi accorder celui de délibérer.

La physiologie démontre que c'est de 30 à 40 ans que le cerveau de l'homme parvient à son maximum de développement. De -40 à 30 les facultés intellectuelles conservent assez de vigueur chez la masse des hommes , je ne dirai pas pour entreprendre de grands travaux , mais pour ajouter à ce que l'on a fait ou perfectionner ses productions. Cependant l'activité des organes n'est plus soutenue comme de 30 à 40. Les intermittences d'action sont plus longues; le besoin du repos se fait plus souvent sentir. Passé 50 ans , les facultés baissent d'une manière sensible, et l'on trouve bien peu d'Jiommes qui les aient conservées intactes jusqu'à l'âge de 60 ans.

J'entends répéter tous les jours que la sagesse est le fruit des années , qu'il arrive une époque , celle qu'Aristo(e désignait sous le nom de gravitas, maturité , où l'homme devient un excellent juge des choses , un sage enfin. Cependant cette maturité tant vantée doit avoir un terme, et celui d'Aristote , malgré tout son mérite , me paraît un peu éloigné : longtemps avant l'époque qu'il a fixée, de 49 à 156 , le plus grand nombre des hommes célèbres avaient fait preuve d'une haute sagesse.

A 60 ans l'homme est évidemment vieux , et les infirmités de l'âge commencent à se faire sentir chez le plus grand nombre. Les travaux de l'esprit deviennent pénibles; les perceptions récemment rerues s'effacent facilement : cette disposition s'accroît chaque année au point de rendre l'homme incapable de prendre une part active aux choses qui demandent une attention et une activité soutenue de l'esprit. Si ces remarques sont vraies , et je ne crois pas qu'on puisse en contester la justesse, je demande s'il ne serait pas sage de fixer une époque , celle de 70 ans, par exemple, où les pairs cesseraient de prendre part aux délibérations, et seraient remplacés dans leurs fonctions par des hommes dont les organes joindraient l'activité à la maturité. Les travaux languiraient moins , et la patrie y gagnerait.

Je sais tout ce que l'on pourra répondre à mes observations, mais je suis profondément convaincu que le fond des objections n'aura malheureusement pour base que le désir, d'ailleurs si naturel chez l'homme, de conserver le pouvoir et son influence lors même que ses facultés affaiblies s'y refusent.

L'âge fixé maintenant pour être eligible , ou de pouvoir être appelé à la représentation d'une portion déterminée de population , est assez en harmonie avec le développement du cerveau de l'homme. Avant 1813 on ne pouvait être eligible qu'à 40 ans. M. Emmanuel de Lascases', dans une brochure publiée en 1828 , avait déjà fait ressortir, en s'appuyant sur la pliysiologie, tous les inconvéniens d'une époque aussi reculée. Les faits qu'il cite et qu'il accompagne d'observations puisées dans l'histoire des hommes célèbres me paraissent sans réplique. A l'époque où la phrénologie était un objet de ridicule , et où la masse des hommes instruils n'y voyait qu'une science toute matérielle , M. de Lascases eut le grand mérite d'apprécier les vérités générales qui servent de base à cette science , et de prévoir l'influence qu'elle ne manquerait pas d'avoir un jour dans ses applications. Ce qui se passe maintenant en Angleterre, où l'on compte près de quarante sociétés phrénologiques, \ienl justifier les prévisions de ce député. Il serait à désirer dans l'intérêt de la France que ses collègues voulussent bien , comme lui , s'occuper d'une science dont ils ne manqueraient pas sans doute d'apprécier toute l'importance. C'est alors qu'ils pourraient saisir toute l'exactitude et la profondeur do cette pensée de Montesquieu : « Les lois sont les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses. » Ces rapports comment les conuaîlrez-vous , si préalablement vous n'avez pas étudié l'homme , son organisation et ses fonctions , surtout celles de ses actes moraux et intellectuels ? Voilà cepen-

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daal ce qui manque aux quatre cinquièmes de ceux qui sont chargés de les diriger. Avant de passer outre, je ne puis m'empècher d'aborder une question qui touche à h» politique, mais qui rentre dans le domaine de la physiologie du cerveau. Je veux parler des électeurs et des éligibles, deux classes qui sont appelées l'une à choisir les députés et l'autre à les fournir. Les fonctions de ceux-ci consistent , comme on le sait , dans la délibération et le vole des lois. Mais avant tout se présente la question : Qu'est-ce que la loi ou les lois? Selon Montesquieu que j'ai cité, les lois sont les rapports nécessaires qui dérivent des choses. Mais comment faire ces lois si les rapports des choses ne sont pas parfaitement connus? Rousseau définit la loi , l'acte de la volonté générale. Cette définition est séduisante , mais je la crois inexacte , car elle supposerait que tous les hommes pourraient y concourir , tandis qu'elle ne peut être que la suite des actes de la portion la plus éclairée d'une nation , c'est-àdire de celle qui est la plus apte à saisir les rapports qui dérivent de la nature des choses. Quels sont donc les hommes qui sont ou devraient être les plus capables de saisir ces rapports? Sans contredit ce sont les députés , puisqu'ils sont chargés de faire les lois. Mais quels sont les hommes qui seront chargés de choisir les personnes qui feront les lois? Sans doute ceux qui auront le plus de discernement et d'instruction. Cependant il résulte de la disposition actuelle de la loi, que beaucoup d'hommes éclairés, pleins de discernement et de probité, se trouvent exclus de la classe des électeurs, par cela même qu'ils ne payent pas le cens électoral, c'est-à-dire la somme de contribution directe exigée pour être électeur. Si la propriété était toujours l'apanage de l'homme éclairé et capable , rien de mieux que de lui donner la préférence pour le choix des représentans de la nation ; mais il s'en faut de beaucoup qu'il en soit toujours ainsi. Un homme consacre une partie de sa vie à l'élude du droit, de la médecine ou de ce que l'on appelle les hautes sciences : il ne peut être admis à exercer sa profession qu'après avoir fait preuve de savoir et d'intelligence; l'argent qui lui eut procuré le droit d'être électeur, il l'emploie à son instruction , à se rendre utile à son pays , et c'est lorsqu'il est en état de lui offrir ses services, en concourant aux choix des représentans de la nation, qu'il se voit rejeté du nombre des électeurs ; tandis que ceux qui n'ont jamais cultivé leur esprit , ou dont les idées sont toutes renfermées dans le cercle étroit des occupations purement mercantiles, jouiront du droit d'élire. J'avoue qu'une pareille disposition de loi me paraît une vraie monstruosité, une insulte faite à l'intelligence humaine. Je ne sais si je m'abuse , mais je crois que toute profession libérale devrait donner le droit de choisir les personnes chargées de faire les lois.

Quel a été le but du législateur en exigeant certaines conditions pour devenir électeur? Sans contredit c'était d'obtenir la tranquillité et le bonheur de la nation. Eh bien ! je soutiens que la propriété ne suffit pas pour arriver à ce résultat , que l'on ne peut l'obtenir que par le double concours de l'intelligence et de la propriété.

Kien de plus avantageux pour l'inlérèt de la nation que de voir appelés à la chambre des députés des hommes à spécialités, tels que des magistrats, des généraux , des médecins , des chimistes , etc. Leurs connaissances deviennent autant de mines fécondes de docuraens précieux pour les intérêts du pays, qui se trouve ainsi représenté. Il serait bon cependant que l'instruction des collèges fût telle que les jeunes gens qui les fréquentent , et qui arriveront un jour à la deputation , eussent des notions générales de physiologie , d'économie politique et de législation. Les discussions de la chambre ne roulent pas seulement sur des intérêts de classe, mais encore sur des intérêts généraux, et même sur ceux de nation à nation. Combien de députés , Ircs-éclairés d'ailleurs, se trouvent par le manque de ces notions dans le cas de ne pouvoir prendre une part active et consciencieuse aux travaux de la chambre.

Application de la phrénolojjie à l'éducation.

Que doit-on entendre par éducation ? Sur quelle base doit-elle reposer et quel est son but? Telles sont, avant tout, lés questions auxquelles il est nécessaire de répondre , avant d'enfamer le sujet que je me propose de traiter, l'éducation consiste dans la culture ou le perfectionnement de l'homme. Si elle s'applique au corps, elle reçoit le nom d'éducalion physique. Est-elle appliquée au développement et au perfectionnement des organes, et consèquemment des facultés du système nerveux cérébral, elle prend le nom d'éducation spirituelle et morale. Bien que ce soit du concours de ces deux espèces d'éducations que doit résulter le perfeclionnsmenl de l'espèce humaine , je ne traiterai que de la dernière, parce qu'elle rentre plus spécialement dans le domaine de la phrénologie.

S'il est démontré, et je crois qu'il n'existe maintenant aucun doute à cet égard, que le système nerveux de l'homme soit le siège dé toutes ses facultés morales et intellectuelles, l'histoire de l'organisation de ce système et de son développement doit être la base de toute espèce d'éducalion tendant à cultiver son esprit , à diriger ses passions et à perfectionner ses talens naturels. Une fois ces deux propositions bien conçues , le but de l'éducation de l'homme se présente naturellement à l'esprit, c'est de diriger la culture de son esprit, de ses talens et de ses passions au bonheur individuel d'une part, et au bonheur général de l'autre , en faisant concourir toutes les instructions particulières ou individuelles au bien général de la société.

Si tous les hommes avaient reçu de l'auteur de la nature le même développement d'organes cérébraux, la méthode d'éducalion serait extrêmement facile. Il s'agirait, les facultés fondamentales du système nerveux étant connues, d'exercer à l'aide d'une base générale d'enseignement tous les organes de ces facultés, Mais la nature est loin d'avoir procédé ainsi. Sans doute que

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tous les hommes ont reçu un cerveau composé des mêmes oigauesj mais, comme la phrénologie le démoutre , il s'en faut de beaiicoup que ceux-ci présentent chez tous, et la même activilù, fruit du tempérament, et la même énergie, conséquence immédiate du volume. C'est là ce qui explique ce que les métaphysiciens ont méconnu, je veux dire , les variétés d'infelligence, et les diversités detalens et do passions chez les hommes. Rapportant tout à sa propre manière de sentir et de percevoir, chaque philosophe présonla son système comme le seul vrai , le seul en harmonie avec les lois naturelles. Un autre philosophe, autrement organisé, renversa les idées de son prédécesseur, et ainsi de suite; de manière qu'au lieu d'avoir une philosophie basée sur la vraie connaissance de l'organisation et des fonctions de l'homme, on n'obtint que les divers produits d'organisations différentes.

J'ai dit tout à l'heure que l'histoire du développement des organes qui président aux fonctions de l'homme moral et iulellectuel , devait être bien connue de ceux qui s'appliquent à l'éducation. C'esl donc par elle que je vais commencer ce que j'ai à dire sur ce sujet si important, ou pour mieux dire, je les ferai marcher de pair.

Quatre mois et demi après la naissance, le cerveau cl le crâne conséquerament ont augmenté beaucoup en volume, comparés avec ce qu'ils étaient au moment de la naissance. (Comparez le crâne d'un enfant nouveau-né avec celui d'un enfant de 4 mois et demi, pi. VIII his, fig. 2 et fig. S). Le développement de la région frontale donne à l'expression de la face un caractère que nous ne retrouvons pas sur l'enfant d'un jour. Il s'est opéré avec le développement de volume de l'encéphale de l'enfant de A mois et demi, un changement ou modification dans sa manière de percevoir et de sentir. A cet âge l'enfant reconnaît sa nourrice, il commence à sourire. Le sommeil et l'allaitement, qui composaient presque toute la vie des deux premiers mois, présentent plus d'intermittences , l'enfant regarde tous les objets qui l'entourent ; tout ce qui offre quelque cliose de brillant paraît surtout fixer son attention. De cette période à celle de 10 à 12 mois, l'encéphale prend une ampleur excessivement remarquable : les organes situés à la base du crâne , le cervelet excepté , ceux qui occupent les régions postérieures et latérales de celte boîte osseuse, et ceux de la région frontale , notamment ceux qui reposent sur le plancher orbilaire et la région inférieure moyenne du front, sont développés à un point étonnant. Ce qu'il y a de plus intéressant, c'est de voir la coïncidence qui existe entre le développement de ces diverses régions, et l'action évidemment manifeste des organes qui leur correspondent.

L'enfant commence à prononcer plusieurs mots (sens du langage), il regarde tous les objets , surtout ceux qui sont en action , avec une attention sans égale (conscience des faits , éventualité) : un animal, des objets brillans l'iuléressçut au plus haut degré (sens de configuration , coloris). Le cervelet qui est généralement peu développé à celte période ne donne aucune trace de son existence, si ce n'est dans l'action des mouvemens. Il n'eu est pas de même des

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facultés de rallachement, de l'organe de conservation, de celui qui préside au choix des aliniens, du sentiment de propriété qui se manifestait souvent avec assez d'énergie. Plusieurs facultés intellectuelles agissent déjà avec beaucoup d'activité, et il serait peut-être difficile d'ènuraérer ce que les enfans qui ont passé cette période et quelques mois au-delà , ont acquis de connaissances.

Je ne suivrai pas les changemens qui s'opèrent dans l'encéphale et dans ses fonctions jusqu'à l'âge de quatre ans , je dirai seulement qu'avant d'arriver à cet âge , le cerveau de l'homme s'est encore accru en volume et surtout en densité : c'est à ces deux circonstances réunies que nous devons attribuer l'action de certaines facultés qui n'avaient encore donné aucune trace de leur existence, et la sphère d'activilè plus étendue et plus soutenue de celles qui s'étaient manifestées. Comme c'est surtout à partir de cette époque jusqu'à sept ans, que les facultés cérébrales présentent des caractères bien tranchés, je vais m'attacher à faire connaître celles qui m'ont paru alors les plus saillantes , chez la majorité des enfans do cet âge que j'ai eu occasion d'observer. Je suivrai dans mes remarques l'ordre de classification que j'ai adopté dans mon tableau, fixant particulièrement l'attention du lecteur sur les points les plus essentiels à connaître pour l'objet que je traite.

La faculté de conservation qui avait donné jusqu'au commencement de celte époque des marques assez prononcées de son existence devient encore plus énergique. Je crois que c'est à elle qu'il faut attribuer la crainte que manifestent beaucoup d'eufans lorsqu'ils sont abandonnés à eux-mêmes. Comme elle peut être portée jusqu'au point de donner lieu à de graves accidens, il est nécessaire que les enfans de cet âge ne soient jamais seuls : on évitera surtout de leur raconter des histoires dans lesquelles figurent des objets capables de les effrayer. Si quelques accidens Inséparables des mouvemens que l'enfant se donne à cet âge, tels que des contusions, des chutes, de légères coupures , etc. , etc. , ont lieu , les trois quarts des enfans seront encore plus sensibles à la douleur qu'ils éprouvent, si les personnes qui les entourent jettent des cris ou manifestent de la crainte. On doit donc dans ce cas prendre sur soi de ne laisser rien voir à l'extérieur, si non l'on augmentera les douleurs de l'enfant , et l'on finira peut-être par en faire un être criard et insupportable.

La faculté qui préside au choix des alimens , est une de celles qui se manifestent alors avec le plus d'énergie , on peut dire même que la gourmandise, qui en est la conséquence , est le vice dominant de l'enfance. On ne saurait donc donner trop d'atlention à la nature des alimens et à leur quantité chez les enfans de cet âge. Je considérerais comme une excellente coutume celle qui consisterait à faire faire quatre repas par jour aux enfans. La quantité d'alimens serait proportionuée à l'appétit naturel , et à la constitution de chacun. On évitera surtout de gorger d'alimens les enfans d'un tempérament mphatique : à peine sont-ils repus, que le besoin du sommeil se fait sentir,

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cl l'encéphale devient incapable do travail. Des potages à la viande, de la chair rôtie ou grillée, du vin coupé d'eau , du pain bien fermenté coiiviennoiit aux enfansde cette conslilulion : on aura soin do les laisser jouer plusiinirs fois par jour en plein air, et de les accoutumer graduellement aux variations atmosphériques. Les exercices gymnastiques si précieux pour tous les cnfaus de cet Age, le sont encore plus pour ceux qui présentent une constitution lymphatique. En donnant de l'aclion à tous les organes , le cerveau est un des premiers à en ressentir l'heureuse influence, et des enfansqui, par l'effet d'un mauvais régime alimentaire fussent demeurés engourdis, deviennent alors capables d'une application soutenue pour les travaux qu'on exige d'eux.

Durant la période que je viens d'indiquer, le besoin de parler et de se mouvoir ont lieu d'une manière extraordinaire. C'est alors que la mémoire verbale peut être cultivée avec le plus grand succès : la quantité de mots que les enfans peuvent retenir alors est réellement prodigieuse. Le sens de la configuration, de la perception, de la substance, de l'éventualité, trahissent leur grande activité, par l'extrême attention des enfans à considérer les objets, à étudier leurs formes , et celle qu'ils donnent aux récits d'événemens ou d'historiettes à leur portée. Griffonner du papier , faire des figures de toute espèce, telle est une des plus grandes jouissances de cet âge. A la fin de cette époque et plus tard , il est extrêmement commun de voir les enfans chercher à reproduire par le dessin et de mémoire les objets qui les frappent davantage : le choix des figures dont ils s'empressent de couvrir les tables , les livres et les murs des écoles , annonce qu'une faculté qui ne s'était pas encore manifestée commence à entrer en jeu. Il est impossible de se faire une idée de l'avidité qu'ont pour les lectures et les dessins lascifs, les enfans arrivés à la fin de celte période, surtout ceux qui sont pubères. J'ai acquis la triste conviction qne la masse des enfans de cet âge avaient l'habitude de la masturbation. Les suites funeslesdece malheureux vice se fout remarquer chez la plupart, notamment chez ceux qui sont d'une constitution lymphatique ou lymphatico-nerveuse : ils sont en général hébétés et peu capables d'éducation. La révolution qui a lieu chez l'homme à l'époque de la puberté , ne s'opère pas chez eux d'une manière franche; plusieurs conservent pour toujours un caractère timide et enfantin, et ce qu'il y a de plus déplorable, leur malheureuse habitude. Jean-Jacques convient lui-même qu'il n'a jamais pu s'en délivrer complètement. 11 ne serait pas impossible que ce vice, porté à l'extrême durant l'enfance de cet homme célèbre, n'ait contribué pour beaucoup à augmenter sa susceptibilité naturelle, et à délabrer sa constitution.

Les parens, et surtout les personnes chargées de l'instruction des deux sexes , doivent veiller avec soin à éloigner des jeunes gens tout ce qui pourrait exciter des désirs lascifs. Je considère comme extrêmement important de renvoyer des pensionnats tous ceux qui, par leur langage ou par leurs manières, auraient une disposition à corrompre les autres. Une autre chose qui me parait surtout es-

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senlielle, el à laquelle cependant beaucoup de personnes ne donnent aucune atlenlion , c'est de ne pas permettre les réunions entre les deux sexes de cet âge , hormis en famille , ou lorsque les enfans sont sous les yeux des personnes chargées de leur surveillance. L'année dernière j'ai eu occasion de voir près de douze jeunes gens de l'âge de dix à douze ans, tous avaient contracté l'Labitude de la masturbation , el ce qu'il y a de pire, c'est que c'était à la fréquentation de petites filles du même âge ou environ , qu'ils étaient redevables de ce vice.

Quelle sera l'éducation la plus convenable pour les jeunes gens appartenant à la période que je viens d'indiquer? Ce sera évidemment celle qui sera le plus en harmonie avec le développement de leurs organes. La première chose à faire consiste à imprimer de bonne heure et habituellement une bonne direction aux facultés que j'appelle sentimens , et à réprimer avec énergie et persévérance quelques peuchans qui dérivent de celles de conservation et de reproduction. L'étude des langues, la description des objets d'Iiistoire naturelle , la géographie et l'écriture sont les notions qui se trouvent le plus en rapport avec le développement cérébral de cette époque. On pourra y joindre vers la fin l'étude du dessin et du calcul : je voudrais cependant que celui-ci fût enseigné sous forme de jeu , et non de la manière que l'on emploie généralement. Si les parens qui ont reçu de l'instruction voulaient seulement sacrifier une heiirepar jour à celle de leurs enfans, il y aurait plus à gagner pour ceux-ci que durant le temps qu'ils passent avec leurs maîtres. A table, pendant les heures de récréation, à la promenade se présentent mille occasions d'exercer les facultés intellectuelles des enfans. La liberté dont ils jouissent près de leurs parens, leur permet aussi de développer plus facilement les ressources de leurs facultés naturelles. D'un autre côté, leur caractère moral se dessine beaucoup mieux , et met sur la voie pour lui donner une meilleure direction.

Chaque jour on se plaint du manque d'éducation des enfans ou de leur défaut d'aptitude ; mais j'ai la conviction que dans la majorité des cas, c'est anx parens qu'il faut s'en prendre. Après avoir mis un enfant en pension, et l'avoir pourvu de maîtres , on croit avoir tout fait pour lui ; c'est là cependant une grande erreur. Celte conduite est sans doute excusable de la part des personnes sans instruction, mais elle devient coupable chez celles qui en ont reçu. L'argent que les personnes aisées emploient à des choses de pure ostentation , serait bien mieux utilisé s'il était consacré aux soins de l'éducation morrale et intellectuelle de la jeunesse. Trop heureux encore les jeunes gens s'ils ne trouvent pas dans leurs familles une conduite opposée à celle qui leur est prescrite au collège?

Depuis l'époque de la puberté jusqu'à l'âge adulte, les organes cérébraux acquièrent, outre leur plus grand développement, une fermeté qui donne à leurs actes plus d'énergie et de durée. Chez la masse des hommes de celle époque les facultés morales el intellectuelles sont assez tranchées,

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pour faire pressenlir jusqu'à quel point elles pourront s'èlcver un jour. Ce qui a pu induire en erreur beaucoup de personnes sur les dispositions intellectuelles de ces jeunes gens , est l'extrême activité do toutes les fonctions qui règne alors. Mais en laissant de côtô ce que le défaut d'expérience doit occasionner chez eux, et en ne prenant que le fond des ciioses, sans tenir un compte rigoureux de la manière dont il est exprimé , on demeure souvent surpris de l'état de leurs facultés réflectives. J'insiste d'autant plus sur ce point que l'éducation de nos jours no me parait pas donner assez d'attention à la culture des facultés réflectives qu'elle néglige pour celle des facultés moins précieuses , notamment celle de la mémoire verbale. Il résulte de cette fausse direction imprimée à l'instruction , qu'au lieu d'avoir do vrais savans on n'obtient que de brillans perroquets.

Il est on ne peut plus commun de voir de ces exemples dans les concours qui ont lieu dans les facultés de droit et de médecine.

J'ai connu particulièrement un de ces héros des écoles , c'était bien l'être le moins capable qu'il y eut au monde , mais comme il réunissait à beaucoup d'audace une mémoire prodigieuse , il fascinait les yeux de ceux qui ne le connaissaient pas. Comment refuser les palmes à celui qui avait retenu plus de quarante volumes par cœur. Initié dans le secret de son haut mérite, j'ai vu qu'il consistait à écrire sur des petits carrés de papier toutes les questions traitées par les auteurs les plus célèbres : une fois classées par ordre , il en retenait un certain nombre par jour d'une manière imperturbable ; arrivait enfin le jour du combat dont il ne manquait jamais de sortir victorieux aux applaudissemens de l'auditoire, et souvent des professeurs qui ne manquaient pas de le considérer comme un homme du premier ordre.

J^a jeunesse , disent les philosophes spéculateurs, est l'âge do l'innocence , de la générosité , de la bienveillance et de la candeur. Voyons maintenant ce que dit la nature, le meilleur de tous les maîtres. Si les organes des facultés appelées sentimens , et ceux des facultés dites réflectives étaient les seuls qui fussent développés à cet âge , je concevrais la justesse de la proposition : mais Ù s'en faut de beaucoup qu'il en soit ainsi. Les organes des facultés de conservation et de reproduction présentent aussi un grand développement , et leur action doit nécessairement se manifester. Étudiez les jeunes gens d'un collège , et vous trouverez chez eux mêmes vices et mêmes vertus que chez les hommes faits. Les uns sont gourmands ou libertins à l'excès, d'autres ont le penchant à dérober très-prononcè : il en est dont tous les actes sont marqués au coin de la ruse, de la fourberie la plus profonde. Quelques-uns sont cruels, et se plaisent à torturer les animaux. Pour d'autres le plus grand plaisir consiste à se battre , et se quereller avec leurs camarades. A côté de ceux qui se font remarquer parleur douceur et leur bonté . s'en voient d'autres d'une méchanceté incorrigible. Que l'on ne me dise pas que ce tableau est chargé : il est , ainsi que j'ai pu m'en convaincre , la peinture fidèle de ce qui se remarque dans toutes les pensions. J'insiste avec d'autant plus de force sur ce poin! ,

qu'il doit servir de base à la répression énergique de certaines facultés. Il servira aussi à éclairer les professeurs ou les chefs d'inslilulion , sur la conduite qu'ils doivent tenir dans certains cas. Un fait incontestable , c'est que les jeunes gens ont naturellement une tendance à imiter les actes de ceux qui les entourent. Ne serait-il pas sage d'éloigner d'eux tous ceux qui manifesteraient de bonne heure des penchans vicieux trop énergiques? D'un autre coté , ne seraitil pas convenable d'employer envers ces derniers des moyens de répression différens de ceux mis eu usage pour les autres ?

Un autre point sur lequel je ne saurais trop insister, est l'instruction morale , généralement trop 'négligée dans les collèges. Elle n'a encore consisté jusqu'à ce jour que dans de simples lectures ou de pures formules que les jeunes gens apprennent comme une leçon sans qu'il en reste de traces. Ce n'est pas par des phrases , mais par des exemples qu'il faut parler aux enfans. Si vous ne vous adressez, comme on le fait encore communément , qu'à leur sentiment d'approbation sans intéresser ceux de la bienveillance, de la vénération et du sentiment de justice , vous n'en ferez que des égoïstes qui deviendront plus lard le fléau de leur famille , et de la société s'ils occupent un rang important.

Qu'importe à une nation des facultés intellectuelles supérieures , si elles sont employées à l'asservir ou la ruiner ? Quelle sera la conséquence immédiate de facultés intellectuelles remarquables, mais sans moralité , gouvernant une nation ? La corruption , la bassesse et la servitude. Composez une société de pareils élémens , et sa désorganisation sera inévitable. Lorsque dans une nation l'intrigue l'emporte sur le travail et la probité, soyez sûr qu'il n'y a rien de grand à attendre d'elle.

Que les hommes varient d'opinions dans leurs systèmes, leurs goûts, leurs croyances religieuses , il n'en résultera qu'un effet secondaire : il n'en est pas ainsi de la morale qui doit être la même chez tous les peuples : elle seule peut être la base de leur bonheur.

Je suis loin de penser avec certains hommes qu'il soit possible de procurer de l'aisance à tout le monde : il y aura partout et dans tous les temps , des pauvres et des riches , des forts et des faibles , des savans et des ignorans. Ces diverses conditions sont la conséquence inévitable des variétés de l'organisation de l'homme : elles existeront éternellement. Cependant je crois que de grandes améliorations peuvent avoir lieu dans la condition de la classe malheureuse ; et le défaut de culture de la morale me parait un des principaux obstacles à les obtenir. Si les seutimens de bienveillance et de charité élaienl plus cultivés , on ne verrait pas journellement de ces spectacles qui font rougir les hommes de cœur. Des milliers d'hommes sont encore de nos jours dans une condition pire que celle des bêles sauvages : des familles entières manquent d'alimens, et n'ont rien pour se préserver de rinlempérie des saisons ; tandis qu'au milieu d'eux se trouvent des riches qui sacrifient dans un jour à leur vanilèdes sommes qui eussent fait vivre plusieurs familles pendant des

DB PHRÉNOIOGIE. 8^5

QDDëes entières. D'un autre côlè, si l'on remonte avec soin à la source des malheurs privés et publics , on verra qu'elle se trouve constamment dans le défaut de culture des facultés morales.

Revenons maintenant sur l'état des facultés perceptives et intellectuelles des hommes apparlenans à l'adolescence et à la jeunesse , et voyons si l'éducation qu'on leur donne est bien en harmonie avec l'élat de développement de leurs organes cérébraux. A part quelques individus chez qui le système nerveux cérébral présente un développement anormal , et j'entends par là une activité retardée par des circonstances particulières , telles que le tempérament, un défaut de nutrition , etc., les jeunes gens des collèges peuvent être rangés d'assez bonne heure en plusieurs classes assez tranchées. Je vais indiquer celles que j'ai été à môme de faire : comme elles reposent sur un grand nombre d'observations, on peut compter sur leur exactitude (1).

La première classe, et c'est la plus nombreuse, est celle qui n'est pas organisée pour les hautes sciences. Je crois qu'il serait sage de la part des parens, une fois l'incapacité bien reconnue, de limiter l'éducation de ces jeunes gens en la renfermaut dans le cercle des notions qui sont indispensables pour des professions mercantiles, ou qui ne demandent pas une intelligence supérieure. On trouve fréquemment dans cette classe plusieurs hommes d'une adresse manuelle que l'on pourrait tourner à leur profit, en les employant comme mécaniciens dans les professions qui demandent de la dextérité et le nombre en est immense.

L'adresse manuelle n'est pas la seule faculté qui puisse se rencontrer dans un haut degré avec des facultés intellectuelles peu développées : le calcul , le colori?, le talent d'exécuter de la musique, celui de l'imitation, etc., etc. , existent souvent dans un degré remarquable. En les cultivant encore on pourrait rendre utiles à la société ceux qui les possèdent. Quelquefois, et comme par instinct, ces hommes se trouvent poussés eux-mêmes vers la profession qui leur convient, mais ce n'est malheureusement pas ce qui arrive toujours.

Le cas le plus fâcheux , et il n'est que trop commun , est celui où avec des facultés intellectuelles ou des talens au-dessous du médiocre, se rencontre une

(l) Un homme dont personne ne conteste le talent comme poëte, a cru devoir faire une sortie à l'Institut de France, contre la pbrénologie qu'il n'a jamais étudiée. M. Lemercier s'est plaint surtout des fâcheux résuiuts de cette science, dont la conséquence serait une catégorie ou classe d'hommes possédant diverses facultés. La pbrénologie est une science d'observation, elle se contente d'étudier les faits, de les comparer et de les analyser. En étudiant les hommes, elle voit que la nature a fait elle-même les classes que certaines personnes ne veulent pas connaître : elle voitqu'i' est des hommes organisés pour être poètes , et d'autres qui n'ont aucune disposition pour la poésie. Elle explique comment tel Individu qui fait de bonnes choses en poésie, se trompe lorsqu'il veut juger des choses auxquelles il est complètement étranger. Ce n'est donc pas aux phrénologistes qu'il faut s'en prendre , mais à l'auteur de la nature qui a varié l'organisation de l'homme , au point d'en former plusieurs classes ou variétés sous le rapport de l'intelligence, tes membres de hnsUtut, les députés, tous ceux qui sont â la tète des administrations, de quelque nature qu'elles soient, ne sont que des catégories qui existeront auUnl qu'il y aura des hommes.

prédominance des sentimens d'approbation ou de l'amour de soi. Après des déceptions de toute espèce, le malaise et souvent la misère deviennent le partage de ces hommes. Combien n'exisle-t-il pas de nos jours de jeunes gens dont la profession libérale n'a eu pour conséquence que leur malheur et celui de leur famille? Lancés dans une carrière pour laquelle ils n'étaient pas organisés, ils végètent toute leur vie. J'ai la conviction que par d'excelleus conseils et la répression de certaines facultés trop énergiques, on arriverait à déterminer les jeunes gens ainsi organisés à faire le choix d'une profession plus en rapport avec leurs facultés.

Considérées d'une manière générale les facultés que j'ai désignées sous le nom d'intellectuelles peuvent être développées entièrement, c'est-à-dire que les organes des facultés perceptives et réflectives ont acquis un assez grand développement. Ou bien il n'existe qu'une prédominance des facultés perceptives sur les réflectives , ou de celles-ci sur celles-là. De ces diverses nuances de développement résultent trois classes de jeunes gens bien distinctes , et qui méritent , selon moi , la plus grande attention des personnes placées à la tête des collèges.

La première de ces trois classes , celle où les facultés perceptives et réflectives sont à la fois très-développées , est très-peu nombreuse : elle forme véritablement une classe à part, composée d'hommes qui réunissent dans tout ce qui demande une action soutenue des facultés perceptives et réflectives.

La seconde classe, celle dans laquelle les facultés perceptives sont assez développées sans un grand développement des réflectives, renferme les jeunes gens qui ont assez de disposition à saisir ce que l'on enseigne communément dans les collèges , souvent même et précisément à cause de ce mode d'enfieignemejit. Quelques-uns de cette classe ont la réputation d'excellens écoliers : fréquemment même les instituteurs les considèrent comme des hommes qui ne peuvent manquer de jouer un rôle brillant dans le monde. Bien qu'il n'en soit pas toujours ainsi, il n'est pas rare de voir plusieurs individus de cette classe remplir des fonctions honorables dans la société. Leur principal talent consistera à reproduire avec ordre , méthode et clarté les idées des autres ; mais comme les facultés réflectives , celles surtout qui comparent, combinent et remontent aux causes des choses sont peu développées, ces hommes bien que très-estimables d'ailleurs, ne joueront jamais qu'un rôle secondaire. On. peut déjà les reconnaître à leurs productions lorsqu'ils sont arrivés en rhétorique : leurs compositions sont en général faibles et sans couleur, et ne portent pas avec elles le cachet de facultés réflectives supérieures. Ils pourront bien décrire les choses , retenir de longs passages par cœur , se rappeler les formes des objets, et briller dans les sciences de pure description ; mais vous ne trouverez ni étendue de vues , ni profondeur de pensées , ni plan d'un ordre supérieur dans leurs productions.

La classe des jeunes gens chez qui les facultés réflectives prédominent sur les facultés perceptives , se fait souvent remarquer par son peu d'aptitude à

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saisir beaucoup de choses enseignées dans les collèges; quelquefois même iU sont d'une faiblesse extrême pour ce qui est grammaire ou science de pure description. Le sens du langage, ainsi que j'ai pu l'observer, peut Cire si peu développé que les jeunes gens éprouvent une grande difficulté à transmettre leurs pensées aux autres. C'est cependant dans cetle classe que so rencontrent des jeunes gens d'un haut mérite, et de beaucoup supérieurs à ceux que l'on plaçait au-dessus d'eux. Il est rare même qu'ils ne sortent pas de la foule , et ne deviennent pas des hommes supérieurs dans les hautes sciences. Les personnes peu familiarisées avec les vraies facultés de l'homme demeurent surprises en voyant que des jeunes gens qui ne promettaient pas , selon le langage des instituteurs , se trouvent un jour placés si haut dans l'opinion publique. La phrénologie explique parfaitement ce qui arrive alors. C'est que des facultés intellectuelles, les unes, les perceptives n'ont qu'une aclioa secondaire , tandis que les rèllectives jouent un rôle infiniment plus élevé.

Vers le milieu et à la fin de l'époque que je viens d'indiquer , plusieurs talens se manifestent dans un degré tel qu'ils dominent les autres facultés. Il est alors prudent d'écouler la voix de la nature qui semble indiquer elle-même dans ce cas la vocation de prédilection. Cependant, ainsi que je l'ai observé, ou peut encore être induit en erreur en prenant pour un véritable talent , la manifestation d'une seule faculté dans un art qui demande pour réussir la réunion des facultés réflectives à des talens spéciaux : telles sont la peinture et la sculpture. Je vais développer mon idée par des exemples.

Un jeune homme s'est-il fait remarquer dans les écoles par sa grande facilité à dessiner ! L'a-t-il emporté sur tous les autres dans le dessin d'après la bosse qui se trouve être le couronnement ou la fin de ses études ! On en tire la conséquence qu'il sera un jour un peintre du premier ordre. Cependant rien n'est moins fondé que cette idée : c'est dans un atelier de peinture que la vérité de mon assertion se manifeste dans tout son jour.

Si nous étudions les jeunes gens qui se destinent à la carrière de la peinture, nous verrons qu'ils forment quatre classes bien distinctes. Je vais les indiquer ici, et faire voir en même temps le parti que chaque individu appartenant à l'une de ces classes pourrait tirer des facultés qu'il a reçues en partage.

La première classe est celle des dessinateurs, je veux dire de ceux qui reproduisent avec facilité les objets qu'on leur donne à représenter. La deuxième classe est celle des coloristes ; cette faculté se reconnaît ordinairement de trèsbonne heure. Voyons d'abord quelle sera la conséquence du développement partiel de ces deux facultés.

Le dessinateur qui ne possédera que cetle faculté, à quelque haut degré qu'elle soit portée , ne deviendra jamais un peintre même de second ordre. Il pourra devenir bon maître de dessin, peindre le portait d'une manière assez agréable, surtout s'il réunit au talent de dessinateur un peu de coloris, et la

O'iS TRAITÉ

faculté do configuration. Il pourra exceller dans la profession de graveur, en reproduisant fidèlement les sujets qu'on lui donnera à représenter.

Cequeje viensde dire du dessinateur est applicable au coloriste, qui n'arrivera pas plus au degré supérieur, s'il ne possède que la faculté de faire de la couleur. Cependant on pourra employer avec avantage son talent dans la peinture sur verre, les décors, la peinture sur porcelaine , sur laine , comme à la belle manufacture des Gobelins. Il pourra devenir d'une grande ressource en copiant et roproduisanl avec fidélité le coloris des grands peintres.

La troisième classe est celle des jeunes gens qui possèdent , indépendamment du talent du dessin et du coloris , le sens du beau dans les arts dans un haut degré. Sans être des peintres du premier ordre ils se font remarquer par le goût exquis de leurs compositions ; ils excellent surtout dans les tableaux de genre : il n'en est pas de même des grandes compositions qui demandent la réunion de plusieurs facultés supérieures dans un haut degré, et qui ne se voient que daus la quatrième classe ordinairement peu nombreuse : ce sont les hommes à part , ceux qui laissent une éruption durable ou font école.

Plus j'ai étudié l'organisation despointres célèbres, et plus je suis demeuré convaincu qu'il n'en existe pas un seul chez qui on ne rencontre réunies au talent manuel, des facultés réflectives puissantes, et presque toujours le sens poétique et du beau dans un haut degré. Il suffit de jeter les yeux sur les portraits de Michel-Ange, Raphaël, Rubens, Paul-Vèronése, Lesueur, Poussin, etc. , etc. , pour se convaincre de la vérité de mon assertion. Eh! comment en serait-il autrement? Puisque sans ces facultés il ne peut exister ni plan, ni vue profonde, ni imagination, ni création, caractères essentiels du vrai peintre. Un développement peu considérable du coloris ou de talent manuel, n'exclue pas la qualité de grand peintre. Raphaël , sans contredit le plus grand des peintres, était faible coloriste. Rubens, si riche en couleur, n'avait pas une grande correction de dessin.

Ne pourrait-on pas tirer des remarques que je viens de faire , cette conséquence, qu'il serait convenable d'exercer dans l'art de la composition, et bien plus fréquemment qu'on ne le fait dans }es écoles, les jeunes gens qui commencent à peindre d'après nature? On arriverait par cette pratique à distinguer celui qui est organisé pour devenir peindre de celui qui sera toujours médiocre. J'entends dire tous les jours qu'avec du travail et de la persévérance l'on peut devenir un peintre du premier ordre. Jamais maxime ne fut plus fausse et plus funeste dans ses conséquences. J'ai connu de jeunes peintres qui ont travaillé pendant douze et quatorze ans pour n'être que des hommes excessivement médiocres : d'autres les avaient dépassés après deux années de travail, tant il est vrai que les facultés naturelles doivent marcher avant tout. Sans doute l'homme le mieux organisé pour la peinture qui ne s'occuperait pas de son art, ne serait jamais rien; mais il est absurde de prétendre que le travail sans les dispositions innées puisse rendre peintre. Raphaël , dépourvu de bras et de jambes , n'eût pas moins été uo très-grand peintre ; seu-

DE PHRENOLOGIE.

li'iucul son (aïeul fût resté ignoré parce qu'il n'eût pas eu d'instiumens pour le manifester au dehors.

Ce que je viens de dire de l'emploi des facultés réllectives, du sentiment poétique et du beau dans les arts pour la peinture, s'applique à l'art du statuaire.

C'est ordinairement eu rhétorique que l'on peut saisir la différence qui existe entre les jeunes gens, sous le rapport du développement des facultés intellectuelles Donnez un sujet à composer , et voyez avec quelle différence il est traité. Là, c'est une manière de rendre ses pensées, bien que l'élève se soit conformé aux régies de la rhétorique, qui annonce la plus grande médiocrité. Ici , règne un certain ordre , de la clarté dans les idées , mais c'est tout le mérite de la composition. Chez un autre, le plan est bien conçu, biçn charpenté , si je puis me servir de l'expression ; mais rien de neuf, rien d'original dans la composition. Tanlôt le plan et les idées sont bien exposés , mais ce n'est qu'une imilalion des idées empruntées, tuùa viennent les compositions qui brillent par la force des pensées, la profondeur de vues, qui sont empreintes d'un caractère d'originalité ; et malgré les imperfections inséparables des premières productions, il est facile de voir que colles-ci ne sont pas le fruit d'hommes ordinaires. En dehors de ce que l'art ou la science peuvent faire pour eux, la nature les a marqués du sceau du génie. Favorisés par d'heureuses circonstances, ils pourront devenir la gloire de leur patrie, ou couler des jours misérables s'ils sont placés dans une sphère qui n'est pas en barmonie avec leur organisation. Quelquefois, il est vrai, et nonobstant les difficultés qu'ils ont à vaincre , ces hommes percent : tel fut Rousseau , dont on voulut faire un artisan, et qui devint un des premiers écrivains de son siècle. Boileau placé d'abord chez un greffier, et qui restera comme un des hommes les pi us célèbres du règne de Louis XIV. Cependant combien d'hommes célèbres n'ont pas été appréciés à leur juste valeur, parce que le défaut d'éducation , l'ignorance de leurs parens ou de leurs insliluteurs s'opposèrent à leur élévation. Combien , d'un autre côté , de lalens médiocres végètent tout© leur vie pour avoir embrassé une profession au delà de leurs forces.

Tout ce que j'ai dit des facultés de conservation et de reproduction , sur celles désignées communément sous le nom de pencha ns , a reçu assez d'extension à l'article de l'influence de l'habitude pour ne plus nous en occuper ici. Il ne me reste plus qu'à examiner assez rapidement de quoi se compose l'instruction publique en France , et de faire ressortir les avantages de la phrônologie appliquée aux diverses branches d'enseignement. Les observations qu'on vient de lire abrégeront de beaucoup ma tâche ; elles me mettront même dans le cas do supprimer beaucoup de choses sur lesquelles je ne veux pas insister, parce qu'elles se présenteront naturellement à l'esprit de toute personne réQéchie.

L'instruction publique en France comprend trois degrés : 1" l'instruction primaire ; 2" l'instruction secondaire ; 3" les hautes sciences.

En admettant que le défaut de fortune, des circonstances purement locales, la nécessité pour beaucoup de familles de garder près d'elles leurs enfaus pour les aider aux travaux manuels , s'opposent à ce que la majorité des enfans reçoive même l'éducation secondaire , ne serait-il pas sage que des fonds fussent réservés dans les chef-lieux des déparleraens, pour que les jeunes 'gens qui manifesteraient des facultés très-remarquables reçussent une éducation en harmonie avec ces facultés ? Et comme il ne s'agit ici que d'enfans hors de ligne, les dépenses seraient peu considérables , et l'èlat trouverait ce qui lui manque souvent, je veux dire, des hommes de grande capacité. En supposant que dans le nombre choisi plusieurs jeunes gens ne répondissent pas à ce que l'on attendait d'eux , on pourrait les renvoyer dans leurs familles.

Comme lou t ce qui se rapporte à l'instruction primaire est très-limité, et qu'il me paraît d'ailleurs assez eu rapport avec les facultés des enfans, je n'aurai aucune remarque à faire, sinon qu'il serait à désirer que le nombre d'écoles primaires fût bien plus nombreux que celui que la France possède.

L'enseignement secondaire , qui comprend les lettres et les sciences , étant celui des jeunes gens qui se destinent aux professions libérales, mérite plus spécialement notre attention. Je m'attacherai surtout à examiner si ce que l'on enseigne de nos jours aux jeunes gens est bien en harmonie avec leurs facultés naturelles, et répond aux progrès que les sciences d'observation ont fait de nos jours.

Si nous parcourons le cercle suivi dans l'éducation secondaire des jeunes gens depuis un certain nombre d'années, nous pourrons avoir une juste idée de ce que peuvent l'habitude et la routine sur les hommes. Sauf de légères modifications, le fond reste toujours à peu près le même. On s'est contenté d'élaguer ou de tailler les branches de l'arbre , au lieu d'agir sur la souche. A quelles causes attribuer de pareils résultats ? A la routine, d'une part , qui fait que l'homme se plaît à suivre en aveugle la voie qui lui a été tracée. D'un autre côté, c'est que des hommes complètement étrangers à l'organisation et aux fonctions de l'instrument qu'ils voulaient mettre en jeu, ont eu la prétention de tracer des plans d'éducation sans examiner s'ils concordaient avec les facultés naturelles de l'homme.

A voir celle surabondance de grec et de latin dont on abreuve la jeunesse de nos jours, on serait tenté de croire que les sciences d'observation étaient bien plus avancées chez les Grecs et les Romains qu'elles ne le sont de notre temps. Cependant si c'est le contraire qui a lieu , c'est-à-dire que chez les nations modernes les sciences naturelles sont arrivées au plus haut degré de perfection , je demanderai à quoi bon tant insister sur l'étude des langues mortes. D'un autre côté, si l'on réfléchit que toute langue qui n'est point parlée finit par se perdre , je demande quel parti on pourra tirer d'une longue étude du latin et du grec, puisque l'on n'a aucune occasion de les pratiquer ? C'est surtout en médecine où cet abus des langues mortes se fait vivement apercevoir. Quelles sont les bases de cette science , disent tous les professeurs de cet

DtS PHRÊNOLOGIB. SAl

art ? L'anatomie , la physiologie et la pathologie. E!i bien I je demande à quel degré de perfeclion se trouvaient ces trois sciences chez les Grecs et les Romains. Il n'y a pas une personne , même étrangère à la médecine, qui ne convienne que toute la supériorité est pour noire époque. Que sert donc de passer quatre à cinq ans pour lire dans une langue étrangère des ouvrages moins bous que ceux que nous possédons dans notre propre langue ? Pourquoi ne pas raelire à profit , à l'aide de la connaissance des principales langues vivantes, les travaux des savans les plus distingués de l'Europe? Assurément l'avantage qu'on en retirerait serait beaucoup plus grand que celui que nous procure la lecture des médecins grecs et romains.

Je ferai encore remarquer que les meilleurs ouvrages de médecine ancienne, ceux que l'on peut encore consulter avec fruit, ont tous été traduits dans noire langue ; il serait donc convenable que l'on fit un extrait de ce qu'ils contiennent de boa et de positif, afin d'épargner aux médecins de notre époque uue foule de détails absurdes et ridicules, annonçant l'imperfection de Tan atomie et de la physiologie à l'époque où ils furent écrits.

Je conçois assez comment l'étude delà langue laline devient nécessaire aux j eunes gens qui se destinent à la magistrature , puisqu'ils sont obligés de consulter ce qui a été écrit sur les anciennes lois, bien que, comme je le dirai plus loin , beaucoup de choses inutiles à reconnaître soient encore enseignées dans les écoles de droit. Mais, en médecine et dans les sciences naturelles, l'étude approfondie du grec et du lalin est plus nuisible qu'utile, puisqu'elle fait perdreà l'élude des mots un temps précieux que l'on eût pu employer plus utilement à l'observation des choses. Lorsque les personnes placées à la tête de l'instruction publique seront bien pénétrées des recherches et des travaux nombreux que demandent l'élude des sciences naturelles et de la médecine, elles attacheront , j'en suis sur, moins d'importance à l'étude de langues mortes, et insisteront davantage sur celle des langues vivantes. Je ferai seulement remarquer que si l'on veut qu'il n'en soit pas de celles-ci comme des premières, c'està-dire qu'après y avoir sacrifié trois ou quatre années on les perde à peu près complètement, il sera bon de sacrifier plusieurs jours à les parler. Rien, selon moi , ne grave davantage les mots dans l'esprit comme l'habitude , et la nécessité où l'on est de s'exprimer dans une langue. Un autre avantage que l'on retire de celle méthode, c'est qu'en se familiarisant avec les tournures propres à une langue, on est véritablement en état de bien saisir le sens des expressions d'un auteur qu'une traduction purement littérale est souvent loin de rendre.

Il serait bien à souhaiter que les jeunes gens arrivés en rhétorique , et qui sont déjà assez instruits dans la connaissance des langues , de la géographie , de l'histoire , du calcul, de la chimie et de l'histoire naturelle , etc. , eussent aussi des notions sur les principales inslitulions qui composent un étal : jo considérerais comme extrêmement important de leur donner des principes élémcnlaires de droit , uue idée sommaire de l'organisation de l'homme et de

ses principales fonctions : on y joindrai! des leçons sur l'économie politique. Il résulterait de celte manière de procéder que les jeunes gens en sortant des collèges , seraient plus aptes à se livrer avec succès aux hautes sciences , et à mieux remplir leur devoir comme citoyens ou fonctionnaires publics.

Une pensée qui m'a toujours occupé depuis que j'ai eu occasion de me livrer à l'étude de Thomme, est le peu de soin que l'on a donné jusqu'à ce jour à la culture des facultés les plus précieuses qu'il possède, je veux parler de celles qui réagissent sur toutes les autres qui réfléchissent, comme le dit l'expression réflectives employée pour les désigner. Sans elles cependant, et je ne saurais trop le répéter, rien d'étendu , rien d'important, rien de grand ne peut avoir lieu chez une nation. En consultant les actes des hommes célèbres, comme grands capitaines, législateurs, philosophes, savaos du premier ordre, en un mot de tous ceux qui ont traversé leur siècle en y laissant une forte empreinte ; je n'en vois pas un seul dont les actes n'annoncent de puissantes facultés réflectives. Tous ceux, au contraire , dout l'histoire n'a retenu que les noms , ou qui ont échoué dans leurs travaux, quelque heureuses quç fussent les circonstances qui les entouraient , n'avaient évidemment que des facultés réflectives très-faibles ou modérément développées.

On pourrait , ce me semble, contribuer puissamment à la culture des facultés réflectives chez lesjeunes gens arrivés en rhétorique , eu leur donnant à résoudre diverses questions qui demanderaient, pour êtres traitées convenablement , un emploi soutenu de ces facultés. Un temps suffisant leur serait accordé afin de les méditer et les exposer complètement. Ce genre d'exercice serait , selon moi , bien plus fertile en résultats que ces compositions banales dans lesquelles la forme l'emporte presque toujours sur le fond, et dont les écrits des jeunes gens qui se livrent aux sciences d'observations ne se ressentent que trop(I).

Pourquoi ne pas réunir les jeunes gens de cet âge deux fois par semaine sous forme de cours, en les obligeant à remplir alternativement les fonctions de juges et d'avocats sur une question qui leur serait proposée.

J'ai la profonde conviction qu'une série de causes ainsi plaidées et jugées produiraient le meilleur effet sur leur esprit : 1° par l'attention qu'ils seraient obligés de donner à la cause ; 2° par la nécessité de parler avec ordre, de classer leurs idées et de faire ressortir en public toutes les ressources de leur intelligence; 3° enfin , et c'est le point essentiel; le jugement ou l'appréciation des choses sous leur véritable point de vue aursit lieu, puisque le juge ferait ressortir d'une manière claire, et avec sagacité tout ce qui aurait motivé le jugement. J'ai bien vu employer à la fin de l'année scholaire des espèces de plaidoyers qui n'avaient d'autre but qu'un véritable spectacle, tandis que ceux

(1) Je ne me rappelleras où j"ai lu que le célèbre d'Alembcrt , ayant ouvert l'ouvTage «le Euffon à l'article Cheval, qui comtuence ainsi : la plus noble conquête nue l'homme ait jamais faite est celle de ce fier et fougueux auimal, de. Nallous pas plus loi», dit-il , ce n'est pas là un naturaliste : d'\lcui))crl avait raison, c'est que dans Button il y a plus de poOsic que de science.

DE PIIUFNOLOGIE. S43

qno je propose seraient un travail réel et le complément Je la fin des ètudoi:. Bien enlemlu que la série des questions plaidées serait disposée de manière à exercer graduellement les facultés réileclives, et qu'elles ne rouleraient que sur tout ce qui pourrait inspirer aux jeunes gens l'amour de l'ordre, de l'instruction , et la culture des facultés morales et intellectuelles.

Je vais résumer ici , et très-sommairement , ce que j'avais à dire sur l'éducation :

!<• On ne doit jamais perdre de vue que les facultés morales et intellectuelles de l'homme ne se manifestent pas avec la même énergie chez tous les individus;

2° Qu'il ne peut y avoir de véritable éducation chez l'homme qu'autant qu'il existe un développement considérable des organes ou des facultés que l'on veut cultiver, c'est pour avoir négligé cette vérité que l'on a supposé que le temps seul ou l'application suffisaient pour réussir dans les sciences et les arts. Erreur funeste à une multitude d'hommes et au bonheur des nations.

3° Que la vraie et seule manière d'être bien instruit et de se rendre heureux, consiste à se livrer à des genres de travaux manuels ou scientifiques en harmonie avec l'organisation que nous avons reçue en partage.

■4° Que l'on ne saurait trop cultiver les facultés réflectives et morales , parce que sur elles seules reposent la prospérité et le bonheur des nations ;

So Enfin , toute éducation qui n'aura pas pour base la connaissance de l'organisation de l'homme et de ses facultés intellectuelles et morales, non comme l'entendent les métaphysiciens, mais telles que la nature les présente , sera toujours vicieuse , et ne donnera qu'une fausse idée des hommes et des choses.

Je ne terminerai pas ce que j'avais à dire sur l'éducation sans faire quelques remarques sur celle qui convient aux personnes du sexe.

Si les savans qui crurent voir dans la femme les mêmes qualités morales et intellectuelles que chez l'homme, et j'entends seulement ici leur développement , leur énergie, avaient comparé les deux organisations, nul doute qu'ils n'eussent reconnu leur erreur. Tous prirent des exceptions pour des règles générales. Si quelques femmes ont brillé dans les sciences, au point de marcher de près sur les traces d'hommes célèbres, le nombre en est extrêmement petit ; et dans celles qui ont excellé, il n'y en a pas une seule qui n'ait été surpassée par les hommes qui ont traité le même sujet. J'excepterai cependant le genre épistolaire qui parait mieux convenir à l'organisation de la femme.

Mais que l'on me trouve dans les temps anciens ou modernes une seule femme que l'on puisse mettre sur la même ligne qu'Homère ou Virgile, le Tasse ou Milton. Qu'on me cile une seule femme qui ait fait une grande composition en peinture. On répondra sans doute que l'éducation donnée aux femmes s'oppose à ce qu'elles fassent de grandes productions. Jamais idée ne fut moins fondée : il en est qui se sont livrées toute leur vie aux sciences et aux beaux-arts avec d'heureuses dispositions, mais qui n'ont jamais pu atteindre au

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même degré que les hommes, dans la carrière qu'elles parcouraient. Eh! comment en serait-il autrement ? Les facultés rédectives qui jouent un si grand rôle dans les productions de l'homme , n'ont jamais , chez la femme , ni la même énergie, ni le même développement. Voilà pourquoi toutes les productions des femmes , quelque remarquables qu'elles soient d'ailleurs, pèchent en générales par le défaut de plan , d'étendue et de profondeur des idées.

Elles peuvent, au contraire, exceller dans les sciences qui demandent l'emploi des facultés perceptives , puisqu'elles sont souvent assez développées chez elles. Il est assez commun de voir beaucoup de femmes se livrer avec succès à l'élude des langues , de l'histoire, de la géographie et des sciences de pure description. On ne saurait trop cultiver ces sciences chez elles : outre l'avantage personnel qu'elles en retirent , il en résulte un avantage immense dans la vie privée ; car la mère peut devenir l'institutrice de ses propres eufans jusqu'à un certain âge. Elle est plus à même d'apprécier leur progrès et de les diriger dans leurs études.

En accordant à l'homme l'administration de la propriété, le législateur n'a pas usé , comme on se plait à le dire, du droit du plus fort , il a, au contraire, fait preuve de grande sagesse. La femme est trop mobile, trop impressionable, trop passionnée pour se livrer avec succès à des entreprises soutenues, et qui demandent une certaine force de tête. On ne manquera pas sans doule de me citer Aspasie,Sèmiramis, Cléopâtre, Elisabeth, Christine, Catherine, etc., dont les actes peuvent rivaliser avec ceux des hommes du premier ordre; mais ces exemples ne sont que des exceptions, et dans les grandes choses opérées par ces femmes, faudrait-il encore tenir compte de ce qu'elles empruntèrent à des hommes célèbres qui furent tout à la fois leurs conseillers et leurs amans. Une autre remarque que je ne puis passer sous silence, c'est que le règne de toutes ces personnes fut empreint du caractère de la femme ; sous aucun ou ne vil autant d'intrigues, de petites passions et de crimes.

Combien compte-t-on de femmes qai aient excellé dans les ouvrages de poésie qui demandent de puissantes facultés réflectives? Je ne crois pas qu'il en existe une seule. Sapho, si célèbre chez les Grecs, n'obtînt de succès que dans la poésie lyrique. Très-peu de femmes réussirent dans la poésie didactique , et aucune , que je sache , dans la poésie épique qui demande des facultés intellectuelles supérieures à celles que la femme a reçue en partage.

Une faculté qui paraît dominer toutes celles que la femme possède, le sentiment d'approbation , demande à êlre réprimé chez elle de (rès-bonne heure , sinon il pourra, s'il est abandonné à lui-même, donner lieu à bien des erreurs, bien des mécomptes , et souvent à de grands malheurs. Je crois que l'on peut dire d'une manière générale que l'éducation des femmes doit être entendue de manière à les rendre bonnes mères de famille, et à faire qu'elles sachent trouver leur bonheur dans les occupations de la vie privée. Plus la femme sera femme , et j'entends par-là , moins elle cherchera a briller par des qualités qui sont l'apanage de l'autre sexe , et plus il y aura d'harmonie et d'union dans les familles.

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