‹ Traité de phrénologieChapitre 26 sur 35 · Bienveillance · texte numérisé non relu

Bienveillance

Cet organe est situé à la partie supérieure de l'os frontal, immédiatement en avant lie la fontanelle antérieure. Quand il est fort, le frontal forme une saillie remarquable au-dessus de l'organe de la comparaison. Quand il est petit, le front est bas et déprime en arriére. Les deux crânes que représentent les gravures ci-dessous forment contraste sous ce rapport. Le crâne de Duras est fort élei 6 au-dessus dos yeux, tandis que celui de Griffilhs (le meurtrier) olfre un front bas et étroit : on peut également comparer la différence do cet organe sur les crânes do Gotlfi'icd et d'Eusladic, figurés page 130.

Un ami de Gall lui dit un jour que, puisqu'il pouvait reconnaître les qualités mentales en voyant la léïe, il le priait d'examiner celle de son domestique, nommé Joseph. < Il est impossible, > dit-il, < d'avoir plus de bonté que n'en a cet homme; depuis pins de dix ans qu'il est à mon service, je l'ai vu pratiquer sans cesse des actes de bonté, rien n'égale la douceur de son caractère , et cela est d'autant plus étonnant , qu'il n'a pas reçu d'éducation et qu'il a passé sa jeunesse dans la société

de personnes de la dernière classe. ■ Gall ajoute qu'à ceuo époque il était. loin de croire que ce qu'on appelle bonté de rirur piït dépendre rl'un r> rért'bral , ri qu'en conséquence, il n'avait jamais dirigé ses rcchnrclies sur ce point; cependant les sollicitations de son ami éveillèrent sa curiosité.

Il se souvint do la conduite habituelle d'un j'etine homme qu'il avilit connu dès s:i plus tendre enfance , et qui se distinguait de ses nombreux frères et sti'iirs pur son exlrëme honte. Quoiqu'il aimât avec [ossion les ji;n\ de smi et qu'il trouvât beaucoup de pl.tis.ir ;i coin iv ilnns les bois à la re clic relie des nids d'oiseaux, chaque fuis qu'un de ses frères on une de ses

diguer ses soins et ses consolations le retenait à la maison. Donnait-on des fruits aux enfants, il se présentait toujours le dernier et se réjouissait de voir les autres mieux partagés que lui; rien ne lui faisait plus de plaisir que le bonheur desaulrcs. Il prenait soin des brebis , des chiens , des lapins, des pigeons, et si un de ses oiseaux mourait, il en pleurait, et s'exposait ainsi MI moqueries de ses camarades, t K présent encore, » dit Gall, ■ la bonté et la bienveillance forment les principaux traits du caractère de cet individu. Ces dispositions ne résultent pourtant pas île l'éducation qu'il a reçue; au contraire, il a toujours vécu avec des personnes dont la conduite était de nature à produire des résultais opposés.» Gall, à force de réfléchir sur ces faits, pensa que ce qu'on appelle bonté d'ilme, n'est pas une qualité acquise, niais une qualité innée de l'esprit.

Gall rapporte encore qu'étant un jour au milieu d'une famille nombreuse , il lui arriva de parler de la bonté de cœur vraiment remarquable du domestique Joseph. <Ehbien!i dit l'aînée des filles, • notre frère Charles est exactement comme lui; examinez, je vous prie, sa tête, car je ne saurais vous exprimer combien il est bon. •

• J'avais ainsi sous les yeux , ■ dit Gall , < irois personnes d'une boD lé remarquable ; je Qs modeler leurs têtes, cl les ayant placées les unes près des autres , je résolus de les examiner jusqu'à ce que j'eusse découvert un développement commun à toutes trois; j'y parvins à la fin, quoique les têtes, sous tous les outres rapports, fussent complètement différentes. Je m'occupai, en même temps, à faire d'autres observations dans les familles, dans les écoles et autres établissements où mes fonctions me permettaient d'entrer. J'étendis mes recherches jusque sur les animaux , ei, en peu de temps, je recueillis un si grand nombre do faits, qu'il n'est pas de qualité fondamentale ou faculté dont i'cuislence soit mieux établie que celle de la bienveillance. ■

Cette faculté fait désirer le bonheur d'autrui, et fail qu'on aime à le répandre autour de soi. Elle donne une bonté active, inspire la compassion pour le malheur. Il est facile de distinguer la bonté qui émane de ce sentiment, des actes de bienfaisance dictés par l'amour de l'approbation ou quelques autres motifs intéressés. La bienveillance simple et chaleureuse, les manières franches et ouvertes qui dérivent de celte faculté, ne permellent pas de la méconnaître. Chacun sent facilement la vérité do cette bonté de caractère dont les inspirations viennent de l'organisation, et dont le but unique est de procurer aux autres la plus Ë<""idu somme de bonheur possible. Celle qu'inspire l'intérêt affecte une sorte d'empressement outré, à travers lequel percent la froideur et la contrainte qui trahissent la source d'où elle émane. 11 ne faut qu'une attention ordinaire pour découvrir le but secret qu'dlc vent atteindre, malgré lous les efforts qu'on fait pour la cacher. Saint Paul peint admirablement les traits caractéristiques de la vraie bonté dans son tableau de la charité chrétienne : i La charité,) dit-il, t souffre avec patience et bonté; la charité n'est pas envieuse; la charité ne se vante pas de ses actes; elle n'est

pas orguei Ile lise, etc. i L'histoire du bon Samaritain est un louchant exemple de ce que peut le sentiment de la bonté, quand il est énergique. Le caraeièrc de sir lioger de Coverlcy, d'Addisou, esl le type du caractère bienveillant.

Cette faculté est nue grande source de bonheur pour ceux qui la possèdent; les impressions qu'elle transmet à l'esprit sont douces, vives et suaves. Par elle l':\me est doucement émue d'une généreuse bienveillance pour ses semblables; on sent une disposition a les aimer et à voir leurs qualités bien plus que leurs déduis, line personne t'orlenieul influencée par ce sentiment se plaint rarement de l'ingratitude et du manque de cceur des autres; elle trouve d.mi sa boulé mime la récompense de ses soins. Cet organe est très-saillant sur les bustes de Henri IVde France. Aussi, quand on lui disait que tel ou tel chef des ligueurs lui voulait du mal, Il avait coutume de répimdiv : f .le lui I". ■ i jlï tant de bien que je le fiirrerai à in\i!mor. > L'homme bienveillant, qui a la conscience du bien qu'il veut faire aux autres, »c doute guère de leur bonne volonté pour lui. L'adhésivité nous attache à nos omis, à nos concitoyens ; mais la bienveillance comprend toute l'humanité dans le eercle de nos affections, Féuélon disait : < Comme Français, j'aime mon pays, mais j'aime l'espèce humaine mieux encore que la France, t La bienveillance inspirai! encore Henri IV, lorsqu'il

quelques mIItS qui selaicol jniiHej à la Liirue : « La 5:1 lisf action qu'on tire de la vengeance ne dure qu'un moment, mais celle qu'on lire de la clémence est éternelle. > Cet organe est forl et très -remarquable sur le buste de Jacob Jcrvis, offert par le D' Abel à la Soeiéic phronuUyique li'Kdiinljunrg; il était dominé à tel point par te sentiment, qu'il était obligé de se dérober aux sollicitations mal l'on Jc.es, dam la conviction qu'il ne pourrait leur résister. Cet organe est li és- proéminent sur

la tôle du nègre Eusiachc, qui vécut longtemps a Paria, et

chei qui ce sentiment était porté à un point extrême. Celte figure représente sa tête : lors de l'insurrection des noirs a Saint-Domingue, les efforts (tés intéressés qu'Eustache fit pour sauver son maître Turent incroyables. Ce dernier, à cause de l'affaiblissement de sa vue, ne pouvant plus se distraire par la lecture, Eustache apprit à lire pour avoir la satisfaction de lui épargner quelques heures d'ennui. A Paris, il n'était connu que par ses bonnes actions ; jamais il n'avait eu la force de refuser sa bourse à un pauvre. Il obtint le pria: de wrlu en octobre 1832 (il.

Le vulgaire croît que ce sentiment ne se manifeste que par des aumônes; mais son action se décèle encore de mille autres manières, dans la vie sociale et domestique. La bienveillance pour ceux avec qui nous vivons nous porte il nous arranger de manière à ne jamais les gêner, ni leur être désagréable , à veiller sans cesse a leur bonheur, à faire tout ce qui pent leur plaire ; l'homme bienveillant modère ou réprime les impulsions de l'égoïsme et de la destruclivité : sa censure est modérée et douce; il n'everec son autorité que pour le bien-être et le bonheur des autres; il ne craint pas de visiter l'asile de la pauvreté et même du vice malheureux ; il y répand à la fois des secours et des consolations : la bienveillance est un élément essentiel de lu politesse.

Le manque de bienveillance ne produit pas la cruauté, ni aucun sentiment positivement mauvais; mais il mène à n'avoir aucun égard pour le bien-être des autres. Quand cet organe

01 Vojéi Journal de ta Saei'cfe pkrtnologique do Pari» , mt et avril IHÎj; «sojci Vimont, Traita' de Phrénolugic.

est petit , l'homme t:si. privé d'un frein |iniss:i»i contre les propcnsilés animales. C\tc/. ISclliiigiiatn, Hare, GrilDtbs.cet organe m:iiu|ii;iLI , en ni nui in elle/ Inui itiin ijii! :isr.;issiiir>[it s

remords ; ceux chez qui sa force est inférieure à celle de l'ncquisivitéet de l'oslirao de soi, ont en général peu do propension à s'occuper d'actes de charité ou à s'employer pour rendre service aux autres. Ils s'en défendent en disant qu'ils ont assez ît fuire de penser à eux-mêmes , et que personne ne se montre bienveillant pour eux. Cette dernière excuse peut être juste; car il est dans la nature des sentiments élèves de nous donner une double jouissance : celle qu'on éprouve à accomplir les actions louables auxquelles ils nous portent, et celle que nous trouvons dans la reconnaissance et dans l'affection qu'ils font naitre chez les autres. L'homme est destiné a avoir des rapports journaliers avec ses st mhLililis; sou bonheur et son bicn-olre dépendent plus ou moins d'eux; le plus bel héritage qu'il puisse hissi.T à ses l'iifrnis est donc un nom vénéré et estimé. L'égoïste ne peut guère espérer jouir de ces avantages; car rien, dans sa conduite, n'éveille la bienveillance des autres envers lui, et son égoïsme lui devient d'autant plus nécessaire, que bientôt il ne trouve plus aucun appui. Quand la bienveillance manque et que l'acquisivilé et l'estime de soi sont très-fortes, l'homme est incapable d'aucun acte de bonté désintéressée; il est disposé à traiter de sottise la bienfaisance sans but d'utilité personnelle : si la d est r activité vient encore ajouter son influence à celte fatale association , il niera la bonté de Dieu même. L'absence de cet organe, enfin, livre la carrière aux sentiments bas; le caractère devient froid, dur et iiisocioblc. I.'hoiutwj éprouve alors peu de propension pour les jouissances de la vie; rien ne lui plaît dans lu nature; son esprit est disposé a tout envisager du mauvais coté; et si la des tr activité est forte, la malignité s'éveille pour repousser de prétendues attaques auxquelles, sans cesse, il se croit en

butte. La misanthropie est enfin le résultai ordinaire de l'absence de la bienveillance. Le caractère du mauvais ange, tel que l'ont peint Milron et Byron, est la personnification d'un esprit supérieur mû par une destructivité véhémente que ne contrôle point la bienveillance.

D'I organe cil peu lirveloppe sur la trie ili: rert a En es tribus de sauvages l'emaripiablrs pr leur cruauté: telles, pin 1 e\ruipie , que celle des Caraïbes. Les bustes ou les portraits de Tibère , de Caligula , de Caracalla , de Néron , de Catherine de Médicis , de Chrclien le Cruel, de Danton et de Robespierre, indiquent, selon Gall, un mauqui: tuta! de bienveillance, tandis qu'elle se montre Ircs-proémincnto sur ceux de Trajan, do Marc-Aurclc, de Henri IV et do quelques autres personnages célèbres par leur Immunité.

Néanmoins, quelque admirable que soit ce sentiment par lui-même, il est nécessaire qu'il soit dirigé avec intelligence et justice; autrement il peut en naître de nombreux abus. S'il est trop puissant et mal dirigé, il mène à la prodigalité : cette facilité de l'esprit n'en doit pas être attribuée à un manque de raison ; seulement , elle résulte d'un penchant extrême a donuer sans motifs raisonnables et sans discrétion, par l'effet d'un besoin instinctif. Quand la bienveillance est forte et que la fermeté est faible chez un individu, il peut aller jusqu'il faire le sacrifice de ses propres intérêts pour satisfaire aux nécessités ou i la cupidité des autres. Ce sentiment mal réglé peut donc conduire a de funestes résultats : l'aumône faite auv mendiants des rues, par exemple, les encourage dans leur vie désordonnée. On ne saurait trop répéter que les fonctions des différentes facultés de l'esprit sont essentiellement distinctes; que celles du sentiment donnent une impulsion générale que la nature semble avoir voulu placer sous le contrôle des facultés raisonnantes. Ainsi, l'homme qui éprouve naturellement une vive compassion pour ceux qui souffrent , doit bien

savoir que celte impulsion n'est pas l'inspiration qui peut le diriger dans la maniïre doul il doit soulager l'infortune. Au

rement faible; car ce sentiment est si excellent et si délicicus de sa nature, que celui qui l'éprouve ne croit guère à la nécessité de peser aven attention ses actes bienveillants. D'un autre côté, on no doit pas oublier que les facultés raisonnantes n'inspirent pas ce sentiment, et qu'il faut, pour qu'un individu possède une charité éclairée cl utile, qu'il ait à la fois une forte bienveillance et des facultés intellectuelles élevées.

On a objecté que la nature n'avait pu placer en même temps l'existence do la bienveillance ei la dcstruriivité dans i'cspi it liumain. Mais l'homme est, ou le sait, un assemblage des qualités les plus diverses; le plus grand des romanciers de notre temps parle de certains hommes dont ht bienveillance est incontestable , et qui néanmoins éprouvent du plaisir à voir ttn malheureux, dégradé par sou crime et par l'arrêt de sa condamnation, terminer une vie de désordres et de crimes par «ne mort cruelle et ignominieuse (i). Cette observation, que chacun a pu faire, prouve que la bienveillance et la destructivité peuvent coexister etiez le môme individu. Le plus grand de nos poètes

" O Uiou goddesi,

Thou divine Sature , liow ttijnelf thon lilaion'ai In Ificse Iwo princcly Iwji ! Thcy are as gaule Asïepbjrs, bloninu betow the violet, Not wagging nia iweet tend; ondyet ai rough, TiiL-irro;ai hlood enchalfii, as the rud'stivlnd, Thaï ]>y the 10|i ilnlli laki' Hie îsimmiain-pjne , And mate him sloo|> lo llio vile (S). " Le crâne de Curns indique que les organes de la combativité et de ¥ estime de soi étaient énergiques sur la téte de ce héros, de (1) te» Eaux de Sainl-Ronan; Waller Scott.

(3) i Bonté céleiio, fl divine nature, lu lu rcDctei loal entière dans le

mêmequeceux de lu bienveillance et de la consciencio8ité;et le D r Currie, qui a fait une excellente biographie de cet homme célèbre, s'exprime ainsi : < Il était naturellement brave, bon, sincère et compatissant; mais il se montrait également fier, irascible et vindicatif; le portrait indique clairement la réunion des organes dont nous venons de parler.

Le glaive, emblème du pouvoir, n'est-il pas te symbole de la destructivité, prêt à frapper quiconque offense les lois? Sa sévérité même sert la bienveillance et la justice. Que sont les machines de guerre, sinon des instruments de destruction? Et les soldats, ne sont-ils pas conduits sur les champs de bataille pour détruire l'ennemi ? Mais on attache en même temps an service des armées des chirugiens destinés a secourir ceux que le fera mutilés, et l'on voit ainsi denx facultés qui semblent si opposées, concourir an même but. Si lu destructivité et la combativité n'existaient pas , il n'y aurait point de guerre; sans la bienveillance, le guerrier serait incapable de merci et de compassion: on voit donc que la coexistence de ces deux facultés est une preuve en faveur de la pbrénologio, au lieu de lui servir d'objection; elles entrent également dans l'harmonie de la

La bienveillance ne peut être remplacée ni par l'adhésivilé , ni par la conscienciosilé, ni par aucune autre faculté. La fille, la femme ou la sœur, dont la bienveillance est énergique, veille au lit du malade qu'elle chérit, invente mille moyens d'adoucir ses douleurs; ses manières sont douces et affectueuses, et si son intelligence est développée, elle est une douce et habile consolatrice; si cet organe lui manque, elle accomplit ses devoirs avec intelligence et conscience; elle fait exactement

cœut de cm deux enfanta, doux comme le iéph>T, dont lesouHe careue la «loleltH lamcourber la lete fragile; si la colère fait bouillonner leur tang rojal, ili deviennent impétueux comme l'ouragan qui briie le pin sur la montagne el jute dam te vallon soi rameau* mutilé». ■

tout ce qu'un lui demande ; mais rien ne peut lui donner cette bonlé sympathique, cette douce compassion, qui console et charme la souffrance, Celle observation s'applique à toutes les circonstances de la vie dans lesquelles la bienveillance est en jeu. Si elle est faible, la bonté qui recherche et console le malheureux manque toujours.

Gall rapporte non-seulement le sentiment de la bienveillance, mais encore le sentiment de la justice à cette faculté, i Le lecteur ne doit pas oublier, > dit-il, « que je ne parvenais à découvrir les fondions des divers organes , que quand le hasard les présentait à mon observation a leur summum d'énergie. Une puissance mentale ainsi exagérée dans son action, assume tin caractère totalement différent, en apparence, de celui qu'elle présente quand elle est modérée; te libertinage, par exemple, est la conséquence d'une activité extraordinaire de l'amativité, de même que le vol est l'abus de l'acquisivilé : il en est ainsi pour la bienveillance : les individus qui se font remarquer par une extrême bonté présentent tous un excessif développement de cet organe; on conséquence, la bonté, la bienveillance, la pitié pour le malheur, sont l'expression d'une exaltation plus qu'ordinaire de son action. On peut demander : Quel est donc le sentiment originel?Comme il est très-difficile de faire des observations positives sur la destination fondamentale de cet organe, je suis obligé, > continue Gall, t d'avoir recours au raisonnement, et je pense qu'on a tout lieu de supposer que la tendance primitive de cet organe est de disposer l'homme à adopter une conduite en rapport avec le maintien de l'ordre social, et je l'appelle te sens moral, le sentiment du juste et de [injuste. 1 II Tait valoir un grand nombre d'arguments, et finit par conclure que la bienveillance i n'est qu'un degré d'action plus élevé du sens moral (i). ■

(i) Fonction! du cent au, l V, p. 273 etmlv.

Spurzheim ne partage pas celle opinion, et soutient que la bienveillance est un sentiment distinct dont il a découvert et établi l'organe, quoiqu'il ne fùl pas admis par Gall. Il n'y a que deux manières de résoudre celte dissidence: savoir, l'analyse métaphysique de ce sentiment et l'observation attentive de l'organe. Le résultat des deux épreuves semble donner pin de cause à Spurzheim. Nous reviendrons sur ce sujet quand nous traiterons de la conscienciosité.

Spurzheim diffère encore d'opinion avec Gall sur un autre point relativement aux fonctions de cet organe ;et, selon toute apparence, ses raisons sont fondées. "Je no puisadmeltrc l'opinion de Gall, ■ dit-il, i lorsqu'il soutien! qne la bienveillance peut dégénérer en une sorte de misanthropie, qui fait qne l'on peut trouver, un motif de jouissance dans le mal qui arrive aux autres, de la même manière que le sens du goiït peut dégénérer en aversion pour la nourriture, que l'amour se transforme en haine, que le sens de la mélodie engendre l'aversion pourla musique. Le manque d'activité de la bienveillance, ou son époisement, peut produire l'indifférence et porter à fuir l'occasion de faire le bien; mais la méchanceté , qui fait trouver une jouissance dans le mal d'autrui, telle que la cruauté, ne peut émaner que d'un sentiment bas, tout a fait étranger à la bienveillance. >

Cet organe existe chez certains animaux, et, quand il est fortement développé, il les rend doux et dociles; tandis que son absence les rend vicieux et intraitables. Gall cite, à ce sujet, quelques observations intéressantes. . La léte du tigre, » dit-il , > est plus plate dans celte région que celle du lion; ta téte de l'hyène et du loup est également plus déprimée que celle du chien ; le crâne du babouin est aplati immédiatement au-dessus des yeux, tandis que celui de l'orang-outang est élevé , et le caractère de ces différents animaux est en rapport avec ces divers développements. Dans le cheval , cet or-

gane est situé à la région moyenne du front, immédiatement au-dessus des yeux. Quand celle région est étroite et déprimée, le cheval est toujours vicieux et disposé à mordre et à frapper. Cliei les chevaux d'un caractère doux, au contraire, cuir l'f-^ioii forme qiiulqm.'luis une suillii: irès-rcmarquable. Un cocher lie wbriiilri oV .\cnilly, dit Gall, achète à bas prix un cheval dont personne ne voulait se servir à cause de son caractère vicieux, quoiqu'il lut cxtcIIcui coureur; dès la première semaine, l'animal lui coupa deux doigts et une oreille; le cocher voulut le réduire en le frappant, niais il ne faisait que le rendre plus méchant; il résolut d'essayer de le prendre par la douceur, et réussit jusqu'à un certain point. L'organe en question élail nul chez ce cheval, comme on peut l'observer chez tous ceux que l'on est obligé de museler pour les empêcher de mordre. Un de mes amis, me parlant un jour de ses deux chevaux , me dit en avoir un très-vicieux. Aussi lôl je demandai qu'on les amenai dans la cour, et, devant un grand jiombro de témoins tout étonnés de ma sagacité, d'après les indications de Gall, je désignai le cheval vicieux. fui vu faire celle expérience plus d'une fois, ei toujours avec

La même règle s'applique aux chiens. Gall prit deux chiens dans une nichée de cinq, afin d'étudier leurs dispositions. Ils n'y voyaient pas encore, qu'il observa entre eux une différence marquée : l'un deux , quand il le prenait dans ses mains, témoignait son contentement par ses mouvements et ses caresses, tandis que l'autre grondait , gémissait, se déballait jusqu'à ce qu'il l'eût remis dans son panier. Tous ses soins ne réussirent point à changer leur caractère : toute leur vie, l'un fut doux et caressant ; l'antre, indocile et hargneux. Gall nous dit que celle différence élail indiquée par la conformalion de leur léte.

Pour bien observer cet organe chci les animaux, il faut avoir assez étudié l'ostéologie de leur crâne pour en distinguer

exactement la situation. Chez quelques-uns, comme l'éléphant, par exemple, la truie, etc., les deux tables du crâne no sont pas parallèles dans celte région , ce qui fait qu'on ne peut reconnaître positivement cet organe qu'à lu dissection. Dans le laureau et dans la vache, la table interne est un peu séparée de la table externe; mais, comme elles sont parallèles, on peut apprécier le volume de l'organe pendant la vie do l'animal. Il en est de même du chat, ajoute Gall (i).

i On a des exemples d'animaux, dit Spiirzhcim, qui ont témoigné de la bienveillance à un degré étonnant pour d'autres animaux et même pour l'homme. Des personnes dignes de foi, que j'ai connues à Paris, m'ont raconté qu'elles avaient vu un cheval et une vache dans la même écurie; que toutes les fois que le cheval se détachait, il allait prendre dans sesdenis le sac d'avoine et le portail prés de la vache, sans doute pour lui faire partager ce qui , pour lui , était un régal. — Les chiens donnent aussi des preuves de ce sentiment. Dupont de Nemours raconte avoir vu une hirondelle se prendre la patte dans un nœud coulant de ficelle placé au toit de l'Institut de France, et attirer, par ses cris, toutes les hirondelles du voisinage. Aussitôt, grande et bruyante délibération; enfin, après bien des pourparlers, l'assemblée se forma en colonne, et chaque hirondelle vint lancer un coup de bec à la ficelle ; une demiheure après la captive était délivrée (»).>

Je pourrais citer un grand nombre de traits semblables. Qui n'a vu des chiens se précipiter dans l'eau pour sauver des personnes en danger de se noyer? Qui no sait qu'ils attaquent avec fureur les assassinsqui en veulent a la vie de leur maître?

La société retire tant de bien de l'activité de ce sentiment, qu'on doit surtout s'attacher i le cultiver chez les enfants.

(!) Sur Ih /bjietioni du ccroenu, tome Y, p. SÎ7. 0) Phrètwhgic, p. 188.

Nous savons, par expérience , combien ceux qui sont charges de leur éducation peuvent ajouter a son énergie par leur

J'ai déjà dit que l'usage des liqueurs, en excitant les organes, donne de l'énergie aux sentiments et aux penchants qui eu émanent. En effet, quelques individus sont on ne peut plus prodigues quand ils sont ivres; ils donneraient le monde s'ils pouvaient en disposer. Conformément à ce principe , que l'ivresse ne peut créer aucun sentiment , je suis porté à croire que ces personnes sont naturellement douées d'une grande bienveillance ; mais ce n'est encore là qu'une conjecture.

Les maladies peuvent surexciter cet organe a un très- liant degré. Gall rapporte qu'un hussard , qui avait toujours manifesté une grande disposition à la liienveilhnre , et qui était devenu fou, donna tous ses habillements et effets, et ne garda pas intime de quoi se couvrir. Il ne cessait de répéter qu'il n'avait qu'un désir, celui do rendre tout le monde heureux, et associait la sainte Trinité à tous ses projets. Les organes de la bienveillance et de la vénération avaient un très-grand développement dans sa tête. Les idiots qui ont cet organe très- développé sont bons et inoflensifs , tandis que ceux qui l'ont petit, surtout quand la desiruclivité est développée chez

!!:'.<■, m. ,l:inr; nu Je sej L-iwis, iTcninuiit l'existence de la bienveillance, comme sentiment iusiineiif chez l'homme. < Dans ce sens, je considère la bonté, i dit-il, « comme un sentiment qui nous porte à désirer le bien des hommes. Les Grecs l'appelaient philanthropie; et le mot humanité (tel que nous l'employonsde nos jours) est bien faible pour l'exprimer. La bonté, telle qu'on l'entend en général . est l'habitude de faire le bien, et la bonté naturelle, l'inclination qui nous y porte. De toutes

;t) Voyra le Phrmologkal .tournai. IV,1!9, 428.

les vertus, c'esl celle qui rapproche le plus l'homme do soq Créateur ; car elle est l'essence de Dieu même, «, sans elle, l'homme n'est qu'un misérable [iclil être, qui s'agite pour nuire, i peu près comme uue espèce de vermine. Le penchant au bien est profond ùmeut gravé dans la nature de l'homme, à tel point que, quand sa bonté ne se répand pas sur les hommes, elle se répand sur d'autres créatures. C'esl ce qu'on voit chez les Turcs, peuple cruel envers ses semblables et bon pour les animaux, et qui distribue de lu nourriture aux. chiens et aux oiseaux, (.a pitié que les suiillYaures des animaux inspirent aux Orientaux est si énergique, qu'un jeune garçon chrétien faillit être lapidé, à Constantïnople, pour s'être amusé à bâillonner une grue. >

Les métaphysiciens érossais admettent en général l'existence de ce sentiment; mais Hobbes et plusieurs autres écrivains, qui rapportent toutes nos actions à l'égoîsme, le nient. Le D r Thomas Brown a combattu, avec un admirable talent, l'objection tirée de la supposition que l'égoisme est la base même de nos meilleurs sentiments, i L'analyse de l'amour, > dit-il,

i comme sentiment emniil i : xn , s présente toujours au moins

deux éléments ; une sensation vive et délicieuse dans la contemplation do l'objet aimé et le désir de son bonheur... S'il est vrai que nous ne puissions alors, quand les passions ne sont pas en jeu, penser à la vertu d'un autre sans plaisir, il en résulte qu'en aimant la vertu , nous aimant ce qui tst bien de sa nature, et l'amour de la vertu qui ne peut exister sans plaisir, est certainement une affection fort différente du plaisir matériel , si on peut concevoir son existence en dehors de la vertu. Un plaisir fondé sur la vertu peut seul nous apparaître sous l'éclat brillant des rayons de ce grand orbe qui éclaire toutes choses. Délicieux reflet qui charme les yeux et le cœur, qui appelle nos regards vers la source d'où ses rayons émanent et élève notre ame jusqu'à celui qui l'a créée. ■

fil. Robert Cox a publid, dans le dixième volume du Journal phrénologique, p. i, un essai complet sur « les luis de la bienveillance. > On y trouve une multitude de faits et d'arguments qui démontrent que la puissance et l'activité de cet organe s'augmentent de l'activité agréable des autres organes des facultés mentales, de la même manière que la dcsiruclivilê se trouve excitée , quand leur activité est désagréable. En conséquence, il croit que le bnnlicnr contribue à rendre le caractère bon et généreux, autant que la misère nous aigrit et nous irrite. On sent combini sont im[)oil;iuts les résultats pratiques de ce principe.

U. — VÉHÈHÀTtON.

Cet organe est situé à la partie moyenne et supérieure du cerveau, vers la [oniauutlc pusiéi'iinire. Les figures ci-dessous le représentent petit et proéminent.

GaH rapporte ainsi la découverte de cet organe : La famille de son père était composée de dix enfants, qui tous recevaient la même éducation; néanmoins leurs talents et leurs caractères étaient tout différents. Un de ses frères manifesta,

des sou enfance, une forte tendance vers les idées religieuses. ■ Ses jouets étaient des vases dï^tise qu'il sculptait lui-même, des chapelles et des surplis qu'il faisait avec du papier. » 11 priait du malin au soir, disait la messe, et quand il ne pouvait être à l'église , il s'occupait à orner un Christ de bois. Son père le destinait au commerce; mais il s'y refusait parce que, disait-il, cela l'obligerait à mentir. A l'âge de vingt-trois ans, il quitta la boutique , et trop âgé pour pouvoir étudier et devenir prêtre, il s'enfuit de la maison paternelle et se fit ermite. A la fin, cependant, il put entrer au séminaire, devint prêtre et continua jusqu'à sa mort â se livrer à des exercices de piété et à faire pénitence.

Plus tard , Gall remarqua que , dans les écoles, on voit des enfants qui ne prennent aucun intérêt aux instructions religieuses, tandis que d'autres les reçoivent avec avidité; il remarqua aussi que les individus qui, dès le collège, se dévouaient volontaire ment à l'église , étaient plus lard des hommes studieux, pieux et vertueux, ou d'insignes mauvais sujets. • Il est clair, > dil-il, i que ces derniers n'avaient d'autre but que de vivre aux dépens d'autrui, tandis qu'une foi anlenlc avait déeidé de la vie de- premiers. On ne s'explique pas, > continuent- il , c comment ce sentiment avait pris racine en eux, et certainement on ne pouvait l'attribuer à l'influence de l'exemple ou de l'éducation, ou encore a la position de leurs parents dans le monde; car un grand nombre d'entre eux, pour obéir à leur vocation , avaient résisté à leurs parents ou à leurs tuteurs. > Tous ces faits le convainquirent que le sentiment de la religion est inné.

Plus tard , lorsque son attention se porta sur les qualités primitives de l'esprit, il se rappela ces observations faites dans sa jeunesse, et se mit aussitôt à examiner la tête des personnes citées pour leur piété. Il visita les églises de toutes les sectes, et s'attacha surtout a observer lalète des personnes qui priaient

COUDE. — T1U1TÉ DE FIIDES DLOC1E. U

avec le plus de Ferveur et que leurs contemplations religieuses absorbaient tout entiers. C'est ainsi qu'il parvint a établir que la partie du cerveau dont nous traitons ici est l'organe de la vénération.

C'est surtout chez les peuples catholiques que l'on trouve ample matière fi de pareilles observations. Le D T Bright, dans sonvoyagcdansla basse Hongrie, dit que: < îi Vienne, les églises sont presque constamment ouvertes. On y voit entrer a tout moment des domestiques chargés de commissions, qui s'agenouillent avec leurs paniers ou leurs paquets devant les images des saints. C'est ainsi qu'a force d'y recourir, la prière devient une liabitude et une distraction, au lieu d'être l'accomplissement d'un devoir. J'ai vu jusqu'à des petits enfants, par les pins grands froids, et quand leurs parents n'étaient point 15 pour les y contraindre , tomber à genoux devant les niebes de saints qui ornent le coin des mes et des passages*! Vienne, et demeurer immobiles, comme absorbés par une dévotion sentie, pendant plusieurs minutes (i). i J'ai eu l'occasion d'observer plusieurs faits semblables dans des villes catholiques.

La fonction de celle faculté est de produire le sentiment de la vénération en général, ou une émotion profonde de respect à la vue de tout ce qui est grand ou bon. EHe est la source de la religion naturelle et de cette tendance que manifestent toutes les tribus jusqu'ici découvertes, à adorer un pouvoir souverain. Cependant, comme cette faculté ne produit qu'une émotion et ne forme par elle-même aucune idée de l'objet sur lequel elle devrait porter son adoration, si aucune révélation n'a été faite à l'individu qui la possède, et si son intelligence est bornée, le malheureux adorera peut-être le génie des tempêtes; le soleil, comme la source de la lumière, de la chaleur et de la

|1) Psgw a et U.

vie végétale, ci peut-être même des animaux, des troncs d'arbres et des pierres.

'■ La! the pour ladlan, wbote untutored tnind SccsGod in clouas, or lieara bim in Ihe wlod "

Cet organe est large chez le roi Robert Bruce, dont les sentiments religieux, à ce que dit l'histoire, étaient des plus vifs, et qui voulut que son cœur fût parte dans la terre sainte, parce qu'il n'avait pu remplir le vœu qu'il avait fait de la visiter en personne.

A défaut d'une bonne direction, celte faculté conduit a la superstition. C'est elle qui fuit adorer les animaux, les rochers, les arbres. Les nègres, les Indiens américains, et même les Indous, comparés aux Européens, ont un pauvre développement intellectuel ; aussi leurs superstitions sont-elles plus grossières. Socratc ne partageait point les erreurs religieuses adoptées par les Grecs , et les bustes antiques nous le représentent avec un front iiiîii;nifi([iii!iii(!iii développé (■:;.

Cet organe est très-large chez les nègres, et l'on sait combien ils sont superstitieux..

On a objecté que , s'il y a un organe et une faculté de la vénération , la révélation devenait inutile. Mais Gall a répondu, avec raison , que celte proposition devait filre renversée; car si l'homme n'eût été doué d'une faculté naturelle propre à rendre des émotions religieuses, la révélation eût été aussi inutile à l'homme qu'elle l'est aux animaux; tandis que si l'existence d'un sentiment général de dévotion, ou une tendance instinctive mais aveugle à l' adoration, c'est-à-dire la

(1) Hélai! le pauvre Indien arec ion esprit inculte, «.it Dieu dam Ici nnigei ou l'entend dam lo Tcnt.

(î) On peut voir la copia de un buste à la SoeiiU pnrmolooio-ue d'Êdim-

vénération, est admise , rien de plus rationne] que de supposer que l'instruction est venue la diriger. (ïall observe , en outre, que l'existence de cel organe est une preuve indirecte de l'existence de Dieu. La destriiclivilé est implantée dans l'esprit, et il existe autour de nous des animaux que nous devons tuer afin do nous nourrir de leur chair.L'adliésmtéclla philoprogéniture nous sont données, et nous avons des amis et des enfants pour gratifier h-s sentiments qui émanent de tes organes, bienvi-iiLui™ h'( ; ii:ii;c!n' mr 1rs pauvres cl les matheureim qui nous entourent; de la même manière le penchant instinctif à l'adoration est une des actions de notre intelligence, et, conformé m ont à l'analogie que nous observons dans la nature , nous ne pouvons nous empêcher d'en inférée qu'il existe un Dieu que nous pouvons adorer. Cet argument n'est pourtant pas concluant; car il existe des êtres terrestres sur lesquels notre penchant à l'adoration peut s'exercer.

Tous les hommes possèdent cet organe, mais a des degrés différents ; et d'accord avec, ce principe que la puissance nalu-

choses égales d'ailleurs, du volume de l'organe qui lui est affecté, tout individu sain a la faculté de se livrer à des actes religieux; mais la ferveur religieuse sera plus ou moins intense, selon que l'organe de la vénération aura plus ou moins de développement. La différence entre la force de l'émotion religieuse éprouver par 1rs dilïérenls individus él ail reconnue avant qu'il ne fût question de phrénologie : celle-ci n'a fait que révéler la coïncidence qui existe entre l'intensité du sentiment et le volume des circonvolutions cérébrales qui lui sont affectées.

Gall prétend que, dans les portraits des saints célèbres par leur profonde dévotion, cet organe est toujours proéminent, et que les artistes de l'antiquité ont donné la même configuration a la téte de ceux de leurs grands prêtres dont ils nous onl laissé le buste ou le por irait. Cet organe est fort dans

les portraits Je Constantin, de.Marc-AurMo, de saint Ambroise de Charles I er d'Angleterre et de Mallebranche. Dans la tGtc de saint Jean, de la Cène, de Léonard de Vinci que nous reproduisons ici , cet organe et celui de la bienveillance sont trèsproéminenls.

Cet organe est aussi très-marque chez les philosophes et les |ioëles remarquables par leur piété, tels que Newton, Milton,Klopstock, tandis qu'il est effacé sur la telede Spinosa, qui professa l'athéisme. La configuration de la Ifilo du Christ, peinte par Raphaël, présente également une saillie remarquable de cet organe. L'aspect de celte léte sublime indique les plus hautes facultés intellectuelles, uuies a une bienveillance et à une vénération incomparables. Gall demande si les formes de celte téle divine sont dues au génie de l'artiste , ou

si elles ont été copiées sur un portrait original. ■ Il est possible, > dit-il, i que l'ariisle ait imité la forme des léles des hommes remarquables par leurs hautes venus, leur amour de la justice , une bienveillance sans bornes , et qu'il ait supposé que lu léle du Christ ne pouvait cire que la réunion de ces formes sublimes. Dans ce cas, le génie observateur de ce grand artiste viendrait corroborer les observations de Gui] , tout eu faisant preuve d'un pressentiment artistique de l'organologie, et une sagacité d'observation étonnante. Il croit plus probable que le type général de la léte du Christ nous a été transmis. Saint Luc était peintre ; romim'iit n'aurait-il p:is essayé de conserver les traits de son divin maître ?II est certain que la forme de la léte du Christ est d'une haute antiquité. On la trouve dans les peintures les plus anciennes et dans des spécimens de mosaïque. Les gnoslïques du second siècle possédaient des images du Christ et de saint Paul; Gall conclut de là que ni Raphaël, ni aucun autre artiste n'a inventé cette admirable Ig.r. (■).

La plupart des métaphysiciens ne considèrent pas la vénération comme une émotion originelle; ilsatlribuent la croyance en Dieu aux perceptions de riniolligenci!. Selon eux, nous percevons la beauté, l'ordre, l'harmonie, le pouvoir, la sagesse et la bonté dans les ouvrages de la création, et de toutes ces qualités, in m s inférons qu'il uxisle mi Esprit créateur. En cela, les plirrfnologues sont d'accord avec eux. liais si l'intelligence perçoit les faits et en déduit les conséquences, elle ne pcul sentir des émotions, et ces déductions faites, elle n'éprouve aucun penchant à adorer ce Dieu qu'elle a découvert dans toutes ses œuvres. Cependant la tendance à adorer est un priait) Sur tes Fonctions du eenirau, tome V, p. 389, Voir ausii une courte notice de quelques anciennes monnaie! el médailles, servant à prouver Ici progrèi du cnristiinisme, par la Rev. H. Welsn. LL. D, chapelain del'ambisaiio de Constandnople.

cipe plus fort que l'intelligence même ; car les hommes les plus ignorants et les pins stupides sont susceptibles de vénération, quoique incapables de porter d'eux-mêmes leur intelligence sur un objet digne île leur lmmnnge; leur vénération aveugle leur fait adorer des branches qu'ils ont eux-mêmes détachées du Ironc, ou encore chercher des dieux dans les monstres et les reptiles. Ce sont là des faits qu'il fut impossible d'expliquer jusqu'à ce que la pbrénologic eût démontré que la tendance instinctive à vénérer est un sentiment distinct de l'intelligence. Celle tendance n'est autre que la faculté en question, et c'est une grande faute de la part des anciens philosophes d'avoir oublié, dans leurs systèmes, de mentionner un pouvoir semblable.

Jusqu'ici nous n'avons considéré la vénération que par rapport à la religion , comme le but le plus noble de cette faculté; mais elle a aussi, dans ce monde, une sphère d'action trèsétendue. C'est il elle qu'on est redevable des sentiments de respect et de déférence ; aussi peut-on la diriger vers tout ce qui est noble et beau; sans elle les enfants ne seraient point susceptibles de piété filiale : elle produit ce saint et doux espoir avec lequel l'enfant regarde les auteurs de ses jours, et voit en eux les protecteurs de son enfance , les guides de sa jeunesse. L'enfant chez qui cet organe est pelit, s'il a la bienveillance et l'odhesivilé bien développées, peut aimer son père comme un ami; mais dans ses rapports avec lui, on cherche vainement celte déférence respectueuse qui est le trait caractéristique de l'esprit dans lequel cet organe est très-développé. Les cnfanls portés à se révolter contre toute autorité, ont une large estime de soi et la vénération très-faible.

La vénération porte à la déférence envers nos supérieurs en rang aussi bien qu'en années, et an respect de toute autorité. Cet organe a, en général, un large développement dans la téte des Asiatiques , et ces peuples sont humbles et obéissanls. On

peut même certiGerque, si cei organe n'était point aussi dominant dira eux, l'esclavage n'aurait point passé sur tant de générations.

Une dame de mes connaissances qui a l'habitude d'examiner la tûtc de ses domestiques avant de !cs prendre à son service, m'a dit que celles qui ont la vénération bien développée, sont les plus respectueuses et les plus obéissantes, el que celtes qui ont la combativité 1 et la dcslructivllc fortes, et la vénération petite, deviennent colères et impertinentes, quand on censure leur conduite. Olii a lien, ajoiilait-dle , même alors que l'amour de l'approbation et la conscienciosité sont tous deux trèslarges; mais dans ce cas, la colère s'apaise bientôt et fait plarc :i ci rep'iilir. t.liian.l la véiuTnliriii s'uail a finis rrs urines, elle agit aussi instantanément que la combativité et la destructivité, et empêche la colère d'éclater,

La vénération produit aussi le respect des titres, des rangs et du pouvoir ; elle s'attache tantôt aux noms qui comptent une longue suite d'aïeux, tantôt à la riebesse seule; elle se manifeste ainsi sous l'une ou l'autre de ces formes, quand elle ne parait pas dans la ferveur religieuse. Les individus chez qui l'amour de l'approbation et la vénération sont très-larges, quand la conscienciosité et l'intelligence ne sont pas développées en proportion, vénèrent les personnes d'un rang supérieur au leur et recherchent leur société, Lra gens haut placés qui ne possèdent ni grandes venus, ni grands talents, aiment la société des individus de cette espèce. Lors do la visite de George IV en Écosse, en 1822, il est des personnes qui éprouvèrent a sa vue la plus profonde émotion de crainte respectueuse, tandis que d'autres ne la soupçonnaient même pas, et se montraient surpris au dernier point de l'enthousiasme exagéré manifesté par les premières. J'examinai plusieurs têtes dans ces deux classes d'individus, et je trouvai constamment l'organe de la vénération plus large chez la première.

Celle faculté est aussi la source du sentiment qui saisit certaines personnes dans les temples antiques, les cathédrales gothiques, et les lieux de sépulture réservés aux grands hommes; elle participe aussi à l'amour des vieilles médailles, et, en général , de toutes les antiquités.

Comme tous les autres pouvoirs, ce sentiment a ses abus. S'il n'est pas guidé par l i rétlexion et la conscicnciosité, il vénÈrc sans examen les vieilles rniitiimos, les institutions les plus absurdes, pourvu qu'elles aient été consacrées par le temps, et montre une aveugle tendance à admirer la sagesse de nos ancêtres quand même (<) , a respecter de la même manière les noms qui font autorité dans la théologie ou la philosophie, et forme ainsi obstacle aux progrès de la vérité; enfin, quand la vénération est vigoureuse dans nn esprit borné, elle le porteà s'humilier jusqu'à l'abjection devant l'objet sur lequel elle s'exerce. Les despotes ont de tout temps usé do leur pouvoir pour exalter ce sentiment dans leurs sujets. Ils encouragent les moines, les processions, les coutumes superstitieuses, et bannissent les philosophes, ou mettent a l'index les livres scientifiques.

L'absence de la vénération n'entraîne pas nécessairement le mépris des choses saintes ; il en résulte simplement de l'indifférence pour les pratiques religieuses et peu de respect pour le pouvoir ou les noms illustres. Cependant un homme, doué d'une forte vénération, peut ne pas respecter la religion catholique; il n'a, pour cela, qu'à douter de sou origine divine; mais, dans ce cas, il reportera sa vénération sur autre chose. Voltaire avait la vénération fortement développée, et ce n'était pas un croyant; mais il adorait l'Être suprême, et se prosternait devant les grands (1). On l'accusa même à Paris

(1) Voir le Journal phrènologique, VItT, H9R. (ï) IKn\

r. n«t. - nuit de msïPiouHite. IX

de fanatisme. J'ai loujours trouvé la vénération large dans le tory pur sang, dans relui qui s'épanouit quand le regard d'un rai on d'un noble tombe sur lui, et qui les regarde comme sanctifiés; celui-ci , parce qu'il remonte a son origine a travers une longue suite d'aïeux; crlui-la, pur la possession héréditaire de l'autorité sur un peuple. Le véritable tchig ou républicain, qui ne peut voir dans les rois ou les nobles que des hommes sujets à toutes 1rs faiblisses de la nature humaine, et dont les actes doivent être surveillés, ont la vénération, proportion gardée avec li'iu' intelligence, beaucoup plus faible en général. La réunion des organes de la vénération, de l'estime de soi, de la conscienciosité, joints à une intelligence également bien développée, fait les ichii/s modérés, ou les lorys modérés, et, dans ce cas, ils sont bien près de s'entendre. Il est bien entendu qu'aucune de ces observations ne peut s'appliquer à ees individus à qui l'amour des places on des distinctions fait professer le whigismt ou le lorysme.

De ce qui précède, il résidu.' que c'est une erreur de croire que la religion puisse jamais s'éteindre dans le emur des hommes. La nature a placé dans le cerveau les organes de la vénération et du merveilleux, et les sarcasmes des impies ne pourront jamais en étouffer l'expression. La forme d'un cuite peut changer, des rites religieux peuvent vieillir; mais tant que son cœur n'aura pas cessé de battre, l'homme éprouvera des sentiments de crainte et de respect pour l'Être suprême; son adoration ne cessera que quand lui-même sera rayé du nombre des êtres.

Celte faculté relève la lète dans la direction de son organe. La voiï de celui qui la possède est douce, calme el pleine; c'est la vibration lento d'une corde qui vous pénètre. Les intonations et la manière do prier d'un prêtre qui l'a fortement développée, comparées à celles d'un prêtre chez qui elle no l'est que faiblement, offriront des nuances faciles a sai-

sir; c'est dans la bouche du premier un souffle de piété fervente; il y a quelque chose de froid et de compassé dans les paroles du second : j'ai toujours irome l'orgue beaucoup plus développé chez les prêtres étaient witrésdans les ordres par vocation, que chez ceux qui y étaient entrés pour se procurer un moyen d'existence.

Cet organe est, en général, plus développé chez la femme que chez l'homme; et la femme est plus humble et plus dévole que lui.

Gall n'a parlé de cette far.itlu: (pie comme devant produire le sentiment religieux; c'est à Spurzheim que revient le mérite de l'avoir analysée, et d'y avoir découvert la source de l'émotion que donne le respect en général.

Rien n'est plus commun, dit Pincl, que les cas d'aliénation mentale produits par l'exaltuLîon des seiLiiiiiruls de piété, par les scrupules que se l'urne uuu conscience timorée, par des terreurs religieuses. < Celui «spéi-i; di: l'r.die, dit Gall, existe souvent, quand il n'y a désordre dans aucune autre faculté , et les médecins auraient dû (.■mii'lure qu'elle si; muielie à nui; rurtaine partie du cerveau. >

Gall et Spurzhcini virent, à l'hôpital d'Amsterdam , un malade qui se désolait de l'idée d'èire oblige de [lécher et de ne pouvoir faire son salut. L'organe de la vénération était chez lui trcs-développé. II l'était également chez un prêtre qui désespérait de son ame, et chez un autre malade dont l'idée dominante était que l'enfer lui était réservé.

Quand Elisabeth Lludemann fut amenée à Gall, il s'aperçut > au premier abord , que cet organe avait chez elle un développement extraordinaire. De temps en temps, eile levait les yeux au eiel, et tous ses gestes indiquaient la tristesse et l'inquiétude. Elle avait, dés sa plus tendre enfance, contracté l'habitude de prier beaucoup; et, depuis longtemps, elle était sujette a des convulsions , pendant lesquelles elle s'écriait qu'elle

élatl possédée. <Le démon, > disait-elle, < est entré dans mon cœur par ma bouche; il veut m'enlrainer en enfer avec lui. ■

Gall parle aussi des moules de lu Li!le de trois personnes sujettes à la folie religieuse, faisant partie de la collection de M. Esquirol, cl ayant toutes trois la vénération largement développée. M. Esquirol , a propos de ces mêmes crânes, fait remarquer avec raison que, quoiqu'on ait souvent attribué à l'effet produit par certains sermons celte espèce de folie , cependant il aurait été nul sans une prédisposition à celle maladie dans l'individu atteint.

J'ai vu dans les nombreux asiles de ce pays, plusieurs aliénés, dont la folie n'avait d'autre cause que l'étal morbitlede la vénération. Il y avait, en 183(i, dans l'établisse ment de M.Drury, près de Glascow, un malade dont le besoin de prier, pendant ses accès sic fui i«, élu il iiiésisiilik'. il pn.iU miHé muii? la jiuinuii! ;

cependant son organe de la vénération n'était paslarge; et c'est ici le lieu de se rappeler que nous avons toujours dit que, si les Organes largenKiu di'ii!l'ip[if's riaient plus susceptibles d'une activité morbide quo les organes petits, ceux-ci ne laissaient pas de pouvoir se déranger. Ce malade eut un intervalle de raison pendant ma visite; j'en profilai pour lui demander s'il prenait plaisir a dire ses prières, alors qu'il y était excité. Sa réponse fut négative; il était malheureux , disait-il, et priait pour détourner la colère de Dieu. Je trouvai ses organes de la circonspection et de la destructivilé 1res- proéminents, et j'en conclus qu'il était excité à la prière par la peur. Quand la folie est causée pur l'excitation morbide de la vénération, de l'espérance et du merveilleux , le malade est dans un état de béatitude surnaturelle.

Le lecteur peut consulter, sur la folie religieuse , les Obser~ valions sur h désordre intellectuel, du D r A. Combe, et une série d'arlicles dans le neuvième volume du Journal phrénologique.

L'organe de la vénération est large dans ta léte d'Oberlin, du président Jeannin, de Francis Paris, d'Auguste Baker, de Paul Lejeune ei de Sully. Il est petit dans la léte de Néron et dn pape Alexandre VI.

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