Imitation
Voici comment Gall explique la découverte de cet organe.
Un jour, un de ses amis, avec qui il causait des formes de la lûto, l'assura que la sienne avait quelque chose de particulier, et il indiqua de sa main ta région supérieure et antérieure du orSne. Celle partie était élevée et avait la forme d'un segment de cercle, et derrière la protubérance, an milieu de la téte, se trouvait unn dqiressiim transversale. Jusque-là, Gall n'avait point observé une semblable conformation. Cet homme avait à un haut degré le talent de l'imitation. Gall se rendit aussitôt à l'Institution des sourds et muets, afin d'examiner la tête d'un élève, nommé Casteigner, qui y était entré six semaines auparavant, et qui avait attiré l'attention par son talent de mime. Un mardi gras, on avait joué une petite pièceà l'Institution, et il avait imité si parfaitement les gestes, le port, les regards du directeur, de l'inspecteur, du médecin, du chirurgien, et aussi de quelques femmes île l'établissement, qu'il aurait été impossible de ne pas les reconnaître. Cette représentation avait été d'autant plus amusante, qu'on ne pouvait rien attendre de semblable de cet enfant , dont l'éducation avait été très-négligéc.
Gall affirme qu'il trouva celle partie de la liie très-déve-
loppén cliez cel individu comme dans la Iflte de son ami Hannibal que nous venons de citer.
Il se demanda alors, si le [aient du mime ne dérivait point d'une faculté et d'un organe particulier. Il rechercha toutes li s mr^idus de multiplier ses observations. Il porta ses investigationsdans lesfamilles, dans les écoles, sur la place publique; partout il examina la tète des individus qui se distinguaient par leur aptitude à mimer. A celte époque, M. Marx, secrétaire
plusieurs rôles dans un théâtre d'amateurs. Gnll trouva dans sa tête la même proéminence que dans celles de Castcigner et d'Hannîbal. Cliez toutes 1rs autres personnes qu'il examina, il trouva cette parlie plus ou moins élevée, scion le degré de leur talent d'imitation. Gall rapporte que Garrick passait pour avoir un talent de mime si extraordinaire, qu'étant à la cour de Louis XV, il lui suffît d'avoir vu un instant le roi, le duc d'Aumont, le duc d'Orléans, MM. d'Aumont, de Brissac, de Richelieu et le prince de Soubise, pour reteuir leurs manières, leurs moindres gestes. Quelques jours après, cet acteur invita à souper quelques seigneurs qui l'avaient accompagné à la cour, et leur dit : t Je n'ai vu la cour que pendant quelques instants; mais je vais vous faire juges de ma puissance d'observation el de l'étendue de ma mémoire. • Alors il plaça ses amis sur deux rangs, puis il se retira pour faire son entrée quelques instanls après. Aussitôt ses amis de s'écrier ; t Sur ma Toi , voici le roi. > 11 Imita ainsi plusieurs personnages de la cour , qui furent aussitôt reconnus. Gall comprit facilement combien le don d'imitation aide au talent de l'acteur; et il examina la tflte des meilleurs artistes du théâtre de Vienne. I/organe était chez tous fortement développé. Il se procura le crâne de Junger, poêle el comédien, et il s'en servit plus lard daussescours. 11 se confirma dans son opinion sur l'existence de cel organe, dans son voyage avec Spuriheim. Dans la maison
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de correction, fi Munich, ih virent un voleur chei qui il était développe. Gall le désigna comme devant (ire un comédien. Surpris de celte observation, le voleur avoua qu'il avait fait partie dune iro.ipeiio comédiens ambulants. Celte particularité élan inconnue dans In prison. Avec toutes ces données , Gall se crul en droil d'affirmer ['existence d'un organe spécial pour notation, c'est-a-dire d'une faculté qui donne le pouvoir de personnifier les idées et les sentiments d'autrui, et de reprd. senter exactement leurs gestes. El c'est ce développement que nous avons décrit plus haut , qu'il regarde comme le siège dn l'organe en question.
Cet organe contribue à former le poète on l'auteur dramatique : Shakspcarc , Corneille , Molière, Voltaire, etc lui ont des obligations. Il est large dans les portraits de ShaUpeare et dans le buste de Waltcr Scott, dont les couvres fourmillent d'admirables scènes dramatiques. Cette faculté donne seulement le talent d'imitation; et M. Scott observe, avec raison que dansle jeu d'un acteur il fautph.s que de l'imitation; il hù que l'expression des penchants et des srnlimenis de l'esprit humain soit rendue avec toute sa vérité cl sa chaleur naturelle; et le pouvoir d'expression résulte, selon lui, de la secrétivité. Peut-être atlribuc-t-ii trop d'inuticucc à la secrétivité, cl trop peu à l'imitation. Quanta moi, je crois que la secrétivité produit surtout un effet restrictif, et que [■imitation fait que celui qui la possède , se pénétre de l'esprit de ceux qu'il représente.
Comme l'imitation consiste surtout dans la reproduction des gestes, on comprendra que les effets sont augmentés par do vigoureux pouvoirs d'observation , et que, par conséquent, un large développement de l'individualité et de l'éventualité aide beaucoup à cette faculté. Ces organes étaient très-développés dans la tuie de Carrick et dans celle de feu Mailhcws.
Cette faculté est indispensable au peintre de ponraits.au graveur, au sculpteur. J'ai examine la ulto de MM. W. Dou-
glas, Joseph Uweus, W. Alton , James Siewart, Selby l'ornithologiste , Lawrence Macdonald , etc. ; je l'ai toujours irouvée irès-développée. L'imitation , dans les ans , est aussi indispensable que la construclivité. Cette faculté estoussi d'un grand secours 3u musicien, au pliilologue,-et enGn à tous les arts d'expression.
Spuraheiui, parlant de l'imitation , du merveilleux, de l'esprit de saillie et des ions, dit: ■ Il est remarquable que la région antérieure, latérale et supérieure du cerveau, comprend surtout les organes dont dépendent les plaisirs-An général, et surtout les représentations dramatiques, i L'imitationdonneles gestes qui expriment le mieux les pensées ei les sentiments. Aussi est-elle nécessaire à l'orateur accompli. Il est des individus qui accompagnent leurs discours d'une expression forte cl animée. La pensée brille dans leurs yeux et se lit sur leur physionomie , avant qu'ils l'aient articulée. C'est là le résultai d'une forte imitation et d'une forte idéalité.
L'imitation est chez les enfants plus active que chez les adultes. Us enfants sont trcs-porlés à imiter; de la la nécessité de leur donner toujours bon exemple. ■ Les enfants . dilLocke, > ainsi que les hommes agissent la plupartdu temps par imitation. Nous sommes tous des espèces de caméléons, qui participons de la couleur de ce qui nous entoure, i
Cabanis rapporte un exemple d'état morbide de l'imitation. Le malade se sentait comme contraint de répéter tous les mouvements et toutes les altitudes dont il était témoin , et souffrait des douleurs inouies. chaque fois qu'on essayait de l'en empêcher. Une jeune idiote, dit Pinel, que j'ai soignée pendant longtemps, a une proponsilé décidée el irrésistible a imiter tout ce qui se fait devant elle. Elle répète comme un perroquet tout ce qu'elle entend; elle imite comme un singe tous les.gestes et toutes les actions avec la plus grande eiaclivnde.
Quelques animaux posséder» cet organe : les perroquets et les singes imitent les actions de l'homme. Cette faculté est trèspuissante chez te Turdus potyglollui, ou oiseau moqueur: ■ Son chant naturel ■ dit le D r Good , < est harmonieux et solennel. Hais il possède, en outre, le talent instinctif d'imiter le chant de toute autre espèce d'oiseau, et même le cri des oiseaux de proie avec tant d' exactitude , qu'il trompe les oiseaux mêmes de l'espèce qu'il imite. Jl prend plaisir à ce jeu : souvent il attire de petits oiseaux, en. imitant leur chant; et, qnand ils sont près de lui, il les chasse en imitant le cri des oiseaux de proie qu'ils redoutent le plus. >
Quand cet organe et celui de la bienveillance sont fortement développés, la partie antérieure du sommet de la tète s'élève ù une grande hauteur au-dessus des jeux; elle se présente large et aplatie comme chez Clara Fisher qui, dès l'âge de huit ans, se montra grande comédienne. Quand la bienveillance est large et l'imitation petite , lu partie médiane et antérieure dn sommet de la téle s'élève; mais les cotés s'affaissent rapidement comme on l'observe chez Jacob Jervis.
L'existence de cet organe est considérée comme prouvée.
Sur l'une el l'antre de ces figures , le front s'élève a une grande hauteur uu-dessus des yeux; mais, cliexJervis, il fuit rapidement des deux rôles (15) de la bienveillance, ce qui indique que l'imitation est faible; tandis que chez Clara Fisbcr, les régions (21) de l'imitation s' élèvent aussi haut que celle où siège la bienveillance. Cette disposition indiqne que les deux organes sont en môme temps proéminents.
FIN DU l'HEMltlt VOLUME.
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