‹ Traité de phrénologieChapitre 33 sur 35 · ESPRIT DE BAILLIS · texte numérisé non relu

ESPRIT DE BAILLIS

Tout le monde sait ce que l'on entend par esprit de saillie; et cependant rien n'est plus difficile à définir. Gall dit que pour donner une juste idée de la faculté qui le produit, il ne peut trouver de meilleur moyen que <!e If désigner comme le

trait saillant de l'esprit de Rabelais, de Cervantes, de Boilcau, de Racine, de Snifl , de Sterne, de Voltaire. Dans tous ces auteurs et dans plusieurs iuiIits i|iiî manifestent cet esprit, les parties supérieures, latérales et antérieures du front, sont proéminentes et rondes. Quand ce développement est excessif, il est accompagné d'une disposition apparemment irrésistible ù envisager les objets sousun point de vue plaisant.

Cependant l'esprit de saillie n'excita pas seul le rire. Diverses antres facultés peuvent également l'exciter, aussi bien que les plcnrs. Je connais un enfant chez qui l'acquisivité est Ireslarge, et qui rit quand on lui donne un sol. Un autre jeune homme, qui a un fort amour de l'approbation, rit quand on fait de lui un éloge auquel il ne s'attendait pas. Ces faits et bien d'autres encore prouvent que le rire vient de ce que les sentiments ou mémo les penchants sont agréablement affectés, abstraction faite de toute plaisanterie ; les affections hystériques en sont la preuve. Il n'est pas rare de voir une femme ou un enfant rire et pleurer alternativement et involontairement, apparemment par suite de quelque affection variable de tout le système mental, et non parce qu'une idée plaisante et une idée triste se présentent tour a tour à l'imagination. J'ai remarqué qu'un large développement de l'espérance, de la bienveillance et du merveilleux, produisant des émotions gaies, prédispose au rire; au contraire, les personnes cbez qui prédominent la circonspection, la vénération, la couscienciosité et la réflexion sont naturel lemeul graves et sérieuses.

On pem dire des choses très-spirituelles, sans exciter le rire. Lord Chesterfleld prétend qu'un homme comme il faut ne doit jamais rire; cette règle est absurde : mais il est vrai de dire qu'on peut très-bien sentir le comique, sans rire. Nous alluns lài'lier de le prouver par quelques exemples.

On connaît l'histoire de Lïltlejohn, cabareticr du comté de

Noltingham, qui prit pour enseigne le portrait de Bobin Hood avec l'inscription suivante :

'• AH je lhat relish aie thaï'» gnoJ ,

If JtoMt lleod il noi at home,

C'est lîi une idée originale et spirituelle; et cependant elle ne nous fait pas rire.

On disait un jour devant Louis XV que lord Stitir, alors à Versailles, ressemblait beaucoup a Sa Majesté. Le Roi le St venir, et aussitôt qu'il le vit, il s'écria : i Ressemblance prodigieuse, sur maparoleL Milord, votre mère n' est-elle jamais venue en France ? ■ A celle demande asseï blessante, le lord anglais répondît du ton le plus poli: t Non, sire; mais mon père y est venu. > Voila certes de l'esprit, mais qui ne donne pas envie de rire.

La chanson de Prior, sur la prière d'une jeune fdlc a sa mère, est aussi très-spirituelle et nullement risible. La jeune personne , parlant de la liberté dont jouit sa sceur aînée et do ses nombreuses conquêtes, lui dit :

" Dcar, Jcar niairima , foi 1 oni-c loi me

ni force an sari at well att'ihe,

The fair prevaileil,— mamnia gave mj, Al Killj, allier délire,

A.1D SEI THE WOBLP «I "»E (î). "

Voici maintenant des exemples où le rire est excité, quoique l'esprit y soit bien moins saillant.

(1) Vom ion» qui aimci la bonne, aie, enlrei et venez luire avec Rabin Hoad; ci si linbin J/oodn'j eslpas, roii! hoirei avec Liltltjohn. (ï) Chèra maman , pour nne luis jiermeiU'i-irioi ilv ïs »ver comme elle ce

L' histoire du cabaretior de Noitingham nous dit que LilÛejokn, qui avait pris L'enseigne do Robin Hood, étant mon, son successeur crul que ce serait péclié capital que de perdre, ;ivi'i- uiio si Mb: enseigne , des vers si bien faits; en conséquence, il conserva le tout, en se contentant de substituer sou nom il celui do son prédécesseur. Ainsi on lut :

■• AN je vihi, r^lisli aie iuii< good ,

Corne in and drinh niih Robin Boni; Il Robin ttood lu iioi al bons, Borne In and itriiik wilh Samurl Joniuoii. "

Tout l'esprit dos vers est détruit, et cependant ils sont bien plus risibles. Ainsi do l'exemple suivant ; Un domeslit|iie ayant laisse tomber une langue, un convive dit: iNc faites pas attention , ce n'est qu'un lapsus lingual. • Il y avait de l'esprit dans ce mot. Un instant après, un autre domestique laissa tomber une épaule de mouton, et comme il avait entendu dire que le mot du convive était spirituel , il crut se faire pardonner sa maladresse en disant aussi que ce n'était qu'un lapsus linguœ. Son mot à lui ne la il plus spirituel, mais il dut faire rire davantage.

En quoi donc consiste L'esprîl? Locke dil que : i II consiste a associer rapidement, et d'une manière variée, les idées qui offrent quelque analogie, à produire ainsi des tableaux qui satisfassent l'imagination (t). > 11 nous sera facile de démontrer que cette définition n'est pas jusie. Quand Goldsmitb, par oiemplc, ilans si's ill;i^nilii}iii"i vers sur ]'t.'s|iéi-ailn' , compare ce bienfait du ciel h une lueur lointaine, il trouve là une ana-

sri souhait», obtint 1" cliar pour un jour, et mil le monilù en feu. (i) Elias ™ ' ftt fcuman umlerilanding . L, II, C, Xt, 6.Î.

OigitizM b/Coqgle

logïe qui, d'après la définition de Locke, est la perfection de l'esprit :

" RopB, liko ihe gliinmering taper 1 ! lîght, Adam andcheers ibe way, Andilitl, ai darkcr flrouu ihcniynl, ËmiU a lirigtktr ray "

Dans ces vers qui sont très-lieau*, on ne trouve cependant aucune saillie. Il en est de môme des vers suivants de Moore , où les comparaisons sont d'une grande beauté. Dans sa chanson sur le pouvoir de la musique sur la mémoire , il dit :

" Likethe gale nhich sigbs along Bcd» of oriental Bowen , h tha gratlful brtalh of Hong

Tirai fince ivai hi'ii il I in lia[i[i!i;rliimvs. l'illi'd wiili Daim. II»! M ale sifihion,

Wtieu Ibe Plowcr» liair .mil in dealli .

Sn ivln.li pleasure's dnam Ligone,

Ils memory livos in niusic'H breadi " (î)'

En parlant des douleurs de la mémoire, il dit encore :

•' Wbon [ remember ail

TIil' trierait su llnk'd togetlisr, l'iescen around me fall

Likc leam in winlry nealhcr; I fecl Uke ono who Irnads alono

Some banquet-hall désertai; WIimb liulnaare Bed, whoie garlUHTl dud ,

jVtiil ail but hc deparlcd " (S).

(1) [,'csnéraiiec, semblable a une lueur lointaine, cmbcllii cl abrège la roetc , et Drille d'autant plgs que la nuit est plus sombre.

(S) llniume la Dri-ii r|ui >uii|>iri? el se jimn ilans Icî Ilinirs embaumées est la ïoli d'une hai'iiiniit'' <|in mms i liarmiiil rrans ilca Icmps plus Dcnrem; »Jlurée de parfum, Il l>rlse souffle encore quand le* fleura sont nélrici; ainsi quand lu reve du plaisir a cesse, son souvenir vit tout entier dam des r II a Mi mi' Indiens.

(3] Quand je me rappelle tous ceui qu'unissait une douce amitié et que

ro» DF . — 1 miIË b U PHHÉBO LOOI E . SI

On trouve dans ces deux stances les comparaisons les plus inattendues; mais si, comme je L'ai déjà dit, elles sont d'une grande beauté", on n'y trouve aucune saillie. Quand on analyse ces images , on reconnaît qu'elles dérivent de la comparaison et de l'idéalité, car leurs éléments constituants sont le beau et l'analogie.

En quoi donc les comparaisons, tomme celles que nous avons déjà citées, comme celle de l'Hudibras :

•' \Yhen,likealobslerboileù-,ihe morn Froin blar* to red Iwfjan lo tum » {!] ;

qui sont autant de saillies, diffèrent-elles d'antres qui n'ont pas ce caractère ? Ceci nous amène à considérer la nature essentielle de l'esprit de saillie, a traiter enfin de sa fonction, objet principal de toutes ces remarques.

L'autorité des métaphysiciens est là pour appuyer l'opinion que le talent de percevoir des analogies, est distinct de celui qui saisit les différences. Malclii'am-hc dit qu'il y a deux espèces d'esprits naturels : les uns saisissent aisément tes différences qui existent entre les objets, et ce sont les esprits solides; les autres imaginent et supposent des ressemblances entre tous, et ce sont les esprits superficiels. Locke établit la même distinction. Après avoir défini l'esprit, il dit : Le jugement, au contraire, consiste à séparer avec soin, les unes des autres, toutes les idées entre lesquelles les moindres nuances établissent une différence, et à éviter ainsi les erreurs dans lesquelles peuvent entraîner la similitude et l'affinité des choses.

j'ai vus tomber autour de moi tourna i\n isuilli-s il automne, mes lenia- Uodi ressemblent ï celles d'un homme , nul seul fait retentir ses pas dans une salle de fesUo, d'où ont disparu tes convives, les Heurs et l'éclst des

(1) Quand, pareil a une eerevisse que l'on fait bouillir, de noir qu'il était , le malin devint rouge.

Bacon dit que • cequi distingue principalement, et pour ainsi dire radicalement, les esprits entre eux, quant à la philosophie et à la science, c'est que quelques-uns sont plus propres à observer les différences, et quelques autres à observer les ressemblances. >

Un exemple fera mieux comprendre ces idées. On pbjeele quelquefois que la phrénologic n'est pas une science, parce que les organes de la destructivite et de la bienveillance peuvent se trouver d^veloppt'^ au iih-iin; ih^ré il uns la même léte, et que, dans ce cas, ils m neutralisent mutuellement, à peu près comme un acide et an alcali. Eh bien, cette objection ne peut provenir que d'un esprit plus prompt à saisir les analogies qu'à percevoir les différences, et doit paraître concluante à tout esprit ainsi fuît. Mais celui qui aurait la faculté de percevoir les différences qui distingueraient tout d'abord deux substances clii m iques mêlées ensemble, comprendrait que deux organiïs f!xisi;iiil srp;in''[itent, ayant des fonctions distinctes, doivent avoir chacun une action qui leur est propre, selon les circonstances, et jugerait sans valeur aucune l'objection en question.

En admettant que la comparaison, organe dont nous nous occuperons plus tard, soit celui qui perçoit les analogies, à quelle (acuité attribuerons-nous donc la perception des différences? M. Scott croit que c'est là la fonction primitive de l'esprit de saillie. Il trouve que, dans tout ce qui constitue une saillie, » il y a un mélange do congruité et d'incongruité , ou que l'incongruité se fait jour alors qu'on s'y attend le moins. > Ce qui en principe revient au môme. Cette définition de l'esprit de saillie est à peu près celle de Beattic; elle se rapproche aussi beaucoup de celle de Campbell et de Thomas Brown. M. Scott dit donc que le propre de l'esprit de saillie est du percevoir les différences, d'observer enfin l'incongruité, et qu'on ne regarde comme des saillies que les mots où Fincon-

gruité existe. L'esprit de l;i réponse de lord Stair est surtout dans son incongruité avec celle qu'attendait le Roi. Il est évident que Louis XV croyait que lord Slair aurait répondu que sa mère était venue en France ; car il voulait , par sa question, faire entendre qu'elle avait été infidèle, et que ce seigneur était son frère consanguin. Le lord anglais, par sa réponse : • Non, mais mou père y est venu, > donnait !i entendre que Louis XV était fils du viens lord Siair , et faisait retomber sur la mère de Louis la l'auto imputée a la sienne. Ainsi, quand Kitty obtint le char pour un jour et mil le monde en feu, nous percevons la comparaison do l'eïploit de la jeune beauté avec celui de Pliaéton, et la différence ou incongruité nous parait si frappante, que nous la considérons comme un ingrédient essentiel à la description, el la goûtons comme un trait d'esprit. Au contraire, dans la comparaison de l'espérance avec une lueur lointaine , qui brille Sautant plus que ta nuit est plus sonibre, nous ne saisissons que la ressemblance, qui nous parait très-belle, et non les points de <h][ïri:itn'. I.'ima^r nous frappe comme une belle et simple comparaison, et mm comme impliquant une inenn^rnité , aussi n'y voyons-nous point une saillie.

L'esprit de saillie semble donc consister surtout dans la perception intellectuelle des différences , de l'incongruité avec la congruilé; aussi priit-il passer par plusieurs bouches sans perdre de ses qualités intrinsèques ; taudis que le plaisant, résultat de la secrétivité , perd tout son sel à être répété. Ce sont lîi les idées de M. Scott, qui a traité ce sujet avec de grands développements, dans le Journal pkrènohqique. Il est impossible de donner ici un résumé clair et succinct de son article, je me contenterai donc d'en citer un paragraphe :

< Je penche fortement !> croire, i dit-il, i que l'esprit de saillie est une faculté intellectuelle qui. de même que la comparaison Ct la causalité, compare des idées ou des sentiments,

mais qui se distingue de ces deux facultés par une manière qui lui est propre . Elle ne compare pus, comme la comparaison, pour trouver des ressemblances ou des analogies, ni comme la causalité, pour établir des distinctions subtiles, ou pour observer d'intimes relations p|]il<>.v>piiiqiii"<; rllc compare dans le seul but do découvrir des contrastes bizarres, de rapprocher les idées les plus incongrues, les plus disproportionnées, les plus opposées. »

Spurzlicim pense, au contraire, que le mémo pouvoir qui perçoit les ressemblances, perçoit aussi les différences. . Je ne vois pas, > dit-il , • pourquoi l'on attribuerait a deux facultés le do» du discernement. Le même organe perçoit l'harmonie et le désaccord des tons; il n'y a qu'un organe du coloris, et l'étendue apprécie la proportion cl la disproportion des dimensions. De ruOmo, je pense que la comparaison distingue seule les similitudes, les dissemblances, tes dill'ércnces, les analogies ou les identités. > Remarquons que ce passage laisse la fonction simple de la comparaison tout entière il discuter, et qu'il semble établir une dilférence entre les comparaisons faites par l'organe de la comparaison, et celles que font IVlcmlin;, la forme, les tons et le coloris.

Spurzheim pense que la faculté, dont nous nous occupons a présent, est un sentiment qui dispose les hommes a voir le coté plaisant de toute chose. Il le considère comme ayant été donné a l'homme pour lui inspirer de la gaieté, sentiment qui ne doit pas être confondu aver le ruTiit-iiU'iupin. Chaque faculté, alt'eclée agréablement, produit le contentement; celle qui nous occupe en ce moment produit seule la gaieté. > D'après cela, l'esprit de saillie consiste dans des conceptions formées par les puissances iiitclli.'fiufillns et imbues du sentiment du plaisant, de la même iimiièrc que la poésie consiste dans la production des autres Limites, agissant de concert avec l'idéalité. Spurzhcim fait observer qu'en admettant la supposition de

H. Scott, qu'une faculté perçoive les ressemblances , et une autre les différences, il faut encore admettre un sentiment spécial pour la gaieté. < Il est vrai qu'on peut exciter la gaieté en comparant entre elles des choses différentes. Hais, i dit-il , i on le peut aussi en comparant des choses ressemblantes. Quand on cherche des analogies dans l'incongruité et dans les différences, la faculté de la comparaison est active, et, si elle se combine avec celle de la gaieté, elle réussit indubitablement à faire rire. Hais on peut rire de très-bon cœur d'un seul objet, sans aucune allusion a une différence. Ceux qui sont les plus disposés au rire et à la gaieté, ne sont pas toujours les plus intelligents ou les pins prompts à saisir des analogies ou des différences. Le sentiment de la gaieté semble donc être un sentiment spécial. Il peut être excité par l'indication des différences ou des ressemblances, par l'action de plusieurs sentiments, par des pasquinades ou des fanfaronnades. La gaieté n'a donc pas pour principal mobile l'esprit de saillie; elle est seulement une de ses applications, et le résultat de ses combinaisons avec l'intelligence, i Un écrivain distingué, du Jourfta/p/irrfnofogiïue, soutient avec beaucoup de talent l'opinion de M. Scott, que le pouvoir du discernement provient de l'organe n° 20, et donne aussi de fortes raisons pour faire considérer le sentiment du plaisant comme un pouvoir mental distinct , non intellectuel , mais affectif, dont l'organe n'est pas encore reconnu, maisqu'il est disposé a ranger entre les organes de l'esprit de saillie, du merveilleux et de l'imitation. Le classement de l'organe n°20 dans le front, parmi ceux des facultés, intellectuelles, est certainement de nature à faire présumer que sa fonction n'est pas affective. H. Howett Walson pense, lui , que les idées de M. Scott sont insoutenables. « Dans la téte du poste Hoore , > dit-il , < l'esprit de saillie n'est que modérément développé; et cependant ses écrits témoignent d'une grande perception des contrastes. >

AI. Walson a donné de celte Faculté, dans le VI' volume du Journal phrénolog ique , une analyse différente de celle de M. Scott. Il la regarde comme un pouvoir intellectuel qui a pour fonction de prendre connaissance de la nature ou des propriétés intrinsèques des choses, hi causalité devant percevoir les relations de cause et de dépendance eu général. Selon Ini , le plaisant est un moilc de manifestation d>! toutes les facultés intellectuelles, et il donne des exemples dans lesquels Slicridan et Muore tirent do leur individualité et de la comparaison des saillies très- remarquables. La faculté dont nous nous occupons se manifeste aussi par îles saillies. Mais, selon lui, ce n'est que quand elle compare les qualités intrinsèques des objets, ou qu'elle en fait ressortir les contrastes, t C'est par l'esprit de saillie que nous éludions le caractère des I . que non» découvrons leurs penchants, cl que nous

apprécions leurs actes. ■ ■ Nous citerons couine exemple, • dit-il. • le Voyage senimentid de Sterne, chez qui la causalité et l'esprit de saillie sont les organes dominants. Presque tout cet ouvrage, dilférenl en cela des relations de la plaparl des touristes, roule sur tes dispositions el les qualités des personnes el des choses ; car , au lieu de raconter ce qu'il a vu, toute son attention parait Être absorbée par les reeborebes qu'il a faites sur les conditions, les

dépendances, la nature el les qualités de ■ ■ qu'il a vu. Je pourrais invoquer nu grand nombre d'autorités à l'appui de ce que j'ai avancé sur l'organe de l'esprit de saillie: pour ne pas fatiguer le lecteur, je u'en citerai que quclquc»-

• Sbéridan avait une grande réputation d esprit; mais le premier teou qui se donnera la peine d'analyser &<■> manifestations, percevra bientôt que l'esprit de cet homme remarquable consiste eu comparaisons nu en contrastes de proportions, de situations, d'objets et d'événements, el qu'il s'inquiète

peu des attributs ou dos propriétés. Par exemple, il compare un lioinnie grand et mince et une femme petite et grosse, à une cathédrale avec sa flèche. >

< Comme, dans les ouvrages des hommes cités pour leur large développement de l'espril de saillie , nous trouvons une tendance à s'appesantir sur les propriétés essentielles des choses, et en même temps, chez quelques autres, nous observons une tendance égale à tourner en ridicule toute œuvre d'imagination, de philosophie, de raisonnement, ou l'ignorance de ces pi'opniVs est évidente; comme nous ne pensons pas qu'ntinui autre organe comprenne dans ses fonctions des perceptions de culte nature ; et comme les propriétés des divers corps de la nature semblent être des perceptions intellectuelles aussi distinctes de leurs conditions et rapports, qu'eux- mûmes le sont de leur position et de leurs propriétés physiques , un doit roiu'lure qu'il existe un organe chargé de ces perceptions; si nous reconnaissons, en outre, quelles sont d'autant plus fortes et plus complètes, que l'esprit de saillie est plus puissant ; si l'esprit de saillie et de la satire que l'on croit émaner do cet organe, est reconnu comme dépendant essentiel le ment de ces perceptions; si d'autres genres d'esprit tels, par exemple, que celui qui disiinguaiiCurran ou Shéridan, peuvent exister quand cet organe osl faible ou modéré, nous serons presque forcé de conclure que la perception des propriétés inhérentes du corps dépend de l'organe de l'esprit , a moins qu'on ne puisse démontrer sa puissance quand l'organe est faiblement développé , ce que nous n'avons jamais observé.

• Il résulte de ce qui précède que la sphère d'action de cette faculté est beaucoup plus étendue, et qu'elle est un agoni bien plus essentiel de l'esprit philosophique , qu'on ne pourrait le présumer en observant ses manifestations , quand elle entre en action de concert avec la secrétivilé, la combativité et la destruclivité. pour produire l'ironie, le sarcasme, la

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raillerie et 1» satire. , ou avec d'autres [acuités intellectuelles pour enfanter de vives ci lu ilhniii s saillies. Dirige! vers l'observation de l'Iionime, il donne à l'esprit le désir ei la fatuité de saisir le trait caché du caractère ù travers les apparences. Sterne et Franklin offrent des types de cet esprit. De concert avec la vénération, il purle l'esprit a chercher, dans les phénomènes de la création, l'idée de la nature de Dieu. Cowper et SocratO en sont des exemples. Dans l'élude île la physiologie, il s'attache aui fonctions essentielles cl primitives, comme étant

dislinrirs des modes de , des actions et des

directions particulières. 11 donne nui méï a physicien s le désir do reconnaître la nature, la puissance de l'esprit cl de la création en général. -Nous ce trouvons des exemples rhei les fondateurs de h phrénologie . car cetlo science réunit la métaphysique et la physiologie. Dans le buste de Call, cet organe est représenté bien moins iléve!"[i[ié que dans celui de Spurzheim.ot tous les phrénologues savent combien ce dernier discernait miens les modes de mimifesialion et les directions particulières des puissances inielb:ctuelles de ces piiissauces cl les- mêmes. Peut-être aussi ne nous tromperons- nous pas , en citant Locke comme un exemple négatif de t eue faculté. Dans les porlrails de re philosophe, la comparaison et la causalité paraissent bien plus larges que l'esprit :1e saillie; aussi, dans son système, il fait dériver non-seulement les idées, niais les sensations intellectuelles des iinpcessions externes. Comme il étail obligé de donner à l'esprit la susceptibilité d'être affecté par des impressions sur les sens externes, il h doua des facultés de la perception, de la conlcmplaiion, de la mémoire, de la comparaison et de l'absiracùiiu , qui ne sont, en réalilé, que des modes d'activité, et non des pouvoirs spéciaux. Pour nier que les idées jaillissent naturelle ment, il se basuil sur leur noti-manifrslatiou ou sur la manière dont elles se modifient cher, chaque individu , et soute-

irait que ces divers modes tenaient lieu des pouvoirs innés.

■ Ou a supposé que l'organe de l'esprit de saillie donne une tendance â envisager tout sous un point de vue plaisant. Mais, si ce que nous avons av;nieé sur ses fonctions est exact, une pareille proposition est insmitonable. Les bustes de Cullcn, de Franklin et de Spurzheim, décèlent un plus graud développement de cet organe, que ceux do Curran, de Swift et de Sliéridan. Que cliacun étudie ceux de ses amis chez qui cet organe a un large iléyebppemeiit , ci qu'il se demande s'ils ne sont pas plus souvent peinés que charmés par des objets qui, étant d'une nature opposée, ne peuvent s'harmoniser entre eux et dont le contact blesse leur vue; et si, au contraire, ils ne sont pas enchantés lorsqu'il y a, dans la réalité <>u dans leur imagination , harmonie entre les propriétés de différents objets.

< Il semble que, pour qu'une saillie nous satisfasse, il faut qu'elle renferme à lu fois une légère ressemblance qui s'adresse a la fonction d'un organe, et une différence qui s'adresse fi celle d'un autre organe. Ainsi , nous nous rapprochons plus de la théorie de M. Scott sur le rire, que lui-même ne l'a fait dans ses considérations sur l'esprit de saillie. Si des organes distincts percevaient la ressemblance, et hi liitfé ronce , chacun de ces organes serait excité d'une mAnte manière par les manifestations de l'esprit de saillie; car, si ces manifestations sont des modes d'activité communs à tous les pouvoirs intellectuels, il faut que l'un soit agréablement excité par la similitude, et que l'autre souffre du contraste pour qu'il y ait des états différents d'excitation. Nous disons smijfre, parce que plus l'organe est développé, plus il cherche les similitudes et les harmonies, i

Je suis d'accord avec Spurilieim sur ce point , que l'organe dont nous nous occupons, donne le sentiment du plaisant, et que l'esprit de saillie se trouve dans toutes les formes de conreptions intellectuel les, qui se combinent avec ce sentiment.

Mais, si l'on adopte celle opinion, une autre question s'élève, à «avoir : Quels sout les objeii qui éveillent la sensation du plaisant ? Nous pouvons indiquer certaines formes , certaines couleurs , certaines proportions , comme d'une beauté intrinsèque, el les désigner comme 1rs curps cMernes qui srml en relation nvee l'idéalité. Un de mes amis soutenait qu'il y a des objets externes qui sont plaisants par eux-mêmes , et qui sent ainsi en relation permatu-nle aw le si'iuimrni du plaisant. Il plaçait dans cette catégorie un bonuet de nuit, un ne», un matelot ayant nue jambe de bois, et un moulin à vent. Il me semble, quant à moi , que le plaisant est un simple mode d'existence , dont 10U1 objet est sOM'i'jiiibli.', mais qui n'csi le Irnit caractéristique, unique ou nécessaire d'aucun d'eux. Un nez, par exemple, dont la forme est parfaite, et qui s'harmonise avec tous les autres traits de la figure, excite nalurellemcnl le sentiment du beau, et non une snisalion comique. Cliangei-en les proportions: qu'il devienne trop long ou trop court, trop relevé, trop pointu, trop ronge ou trop blanc, el aussitôt l'idée du comique est excitée. Il est encore d'autres sensations, avec lesquelles aucun objet spécial de la nature n'est nécessairement en relation , ei qui sont susceptibles d'être excitées par cerlaios modes d'existence. Aucun objet, par exemple, dans tous ses modes d'existence, n'est par lui-même terrible, el ne semble créé dans le seul but d'excilcr ta circonspection. Un lion en cage, une mer calme ne sont point effrayants. Mais que la mer soil agitée par la tempête, que le lion menace de nous dévorer, et ils deviennent redoutables. le conclus de tout ceci que, quoique le Créateur, dans sa miséricorde, nous ait donné le sentiment de la gaiclé, pour nous faire envisager la nature sous un jour plus agréable, cependant il n'est point d'objet qui soil, par lui-même, essentiellement plaisant ou absurde. Si une difformité, par exemple, élail nécessairement ridicule , celui qui en aérait affligé aurail don bleui cul à souffrir

du l'incommodité physique, cl (Je ce qu'il serait pour tous les huinmes un objet naturel de moquerie. Byron semble avoir pensé que celle impression était excitée chez tous ceux qui voyaient son pied bot, et il en était très-mal heureux. L'éducation peut empêcher qu'un enfant ne se moque des gens infirmes ou estropiés, et faire qu'il les plaigne au contraire. Il suffit d'exciter en eux les sentiments de la bienveillance. D'où je conclus encore que le ridicule n'est qu'un mode d'existence.

Par tout ce que nous venons de dire, on comprendra comment il se fait que les plus grands écrivains aient trouvé si difficile de définir l'esprit.

Les différents degrés du développement de l'esprit de saillie, chez les différents individus, expliquent pourquoi quelques hommes voient le ridicule la où d'autres ne peuvent l'apercevoir. Plus cet organe est large, plus forte est la tendance a ilênuivrir des rrmvs plaisantes.

Je pense avec M. Watson que quelques individus, chez qui l'esprit de saillie et la causalité sont fortement développés, ont un grand talent pour reelirnlicr les qualités intrinsèques des choses, pour expliquer les fonctions primitives des facultés intellectuelles et des organes , mais ne se distinguent pas par leurs saillies, et que cette capacité analytique est moindre chez d'aul l'es individus qui ont la causalité large et l'esprit de saillie faible. Les organes lie la ransalilé ('Uiienl bien plus larges que ceux do l'esprit de saillie dans la tfite du D rl Reid et de M.DugaldStcwart, et ni l'un ni l'autre ne furent célèbres par leurs distinctions sur les facultés primitives, sur les lois de leur opération ct'sur les résultats de leur action combinée. Le D r Thomas Brown avait ce dan de discernement a un bien plus haut degré, et l'organe de l'esprit de saillie était tien plus large dans sa tête. Ces exemples, et plusieurs autres encore semblent confirmer la théorie de M. Watson; mais la fenction essentielle d'une faculté se manifeste surtout, quand son organe

- us -

il un développement extraordinaire; et j'ai observe que quand l'esprit de saillie était plus fortement développé que la causalité, on manifestait surtout un penchant à saisir le ridicule de toutes choses, sans égard i leurs qualités physiques et intrinsèques ; aussi n'hésilé-je pas à me ranger de l'opinion de Spurzheim.

L'objection qu'on pourrait tirer de Curran et do Shéridan me parait facile à détruire. Dans la tête de Curran , les organes de l'éventualité et de la comparaison sont larges, mais ceux de la causalité et de l'esprit du saillie ne sont que pleins. Ses saillies ont eu de la réputation, m;iis je le soupçonne fort de n'avoir jamais fait que des observations burlesques; car j'ai inutilement cheiché des traits d'esprit dans ce que nous a transmis son fils, et je ne vois, dans ses discours, aucun de ces contrastes spirituels qui distinguent les écrits de Sterne, de Voltaire, et du révérend Sidury Smith. Il ne fait pas preuve non plus d'une grande profondeur d'esprit; j'infère donc de la liitufi'upiiic de Curran , qu'il avait un tempéra nient actif, la

fortement développées, lui siFi^VuiruL mille iiléi's iinnus ave une foule de preuves u l'appui, lui donnaient du savoir-faire, et jusqu'à un certain point , une originalité grossièrement satirique. A force de cultiver ces dons naturels, il parait être parvenu à exciter la sympathie de son auditoire , ot à produire un effet bien plus grand qu'un lecteur de nos jours ne pourrait le croire, à en juger par les qualités intellectuelles que décèlent ses discours.

Les OEuvresde Shéridan contiennent bien plus de traits saillants que celles de Curran. Chez lui, l'individualité, l'éventualité et la comparaison étaient fortement développées, mais la causalité et l'esprit de saillie étaient à peine pleins. Les traits desprit, dans ses ouvrages, sont bien plus nombreux cl d'un

geint plus pur, que le développement de l'esprit de saillie, dans sa tête, ne porterait it le croire; mais sa biographie, par Hoore, jeue un jour inattendu sur cette anomalie apparente. La plupart des étincelles d'esprit qui brillent dans son style ne lui appartiennent pas; il les recueillit dans les cercles littéraires de Londres, et les fit, plus tard, entrer dans ses ouvrages. Ses discours ont beaucoup du caractère général des discours de Curran. Ils sont brillants , habiles, adaptés au jour et au lieu qui les vil naître ; mais ils sont pauvres en principes philosophiques et en saillies originales. Je ne puis donc regarder SI] cri dan ni Curran comme des hommes spirituels à la manière de Voltaire, de Sterne, ou de l'auteur de l'IIudibras.

Quelques individus, doués d'un large développement de l'individualité, de l'éventualité et de la comparaison, sur-

au talent de l'acteur) sont aussi fort larges, jouissent, parmi leurs camarades, d'une réputation d'originalité, de drôlerie, alors même que l'organe du plaisant est en-dessous d'un développement moyen. On peut expliquer ce fait de deux manières. En premier lieu, les conceptions formées par les facultés cnunérées ci-dessus sont palpables et frappantes, et, pour peu que le sentiment du plaisant s'y fasse sentir, elles produisent un grand effet sur les esprits ordinaires. En second lieu, beaucoup de gens prennent pour des traits d'esprit ce qui les fait rire, et quelquefois les choses les plus absurdes, pourvu qu'elles «oient débitées avec aplomb.

Spurihcim, dans sa dissection du cerveau, prouve analomiquement que l'idéalité et l'esprit de saillie appartiennent aux mêmes circonvolutions, et il présume d'après cela que leurs fonctions appartiennent à la même classe de facultés intellectuelles; et que, puisque on a toujours regardé l'idéalité comme un sentiment, on doit placer l'esprit de saillie dans lu

même catégorie. ]l est lion d'observer que toutes ces différences sont du ressort de l'analyse métaphysique de celte faculté, et que les phrénologues sont tous d'accord sur ce fait, que les manifestations spirituelles, empreintes do gaieté, viennent do l'organe de l'esprit de saillie.

L'existence de cet organe demeure donc prouvée.

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