CONSTRUCTIVITÉ
Cet organe correspond à la partie de l'os frontal qui se trouve immédiatement au-dessus de la suture sphéno-temporale; son apparence et sa position varient légèrement en raison du développement des parties environnantes. Lorsque l'arcade zygomatique est très-saillante, ou bien quand le lobe moyen du cerveau , le front en général , ou les organes des tons et
du langage sont fortement développés, sa proéminence est moins facile à distinguer. Le but principal doit être de déterminer le volume actuel de chaque organe et non sa simple proéminence; il est donc nécessaire de noter que, quand la base du cerveau est étroite, cet organe occupe une situation un peu plus élevée qu'à l'ordinaire; on remarque alors une * légère dépression à l'angle externe de l'œil, entre l'arcade zygomatique et cet organe , spécialement quand les muscles sont minces. Dans ces cas il apparaît souvent aussi haut que l'organe des tons l'est ordinairement. Cette légère déviation à l'uniformité de sa position a lieu pour toutes les autres parties du corps. Les anatomistes n'éprouvent aucun embarras à ce sujet; car les aberrations ne dépassent jamais certaines limites; et l'expérience les amène à reconnaître facilement la position des organes à l'aspect général que présentent les parties où ils sont situés.
On a objecté que l'élévation ou la dépression de cette portion du cerveau dépend de la force des muscles temporaux qui la recouvrent. Les animaux carnivores , dit-on , qui mâchent des os, ont ces muscles très-puissants, et, en conséquence, leur tête est étroite , et leur cerveau peu développé dans la région de cet organe.
On peut répondre à cette objection : 1° que les animaux carnivores ne construisent pas, et que cet organe manque chez eux; 2° que le castor, qui coupe avec ses dents des arbres d'une forte dimension, a ces muscles très-forts, et que cela n'empêche pas que chez cet animal éminemment constructeur, la tête ne soit très-large dans cette partie, et l'organe très-fort, circonstance tout à fait en harmonie avec nos principes; 3" que , dans l'espèce humaine, la saillie du crâne dans celte région n'est nullement en proportion avec le volume des muscles masticateurs; car on rencontre des individus se nourrissant d'aliments qui exigent peu d'efforts de mastication, qui ont la tête étroite
dans celte région et qui sont peu portés à construire; tandis que d'autres, qui se nourrissent de viandes dures, ont la tète large, et montrent beaucoup d'aptitude aux arts mécaniques; et 4° qu'une forte saillie du crâne dans cette région, quelle qu'en puisse être la cause, est toujours l'indice d'une forte propension à construire.
Les muscles temporaux n'ont pas une épaisseur égale chez tous les individus; aussi le phrénologue , lorsqu'il veut apprécier le volume de la proéminence en question sur une personne, doit l'engager à exécuter quelques mouvements de la mâchoire, et en profiter pour apprécier le volume et la force de ces muscles. L'incertitude , relativement aux dimensions du muscle temporal, ne permet pas de reconnaître avec exactitude le volume des organes de la construclivilé et de l'acquisivité sur les têtes modelées; en conséquence, il est plus utile d'examiner la tête même d'un homme vivant ou des crânes dépouillés.
Quand Gall porta pour la première fois son attention sur le génie de la construction que manifestaient certains individus, il n'avait pas encore découvert que chaque faculté piiniiiive dépend d'un organe cérébral; en conséquence, son examen embrassait l'ensemble de la tête de tous les grands mécaniciens qu'il rencontrait. Une circonstance le fiappait constamment, c'est que leur tête était aussi large à la région temporale que vers les pommettes. Cependant, quoique ce fait se présentât fréquemment, il ne lui parut pas tout à fait caractéristique, et il fut ainsi amené à penser que ce genre de talent dépendait d'une faculté particulière. Dans l'espoir de découvrir une proéminence du crâne qui pût la lui indiquer, il se lia avec la plupart des hommes connus par leurs succès dans les arts mécaniques, étudia la forme de leurs têtes et les moula. Chez plusieurs, le diamètre d'une tempe à l'autre était plus large que celui qui sépare les apophyses zygomatiqnes, et chez deux mécaniciens célèbres, les tempes présentaient deux saillies
parfaitement distinctes. L'examen de ces têtes le convainquit qu'il ne fallait pas attribuer le génie de la construction à celle cii'conslance foriuilc du rapprochement de largeur des diamètres des tempes el des arcades zygomatiqucs, mais à une protid)érance arrondie des régions tenqiorales qui, chez certains individus, est située un peu en arrière des yeux; chez d'autres un peu en arrière et au-dessus. Ce développement indique toujours le talent de construire, et quand le diamètre des arcades zygomatiqucs est égal, il en résulti; un parallélisme remarcjuable des côlés de la face; mais comme les apophyses zygomatiques n'ont rien de commun avec cet organe, et qu'elles varient beaucoup chez les dillérents individus, cet aspect de la face n'est pas invai'iabh.'ment lié au génie de la mécanique et ne doit pas, en conséquence, être considéré comme la mesure du développement de l'organe.
Ayant ainsi acquis une idée du siège et de la pi'olubérance formée par cet organe, Gall s'attacha avec ardeur à multiplier ses observations : quelques personnages éminents lui présentèrent, à Vienne, un individu, en le priant de leur indiquer quelle était la faculté prédominante de son génie. 11 dit que ce devait être la mécanique. On crut d'abord que Gall s'était trompé; mais le sujet de l'expérience fut fortement frappé de cette observation : c'était le fameux peintre Unterbergen, qui déclara que Gall avait raison, qu'il avait toujours eu une passion pour les arts mécaniques, et qu'il ne peignait que pour gagner sa vie. Il fit voir, chez lui, une quantité de modèles de machines qu'il avait inventées ou perfectionnées. Gall remarqua en outre que l'art du dessin, si nécessaire au peintre, a des rapports avec l'organe de la constructivilé, de sorte que l'art même qu'il pratiquait publiquement était une manifestation de cette faculté (i).
(t) Le docteur Scheel de Copenhague avait fréquenté les leçons du doc-
Des auditeurs de Gall lui parlaient d'un homme doué au plus haut point du génie de la mécanique; Gall leur traça, avant de l'avoir vu, la forme que son crâne devait avoir, et ensuite lui rendit une visite ; c'était le célèbre constructeur d'instruments de mathématiques, Linder, de Vienne : on voyait s'élever aux régions tempoi'ales deux petites proéminences irrégulièrement arrondies. Gall avait déjà rencontré le même phénomène sur la tète du célèbre mécanicien et astronome David, sur celle d'Augustine Friar et du fameux Voigtlsender, facteur d'instruments de mathématiques. A Paris, le prince de Schwarlzemberg, ministre d'Autriche, voulut mettre la science de Gall et Spurzheim à l'épreuve: à l'issue d'un dîner, il conduisit Gall dans un appartement voisin et lui montra un jeune homme : sans échanger une parole , le prince et le docteur rejoignirent la compagnie , et il dit à Spurzheim d'aller à son tour examiner la tête du jeune homme. Pendant son absence, Gall donna son opinion sur ses qualités, et Spurzheim étant
leur Gall à Vienne, d'où il se rendit à Rome; un jour il entra, sans être attendu , au cours de ce professeur, et le trouvant entouré de ses élèves, il lui présenta un crâne modelé et le pria de lui donner son opinion sur les points saillants qu'il offrait. Gall dit à l'instant qu'il n'avait jamais vu l'organe de la constructivité aussi fortement développé. Sclieel l'ayant prié de vouloir bien continuer l'examen, le professeur indiqua encore une forte proéminence des organes de l'amalivitéel de l'imitation. « Que pensez vous du coloris? » «Je n'y avais pas fait allention, répondit Gall, car il est trèsmodérément développé. » Scheel triomphant répliqua : « C'est la tête de Raphaël. BECTectiveaienl le crâne que représentait le modèle, conservé à l'académie de Saint-Luc à Rome, était généralenicnlconsidéré comme étant celui de Raphaël , et Scheel agissait avec bonne foi dans celte occasion. Mais depuis on a découvert que ce crâne n'est pas celui de Raphaël ; il n'en est pas moins remarquable comme exemple d'un fort développement de l'or gane de la construclivité; on dit qu'il vient d'Jiljulorio, célèbre amateur des bcaux-arls, fondateur de cette académie; mais comme les qualités qui distinguèrent y/d/M(oJ'«o, ne sont pas connues, ce crâne ne témoigne ni i)Our, ni contre la phrénologic ; en conséciuence, nous avons omis d'en parler dans cette édition. Journ. phrénol., vol. IX, p. 92.
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rentré dit que ce devait être un grand mécanicien ou un artiste éminont dans quelqu'une des l)rnnclies de l'ail de constiuire. Le fait est que le prince l'avait fait venir à Paiis à cause de ses dispositions aux arts mécaniques, et lui fournissait les moyens de cultiver ses lieureusos dispositions.
Gall ajoute qu'à Vienne et pendant ses voyages, il avait toujours trouvé cet organe développé chez les mécaniciens, les architectes , les dessinateurs et les sculpteurs , en raison directe de leur talent.
11 rapporte qu'à Mulhausen les manufacturiers ne reçoivent dans leurs ateliers que les enfants qui, dès leur jeune âge, déploient quelques dispositions aux arts, en peignant ou en découpant des figures, parce que l'expérience leur a appris qu'eux seuls deviennent, plus tard, des ouvriers habiles et intelligents.
Spurzheim cite un coiffeur de Vienne remarquable par l'élégante variété de ses coiffures, et chez lequel cet organe était très-développé. La Société phrénologique possède un modèle en plâtre de son crâne qui présente deux petites éminences arrondies à l'endroit de cet organe.