‹ Traité de phrénologie humaine et comparée (volume 2)Chapitre 38 sur 46 · SOLDAT FRANÇAIS. FILLE · texte numérisé non relu

SOLDAT FRANÇAIS. FILLE

J'ignore si les malhématiciens admettent une faculté correspondante à ce sentiment. Elle exerce une grande influence sur le caractère , et son omission doit laisser une lacune importante dans tout système de philosophie morale.

Les effets produits par l'état maladif de cet organe ont été peu observés; on doit croire qu'ils doivent exalter ses fonctions et produire une extrême opiniâtreté. Un cas dans lequel cet organe était très-fort et en apparence surexcité par une cause maladive, est rapporté par le professeur Otto, de Copenhague, dans le Journal phrénologique , vol. VIII, pag. 66.

Cet organe est établi.

(1) Voyez les Planches.

COMBi:. TUAITÉ HP. l'IlRKNOLOGIi:

i6. CONSCIENCIOSITÉ.

Cet organe est situé à la partie postérieure et latérale du sommet Je la tête, au-dessus de la circonspection, en arrière de l'espérance. Dans les planches de Gall, la fonction de cette partie du cerveau est notée comme incertaine; et c'est à Spurzheim que revient l'honneur de la découverte et de la désignation de son siège.

De tout temps, les philosophes ont disputé entre eux'relativement à l'existence de cette faculté moiale de l'esprit humain; la discussion s'est surtout échauffée depuis la publication des écrits de ITobbes , vers le milieu du dix-septième siècle. Cet auteur pensait que « l'approbation que nous donnons aux actions vertueuses, ou utiles à la société, dépend de notre égoisme; car nous savons que tout ce qui est avantageux à la société, est nécessairement avantageux à nous-mêmes. »

Il enseignait, de plus, que « comme c'est à l'institution d'un gouvernement que nous sommes redevables de tout le bien-être de la vie sociale, les lois en vigueur sont les véritables règles de la morale (i). »

Cudworth , en désaccord sur ce point avec Hobbes, a cherché à démontrer que l'origine de la notion du juste et de l'injuste est dans un pouvoir particulier de l'esprit, qui distingue la vérité du mensonge.

Mandeville , qui écrivit au commencement du dernier siècle, soutenait, dans sa théorie de toute morale, que l'homme est égoïste de sa nature; qu'au nombre des désirs qu'il aime à satisfaire, il n'en est pas de plus vif que son amour pour la louange; que les fondateurs de la société, voulant exploiter ce penchant,

(i) Stewarl's Oullines, p. 128.

avaient institué la coutume de donner des éloges à chaque sacrifice fait par l'égoisme au bien public, et avaient appelé ce sacrifice vertu. La louange est donc la monnaie dont on paye le sacrifice des mauvais penchants; et les vertus morales, pour nous servir de l'expression de Mandeville, sont les fruits de la flatterie et de l'orgueil. Ainsi donc, là oii nous croyons voir de la vertu , il n'y a « en réalité qu'égoisme. »

Le D*" Clarke croit que « la vertu consiste à régler notre conduite, d'après les circonstances de la vie et les rapports des événements entre eux. » Et Wollaston, dont les idées sont essentiellement les mêmes, fait consister la vertu à agir selon la vérité des choses, à traiter les objets selon leur caractère réel, et non selon un caractère ou des propriétés qu'on leur suppose, et qu'ils n'ont pas réellement.

On sait que M. Hume a écrit un traité tendant à prouver que l'utilité est la partie constituante, ou la mesure de toute vertu; Smilh enfin, dans son langage hyperbolique, soutient que nou? n'avonspas plus de motifs pour louer un homme, que nous n'en avons pour louer un meuble quelconque.

Il est un autre système qui fait de la vertu, pratiquée en raison de ce qu'elle peut nous être utile, un avantage personnel dans tous les cas. D'après ce système, la vertu n'a jamais pour but que le plaisir ou la satisfaction personnelle ; si elle abandonne un plaisir, c'est pour un plaisir plus grand encore ; elle sacrifie la jouissance présente, mais ce n'est que dans l'espoir d'une autre jouissance, qui, par sa durée et par son intensité, promet de la dédommager amplement de son sacrifice. Ainsi donc, dans tous les cas oii l'individu semble n'avoir en vue que le bien d'autrui, il n'est mû que par un désir de satisfaction personnelle.

Le D"" Hutcheson soutient fortement l'existence d'un sens moral, d'où découlent nos perceptions de la vertu, indépendamment de toute autre considération.

Le ï)"" Paley, le. plus populaire de lous ceux qui onl écrit sur la philosophie morale, n'admet pas qu'un senlinienl naturel de la justice soit la base de la vertu; il est aussi partisan du système égo'iste, avec quelques modifications. 11 fait consister la vertu à faire le bien au genre humain, par obéissance à la volonté de Dieu , et dans l'espoir du bonheur éternel. Selon lui, la volonté céleste est notre règle, et notre bonheur particulier notre motif. On voit par là, que c'est de l'égoisme présenté sous une autre forme.

Adam Smith, dans sa Théorie des sentiments moraux, s'efforce de prouver que le spectateur im[)ai'lial mesure son approbation morale, sur la sympathie qu'il éprouve pour l'action et le but de ceux dont il juge la conduite.

Le D' Reid, lord Kamcs et M. Stewart soutiennent qu'il existe dans l'homme une faculté qui produit le sentiment du bien et du mal, indépendamment de toute autre considération.

Il n'y a pas plus d'accord, aujourd'hui, entre les métaphysiciens, qu'il y a un siècle. Un écrivain, l'auteur de l'article Philosophie morale dans l'Encyclopédie d'Edimbourg, doute de l'existence d'un sens moi'al, et fait reposer la vertu sur la religion et l'intérêt. Sir James Mackintosh, dans sa dissertation sur les progrès de la philosophie morale, qui précède l'Encyclopédie britannique , explique la conscience d'une manière que je me suis en vain efforcé de comprendre. Elle est formée, selon lui, de plusieurs éléments et de la combinaison d'éléments hétérogènes, tels que les affections personnelles et sociales. D'après cela, dit-il, il est diflîcile d'en diviser les principes, et impossible de les faire ressortir dans une action séparée.

Le tableau que je viens de tracer de ces théories contradictoiies prouvera, je pense, que la philosophie de l'esprit ne fera des progrès réels et durables, que quand les philosophes con-

sentiront à lui donner la phrénologie pour base; il existe, sans doute, une puissance ou faculté, dont la fin est de produire le sentiment de la justice ou du devoir, indépendamment de tout désir égoiste, de l'espoir d'une récompense, de la crainte d'un châtiment, ou de tont autre motif extrinsèque; une faculté enfin, dont le langage naturel est : Fiat justitia , mat cœlum. Et c'est là, en effet, ce que prouve la phrénologie par de nombreuses observations : toute personne, chez qui la conscienciosité est peu développée, distingue à peine le juste de l'injuste; tandis que celle qui est douée de cet organe à un haut degré , est invinciblement dominée par le sentiment de l'équité.

La bienveillance et la vénération produisent des émotions morales; et les actions opposées à celles qu'elles dictent, sont appréciées par l'esprit , comme inconvenantes et iniques. Mais elles ne semblent pas faire naître le sentiment du devoir; c'est à la conscienciosité qu'est dévolu ce ministère. L'équité est le résultat de ce sentiment, lorsqu'il agit de concert avec les pouvoirs intellectuels. Ces derniers approfondissent les motifs et les conséquences des actions; mais ils n'éprouvent pas d'émotions.

Après avoir étudié la conduite de l'homme, et en avoir découvert le mobile , un sentiment d'approbation ou de blâme s'éveille dans l'esprit; ce sentiment, distinct de tous les autres , est le produit de la conscienciosité.

Cette faculté est de la plus grande importance , en raison de son influence sur toutes les autres. Quand la combativité et la destructivité sont trop actives, la conscienciosité leur impose des limites, elle autorise la défense, elle réprime l'agression. Quand l'acquisivité nous presse trop fortement, elle nous rap- ])elle les droits d'autrui. La bienveillance nous encourage-t-elle à la prodigalité, elle nous souffle cette maxime : Sois juste avant d'être généreux. L'idéalité nous transporte-t-elle dans le ciel des illusions, quand le devoir nous appelle à des exercices

laborieux, dans une sphère plus humble, la conscienciosité nous courbe sous le joug, et arrête notre esprit dans son essor.

C'est ainsi qu'elle répare souvent, par son activité, le peu de développement d'autres organes. Quand la bienveillance est faible, la conscienciosité peut nous faire soulager les misérables, en nous faisant comprendre que c'est un devoir. Quand l'acquisivilé est trop faible pour nous porter au travail, la conscienciosité nous y pousse par un sentiment d'équité envers ceux qui nous entourent. Cette qualité est donc essentielle pour former un caractère judicieux et conséquent , et il est important de la cultiver chez les enfants.

L'homme, chez qui elle est puissante, montre une bonne foi, une intégrité, une droiture, qui inspirent la confiance, et forcent à croire à sa sincérité. Chacun sent qu'il est juste par le seul amour de la justice, et non par la crainte ou l'intérêt.

Elle ne s'attache pas seulement aux droits légaux et à la propriété d'autrui ; elle porte aussi à juger avec équité la conduite, les opinions et les talents d'autrui. Une personne qui a cet organe fortement développé est aussi prompte à se condamner qu'à trouver des fautes aux autres. Elle rend l'homme ponctuel, parce que c'est une injustice que de sacrifier le temps et la commodité d'autrui; elle lui fait satisfaire ses créanciers, parce qu'il est juste de payer ce qu'on doit ; elle le rend circonspect dans ses promesses, parce qu'il compte les remplir; elle le rend conséquent dans sa conduite; enfin, elle lui communique une simplicité de manièresLqui commande l'estime, et gagne l'affection de tout esprit bien fait.

Quand la conscienciosité est plus fortement développée que la bienveillance, elle fait d'un homme un maître rigide, quoique juste. Toute erreur est faute à ses yeux; et, pour donner trop d'importance à des choses insignifiantes, il devient insociable.

L'absence de la conscienciosité produit des résultats entière-

ment contraires; l'absence de ce senliment perce dans toutes les actions de sa vie , alors même que, dans sa conduite , il respecte les lois. Tousses sentiments, tous ses penchants agissent sans ce contrôle puissant. Si son adhésivilé, si sa bienveillance l'atlaclient à un ami, il le regarde comme le premier des hommes; il est aveugle à toutes ses imperfections. Cet ami vient-il à le blesser, c'est un monstre d'ingratitude et de bassesse; en un instant, l'ange s'est fait démon. Une conscienciosité forte fait voir l'homme tel qu'il est ; l'estime se règle sur ses principes, et l'offense est appréciée à sa juste valeur.

L'amour de l'approbation, fortement développé, quand la conscienciosité est faible, nous porte à adopter tous les moyens qui nous plaisent, sans égard à ce qu'ils ont d'injuste et d'inconvenant. L'amour de l'approbation nous fait illusion sur nos défauts; enfin, quand cette faculté est faible en nous, elle nous porte à agir et aussi à juger la conduite d'autrui, d'après nos sentiments dominants. Nous sommes affectueux sous l'impulsion de la bienveillance, sévères quand la destructivité domine; nous admirons quand notre orgueil, notre vanité ou notre affection excite un sentiment favorable aux autres; nous condamnons, quand ces sentiments prennent une direction opposée; notre conduite n'est jamais réglée par un principe; nous sommes peu scrupuleux ; nous nous condamnons rarement nous-mêmes; nous ne pouvons nous reconnaître un tort. Les esprits ainsi faits peuvent être aimables, et déployer d'excellentes qualités; mais il ne faut pas avoir foi en eux. Juges, leurs décisions sont dérisoires; amis, ils sont sujets à exploiter et à rendre peu; marchands, ils vous surfont; acheteurs, ils vous font banqueroute.

L'honneur, tel que le comprennent certaines gens, est fondé sur l'estime de soi et l'amour de l'approbation, et sur l'absence de la conscienciosité. Qu'un homme ait des torts envers un autre, la foule croit qu'il se dégrade en faisant des excuses.

Se battre et ne point avouer sa faute, c'est là ce qu'ordonnent l'estime de soi et l'amour de l'approbation, quand la conscienciosité est très-faible; car l'estime de soi se sentirait humiliée de reconnaître un tort, et l'amour de l'approbation souffiirait à l'idée de ce que pourrait penser le monde; à moins qu'un sentiment plus élevé ne vienne l'arrêter, la misérable victime ira se faire tuer pour soutenir une conduite qui n'est pas soutenable. L'homme consciencieux se relève dans sa piopre estime, en avouant ses torts; et peu lui importe ce qu'en pense le monde; car il est à lui seul un juge équitable et inflexible.

Ce sentiment est essentiel à l'esprit philosophique, surtout dans ses investigations morales. Il produit le désir de découvrir la vérité, le tact qui la fait reconnaître, une foi implicite en sa suprématie. L'homme, dont la conscienciosité est faible, n'a pas d'opinion; s'il a l'amour de l'approbation et la secrétivité développés il a un penchant pour les doctrines paradoxales; si à ces organes il joint celui de la combativité, il a une tendance au scepticisme, il nie les vérités les mieux établies.

Il n'est point de sentiment qui soit plus difficile à comprendre que la conscienciosité , pour ceux qui ont cet organe peu développé. Ils comprennent qu'on se conduise par des motifs d'ambition, d'intérêt, de vengeance; mais cette résolution de l'âme, qui affronte la mort par le pur amour de la vertu, leur paraît incompréhensible. Ils la regardent comme une espèce de folie qui se méconnaît. M""^ de Staël dit de Napoléon, qu'il ne se méprenait jamais aussi complètement sur son caractère, que quand il lui arrivait de se rencontrer avec un homme guidé par les seuls principes de l'intégrité; il se mettait à la torture pour deviner ses motifs; il s'ingéniait vainement à découvrir son faible. Celte maxime , que tout homme a son prix , peut paraître vraie aux yeux de ceux qui ont l'acquisivité ou l'amour de l'approbation très-large, et la conscienciosité modérée.

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Mais il est des esprits d'élite, que ni la fortune, ni les honneurs ne peuvent faire dévier des sentiers de la justice; ce sont ceux chez qui la conscienciosité, la fermeté et la réflexion sont les pouvoirs dominants.

J'ai toujours observé que les individus chez qui l'amour de l'approbation est très-large , quand leur conscienciosité n'est point également développée, sont incapables de comprendre comment on peut avouer qu'on croit à la phrénologie, tant que le ridicule s'y attache. Ceux-là seront les premiers à augmenter le nombre de ses admirateurs, quand l'opinion publique changera; car ils sont partisans de toute doctrine admise; ils. méritent qu'on les plaigne et qu'on leur pardonne; leur conduite résulte d'une organisation moralement défectueuse; ce qui est un malheur et non un tort.

Le fait, que cet organe manque souvent à des individus amplement dotés des organes de l'intelligence, quand les penchants animaux sont fortement développés chez eux, explique la bassesse de sentiments et les goûts dépravés d'hommes d'un mérite éminent. Et c'est encore ici le lieu d'observer les fonctions distinctes des diverses facultés de l'esprit. Il n'est point d'erreur plus fréquente que celle de concevoir qu'en exerçant la faculté de la vénération, on cultive celles de la bienveillance et de la justice. Mais, quand sa vénération est large et sa conscienciosité petite , un homme est à la fois pieux et injuste; renversez cette combinaison d'organes, il est juste sans être pieux; précisément comme on est aveugle sans être sourd, ou sourd sans être aveugle. L'absence de la vénération, comme nous l'avons déjà dit, n'entraîne pas nécessairement l'irréligion; ainsi, quoiqu'il soit rare de trouver un homme tout à la fois impie et juste, cependant on en trouvera beaucoup qui sont justes sans être religieux, et vice versa.

La conscienciosité, quand elle est puissante, a le sentiment de son autorité souveraine sur toutes les autres facultés. La

COMBE. — TRAITl'; DE PIIRKNOI.OGIE. -17

scène do la Prison d'Edimbourg , où Jeanio Donns est représentée, faisant sa déposition dans le procès de sa sœur, devant la haute cour de justice, offre une preuve frappante de l'action de cet organe et de son autorité, quand il est soutenu par la piété. Le sentiment impérieux de la conscicnciosilé et de l'obligation d'être vraie, porle cette jeune fille à sacrifier tout intérêt, toute affection, qui pourraient la faire dévier des sentiers du devoir; aussi, la voyons-nous obéira son intégrité, aux dépens de tout autre sentiment cher à la nature humaine.

Le repentir, le remords, le sentiment de notre crime et de notre indignité, sont les conséquences de cette faculté, quand nous avons commis des actions contraires à son impulsion. Cependant, c'est une erreur de croire que les grands criminels trouvent leur châtiment dans leur conscience; car cet organe manque, en général, aux hommes qui ont passé leur vie dans le crime; et ils sont, par conséquent, étrangers aux remords. Ilaggart regrettait d'avoir assassiné le geôlier de Dumfries; mais il n'avait aucun remords de ses vols. Sa bienveillance, largement développée, provoquait le repentir de son premier crime; la faiblesse de sa conscienciosité explique son indifférence quant au second. Bellingham avait la bienveillance et la conscienciosité également faibles , et tout sentiment de justice et de compassion lui était étranger : il ne témoignait ni repentir, ni remords.

Gall ne connaissait ni la faculté ni l'organe de la conscienciosité. 11 considérait le remords, comme le résultat de toute action contraire aux 'dispositions prédominantes d'un individu. Selon lui, il y a autant de consciences que de facultés : par exemple, celui qui, ayant la bienveillance très-développée, fait tort à autrui, blesse cette faculté, et le sentiment provenant de cette blessure est le regret ou le repentir. L'usurier , le libertin qui laisse échapper une occasion se repent, le premier, de n'avoir pomt satisfait son acquisivité; le second, de n'avoir point

fait une nouvelle victime. C'est là (;e que Gall nommait la conscience naturelle ; il ne croyait pas qu'on pût s'y fier, et, partant, (les lois , des institutions positives devenaient nécessaires. Spurzheim a rétorqué cet argument avec beaucoup d'esprit : il prouve que le simple sentiment du regret est tout à fait différent du remords. Nous regrettons d'avoir perdu une paii'e de gants, ou dépensé inutilement une demi-couronne; mais ce sentiment n'a rien d'analogue avec le cri qui s'élève dans notre conscience, quand nous avons empiété sur les droits de notre prochain, commis un vol, ou articulé un mensonge. Gall finit par considérer la bienveillance comme la faculté de la morale;, mais le sentiment du devoir est aussi distinct de la simple bonté, que l'espérance l'est de la crainte; et d'ailleurs les faits sont là pour prouver que la morale et la bonté dépendent^ de deux organes bien distincts.

Quand cet organe est faible et lasecrétivilétrès-développée, surtout si l'idéalité et le merveilleux viennent au secours de ce dernier organe , on est porté au mensonge ; ce penchant est quelquefois si fort , (lue ni les avantages d'une bonne éducation , ni ceux que l'on trouve dans la fréquentation de la bonne compagnie, n'ont jamais pu le vaincre.

Il est des criminels qui ne sont pas plutôt découverts, qu'ils confessent leur crime et semblent appeler le châtiment afin d'adoucir le remords qui les dévore. La Société phrénologique possède le moule du crâne d'un homme qui exprimait ce désir. C'est celui de John Rotherham, qui, ayant rencontré une servante sur la grand' route , la tua seulement pour satisfaire à l'impulsion de sa destructivité; car il ne fit aucune tentative pour la violer : il piit seulement ses souliers et son parapluie. A peine arrêté, il confessa son crime, insista pour plaider sa culpabilité, et c'est avec beaucoup de peine que le juge parvint à l'engager à n'en rien faire. Cet organe était très-fort chez li]i , et il semble qu'il avait agi sous l'influence d'une excessive destructivité. James Gordon, au contraire, qui assas-

siria lin jeune mendiant dans Eskdale-Mnir, niait eiTrontémenl sou crime, et après le verdict de condamnation, "il accusait le jury et la cour d'avoir condamné un innocent. Cependant , au moment de l'exécution, il s'avoua coupable. L'organe de la conscienciosité manquait tout à fait chez lui.

Cet organe est très-fort chez 3I""= H"*, le révérend M. M***, le D"" Hette et Rammohun-Roy , (jui tous manifestèrent ce sentiment à un très-haut degré. Il faut beaucoup d'attention pour déterminer exactement l'étendue de cet organe. Quand la fermeté est proéminente et la conscienciosité faible, la tète aplatie forme un angle dont le sommet aboutit à la fermeté, comme dans Haggart et Robert Bruce; quand la fermeté et la conscienciosité sont également développées, la tète s'élève' considérablement de la circonspection à la fermeté, et forme une saillie de forme ronde, comme chez le révérend M. M***, p. 170. Quand ces deux organes sont petits , la tête s'élève très-peu au-dessus de la circonspection, et paraît aplatie d'une circonspection à l'autre, comme cela peut se voir sur la figure cidessous représentant la tête d'un jeune garçon.

DAVID HAGGART.

Ternielé faible , eonscienciosité faible

JEUNE GARÇON D'tN CARACTÈRE FAUX.

Fernielé trés-forlo, conscienciosité faible.

Absence de fei niclé et de couscieuciosité.

ChezM™^ H., la fermeté 15 est petite; la conscienciosilé 16 large : chez D. Haggart, la fermeté 15 est forte, et la conscienciosité 16 faible : chez le jeune garçon les deux organes manquent à la fois , ce qu'indique la forme aplatie de la tête , au-dessus des organes de la circonspection. Si chez M™^ H., la fermeté eût été aussi forte que la conscienciosilé, ou que chez D. Haggart la conscienciosité eût égalé la fermeté, leurs têtes eussent présenté un segment de cercle plein et élevé , s'étendant d'une circonspection à l'autre , et elles eussent formé contraste avec celle du jeune fourbe. La pratique journalière est indispensable pour bien apprécier ces différentes nuances. .

La différence dans le développement de ces organes, chez les différentes nations comme chez les individus, et les combinaisons qu'il forme avec les autres organes, nous permettent de nous rendre compte de la différence que l'on a remarquée, de tout temps, dans les notions de justice chez les différents peuples. L'amour de la vérité est si faible chez les Indous , les Africains et les naturels de l'Amérique, que les magistrats anglais sont d'avis qu'on ne peut pas les admettre à témoigner dans les cours de justice; il est curieux d'observer que l'absence de la conscienciosilé forme généralement un vide caractéristique sur les crânes de ces peuples divers, que possèdent les sociétés de phrénologie. Il est également très-faible chez les Esquimaux , ESQUIMAUX. qui sont notoirement adonnés à la

fraude et au vol. Les notions de justice que possède un individu sont d'autant plus parfaites, que cet organe est plus fort, et qu'il est combiné avec un heureux développement des autres sentiments moraux et des facultés intellectuelles. De même qu'une personne douée de l'organe des tons sera d'autant meilleur juge de la musique, que cet organe sera

combiné avec un fort développcmenl des sentiments moraux et de la réflexion , de même les lois qui ordonnent ou défenfent telles ou telles actions sont indispensables pour régler li\ conduite de ceux qui, n'ayant pas reçu de la nature un développement suffisant de cet organe, ne possèdent pas en eux le sentiment du juste à un assez haut degré pour pouvoir légler leur conduite; ceux qui ont reçu ce don précieux, ont, suivant saint Paul , « la loi en eux-mêmes. »

On a objecté que la conduite des personnes douées d'un large développement de la conscienciosilé , est très-souvent en opposition avec ce sentiment, qu'elles se montrent intéressées, ambitieuses, précisément comme celles chez qui cet organe est très-faible; et l'on se demande ce qu'en pareil cas devient l'influence de cet organe. La pluralité des facultés explique ce phénomène. La conscienciosilé n'est pas la seule faculté de l'esprit, et quoique son autorité soit souveraine, sa force peut la trahir quelquefois. L'homme dont la bienveillance et la destruclivité sont également larges, peut être amené, dans certaines circonstances qui excitent fortement sa deslructivité, à manifester cette dernière faculté par des accès de fureur, des actes de vengeance , de sévérité inouïe , tous opposés à la bienveillance: de même, celui dont l'acquisivilé et l'estime de soi sont très-fortes , peut obéir à leurs impulsions, malgré l'influence de la conscienciosilé. Mais l'homme bienveillant, une fois son accès de deslructivité passé , comprend ses torts et les déplore ; ainsi de celui qui a commis des injustices , quand la conscienciosilé est fortement développée en lui.

J'ai toujours remarqué que, quand sa conscienciosilé est forte, un homme fait droit aux demandes qui lui sont adressées, toutes les fois que la justice est du côté du demandeur, et quand cet organe est faible en lui , il n'est guidé que par des motifs qui y sont totalement étrangers. Dans l'intérêt des gouvernements et du bien public, on ne devrait appeler aux

fonctions publiques, que des lionimes chez qui cet organe est très-proéminent; c'est là une vérité qui sera d'autant mieux appréciée, que la société progressera dans les voies de la civilisation et de la morale.

Une autre dilTicuiié que l'on fait valoir, c'est que la conscienciosité étant un sentiment, ne donne pas, par elle-même, la perception de ce qui est juste ; et ici nous répondrons par un exemple : un juge entend dans une cause l'une des parties, et sa conscienciosité, agissant d'après les faits qui lui sont présentés par le moyen de l'intelligence, produit le sentiment que le droit est du côté de cette partie. La partie adverse est entendue; de nouveaux faits sont mis au jour, et la conscieiiciosité produit alors le sentiment que la justice est de ce dernier côté. Si cette faculté même formait des idées spécifiques sur ce qui est juste, ce serait un pouvoir intellectuel, et le raisonnement serait proportionné au développement de l'organe dont elle émane ; mais ce n'est qu'un sentiment : sa fonction réelle est de produire une émotion de justice ou d'injustice, d'après le cas particulier ou l'assemblage de faits qui lui est présenté par l'intelligence.

L'explication de cette doctrine se trouve tout au long dans l'Ermite de Parnell. L'ange fait tomber le domestique dans le torrent, et tant qu'on ignore la cause de cette action, on la trouve injuste; mais quand on apprend ensuite que son intention était d'assassiner son maître la nuit suivante, la conscienciosité sent que l'ange, en le détruisant, a fait un acte de justice. On ne peut dire que la conscienciosité donne des décisions opposées sur le même cas; elle produit simplement l'émotion qui lui est particulière, selon qu'il lui est présenté.

Quand cet organe est dans un état morbide , des sentiments singuliers de crimes, le plus souvent imaginaires, s'emparent de l'esprit. J'ai vu deux individus atteints de cette maladie. L'un s'imaginait s'être endetté d'une somme énorme qu'il n'avait

pas les moyens de rembourser ; l'autre s'imaginait s'être rendu coupable de meurtre, et, en général , de toutes les iniquités les plus atroces; et cependant tous deux , en état de santé, étaient connus par leur humanité et leur délicatesse parfaite en tout ce qui touche l'honneur.

Les personnes chez qui les deux organes de la circonspection et de la conscienciosité se trouvent dans un état morbide, s'imaginent avoir commis les péchés les pUis énormes, et subissent, par anticipation , tous les tourments de l'enfer. Dans ce cas, quand tout espoir de guérison n'est pas perdu, surtout si, en état de santé, son humeur est douce et bonne, je consfcille de respecter les idées du malade, et d'appeler un prêtre en même temps qu'un médecin.

Dans la première édition de cet ouvrage, je dis que la reconnaissance provient sans doute de celte faculté ; mais sir G. S. Mackenzie, dans son ouvrage intitulé Illustralions ofPhrenology, a démontré que la reconnaissance vient surtout de la bienveillance; et je demeure tout à fait d'accord avec lui sur ce point.

II n'est pas temps encore, quand l'historique de chaque fonction n'est pas terminé, de parler des combinaisons de facultés; mais c'est cependant ici le lieu de faire observer que la phrénologie nous explique l'origine des diverses théories sur la morale déjà énumérées.

Hobbes, par exemple , déniait tous les sentiments, et regardait les lois civiles comme la règle de toute morale. C'est là une idée qui doit paraître naturelle à l'homme dont la conscienciosité est très-faible, et qui n'a jamais éprouvé la plus simple émotion de justice, mais qui comprend la crainte, le désir de la propriété et d'autres affections qui font attacher un grand prix à la sécurité , et par suite, désirer un gouvernement régulier. J'augure de là que Hobbes était ainsi constitué.

Mandeville fait de l'égoisme et de l'amour de la louange

les bases de toutes nos actions. Supposons un instant que Mandeville manquait de conscienciosité et qu'il avait l'amour de l'approbation fortement développé, sa doctrine alors nous paraîtra le produit naturel de son esprit.

M. Hume trouve la vertu dans le besoin que nous avons d'être utiles à nous-mêmes ou aux autres. C'est là un sentiment qui doit résulter de la combinaison d'une forte bienveillance, de facultés réfleclives énergiques et d'une faible conscienciosité.

Paley dit qu'être vertueux, c'est prendre la volonté de Dieu pour règle et s'y conformer en ayant en vue notre bonheur éternel. Cette pensée a du émaner d'un esprit où l'égoisme et les penchants animaux étaient fortement développés, où la véné-' ration est aussi proéminente et la conscienciosité assez faible.

Cudworth, Hutcheson, Reid, Karaes, Stewart et Brown, au contraire, soutiennent, avec autant d'obstination que de talent, qu'il existe dans l'esprit un sentiment originel ou une émotion qui produit la justice et qui est indépendant de toute autre considération. C'est là le sentiment naturel aux personnes chez qui la conscienciosité est puissante. Un homme très-respectable, chez qui cet organe est prédominant, me dit n'avoir jamais pu comprendre que des philosophes pussent nier l'existence de cette faculté; à ses yeux, c'était comme si on s'effor^ çait de prouver un axiome mathématique.

L'existence de cet organe est prouvée.

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