‹ Traité de phrénologie humaine et comparée (volume 2)Chapitre 44 sur 46 · ÏMrrATiON · texte numérisé non relu

ÏMrrATiON

Voici comment Gall expli(iue la découverte de cet organe.

Un jour, un de ses amis, avec qui il causait des formes de la tête , l'assura que la sienne avait quelque chose de particulier, et il indiqua de sa main la région supérieure et antérieure du crâne. Cette partie était élevée et avait la forme d'un segment de cercle, et derrière la protubérance, au milieu de la tête, se trouvait une dépression transversale. Jusque là, Gall n'avait point observé une semblable conformation. Cet homme avait à un haut degré le talent de l'imitation. Gall se rendit aussitôt à l'Institution des sourds et muets, afm d'examiner la tête d'un élève, nommé Casleigner, qui y était entré six semaines auparavant, et qui avait attiré l'altenlion par son talent de mime. Un mardi gras, on avait joué une petite pièce à l'Institution, et il avait imité si parfaitement les gestes, le port, les regards du directeur, de l'inspecteur, du médecin, du chirurgien, et aussi de quelques femmes de l'établissement, qu'il aurait été impossible de ne pas les reconnaître. Cette représentation avait été d'aulant plus amusante, qu'on ne pouvait rien attendre de semblable de cet enfaiit, dont l'éducation avait été très-négligée.

Gall affirme qu'il trouva cette partie de la tête très-déve-

loppée chez cet individu comme dans la tête de son ami Hannibal que nous venons de citer.

Il se demanda alors, si le talent du mime ne dérivait point d'une faculté et d'un organe particulier. Il rechercha toutes les occasions de nuiltiplicr ses observations. 11 porta ses investigations dans les familles, dans les écoles, sur la place publique; partout il examina la tête des individus qui se distinguaient par leur aptitude à mimer. A celte époque, M. Marx, secrétaire du ministère de la guerre, s'était fait une réputation en jouant plusieurs rôles dans un théâtre d'amateurs. Gall trouva dans sa tête la même proéminence que dans celles de Casleigner et d'Hannibal, Chez toutes les autres personnes qu'il examina, il trouva cette partie plus ou moins élevée, selon le degré de leur talent d'imitation. Gall rapporte que Garrick passait pour avoir un talent de mime si extraordinaire, qu'étant à la cour de Louis XV, il lui suffit d'avoir vu un instant le roi, le duc d'Aumont, le duc d'Orléans, MM. d'Aumont, de Brissac, de Richelieu et le prince de Soubise, pour retenir leurs manières, leurs moindres gestes. Quelques jours après, cet acteur invita à souper quelques seigneurs qui l'avaient accompagné à la cour, et leur dit : « Je n'ai vu la cour que pendant quelques instants; mais je vais vous faire juges de ma puissance d'observation et de l'étendue de ma mémoire. » Alors il plaça ses amis sur deux rangs, puis il se retira pour faire son entrée quelques instants après. Aussitôt ses amis de s'écrier ; « Sur ma foi , voici le roi. » Il imita ainsi plusieurs personnages de la cour, qui furent aussitôt reconnus. Gall comprit facilement combien le don d'imitation aide au talent de l'acteur; et il examina la tête des meilleurs artistes du théâtre de Vienne. L'organe était chez tous fortement développé. Il se procura le crâne de Junger, poète et comédien, et il s'en servit plus tard dans ses cours. Il se confirma dans son opinion sur l'existence de cet organe, dans son voyage avec Spurzheim. Dans la maison

de correction, à Munich, ils virent un voleur chez qui il était développé. Gall le désigna comme devant être un comédien. Surpris de cette observation, le voleur avoua qu'il avait fait partie d'une troupe de comédiens ambulants. Cette particularité était inconnue dans la prison. Avec toutes ces données, Gall se crut en droit d'affirmer l'existence d'un organe spécial pour l'imitation, c'est-à-dire d'une faculté qui donne le pouvoir de personnifier les idées et les sentiments d'aulrui, et de représenter exactement leurs gestes. Et c'est ce développement que nous avons décrit plus haut , qu'il regarde comme le siège de l'organe en question.

Cet organe contribue à former le poète ou l'auteur dramatique : Shakspeare , Corneille, Molière, Voltaire, etc., lui ont des obligations. 11 est large dans les portraits de Shakspeare et dans le buste de Walter Scott, dont les œuvres fourmillent d'admirables scènes dramatiques. Cette faculté donne seulement le talent d'imitation; et M. Scott observe, avec raison, que dans le jeu d'un acteur il fautplus que de l'imitation; il faut que l'expression des penchants et des sentiments de l'esprit humain soit rendue avec toute sa vérité et sa chaleur naturelle; elle pouvoir d'expression résulte, selon lui, de la secrétivité. Peut-être attribue-t-il trop d'influence à la secrétivité, et trop peu à l'imitation. Quanta moi, je crois que la secrétivité produit surtout un effet restrictif, et que l'imitation fait que celui qui la possède, se pénètre de l'esprit de ceux qu'il représente.

Comme l'imitation consiste surtout dans la reproduction des gestes, on comprendra que les efl'ets sont augmentés par de vigoureux pouvoirs d'observation , et que, par conséquent, un large développement de l'individualité et de l'éventualité aide beaucoup à cette faculté. Ces organes étaient très-développés dans la tête de Garrick et dans celle de feu Maithews.

Cette faculté est indispensable au peintre de portraits, au graveur, au sculpteur. J'ai examiné la tête de MM. W. Dou-

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glas, Joseph Uwens, W. AUan , James Stewart, Selby l'ornilliologiste , Lawrence Macdonald , elc. ; je l'ai toujours trouvée liès-développée. L'imilaiion , dans les arts , est aussi indispensable que la constructivilé. Cette faculté est aussi d'un grand secours au musicien, au philologue, et enfin à tous les arts d'expression.

Spurzlicim, parlant de l'imilaiion, du morvoillenx, de l'espiit de saillie et des tons, dit : « Il est remarquable que la région antérieure, latérale et supérieure du cerveau, comprend surtout les organes dont dépendent les plaisirs en général, et surtout les représentations dramatiques, s L'iu)italiondonneles gestes qui expriment le mieux les pensées et les sentiments. Aussi est-elle nécessaire à l'orateur accompli. Il est des individus qui accompagnent leurs discours d'une expression forte et animée. La pensée brille dans leurs yeux et se lit sur leur physionomie, avant qu'ils l'aient articulée. C'est là le lésultat d'une forte imitation et d'une forte idéalité.

L'imitation est chez les enfants plus active que chez les adultes. Les enfants sont très-porlés à imiter; de là la nécessité de leur donner toujours bon exemple. «Les enfants » dit Locke, « ainsi que les hommes agissent la plupart du temps par imitation. Nous sommes tous des espèces de caméléons, qui participons de la couleur de ce qui nous entoure. »

Cabanis rapporte un exemple d'état morbide de l'imitation. Le malade se sentait comme contraint de i-épétertous les mouvements et toutes les attitudes dont il était témoin , et souffrait des douleurs inouïes, chaque fois qu'on essayait de l'en empêcher. Une jeune idiote, ditPinel,que j'ai soignée pendant longtemps, a une propensité décidée et irrésistible à imiter tout ce qui se fait devant elle. Elle répète comme un perroquet tout ce qu'elle entend; elle imite comme un singe tous les gestes et toutes les actions avec la plus grande exactitude.

Quelques animaux possèdent cet organe : les perroquets et les singes imitent les actions de l'homme. Cette faculté est trèspuissante chez le Turdus polyglnttus, ou oiseau moqueur. < Son chant naturel » dit le D"" Good, « est harmonieux et solennel. Mais il possède, en oulre, le talent instinctif d'imiter le chant de toute autre espèce d'oiseau , et même le cri des oiseaux de proie avec tant d'exactitude, qu'il trompe les oiseaux mêmes de l'espèce qu'il imite. Il prend plaisir à ce jeu : souvent il attire de petits oiseaux, en imitant leur chant; et, quand ils sont près de lui, il les chasse en imitant le cri des oiseaux de proie qu'ils redoutent le plus. >

Quand cet organe et celui de la bienveillance sont fortement développés, la partie antérieure du sommet de la lêle s'élève à une grande hauteur au-dessus des yeux ; elle se présente large et aplatie comme chez Clara Fisher qui, dès l'âge de huit ans, se montra grande comédienne. Quand la bienveillance est large et l'imitation petite, la partie médiane et antérieure du sommet de la tête s'élève; mais les côtés s'affaissent rapidement comme on l'observe chez Jacob Jervis.

L'existence de cet organe est considérée comme prouvée.

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