TRAITÉ DR PHRÉNOLOGIE. UQ
11 résulte do cette disposition, que le cerveau, dans les ventricules duquel le liquide se trouve épanché, augmente de volume, se distend, et que ses circonvolutions s’effacent. La nutrition du cerveau étant en relation avec celle du crâne , fait que celui-ci se moule sur la forme du premier et que la tête peut présenter un volume monstrueux. Il existe dans les cabinets d’anatomie de l’école de médecine de Paris, plusieurs crânes d’hydrocéphales très-remarquables. Nous nous rappelons avoir vu à l’hospice de perfectionnement de Paris, un jeune homme de seize à dix-huit ans, affecté d’hydrocéphalie dont la tête n’offrait pas moins de deux pieds et demi en circonférence. Son regard était stupide et il paraissait soutenir sa tête avec peine. On nous dit qu’il avait la mémoire des mots assez heureuse ; l’on nous assura même qu’il avait retenu un assez bon nombre de vers adressés à un personnage illustre dont il était le parent.
Il n’est pas sans exemple que des individus affectés d’hydrocéphalie aient conservé leurs facultés intellectuelies. Au nombre de ces cas assez rares, se trouve celui de ce jeune homme dont le docteur Spurzhcim a fait représenter la tête dans le traité de phrénologie qu’il a publié à Londres (1). Ce jeune homme, âgé de trente-trois ans, présentait une tête ayant trente-trois pouces de circonférence , trois pouces moins de trois pieds. Le même médecin dit avoir vu à Musselhurgen en Ecosse, près d’Edimbourg, un homme doué de facultés intellectuelles très-remarquables, et dont la tête était encore plus volumineuse. Tulpius et Camper avaient déjà observé des faits semblables (2).
Sur cinq ou six cas d’hydrocéphales que nous avons rencontrés, nous n’en avons pas vu un seul où toutes les facultés intellectuelles fussent intactes : il existait chez presque tous , un trouble de ces facultés ou des sens plus ou moins complet. Presque toujours la vue des hydrocéphales est imparfaite ; ils ont des accès de somnolence plus ou moins prolongés; quelques-uns ne peuvent supporter le moindre bruit, quelque léger qu’il soit. On trouve même fréquent ment une paralysie des extrémités inférieures.
Nous avons déjà fait observer que, dans ces lésions, le cerveau n’était poir^ délayé comme on l’avait supposé ; que Tulpius avait prouvé el Gall après lui, que le cerveau était au contraire déplissé : mais, comme il présentait alors l’aspect d’une membrane , les anatomistes inallentifs avaient pris le viscère lui-même pour une de ses enveloppes.
Aux vices de formes du crâne appartient un cas beaucoup moins rare que ceux que nous venons de citer. Le cerveau et le crâne n’ont d’autre vice apparent qu’un développement au-dessous de l’état normal. Celte diminution est toujours accompagnée de cet état des facultés intellectuelles , connues sous le nom d’idiotisme. Nous avons fait représenter l’un de ces cas, pl. LXXXVI,
(1) Le docteur Call a fait représenter la même tête dans son Atlas.
{2) Thomas Bartholin cite un cas où la tète présentait quatre pieds de circonférence.
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fig. 2 ; celte tête appartenait à une jeune fille complètement idiote , et âgée de yingt-trois ans. Au-dessus d’elle , et sur la même planche, se voit une tête d’homme appartenant à la classe de celles que l’on rencontre assez communément. On voit cependant l’immense différence qui existe entre ces deux têtes, quant au volume. Un peu au-dessus et au-dessous du volume de la tête de cette fille , se rencontre constamment l’idiotisme absolu : cas qu’il faut bien distinguer , ainsi que nous le verrons plus loin , des idioties partielles , dont le nombre est immense.
Les docteurs Gall et Spurzheim (1) assurent que , lorsque la tête dans un adulte n’excède pas le volume d’un enfant d’un an, la manifestation des facultés est toujours impossible : nous ne croyons pas l’observation de ces médecins généralement vraie. La tête d’un enfant d’un an, pi. VIII. fig. S bis (2), présente quelquefois une circonférence de quinze à seize pouces, et nous avons vu des femmes et des hommes , dont la tête n’avait pas une circonférence plus étendue, manifester des facultés intellectuelles assez remarquables.
Comment en serait-il autrement ? Ne peut-il pas arriver que la partie du crâne où siègent les organes des facultés intellectuelles supérieures , soit assez développée, et que les parties affectées aux facultés affectives, le soient trèspeu ; dans ce cas, l’homme peut avoir de l’intelligence sans présenter une grande circonférence de tète , tandis qu’un homme où les facultés affectives sont très- développées, pourra présenter une grande circonférence; et cependant être un idiot. Dans le nain Bébé , dont le squelette se trouve déposé dans le cabinet d’anatomie du Jardin-du-Roi , à Paris, et dont nous avons fait représenter le crâne, pl. XCYII, fig. 2, la tête présente quatorze pouces de circonférence ; mais, comme nous le faisions observer tout-à-l’heure , on voit que la partie antérieure du crâne , où sont logés les organes des facultés intellectuelles , sont dans une petite proportion. Quelle différence à cet égard nntre la tête de Bébé et celle de l’enfant de onze mois, pl. VIII bis , fig. 3. Voici quelques détails sur le nain Bébé , dont le squelette se trouve déposé dans le cabinet d’anatomie au Jardin-du-Roi : ils coïncident parfaitement avec l’organisation cérébrale de cet individu.
Ces détails consignés dans le quatrième volume du supplément de l’encyclopédie , furent envoyés par M. le comte de Tressan , associé de l’académie des sciences , à M. Morand , membre du même corps savant. J’y joindrai quelques remarques anatomiques et phrènologiques , afin de rendre plus complète l’histoire de cet être singulier qui fut long-temps le sujet des conversations des principaux savans de l’Europe.
« Nous venons, mon cher et illustre confrère , de perdre Bébé, ce fameux * nain du roi de Pologne; et je crois que quelques petits détails à son sujet,
(1) Spurzheim, Phrénologie , page 28 ; Paris, 1818.
(2) La tète représentée ici est celle d'un enfant de onze mois ; la circonférence de son eràne est de 10 pouces 2 lignes.
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» pourront vous intéresser. Bébé naquit dans les Vosges , dè deux gens de vil- » lage, sains, bien faits et travaillant à la terre. Sa mère l’éleva avec beau- » coup de peine , sa petite bouche ne pouvant s’appliquer qu’en partie au ma- » melon. Un sabot lui servit long-temps de berceau; son accroissement fut » proportionné à sa petitesse première jusqu’à l’àge de douze ans. A cet âge, » la nature parut faire un effort : mais cet effort n’étant pas uniformément » soutenu l’accroissement fut inégal dans quelques parties ; l’apophyse nasale r> ( les os du nez) surtout , grandit en proportion des autres os de la face , l’é- » pine du dos s’arqua en cinq endroits, et comme nous l’avons reconnu à la » dissection , les côtes grandirent plus d’un côté que de l’autre.
» Bébé n’a jamais donné que des marques très-imparfaites d’intelligence : il » n’a reçu aucune notion de l’Être Suprême et de l’immortalité de l’âme , ce » qu’il a prouvé dans la longue maladie dont il est mort. Il paraissait aimer » la musique, et battait quelquefois la mesure assez juste : on était mêmepai^ » venu à le faire danser ; mais en dansant, il avait sans cesse les yeux attachés » sur son maître qui , par des signes , dirigeait tous ses mouvemens , ainsi » qu’on le remarque dans tous les animaux dressés. Il était susceptible de » quelques passions, de l’espèce de celles qui sont communes aux animaux, tel- » les que la colère et la jalousie , pourquoi pas , dirons-nous , puisque les » facultés affectives sont très-fortes dans sa tcte. Cependant il avait tous les » organes libres, et tout ce qui lient à la physiologie paraissait exact et selon » l’ordre ordinaire de la nature. A l’àge de dix-sept à dix-huit ans, les signes » de la puberté furent très-évidens et même très-forts pour sa petite structure; » il parait même prouvé qu’une servante en avait long-temps abusé , et l’on » attribue aux excès de Bébé, l’avancement de sa vieillesse (1).
a Par toutes les observations que j’avais pu faire sur l’organisation de ce » petit être , j’avais prévu, avec bien d’autres observateurs que Bébé mourrait » de vieillesse avant trente ans. En effet, dès vingt-deux ans, il a commencé » à tomber dans une espèce de caducité, et ceux qui en prenaient soin ont cru » pouvoir distinguer une enfance marquée, c’est-à-dire une augmentation de » radotage. » Cette vieillesse prématurée paraît être T apanage de tousles nains. Je ne crois pas quil y ait un seul exemple d’un individu appartenai t à cette classe qui ait vécu long-temps. Tous meurent de très-bonne heure , et même avec tous les caractères de la vieillesse confirmée; Bébé lui-même nous en offre un exemple frappant . Ses mâchoires , comme on peut le voir pi. XC VII , fig. 2, sont complètement, dépourvues d'alvéoles , l inférieur e surtout présente les caractères qui ne se rencontrent que chez les vieillards.
« La dernière année de sa vie , il avait peine à se soutenir ; il paraissait
(1) Comme le crâne du squelette de Bébé a été scié horizontalement , on peut facilement apercevoir à l'intérieur toute l’étendue des fosses cérébelleuses; elles sont vraiment très-fortes eu égard au volume du crâne; celui ci a été représenté en profil perdu, et le squelette placé sur une chaise , de manière à faire voir la plus grande partie do la région occipitale.
TRAITÉ
» accablé par le poids des années ; il ne pouvait supporter l’air extérieur qu«r » par un temps chaud : on le promenait au soleil , où il avait peine à s©
» soutenir après avoir fait cent pas. Une petite indigestion, suivie d’un rhume » avec un peu de fièvre , l’a fait tomber dans une espèce de léthargie , d’où » il revenait quelques momens , mais sans pouvoir parler , tout le larynx » paraissant affecté de paralysie. Il a cependant lutté contre la mort pendant » trois jours , et ne s’est éteint que lorsque la nature , entièrement épuisée,
» s’est arrêtée d’elle-même. J’ai obtenu du roi de Pologne qu’il ne serait » point enterré sans avoir été disséqué , et ensuite qu’on enterrerait seuîe- » ment les chairs et tous les viscères, mais nous garderons le squelette que » M. Péret , premier chirurgien du roi de Pologne, prépare avec soin ; et ce » squelette sera déposé dans la bibliothèque publique de Nancy , d’ou j’esy> père r qu’avec le temps , on pourra l’envoyer au Cabinet du Roi. Ce sque- » lette sera d’autant plus intéressant qu’au premier coup d’œil , il parait » être celui d’un enfant de trois ou quatre ans au plus, et qu’à l’examen ,
» on verra que c’est celui d’un adulte. Dans la dissection qu’on en a faite ,
» on a trouvé un des os pariétaux un peu enfoncé » . M. de Tressan se trompe , un des pariétaux n'est pas enfoncé , il présente seulement quelques rugosités , dont nous parlerons plus loin. « Le lobe gauche du cervelet était » pressé dans un endroit et un peu relevé en d’autres et hors de sa position » naturelle ». L’inspection de la base du crâne de Bébé , prouve que M . de Tressan aura été induit en erreur , car les deux fosses cérébelleuses ne diffèrent en rien de ce quelles présentent chez les autres hommes. « La moelle » alongée était comprimée de même ; ce qui vraisemblablement doit avoir » empêché la force végétative de s’étendre avec régularité , le cours des » fluides n’ayant jamais été libre , la vie et l’action n’ayant point été portées » d’une manière uniforme dans toutes les parties : c’est ce qui peut aussi » avoir occasionè le dérangement des vertèbres. » L’opinion de M- de Tressan ne tire point ici à conséque?ice , car c’est celle d’un homme du monde étranger à la médecine. Ce dérangement des vertèbres précéda ou accompagna sans doute l’affection de la moelle épinière dont T état rachitique fut probablement provoqué et peut-être augmenté par l’habitude de la masturbation.
» On a trouvé de l’eau dans la poitrine et les poumons adhérons ; les par- » tics de la génération étaient d’une conformation parfaite ; le cœur , les » entrailles , le diaphragme et le foie en très-bon état » .
Nous supprimons ici , comme inutile , l’épitaphe de Bébé , que le roi de Pologne exigea de M. de Tressan. Voici seulement quelques détails anatomiques sur son squelette et son crâne. La hauteur du squelette, prise du sommet de la tête au talon , est de deux pieds dix pouces ( ancienne mesure). Il existe évidemment trois courbures à la colonne vertébrale : une dans la région supérieure dorsale, et c’est la plus forte; une autre dans la région dorsale , moyenne ; enfin une troisième dans la colonne lombaire. La portion droite
DE PHUKNOLÛGiE.
«gn thorax est pins saillante que la gauche. Mesuré à l’extérieur, et suivant une ligne qui passerait sur la partie moyenne de l’angle supérieur de l’os occipital, les tempes et la partie moyenne du frontal, le crâne donne une circonférence de quatorze pouces. Le diamètre transversal du crâne , mesuré sur la base et au-dessous de la fosse temporale , est de quatre pouces ; et le diamètre longitudinal , c’est-à-dire depuis l’occipital jusqu’au frontal, mesuré de la même manière , quatre pouces sept lignes. La hauteur du crâne, prise du conduit auditif externe , est d’environ quatre pouces. Les os du nez sont extrêmement développés ; le front , la partie moyenne exceptée , présente peu de saillie ; il n’en est pas de même des régions occipitales, pariétales et temporales , qui prédominent évidemment. L’intérieur du crâne est très-sain ; les fosses occipitales inférieures répondant au cervelet , très-développées. Les pariétaux offrent à l’extérieur , dans leur tiers supérieur , ces rugosités que l’on rencontre quelquefois sur le crâne des personnes décrépites (1).
Des observations recueillies chez les nains ont prouvé qu’avec une circonférence de quatorze pouces , un homme peut présenter des facultés intellectuelles , assez étendues. MM. Gall et Spurzheim croient expliquer le bon état des facultés cérébrales chez les individus de cette classe , en disant que , si chez eux elles sont bien développées , il faut s’en prendre à la disposition dynamique de l’organisation. Cette explication ne nous parait pas satisfaisante, et nous croyons qu’elle ne s’accorde pas avec les observations générales qui /doivent servir de base à la physiologie du cerveau.
Faut-il considérer l’aplatissement qui se rencontre dans la région frontale de certaines peuplades sauvages , les Caraïbes , par exemple voir la pl. CXV, fig. 1 , comme un mode de conformation du crâne propre à ces peuples ? Doiton , avec quelques naturalistes et plusieurs médecins , le considérer au contraire comme le résultat d’une pression artificielle ? Les docteurs Gall et Spurzheim paraissent disposés à le considérer comme une organisation propre à ces insulaires. L’aplatissement leur parait même une chose impraticable , du moins par le procédé employé pour le produire. « J’ai questionné, » dit le docteur Spurzheim (2) , plusieurs personnes qui sont allées à l’ile » Saint-Vincent , habitée par les Caraïbes , mais les rapports qu’elles m’ont » donnés sur la compression , étaient contradictoires et peu satisfaisans : » l’un m’a dit qu’on appliquait les machines pendant six semaines , un autre » m’a parlé de six mois , et selon un troisième , la machine reste durant deux » années. En admettant même ce dernier période , je ne conçois pas son effet
(1) Il existe dans les cabinets d'anatomie de la Faculté de médecine de Paris, une imitation en cire de Bébé; et bien que la note placée sous le verre qui la recouvre annonce que les vêtemens sont ceux dont ce nain se trouvait revêtu peu de temps avant sa mort, on peut se convaincre par l’examen du squelette déposé au Jardin des Plantes, que les proportions du mo. dèle en cire ont été très-réduites , et qu’il a fallu nécessairement retailler les vêtemens pour les y ajuster.
(2) Observations sur la Phrénologie ; Paris , 1812, page 111.
TRAITÉ
» sur l’aplatissement du Iront tel qu’il est ; car , à deux ans , les parties cé-
* rébrales du front ne sont pas encore tout-à-fait développées , et il y a toute » probabilité que les tètes des Caraïbes adultes sont plus grandes que celles
• de leurs enfans les changemens ultérieurs du front ne seraient donc pas » empêchés. » Il nous semble que cette dernière proposition de M. Spurz heim n est que spécieuse ; car si à deux ans , les parties cérébrales de la région du front ont été atrophiées , nous ne voyons pas pourquoi les changemens ultérieurs du front ne seraient pas empêchés. Sans doute que les têtes des Caraïbes adultes sont plus fortes que celles de leurs enfans ; mais il ne doit pas en être autrement même dans l'hypothèse de la compression, car celle-ci ne sopère que sur un point, et n’empêche nullement le développement des autres régions. Gall, avec qui je parlai de ce sujet , quelques mois avant sa mort , me paraissait revenu de l'idée que la forme des têtes des Caraïbes était naturelle , mais quelle était au contraire le résultat d une pratique employée par ce peuple. M. John Sedgwick , a présenté ci la société phrénologique de Londres , dont il est secrétaire , une notice fort curieuse sur ce sujet. Nous la croyons trop digne de fixer l'attention des phréno logistes , pour ne pas lui donner place dans cet ouvrage, et nous le faisons avec d'autant plus de plaisir quelle est rédigée dans un bon esprit , et prouve le discernement de son auteur.
Que la forme naturelle du crâne ait été provoquée par quelques nations , et sa forme particulière effectuée à l’aide de moyens mécaniques? telle a été l’opinion de divers écrivains des premiers temps. Comment se fait-il que dans ce siècle plus éclairé , la vérité de cette pratique ait été mise en question , et la possibilité de comprimer le crâne, ou autrement dit , d’altérer la forme de la tête , nonobstant l’assurance de plusieurs voyageurs qui en avaient été témoins , entièrement niée ? Le premier auteur remarquable qui parait avoir fixé l’attention sur ce sujet , est Hippocrate , dans son ouvrage célèbre de aere , aquis et locis ; il dit , en parlant des Macrones , nation pi oche du Pont-Euxin , qu’il appela macrocéphales , à cause de la longueur de leurs têtes , que c’était une nation dont les têtes étaient entièrement différentes de celles des autres. D’abord , la longueur de leurs têtes fut le résultat de la coutume , mais maintenant elle est devenue héréditaire. L’opinion générale chez ce peuple était que ceux qui avaient les têtes les plus longues , étaient aussi les plus distingués. Telle était la coutume : aussitôt qu’un enfant était né , ils façonnaient sa tête encore flexible , avec leurs mains , et à l’aide de bandages et d’appareils , la forçaient à prendre plus de longueur , de manière que sa forme perdait en sphéricité ce qu’elle gagnait en longueur. On eut d’abord recours à un procédé pour forcer la nature à agir dans ce sens , et dans la suite elle devint si naturelle , que le procédé employé devint inutile. Hippocrate cherche alors à expliquer ce résultat par l’hypothèse de la génération. Voici ce qu’il dit à cet égard : Si l’enfant est formé de toutes les parties du corps j c’est-à-dire , la partie saine de la partie. saine , la partie faible de la
dt; rmu:xo!.OGiE.
faible ; si , généralement parlant , ceux qui sont chauves engendrent des enfans chauves, ceux qui louchent des enfans louches, les contrefaits des enfans contrefaits , et pareille chose peut être dite de toutes les formes possibles; pourquoi lesMacrocéphalesn’engendreraient-iîs pas des Macrocèphales ? Quant à la vérité de cette hypothèse , qui ressemble tout-à-fait à celle de Buffon , nous n’essaierons pas de donner une opinion; il est cependant bien connu que les mutilations après la naissance , telles que l’amputation d’un membre , la circoncision , n’ont aucune influence sur les enfans des personnes mutilées , etc. Tandis que d’un autre côté , plusieurs maladies et vices de conformation sont héréditaires et se communiquent du père au (ils. On a aussi observé qu’avec les progrès de la civilisation , on trouve que les facultés morales et intellectuelles deviennent graduellement plus développées par la succession des générations. Strabon (ï) parie aussi d’une nation vers le Caucase , qui était remarquable par la forme alongée de la tête ; et Scaliger, dans ses Commentaires sur Théophraste , dit que les tribus qui bordent la Crimée, pratiquaient autrefois une compression sur les tempes de leurs enfans, coutume qu’ils avaient reçue des Maures leurs ancêtres.
Les Turcs étaient autrefois remarquables et le sont encore , nous pensons , pour la forme ronde de leurs têtes ; circonstance qui a excité l’attention de divers écrivains. Vôsaîe (2) remarque que presque toutes les nations ont quelque chose de particulier dans la forme de leurs têtes. Les crânes des Génois, et plus particulièrement encore ceux des Grecs et des Turcs, sont complètement sphériques , dit-il , et cette forme , qu’ils considèrent comme très-élégante adaptée aux turbans qu’ils portent sur la tête , est produite par les sages-femmes à la sollicitation des mères. Ces faits peuvent être reçus avec d’autant plus de crédit , que leur confirmation se trouve établie par une lettre du baron Asch à Blumenbach (3) , que celui-ci a publiée dans son premier fascicule des crânes des diverses nations. Il dit que les sages-femmes de Constantinople demandent communément à la mère , après son accouchement , quelle forme elle souhaite donner à la tête de son enfant , et qu’elle préfère ordinairement celle qui résulte de la pression opérée sur l'occiput et le front , parce qu’elle pense que le turban sied mieux aux têtes ainsi conformées. L’aplatissement de la région occipitale , qui est encore remarquable parmi les habitans de l’Allemagne , est attribué par Vésale à la coutume de laisser toujours reposer les enfans sur le dos ; cause qui cependant nous paraît insuffisante pour produire un aussi grand aplatissement de cette partie de la tête. Soemmering remarque qu’il n’y avait pas une différence bien marquée entre l’Allemand , le Français, le Suédois et le Russe sous le rapport de la forme du crâne (4) , du moins sur ceux des individus de cette nation qu’il
(1) Strabonis Geographia ; lib. xii, 2 vol. page 757.
(2) De corporis humani Jabrica.
(3 ) Decades craniorum divers arum gentium illustrates.
(4) Cette opinion de Soemmering résulte., comme nous le prouverons à l’article des tètes
Til A ITU
possédait. Excepté cependant, dit-il , que les orbites se trouvaient plus resserrés dans les crânes russes , et leurs bords plus quadrangulaires.
Cctlc coutume contre nature, qui parait avoir été en vogue parmi plusieurs
nations de l’Europe , est maintenant bornée aux tribus sauvages du Nouveau-
¬ Monde , particulièrement aux habitans des îles Caraïbes. Les tribus de la
Caroline , les Péruviens, les Nègres des Antilles, les Ckocktaivs de Géorgie et les habilans de JV ootka-Sound , plusieurs tribus du nord de l’Amérique septentrionale , ont même tiré leur nom de celte coutume. Le mot Omaguas , dit La Condamine , appliqué à la nation péruvienne aussi bien qu’à celle de Cambevas , signifie dans la langue brésilienne, tête plate; car ces peuples ont la singulière habitude de comprimer le front de leurs enfans nouvellement nés, entre deux planches , dans l’intention de les faire ressembler, comme ils le disent , à la pleine lune (1).
Pour prouver que la pratique de la compression a été et est encore usitée par différentes nations pour donner lieu à des vices de conformation que l’on remarque parmi eux , nous citerons quelques passages des derniers auteurs qui ont été témoins de celte cruelle pratique , et dans l’autorité de qui nous pouvons avoir pleine confiance.
Adair, dans son Histoire des Indiens d’Amérique, nous apprend qu’ils aplatissent leurs têtes dans divers sens , mais principalement le sommet , dans l’intention de s’embellir, comme l’indique l’expression employée par leur imagination sauvage , car ils nous appellent longues têtes , par mépris. Les Choklah indiens aplatissent leur front, du sommet de la tête aux sourcils, avec un sac plein de sable , ce qui leur donne une apparence hideuse , parce que le front recule naturellement en proportion de son aplatissement ; de manière que le commencement du nez , au lieu d’être à une égale distance du menton à celui des cheveux , se trouve , par leur sauvage procédé , placé beaucoup plus près de l’un que de l’autre. Les nations indiennes autour de la Caroline du Sud et jusqu’au nouveau Mexique , pour donner lieu à ce résultat , placent l’enfant dans une espèce de berceau où ses pieds sont mis à un demi-pied au-dessus de la ligne horizontale , sa tête fixée dans un trou fait tout exprès pour la recevoir , et sur le sommet de laquelle repose un sac de sable , et de telle manière que l’enfant ne puisse remuer. Le crâne ayant une consistance presque cartilagineuse à cet âge , est alors susceptible d’être comprimé. Par celte compression , et en aplatissant ainsi le sommet de la tête, ils rendent celle-ci plus large et leur face aussi , car lorsque le travail de la nature est arrêté d’un côté , s’il ne s’ensuit pas une destruction complète , il reflue avec abondance vers un autre point. Cet auteur qui écrivait en 1773 , hasarde presque une conjecture phrénologique , quand il dit : ne
nationales , de ce qu'il n’avait pas observé un assez grand nombre de têtes appai tenant au* individus de ces diverses nations. N
(1) Mémoire de /’ Académie des Sciences; Paris, 1745.
pouvons-nous pas attribuer à cette pratique , leurs inconstantes , sauvages et cruelles dispositions? surtout lorsque nous voyons réunis une fausse éducation et un grand exercice des facultés animales. Quand le cerveau , chez le peuple le plus froid , est troublé , il ne raisonne ni ne se détermine convenablement. Aussi les Indiens voient tout ce qui les entoure sous un faux aspect , et méprisent nos têtes , parce qu’ils ont donné une mauvaise forme aux leurs (1).
Labat, voyageur français, dit que les Caraïbes sont bien faits et bien proportionnés , leurs traits sont assez agréables , leur front excepté , qui paraît plutôt extraordinaire , à cause de son aplatissement, et comme s’il avait été déprimé. Ces peuples ne sont pas nés ainsi , mais ils forcent la tête à prendre cette forme, en plaçant sur le front de l’enfant nouveàu-nè , une petite planche qu’ils attachent fortement derrière. Elle reste ainsi , jusqu’à ce que les os aient acquis leur consistance : leur tête est aplatie à un tel degré , qu’ils peuvent voir perpendiculairement, au-dessus d’eux sans élever la tête.
M. Edwards , dans son Histoire des Indes occidentales , dit en parlant des Caraïbes : à la naissance d’un enfant, son crâne tlexible est fixé entre deux petites pièces de bois , l’une placée devant et l’autre derrière , attachées fortement ensemble. Et plus loin il ajoute dans une note : j’ai entendu dire par des anatomistes , que la suture coronale des enfans nouveau-nés , dans les Indes occidentales, est plus ouverte que celle des enfans nés dans les climats plus froids , et que leur cerveau est plus exposé aux injures extérieures. C’est peut-être pour cela que la coutume de déprimer le front et l’occiput, fut employée dans l’origine, pour aider l’opération employée par la nature pour former le crâne.
Cuvier suppose que les crânes des Indiens américains sont naturellement comprimés et rèculés , de là leur désir d’augmenter par des moyens artificiels , ce qu’ils considèrent comme le beau idéal de l’organisation. Les Mexicains qui paraissent avoir eu des idées semblables , permettaient sagement à leur tête de se développer naturellement , et ils aplatissaient seulement celles de leurs idoles.
L’histoire la plus récente et la plus détaillée de la coutume de comprimer les crânes par les Indiens, est celle du docteur Scouler, publiée dans le dernier numéro du Journal zoologique de Londres du mois de janvier 1829. La voici :
Toutes les tribus de la côte nord-ouest , ou insulaire , ou continentale , depuis les bords de la rivière Colombie jusqu’à l’extrémité nord de Quadra et de l’ile de Yancouvers , aplatissent les têtes de leurs enfans. Ces tribus ont une grande ressemblance d’habitudes , de langage et d’apparence. Leur méthode pour aplatir la tête est très-simple et ne paraît pas être accompagnée dt circonstances désagréables pour la santé de l’enfant. Aussitôt que celuici est né , la tête est fréquemment et doucement comprimée avec la main , et
(1) Histoire des Indiens américains.
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cela est continué pendant trois ou quatre jours. L’enfant est placé ensuit® dans une boite ou berceau qui est rendu agréable à l’aide de la mousse ou une sorte d’étoupe dont il est garni , fait avec l’écorce du cyprès. L’occiput de l’enfant reste sur une planche à la partie supérieure de la boite , supporté pc,r de la mousse ou de l’étoupe ; une autre planche est alors placée sur le front et fixée fortement sur la tête de l’enfant. L’enfant est rarement tiré du berceau , et la compression est continuée jusqu’à ce qu’il soit en état de marcher. Un enfant de trois ans présente la plus hideuse apparence ; la compression s’exerçant principalement sur le front et l’occiput change complètement la proportion naturelle de la tête , et lui donne la forme d’un coin. Les yeux sont très-saillans et l’individu a pour toujours les yeux dirigés en haut. La tête d’un enfant d’environ quatre ans, que j’ai en ma possession , présente quatre pouces de l’os du front au milieu de l’occiput , tandis qu’elle en a six depuis le centre des deux pariétaux à la partie la plus grande du diamètre transversal. La nature cherche à réparer cette infirmité ; de là cet aplatissement moins prononcé des adultes , bien que cependant passablement déformé, Dans le crâne d’un adulte , la mesure , depuis l’os frontal au-dessus du nez jusqu’à l’occiput , à l’arcade occipitale supérieure , est de six pouces et huit lignes , tandis que la distance entre les os pariétaux est de six pouces et trois lignes. La même mesure prise sur un crâne d’Européen était de cinq pouces et demi à sept et demi. Il résulte de la pression opérée sur l’occiput et le front, que les deux pariétaux bombent beaucoup en dehors, et par l’inégalité de la pression , là symétrie de la tête disparaît. Dans une tête, le côté droit de l’os du front saille beaucoup plus que le gauche , et pour compenser cela , l’os pariétal gauche est plus proéminent que le droit. De ces circonstances , je pense que la capacité du crâne est à peu près la même, comme chez les têtes undefaeed des Indiens. Quoi qu’il on soit , il n’empêche pas l’action .de leurs facultés intellectuelles. Les crânes des jeunes personnes ont le front un peu déprimé , élégamment arrondi , les os de la pommette élevés , les orbites tournées un peu en dehors , l’appareil olfactif très-développé ; d’un autre côté toutes les têtes comprimées sont déjetées et souvent sans symétrie , les orbites dirigées en haut; dans tous les cas les os pariétaux sont très-saiilans sur les côtés, l’occiput très-aplati , tandis que la place des insertions musculaires so trouve singulièrement forte.
La compression de la tête de l’enfant est opérée de la manière suivante : On choisit un morceau de bois ayant deux pieds et demi à trois pieds de long, et environ douze ou quatorze pouces de large, et rembourè avec le sphagnum et le sapin , ayant un bord d’égale largeur attaché par des bandes de cuir , et présentant des bandes à l’extrémité opposée. La tête de l’enfant , après avoir été d’abord emmaillotée , est placée sur la planche qui sert de berceau , le cou demeure sur l’oreiller , élevé de manière que la tête penche en arrière ; la planche du sommet est alors dirigée en bas sur le front , et fixée. On serra graduellement, en raison des progrès de l’opération.
Da puar.rsOLOGiB.
Ges détails du docteur Scouler sont accompagnas d’une gravure de l’instrument mis en usage ; il y a joint le crâne d’un jeune adulte qui avait été soumis à la pression. Dans le journal de physique, pour lemoisd’aoùt 1791, se trouve aussi un dessin de l’instrument, avec la manière de l’appliquer, par M. Anice de la Guadeloupe. Comme plus grande preuve de cette vieille pratique, nous croyons devoir mentionner que dans le troisième synode du diocèse de Lima , les ecclésiastiques espagnols firent un décret qui empêchait cette manœuvre , et par lequel on inlligeait des peines à ceux qui commettaient de telles offenses.
D’autres auteurs pourraient être cités à l’appui de l’évidence de ce fait ; mais nous croyons qu’il a été assez démontré pour le considérer comme une chose positive, bien que le docteur Spurzheim en ait entièrement nié la possibilité.
11 serait bon maintenant de faire connaître les effets que produit ce procédé 6ur les facultés intellectuelles et affectives ; mais il est impossible d’en parler avec certitude , parce que nous ne possédons pas assez de faits pour établir une opinion. La question est de savoir si la pression artificielle empêche complètement le développement des circonvolutions de la portion du cerveau qui l’éprouve, et conséquemment la manifestation de leurs facultés , ou si, en les déplaçant de leur position naturelle , leur examen phrénologique ne peut pas être rendu difficile et incertain. C’est un fait dont le temps et l’expérience peuvent donner la solution. Voici cependant ce que M. de Chauvalon dit du caractère des Caraïbes.
Ce n’est pas seulement leur couleur cuivrée , la singularité de leurs traits qui constitue la principale différence entre eux et nous; c’est leur extrême simplicité, c’est le peu d’étendue de leurs facultés intellectuelles. Leur raison n’est pas plus éclairée que celle des brutes. La raison des plus grossiers paysans, celle des Nègres amenés de divers points les plus éloignés de l’Afrique par le commerce des Européens, est telle que nous découvrons quelque apparence d’intelligence, laquelle, bien qu’imparfaite , peut cependant augmenter; mais l’entendement des Caraïbes en parait à peine susceptible. Si une profonde philosophie et la religion ne nous apportaient pas quelques lumières sur ce point; si nous devions nous décider d’après la première impression quo l’aspect de ce peuple produit sur l’esprit, nous serions disposés à croire qu’ils n’appartiennent pas à une espèce semblable à la nôtre. Leurs yeux stupides sont les vrais miroirs de leur ame ; celle-ci parait être sans fonction. Leur indolence est extrême ; ils n’ont jamais la moindre inquiétude ou attention sur le temps qui doit suivre le moment présent.
Au nombre des causes qui produisent les vices de conformation du crâne, et probablement parmi les plus fréquentes, se trouve le vice rachitique, affection qui consiste dans un ramollissement général ou partiel des os qui composent cette boite osseuse. J’ai trouvé , dans l’espèce humaine , trois sortes d’altérations, qui ne sont, je crois, que divers degrés de celte maladie. La
première existe chez les en fans qui viennent au monde ; et elle est assez fréquente, car je l’ai déjà rencontrée quatre fois : elle consiste dans une déformation plus ou moins prononcée du crane , accompagnée d’une sorte d’érosion des os qui le composent : ceux-ci sont tellement usés dans plusieurs points , qu’ils sont percés à jour. Nous avons fait représenter, pi. XX, fig. 2 et -4, les tètes de deux de ces fœtus (1).
La seconde altération consiste dans une grande irrégularité d’un ou plusieurs points du crâne, qu’il ne faut pas confondre avec la différence de volume qui existe naturellement entre les deux côtés de la tête. Nous avons souvent trouvé la région occipitale supérieure dans un développement tel , qu’il ne peut tenir qu’à un étal maladif : tel était le crâne d’une femme que nous avons fait représenter pi. XX, fig. 1. Nous avons toujours trouvé, dans ces cas, une série considérable d’os wormiens dans toute l’étendue de l’articulation des pariétaux avec l’occipital , et la surface extérieure de ce point du crâne nous a constamment présenté un aspect plus rugueux que celui qui appartient aux os sains.
La troisième espèce d’altération consiste dans le vice rachitique porté à un
degré tel qu’il donne lieu à une déformation générale de la tête. Yoici à cet égard un fait assez remarquable ; il m’a été communiqué par un de mes confrères M. Yatel, qui a bien voulu me donner la tète de l’animal que j’ai fait représenter planche XIX, fig. 1. Cet animal, de la famille des singes, avait été apporté du Brésil ; il mourut après avoir langui assez long-temps. A l’ouverture du corps , qui fut pratiquée par M. Yatel , les os furent trouvés dans un état de ramollissement si prononcé , qu’ils pliaient comme des peaux d’anguilles desséchées et à moitié ramollies; toutes les glandes mésentériques étaient autant de foyers purulents. Les os de la tête avaient éprouvé une déformation due à l’absorption de leur partie calcaire, de sorte qu’après la dessiccation , le crâne ressemblait^ dans quelques points, à une pomme de remette entièrement flétrie.
Les os du crâne peuvent présenter divers degrés de densité ou d’épaisséur sans que pour cela leur forme extérieure soit changée ou altérée. Cette disposition peut être naturelle , le résultat de certaines affections générales ayant une influence sur la nutrition de tout le système osseux , ou la suite d’at'fec-* lions du cerveau, et particulièrement de celles qui donnent lieu au trouble desfacultés intellectuelles. Enfin elle peut être la suite de l’âge très-avancé.
Les déformations du crâne ne sont pas très-communes chez les animaux ; Br famille des chats, chez les quadrupèdes, celles des pigeons et des poules, chez les oiseaux, sont celles où je les ai le plus ordinairement rencontrées. Yoici un état anormal du crâne que j’ai trouvé chez les poules ; il est extrêmement commun en Normandie , et se transmet par voie de génération; voir la pî. XVIII. fig. 1, 2, 4, 5 : il consiste dans un élargissement du crâne accom-
(l) Ce cas nous parait devoir fixer l'attention du médecin légiste; car on conçoit facilement comment un amincissement si prononcé de la boite osseuse peut occasioner la mort de l'enfant, sans que la mère soit pour quelque chose dans ce malheureux accident.
DE PHRÉNOLOGIE. / Jol
pagnô .d’un retard partiel de l’ossification de cette boite osseuse. La partie moyenne et supérieure de cette enveloppe reste pendant assez long-temps à l’état membraneux. On peut voir le premier état de ce vice de conformation bien exprimé sur la fig. -4 , pl. idem. Ici la membrane ne présente encore aucuns points d’ossification. La tig. 2 , au contraire , présente la même membrane presque entièrement ossifiée. Je liens des personnes qui élèvent ces poules, qu’elles sont généralement mauvaises mères. Userait curieux de savoir jusqu’à quel point ce fait est fondé (1). J’ai fait élever pendant trois mois celle dont la tète est représentée fig. h. Il serait difficile de se faire une idée de sa stupidité. 4 ' -
Il est constant qu’il existe chez certains individus , et sans lésion pathologique apparente , un développement ramarquabîe du système osseux. N0119 avons rencontré ce cas chez plusieurs hommes d’un tempérament athlétique. Les membres de ces individus sont ordinairement très-prononcés, les mains fortes , les os très-saillants ; la tète offre souvent un volume considérable, mais il est dû en grande partie à l’épaisseur du crâne , et à celui de ces enveloppes molles , généralement très-développôes dans cette classe de personnes. Je m’entretins un jour avec Gall sur ce sujet, et lui fis part de mes remarques que j’étais loin de considérer comme générales , mais qui s’étaient rencontrées assez fréquemment pour mériter de fixer l’attention des phrénologistes : et chose remarquable, c’est que dans le moment où je lui parlais, lui-même
m’était intérieurement , l’objet de mon attention , car je pensais qu’il était au nombre de ceux dont le crâne , par son extrême épaisseur , donne lieu à une tête excessivement volumineuse. Selon vos observations, me dit Gall , je de. vrais avoir les os du crâne très-épais ; je suis cependant sùr qu’à ma mort on trouvera des parois très-minces. Malheureusement, peu de mois suffirent pour me prouver que mon pronostic était juste ; car , lorsque je préparai la tète de cet homme célèbre, je trouvai , et toutes les personnes qui ont assisté à l’autopsie ont vu comme moi , que le crâne de Gall avait une extrême épaisseur ; celle-ci va même au-delà d’un demi-pouce dans les régions répondant aux points d’ossification du frontal et du pariétal. Indépendamment de celte épaisseur des os du crâne, on peut se convaincre que tous les os qui composent la tête de Gall, ont acquis une densité remarquable. Mais je considère ce dernier état comme la suite d’une affection cérébrale assez longue. Quelques personnes objecteront peut-être que l’épaisseur pourrait bien être aussi l’effet de l’état maladif. Je suis loin de ne pas croire qu’il n’y soit pas pour quelque chose, mais je suis convaincu qu’il n’aura fait qu’ajouter à une épaisseur qui existait naturellement. J’ai voulu me convaincre par l’expérience jusqu’à quel point la différence entre la circonférence de la table externe et celle de l’interna pouvait en imposer, dans certains cas , sur le volume réel du cerveau , et je
(1) Toutes ces poules sont pourvues d’une touffe de plumes au sommet de la tète; ce qui les distingue très-aisément de toutes les autres.
TRAITÉ
me suis aperçu que cette différence était immense. C’est au point que tel crâna qui paraissait contenir un cerveau volumineux , en possédait quelquefois un au-dessous du volume ordinaire , tandis qu’un autre qui paraissait n’en renfermer qu’un de moyen volume en présentait un d’un beau développement. De ces faits, on tirera peut-être la conséquence que chez Gall le cerveau devait être très-petit , puisque ses os étaient très-épais ; mais nous ferons remarquer que la capacité cérébrale du crâne de Gall est grande , mais qu’elle le paraîtrait encore plus qu’elle ne l’est réellement, si on la jugeait seulement par l’extérieur de sa tète qui paraissait énorme (1).
L’âge amène naturellement des changcmens dans les os du crâne , comme dans tous ceux qui composent le squelette. C’est ordinairement à partir de cinquante ans , jusqu’à la vieillesse confirmée et la décrépitude , que l’enveloppe osseuse du cerveau subit des modifications sensibles. Depuis cinquante à soixante, les parois du crâne augmentent d’épaisseur et de densité : il est alors assez rares de trouver des têtes qui puissent servir pour faire de très-bonnes applications phrénologiques : un changement remarquable a déjà eu lie\i dans la nutrition du cerveau, et les facultés n’ont pas été sans en sentir l’influence. Plusieurs même ont déjà perdu de leur activité et de leur énergie. Mais comme ces changemens ne s’opèrent qu’avec lenteur et à la suite des années, ce n’est ordinairement qu’après un laps de temps assez long , que celte différence se fait bien sentir. Le climat,' la constitution la manière de se nourrir, certaines habitudes doivent avoir, comme on le pense bien , la plus grande influence sur les modifications éprouvées par le cerveau ; de là , la difficulté de préciser rigoureusement l’époque de la vie où elles arrivent. Les os du crâne des personnes très-âgées deviennent-ils plus épais et plus durs? ou deviennent-ils tout à la fois plus épais et plus légers? lîichat (2) s’est prononcé pour la première opinion ; Gall (&), au contraire, pour la seconde. Nous avons cherché, par de nombreuses observations, à découvrir lequel de ces deux hommes célèbres avait raison. Il nous a été facile de voir que leurs jugemens si opposés tenaient à ce qu’ils avaient l’un et l’autre vu un trop petit nombre de faits , et à ce qu’ils n’avaient pas assez spécifié l’âge des personnes, dont les crânes avaient été le sujet de leurs observations. Il est , comme on le sait, extrêmement rare de trouver des crânes de personnes excessivement vieilles , car la mort naturelle n’a lieu que dans un très-petit nombre de cas. Je possède une douzaine de crânes de personnes de quatre-vingt à quatre-vingt-sept ans. Trois sont très-épais et très-denses, quatre présentent à peu près l’épaisseur que l’on trouve chez les personnes de cinquante-cinq à soixante ans, quatre autres tiennent le milieu entre ces deux classes : enfin, l’un d’eux est évidemment moins
(1) Je suis sur que le cerveau chez Napoléon était Iris-volumineux, parce que sa tête, indépendamment de son volume , appartenait à un corps chez qui le système osseux (tait peu développé, comme on peut en juger par la petitesse de ses mains,
. (2) Bichat , Anatomie générale , vol. 3, page 80.
(3) Anatomie et Physiologie du cerceau, édition in-8.
DE PHRENOLOGIE.
épais et plus léger que tous les autres; il présente, dans quelques points, de ces dépressions dont nous avons déjà parlé et, qui résultent de l’absorption de la substance spongieuse. Je n’ai vu que deux crânes de personnes qui avaient dépassé l’àge de cent ans : Dans l’un les os avaient à peu près l’épaisseur et la densité de ceux des personnes de quatre-vingt à quatre-vingt-sept : l’autre qui se trouve dans la collection de Gall , appartenait à une femme de cent vingt ans ; il est très-épais, mais excessivement léger et spongieux. Je crois bien que c’est ce crâne qui aura suggéré à Gall l’idée que cette boite devient plus épaisse et moins pesante dans l’âge très-avancé ; mais nous croyons qu’il aurait dû se garder de présenter comme observation générale celle qui ne reposait que sur un seul fait. De nouvelles recherches restent donc à faire sur ce point d’anatomie.
Les états maladifs ou les affections qui ont le plus d’influence sur le crâne , sont les lésions chroniques du cerveau et de ses membranes; de là celle épaisseur et cette dureté que l’on trouve si fréquemment dans les crânes des personnes affectées de lésions mentales depuis un très-long temps.
Viennent ensuite les maladies connues sous le nom de rachitisme , le scorbut et l’affection syphilitique. Je possède dans ma collection le crâne d’un jeune homme mort à la suite d’une phthisie qui dura trois ans, et fut accompagnée vers la fin de symptômes scorbutiques. Tout le crâne ne pèse que dix onces : je n’ai jamais rencontré un cas aussi remarquable que celui-là. La table externe n’a pas plus d’un quart de ligne d’épaisseur ; il existe môme plusieurs points où elle a complètement disparu, et l’on aperçoit le diploè comme si la tète avait été ruginée. Les os présentent cette teinte grisâtre qui se trouve être le cachet de l’affection scorbutique portée au plus haut degré.
Tousles médecins praticiens savent que l’affection vénérienne sévit d'une manière particulière sur le système osseux. J’ai vu plusieurs crânes de personnes mortes à la suite de cette maladie au plus haut degré : ils présentaient à l’extérieur un aspect rugueux et une multitude de dépressions , comme celles qui résultent de la chute des croûtes de la petite vérole ; ils offraient aussi plus de dureté et plus d’épaisseur, quelques points avaient meme la densité de l’ivoire.
Je n’ai jamais eu occasion de trouver cette espèce d’altération du crâne que l’on n’a , jusqu’à présent , rencontrée que chez les animaux : je veux parler de ces prétendus cerveaux ossifiés dont quelques adversaires de la physiologie du cerveau ont cru pouvoir tirer un grand parti. Il existe peu de médecins qui n’aient lu ou du moins entendu parler des observations présentées sur ce sujet à l’Académie , en 1703. Celles que Vaîisnierî publia plus lard sur ce genre d’altération , firent connaître l’erreur de Duverney , en montrant que ce qu’il avait pris pour un cerveau ossifié , n’était autre chose qu’une exostose ou développement anormal des saillies qui se remarquent naturellement à l’intérieur du crâne. De nouvelles observations sont venues confirmer ce qui avait été avancé par Vaîisnierî ; celui-ci eut môme l’occasion de voir ce pré-
TRAITÉ
tendu cerveau ossifié trouvé par un frère bénédictin dans le crâne d’un bœuf tué en 1783. Vaîisnieri a fait dessiner un cerveau de bœuf, d’après nature , et l’a placé à côté de la masse ossifiée. ïl démontre d’une manière évidente , par leur comparaison , que l’erreur commise à cet égard , tenait au peu de connaissances anatomiques de celui qui l’avait découverte. Effectivement , dans un cas , ainsi qu’on peut le voir , on distingue toutes les parties qui constituent le cerveau de l’animal ; dans l’autre , au contraire , on ne voit aucune trace de circonvolutions , en un mot , rien de ce qui caractérise l’organe cérébral. Tous les savans distingués qui ont fixé leur attention sur ce sujet , tels que Haller et Soemmering i partagent complètement l’opinion de Yalisnieri , et s’accordent pour considérer cette masse osseuse comme une exubérance du crâne qui s’est développée lentement. Malgré tout ce qu’on a pu dire sur le bon état des facultés intellectuelles des animaux présentant ce genre d’altération, on sait maintenant que le contraire a lieu , et que tous ont constamment présenté des symptômes plus ou moins prononcés de compression cérébrale.
J’ai rencontré chez de très-vieux chiens trois sortes d’altérations du crâne, que je crois important de faire connaître. La première consiste dans un dépôt de matière calcaire ou sorte de reliefs répondant aux enfonccmens que les circonvolutions cérébrales laissent entre elles : cette affection et assez commune chez les vieux chiens , dont les facultés intellectuelles et affectives ont perdu de leur énergie (1). La seconde consiste aussi dans un épanchement de matière calcaire , mais avec épaississement et dureté du crâne. Je ne l’ai rencontrée qu’une fois , chez un chien mort à la suite d’une lésion offrant tous les caractères d’une affection mentale. Voici son histoire :
Deux jeunes polissons s’emparent un jour d’un chien appartenant à une dame , et l’attachent par le cou avec une corde , de manière à le forcer à les suivre. Des personnes qui les surprennent en flagrant délit, reprennent le chien et le font reconduire chez sa maîtresse. Il y avait à peu près trois mois que cet évènement avait eu lieu , lorsque cet animal qui était naturellement gai , devint triste , morose , et se dirigea un jour vers l’appartement qui se trouvait du côté de la porte , avec tous les signes d’un animal qui a peur. Et, bien qu’aucun bruit ne se fit entendre, ses yeux restaient fixes, et toute sa contenance paraissait annoncer qu’il voyait un corps qui l’effrayait. Ce manège dura plusieurs jours , avec quelques nuances d’intensité. Pendant deux ans, de semblables phénomènes eurent lieu au printemps. Le reste de l’année, le chien était triste et quelquefois souffrant. A dix ans, les accidens augmentè-
(1) Tous les chiens qui m’ont présenté ce genre d’altération, avaient éprouvé un grand changement dans le caractère , et leurs habitudes étaient bien différentes de ce qu’elles sont chez les adultes. Tous sont hargneux, ont peu de disposition au mouvement ; ils recherchent la solitude et se livrent à un sommeil prolongé ; ils sont très-irascibles, et mordent ou aboient contre le* personnes qu'ils ont même 1 habitude de voir journellement.
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rent cl forent accompagnés de quelques accès simulant l’épilepsie (1). Comma on craignait qu’il ne devint enragé , on le lit noyer. Je me procurai son crâne, que j’ai fait représenter pi. XIX, fig. il est très-dur, plus épais qu’il ne l’est ordinairement chez les chiens de la même espèce et du même âge ; on voit que la surface interne de la voûte est extrêmement rugueuse et inégale. La fîg. 2, id. pl. , représente la voûte du crâne d’un vieux chien , vue par sa face interne. On y distingue cette sorte de dépôt de matière calcaire , dont nous avons parlé précédemment. Ce dernier mourut d’apoplexie pendant le coït. Il avait au moins quinze ou seize ans.
La troisième espece d’altération du crâne se rencontre chez ces petits chiens de dames , dormant la grasse matinée et surchargés d’embonpoint ; elle consiste dans un épanchement de matière graisseuse entre les cellules du dipioé. Je possède un cas extrêmement remarquable sous ce rapport. C’est celui d’une petite chienne tout à la fois extrêmement gourmande et très-friande. Jamais le plus grand gourmet 11e lit preuve d’un goût plus varié que cet animal : confiture , bonbons , crème, macarons, biscuits, marmelade, tout se trouvait avalé , savouré avec une avidité et une sensualité peu commune ; jamais enfant gâté ne fut traité , choyé , dorloté avec plus de soin. Les mets dont un chien de bonne maison aurait fait ses délices, étaient , comme on doit bien le penser, dédaignés par un palais aussi délicat ; ce n’était même qu’à grand’ peine si l’on pouvait, dans les derniers temps', lui trouver , parmi les entrées, quelque chose d’assez (in pour le satisfaire : il n’y avait plus que les entremets et le dessert qui pussent passer. Tous les repas étaient constamment suivis d’un sommeil très-prolongé , et goûté sur un coussin des plus moelleux. Comme on le présume , une vie aussi luxurieuse , aussi criminelle, devait nécessairement avoir de fâcheuses conséquences ; aussi trouva-t-on un jour la friande morte à la suite d’une apoplexie. Les regrets , les lamentations auxquels sa mort donna lieu , sortent du champ de nos observations ; mais nous parlerons de son crâne (2) , dont la voûte est représentée pl. XX, fig. cd. On y distingue quatre dépôts de matière jaunâtre occupant toute la longueur de la partie moyenne de la voûte, et présentant plus d’un pouce do largeur. La base du crâne m’offrit aussi quelques traces de la même matière , mais eu bien moindre quantité ; elles existent derrière les cellules ethmoïdales , à l’os placé devant le sphénoïde , sur le corps de celui-ci et sur la partie
(1) L’épilepsie est très-rare chez les chiens , je ne Fai vue qu’une seule fois chez eux; elle est plus commune chez les chats. Feu le docteur Georget l’a observée chez un chat de la Salpêtrière. J’avais chez moi une petite chatte qui avait un ou deux accès par semaine 5 ils disparurent à la première portée. Mon collègue et mon ami, M. Eudes des Lonchamps, professeur d’histoire naturelle à Caen , avait un gros chat noir qui était épileptique : j'ai même été témoin de l’un de ses accès.
(2) Cette chienne était, à sa mort , d’un embonpoint excessif; tout le tissu cellulaire souscutané se trouvait surchargé d’une matière grasse à demi-Huide répandant une odeur acid« extrêmement désagréable.
antérieure de la gouttière basilaire. J’ai fait colorier sur la voûte les points où celte matière a été déposée , alin de lui donner l’aspect qu’elle présente naturellement.
J’ai déjà parlé , à l’occasion de la coupe verticale du crâne, de l’épaisseur et de la dureté que présentent certains oiseaux de la famille des gallinacés , notamment le coq et le dinde. On rencontre toujours , chez eux , lorsqu’ils sont avancés en âge et nourris avec abondance , cette espèce d’épaississement.
AlSérations (lu système nerveux cérébro-spinal et de ses membranes.
Les maladies du système nerveux cérébral et de ses enveloppes membraneuses peuvent être congéniales ou accidentelles.
La premiere classe renferme l’histoire de toutes les monstruosités de forme, de nombre et d’absence , d’une ou de plusieurs des parties qui entrent dans sa composition. Nous avons déjà parlé , en faisant l’histoire des altérations du crâne , de l’augmentation en volume du cerveau , et nous avons cité à ce sujet plusieurs cas assez remarquables ; nous avons parlé aussi et donné un exemple de l’état connu sous le nom d’acèphalie ou atrophie des hémisphères cérébraux. Bien que cette sorte de monstruosité ne soit pas la véritable acéphaîie , c’est-à-dire la privation absolue de la tète , celle-ci a cependant été rencontrée. Gall cite un exemple remarquable d’absence complète du cerveau chez un nouveau-né : à l’ouverture du crâne , cette cavité se trouva pleine d’une matière aqueuse.
Le cerveau des idiots , dont la tète présente un volume égal à celle que nous avons fait représenter pl. LXXXVI, fig. 2, offre un développement moins considérable des circonvolutions que les cerveaux des personnes mieux organisées. On peut aussi se convaincre , par un examen attentif, que plusieurs circonvolutions manquent complètement.
On a rencontré la réunion des hémisphères cérébraux , sans que cet état parût avoir quelque influence sur les fonctions intellectuelles»
L’atrophie ou la perte d’un hémisphère du cerveau n’est pas sans exemple , et on conçoit que , malgré un tel désordre les fonctions intellectuelles auront pu se conserver intactes ; car le cerveau , comme les organes des sens , est composé de deux parties , et la lésion d’un côté peut avoir lieu sans faire sentir son influence sur celui qui lui est opposé. Gall cite dans son ouvrage l’histoire d’un ecclésiastique qui mourut presque subitement d’apoplexie ; trois jours auparavant, il s’était livré aux exercices de sa profession, avec son soin et son zèle accoutumés. À l’ouverture de son crâne, Gall trouva que toute la partie moyenne de l’hémisphère droit se trouvait changée en une matière jaunâtre et grumeleuse. Le même auteur a fait représenter dans son allas , le cerveau
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d’une femme morte à la suite d’une aliénation mentale chronique : presque toutes les circonvolutions de l'un des hémisphères paraissent avoir perdu plus de la moitié de leur volume. Les cas que nous venons de citer sont accidentels : je ne sais pas si l’atrophie de l'un des hémisphères cérébraux a été rencontrée à la naissance. 11 n’en est pas de même de l’absence du corps calleux , grande commissure, de celle des couches optiques mentionnée par plusieurs auteurs. Quelques anatomistes disent aussi n’avoir point rencontré la glande pinèale. Meckel (1) nie au contraire le fait, et croit qu’il faut l’attribuer au défaut de précaution des personnes qui assurent avoir rencontré ce cas. Soemmering dit avoir trouvé une fois ce corps double. Meckel croit que cette disposition n’était autre chose qu’une division de la glande elle-même. J’ai cité , à l’occasion de l’anatomie du cerveau , l’histoire de l’absence complète de la glande pinèale chez un renard , qui avait reçu dans le crâne un coup de feu chargé à plomb. J’ai même fait observer qu’aucun trouble ne s’était fait apercevoir dans scs fonctions intellectuelles.
Les seuls vices de conformation congèniale du cervelet, observés jusqu’à ce jour, ont (oujou s consisté dans une diminution de volume et de nombre des lamelles qui entrent dans sa composition. Nous avons exposé plus haut l’idée peu fondée de Maiacarne, qui croyait avoir trouvé un rapport entre l’étendue de l’intelligence et le nombre de lamelles de cette partie du système nerveux cérébral. Quelques auteurs disent n’avoir point trouvé la partie située entre le cervelet et le cerveau, mésocôphale , commissure du cervelet.
Les affections accidentelles du système nerveux cérébral sont excessivement nombreuses. Vouloir les traiter toutes , serait rentrer dans le champ de l’anatomie pathologique , et conséquemment nous éloigner du but de notre travail. Il existe cependant certaines lésions de ce système, si propres à éclairer les fonctions du cerveau , que nous ne pouvons les passer sous silence; elles font trop ressortir l’influence du cerveau sur les fonctions de Taine, pour ne pas y attacher une grande importance.
Nous avons déjà vu que la privation d’une partie des circonvolutions du cerveau , ou la diminution de leur volume, entraînait l’idiotisme. Voici déjà un rapport bien évident, incontestable, entre l’organisation du cerveau et ses fonctions. Le nombre des affections accidentelles propres à établir la relation entre les facultés et l’organe sont bien plus nombreuses encore. On sait qu’à la suite d’une apoplexie , les facultés intellectuelles peuvent être troublées complètement ou incomplètement. Le dernier cas aurait du suffire pour prouver à des gens observateurs , que le cerveau n’agissait pas en masse dans ses fonctions , mais que diverses fonctions ou actes avaient lieu dans telle ou telle partie du système nerveux. N’avait-on pas vu des personnes perdre la mémoire des noms propres, celle du langage , à la suite d’attaques apoplectiques. Plu-
(1) Meckel, Manuel cl’ Anatomie descriptive et pathologic/ue ; traduit par Jourdan et Bresehet, tome u , page 72-5.
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sieurs anatomistes distingués ont cité un assez grand nombre de ces faits. En voici quelques-uns que nous empruntons à d’excellens observateurs ; l’un a a ôté recueilli par M. lïqpdde Kilimarnock ; il est d’autant plus remarquable, que le malade ne pouvait employer aucune expression , bien qu’il conservât la faculté d’articu'er, de percevoir et de juger. Voici son histoire : un homme âgé de soixante-cinq ans , dsué de la faculté de parler et d’écrire dans un degré ordinaire , commença le soir du 2 septembre 1822, à parler avec difficulté, au point de devenir inintelligible pour ceux qui l’entouraient. On observa qu’il avait oublié le nom de chaque objet dans la nature ; le souvenir des faits ne paraissait pas diminué, mais les noms à l’aide desquels les hommes et les choses sont connus avaient entièrement disparu de son esprit , ou plutôt il avait perdu la faculté de se les rappeler à volonté. 11 n’était cependant en aucune manière inattentif à ce qui se passait , et il reconnaissait ses amis et ses connaissances, peut-être aussi promptement qu’auparavant ; mais leurs noms, môme le sien propre , celui de sa femme ou des domestiques paraissaient chassés de son esprit. Le matin du 4 septembre, dit M. Hood, nonobstant les désirs de sa famille', il s’habilla et sortit pour travailler; et quand je le visitai , i! me donna à entendre par toutes sortes de signes qu’il était parfaitement bien sous tous les rapports , abstraction faite de quelques malaises qu’il éprouvait dans les yeux et la région des sourcils. Je parvins, non sans quelque peine , à le déterminer à une rèapplication de sangsues et à permettre qu’nn vésicatoire fût appliqué sur la tempe gauche. Il était alors si bien, quant au reste du corps, qu’il ne voulait pas être confiné dans sa maison, et son jugement, autant qu’il me fut possible de l’apprécier, n’était nullement altéré ; mais la mémoire des mots était tellement effacée, que les monosyllabes d’affirmation et de négation paraissaient les seules espèces de mots dont il n’avait pas entièrement oublié ni l’usage ni la signification. Il comprenait distinctement chaque expression qui lui était adressée , et bien qu’il eut les idées propres pour former une réponse complète, les mots à l’aide desquels ces idées sont exprimées , paraissaient avoir été entièrement enlevés de son esprit. Comme , par expérience, je lui citais quelquefois le nom d’une personne ou d’une chose, son nom propre , par exemple , ou le nom de quelques-unes de ses domestiques ; il le répétait après moi distinctement une ou deux fois ; mais généralement avant qu’il pût agir ainsi une troisième fois , le mot lui échappait aussi complètement que s’il ne l’avait jamais prononcé. Quand une personne lui lisait un passage d’un livre, il n’avait pas de difficulté à saisir, à concevoir la signification du passage : mais il ne pouvait pas lire lui-même, et la raison paraissait être qu’il avait oublié les èlémens du langage écrit , c’est-à-dire le nom des lettres de l’alphabet. Dans un laps de temps peu étendu , il devint très-habile dans l’usage des signes, et sa convalescence fut caractérisée par l’acquisition de quelques termes généraux, qui devinrent d’abord pour lui d’une application extrêmement variée. Durant les progrès de son rétablissement , le temps et l’espace vinrent ensemble sous le nom général de temps. Tous les événement
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futurs et les objets devant lui étaient appelés temps présent; mais les événemens et les objets derrière lui étaient appelés le dernier temps. Un jour, lui ayant demandé son âge, il me fit entendre qu’il ne pouvait me le dire ; mais, montrant sa femme, il fit entendre ces mots : combien de fois? comme si elle savait son âge ; quand elle dit qu’il avait soixante ans , il répondit affirmativement , et demanda quel temps il était : mais je ne compris pas distinctement ce qu’il voulait dire. Je lui dis l’heure du jour, il me convainquit que je ne lui avais pas donné la réponse convenable; je lui nommai le jour de la semaine , ce qui fut aussi peu satisfaisant; mais ayant montionné le mois et le quantième, il dit aussitôt que c’était ce qu’il désirait connaître pour répondre à ma question relativement à son âge. Ayant réussi à trouver le jour du mois où il était né, il me donna à entendre qu’il était âgé de soixante ans et cinq jours ou fois, comme il s’exprimait.
Dans le mois de décembre 1822, sa convalescence était si complète, qu’il pouvait supporter la conversation sans peine. Les maux de tète, dont il avait été affecté pendant si long-temps, revinrent parfois ; mais, sur tous les autres rapports, il jouissait d’une parfaite santé. Le 10 janvier, il devint subitement paralytique du côté gauche; le 17 , il eut une attaque d’apoplexie , et mourut le 21 du môme mois.
M. Hood a consigné, dans le troisième volume du Journal phrcnologique d'Edimbourg , l’histoire de l’autopsie. Dans l’hémisphère gauche , altération de la substance cérébrale ; elle se terminait à la moitié de la surface du cerveau ; là où il repose sur la partie moyenne du plancher orbitaire, se trouvèrent deux petits kystes logés dans une dépression qui paraissait s’étendre de ce point du cerveau jusqu’au ventricule , où il paraissait s’ouvrir sous forme de trompette. L’hémisphère droit ne présentait rien de remarquable.
Observations de M. Bouillaud.
Existence d’un centre nerveux cérébral affecté aux organes de la paro’e, prouvée par des observations de paralysie isolée de ces organes (1).
Pi • emi'cre observation .
Catherine Thirion, âgée de quarante-quatre ans, d’une constitution ncryososanguine , perdit tout-à-coup la parole, le 10 décembre 1822, et se rendit quelque temps après à l’hôpital Cochin. Elle entendait et comprenait parlai tei ment tout ce qu’on lui disait , mais ne pouvait proférer le moindre mot. Elle exprimait nettement ses idées par le moyen de l’écriture , et nous apprit de cette manière qu’elle souffrait dans le front, etc. Irritée d’être muette, elles’impatientait, gesticulait avec une extrême vivacité et versait des larmes. Celle femme, après avoir été saignée copieusement , recouvra , au bout de quelques jours , le libre exercice de la parole.
(1) Archives de médecine 7 tome ym, page 29.
TRAITÉ
Deuxieme observation-.
Une femme , âgée de cinquante-quatre ans , perdit tout à-coup l’usage de la parole , le lei novembre 1817, et vint à l’Hôtel-Dieu quatre jours après. Elle entendait très-bien ce qu’on lui disait ; mais quand elle voulait répondre, elle ne rendait que des sons inarticulés, un bruit confus semblable à celui que produisent les sourds-muets ; en même temps elle gesticulait avec beaucoup de vivacité, s’impatientait bientôt, quand on ne la comprenait pas, montrait du doigt sa langue, levait les épaules et s’enfoncait sous sa couverture. Sa gaité n’était cependant pas altérée , car elle riait de tout. Les mouvemens de la langue étaient faciles , c’est-â dire les mouvemens de la langue nécessaires à des actes autres que la parole ; les mouvemens des membres avaient conservé toute leur force et leur liberté. La peau n’avait rien perdu de sa sensibilité. { Observ . de M. Lallemand.)
Troisième observation.
M. D. , d’un tempérament lymphatico-nerveux , reçut , en 1 808 , une forte contusion à la tête. Il en résulta long-temps après des douleurs de tête périodiques, et qui augmentèrent en 1817. Pendant les accès, qui duraient de dix à vingt-cinq minutes, le malade ne pouvait parler, bien qu’il conservât sa connaissance ; mais exprimait ses désirs par des gestes de la main droite. Les douleurs avaient leur siège profondément sous les arcades sourcilières. [Observation empruntée 'par M. Bouillaud à M. Desgoutlières. )
Il résulte, ainsi que l’observe judicieusement M. Bouillaud, des trois observations précitées, que la paralysie des organes de la parole peut exister seule,
indépendamment de toute autre paralysie. Et puisque les mouvemens des organes qui président à la parole peuvent être anéantis , tandis que tous les autres persistent , il s’ensuit évidemment et nécessairement que les uns et les autres ne* sont pas sous l’influence d’un seul et même centre nerveux , et que les premiers en ont un qui leur est spécialement affecté.
La perte de la parole sans autre sorte de paralysie , et même sans altération sensible des autres facultés intellectuelles , est évidemment prouvée par ces trois observations, toutes remarquables par l’impossibilité d’exprimer les idées par l’articulation de la voix. Mais quelle est la partie nerveuse cérébrale qui préside à la faculté du langage? Nous avons déjà vu , par l’observation du docteur Hood de Killmarnock (1) , qu’une altération avait été trouvée dans des lobes antérieurs du cerveau et à la partie de ces lobes qui répond au plancher orbilaire. D’autres observations de M. Bouillaud vont prouver que c’est aussi à la lésion du lobe antérieur du cerveau qu’il faut attribuer de pareils accidens.
(1) J’ai cité l’observalion du docteur Hood avant celles de M. Bouillaud, bien que celles de ce dernier lui soient antérieures; mais il ne s’agit pas ici de question de priorité, mais seulement de faits observés.
Ft c in ic re else rv at ion.
Adélaïde Renouf, âgée de quarante-neuf ans , d’une forte constitution, fut apportée à l’hôpital Cochin le 28 octobre 1822. Depuis long-temps elle éprouvait de la douleur dans la région du front et d’autres symptômes d’une affection cérébrale. A son entrée , elle présentait une sorte d’étonnement stupide: à peine pouvait -elle articuler quelques mots. Elle ne tarda pas à perdre entièrement l’usage de la parole , et mourut le lendemain. A l’ouverture de son corps , nous trouvâmes le lobule antérieur de l’hémisphère droit ramolli dans toute son étendue , et tellement altéré , que la substance grise et la substance blanche étaient confondues en une bouillie purulente.
Deuxieme observation.
François Ratard , âgé de cinquante-neuf ans , reçu à l’hôpital Cochin le 17 Janvier 1822 , conservait, à la suite d’une affection cérébrale, une telle difficulté de parler , que , malgré tous ses efforts, il parvenait à peine à rassembler quelques mots ; seulement il répétait comme automatiquement les dernières paroles des phrases qu’on lui adressait , et s’impatientait de ne pouvoir répondre Au bout de quelques mois de séjour, il mourut. L’autopsie cadavérique nous fit voir, vers le tiers antérieur de l’hémisphère gauche du cerveau, une tumeur de la grosseur d’un œuf, de consistance albumineuse cuite, parsemée de quelques caillots, et contenant quelques gouttes d’un pus encore liquide.
Nous ne croyons pas nécessaire de faire connaître les autres observations du médecin que nous venons de citer, ainsi que celles qu’il a empruntées à deux de ses collègues , MM. Lallemand et Rostan. L’essentiel pour nous, c’est que , dans toutes ces observations , il y a eu constamment impossibilité pour les malades de rendre leurs idées à l’aide de la parole , et que , chez tous ces individus , on a constamment trouvé une altération de la partie antérieure de l’un ou des deux lobes cérébraux.
Les épancliemens sanguins observés dans le cervelet , ont été accompagnés de symptômes si remarquables et coïncidant, comme nous le dirons plus tard, avec les fonctions que les phrénologistes attribuent à cet organe , que nous ne pouvons les passer sous silence. Plusieurs médecins avaient déjà remarqué que les cadavres des personnes pendues, se trouvaient dans un état
d’érection. La mort produite de cette manière , est causée , comme on le sait , *
d’un côté par la privation de l’air , de l’autre par la congestion du sang dans la masse nerveuse cérébrale , et bien que tout le système artériel et veineux, du système nerveux cérébro-spinal , se trouve gorgé de sang à l’ouverture du crâne , il paraîtrait cependant que le seul engorgement du cervelet suffit pour produire l’érection ; du moins c’est ce qui est démontré par plusieurs cas d’apoplexie cérébelleuse , recueillis par M. Serres (1) , médecin de la Pitié. Yoici ses observations :
(1) Serres, Anatomie comparée du cerveau dans tes quatre classes des vertébrés , tome h, page 602.