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connais pas pouf le médecin de malades plus désagréables. Toujours inquiets , toujours s’écoutant , ils vous fatiguent de questions : tous sont trèspusiîîanimes et très-irritables.
Ou je me trompe fort, ou ces symptômes sont bien ceux qui annoncent une lésion du système nerveux cérébral , lésion dont les caractères se dessinent d’autant mieux que la maladie a duré plus long-temps.
D’un autre côté, si nous examinons à quelle classe de la société appartiennent les hypocondriaques , nous verrons que c’est précisément à celle qui se trouve composée de gens à système nerveux irritable. Consultez tous les médecins qui ont observé l’hypocondrie, et tous vous répondront qu’elle est on ne peut plus commune chez les musiciens, les poètes, les philosophes , les peintres, les sculpteurs , en un mot, chez toutes les personnes chez qui l’organe cérébral est souvent mis en jeu. Mes recherches phrénologiques m’ont aussi démontré qu’elle sévissait avec force chez les personnes douées de facultés affectives trop énergiques, telles que l’orgueil , la vanité, l’attachement , etc.
Je me rappellerai toujours l’histoire d’une dame affectée d’une hypocondrie dont la cause était toute morale ; et que le hasard seul me fit découvrir. Sur d’avoir rencontré juste , je profitai d’une conversation que nous eûmes ensemble, pour lui dire que, dans certaines affections, la médecine morale était à préférer aux médicamens ; et comme je lui citais avec intention un cas qui avait la plus grande analogie avec celui où je la supposais , une vive rougeur colora subitement son visage , et après un moment de silence ; eh bien , vous avez deviné, me dit-elle, et ce que j’éprouve n’est autre chose que la suite d’une affreuse jalousie qui me dévore ! Depuis trois mois , un médecin à pilules et à potions l’accablait de narcotiques et de stimulons , tandis qu’en éloignant la cause de l’affection , une semaine suffit pour rétablir la santé , et faire succéder la gaîté à l’hypocondrie la plus profonde.
Bien qu’il existe , sous plusieurs rapports , de l’analogie entre l’hypocondrie et la folie , on ne peut cependant les confondre. Deux hommes célèbres? Pascal et Jean-Jacques Rousseau , nous fournissent chacun un exemple de ces deux affections. Ainsi , lorsque le premier, après l’accident qui lui* survint àNeuilly (3) , croyait avoir sans cesse un précipice à ses côtés, il était fou. Te second, au contraire , en supposant que les enfans et les invalides, qui certes ne pensèrent jamais à lui , formaient des complots contre sa personne , n’était qu’hypocondriaque.
Plus on étudie l’organisation et la vie du philosophe genevois , et plus on demeure convaincu que toutes les circonstances s’élaieut en quelque sorte réunies pour en faire la proie de l’hypocondrie la plus horrible. Nul doute
(i) Pascal étant allé se promener au pont de Neuilly , dans un .carrosse à quatre chevaux, les deux premiers prirent le mors aux dents et se précipitèrent dans la Seine. Heureusenient , les traits se trouvèrent rompus par la secousse, et le carrosse resta sur le bord de Peau.
DR PHRÉNOLOGIE
que ce soit à cette affreuse maladie qu’il faille attribuer cette teinte de mélancolie qui règne dans plusieurs des ouvrages de cet homme extraordinaire, et qui leur donne un charme inexprimable. J’ai lu plusieurs livres où les principales passions sont mises en jeu ; mais je confesse que je n’ai trouvé dans aucuns le même abandon , le même naturel que dans ceux de Jean- Jacques. Quelle sensibilité ! quel feu I comme cet homme vous remue ! comme il vous entraîne!
Doué d’un orgueil excessif, ayant le sentiment de sa puissance intellectuelle, et voyant tout à travers le prisme exagôratcur de l’imagination, Rousseau dut plus que tout autre se considérer comme un être diffèrent des autres hommes : mais écoutons-le parler lui-même.
« L’impossibilité de trouver des êtres dignes do moi , me jeta dans les » régions imaginaires , et ne trouvant pas dans les objets existans un seul » qui fût digne de mon délire , je m’en créai dans un monde idéal , que mon » imagination créatrice peupla bientôt selon le désir de mon cœur. Dans » mes extases continuelles je bus à torrens les sentimens les plus délicieux » qui aient jamais entré dans le cœur de l’homme. Oubliant le genre hu- » main , je me créai une société de créatures célestes par leurs vertus et » leurs beautés, et d’amis sûrs et fidèles, tels qu’il n’en exista jamais ici » bas. »
Et dans un autre passage.
» JJbre et maître de moi-même , je croyais pouvoir tout faire, atteindre » à tout; je n’avais qu’à m’élancer pour m’élever et planer dans les airs. » J’entrais avec sécurité dans le vaste espace du monde : mon mérite allait » le remplir ; à chaque pas , j’allais trouver des festins , des trésors , des » aventures ; des amis prêts à me servir , des maîtresses empressées à me » plaire. En me montrant , j’allais occuper de moi l’univers : non pas pour- » tant l’univers tout entier , je l’en dispensais en quelque sorte ; mais il ne » m’en fallait pas tant , une société charmante me suffisait sans m’embar-
» rasser du reste. Ma modération m’inscrivait dans une sphère étroite , mais » délicieusement choisie , où j’étais assuré de régner ; un seul château bor- » nait mon ambition. Favori du seigneur et de la dame , amant de la demoi- » selle , ami du frère et protecteur des voisins , j’étais content ; il ne m’en » fallait pas davantage. »
C’était parbleu bien assez. Pauvre Jean-Jacques , ainsi que plusieurs
. hommes célèbres et plus qu’eux, peut-être, tu reçus en partage le fatal pré-
sent de l'imagination. Ton ame avide d’émotions but avec délices à sa coupe séduisante; mais de combien tes illusions et les espérances ne furent-elles pas déçues lorsque les hommes et leurs misères t’apparurent sous leur vrai jour !
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