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rations ne se borneront pas à l’homme, nous les étendrons encore aux animaux, afin de démontrer comment l’auteur de la nature, en variant la composition du système nerveux , a doué chaque espèce animale des organes les plus propres à produire les phénomènes merveilleux dont nous sommes journellement témoins. L’élude des variétés d’organisation , et conséquemment de fonctions , chez les principaux vertébrés , servira à faire mieux comprendre les facultés de l’homme. D’un autre côté, en nous élevant graduellement des êtres inférieurs , pour arriver à celui qui occupe le sommet de l’échelle animale , nous suivrons une marche plus rationnelle et plus philosophique.
Comme il ne serait pas impossible que quelques personnes s'alarmassent du rapprochement que nous ferons entre les facultés de l’homme et celles des animaux, bien que pour l’homme réellement instruit ces comparaisons dussent produire un effet contraire , je me vois forcé de développer mes idées sur ce point : il en résultera , ce me semble , qu’au lieu d’être dangereuses , comme on le suppose gratuitement , nos recherches contribueront à donner une juste idée de la supériorité de l’homme sur tous les êtres créés , et lui inspireront ainsi un sentiment de reconnaissance envers l’auteur de la nature.
Les animaux sont-ils doués de facultés intellectuelles? Leur conduite estelle raisonnée, modifiée suivant les circonstances , ou n’est-elle que le résultat de ce qu’on est convenu d’appeler vulgairement instinct , c’est-à-dire la suite d’une impulsion aveugle agisssant constamment de la même manière.
C’est insulter au bon sens que de supposer que les animaux soient dépourvus d’actes intellectuels. L’expérience de tous les jours nous démontre le contraire d’une manière incontestable. On a véritablement lieu de s’étonner quo des hommes de talent , des penseurs et des philosophes même, aient nié des vérités aussi évidentes. C’est cependant ce que nous rencontrons dans les ouvrages , je ne dirai pas d’un grand naturaliste , mais du moins d’un des hommes les plus éloquens du dernier siècle , de Buffon enfin , dont les idées sur ce sujet me paraissent lout-à-fait opposées à une saine physiologie. Examinons un peu ce que cet homme, d’ailleurs si célèbre, a avancé sur ce point si important de physiologie comparée , et lâchons , par quelques remarques , de faire voir que ses assertions sont peu fondées.
« Pour nous mieux faire entendre (il s’agit des facultés des animaux) (1),
» considérons un chien , par exemple , qui , quoique pressé d’un violent ap- » pélit , semble n’oser toucher, et ne touche point en effet à ce qui pourrait » le satisfaire , mais en même temps fait beaucoup de mouvemens pour l’ob- » tenir de la main de son maître ; cet animal ne paraît-il pas combiner des » idées? ne paraît-il pas désirer et craindre; en un mot, raisonner à peu » près comme un homme qui voudrait s’emparer du bien d’autrui, et, qui,
» quoique violemment tenté, est retenu par la crainte du châtiment; voilà » l’interprétation vulgaire de la conduite de l’animal. » Certainement, et c’est, selon nous, la meilleure.
(l) Discours sur la nature des animaux ; lîufTan , tome 1 , des Mammifères.
« Comme c’est de cette façon que la chose se passe chez nous , il est naturel » d’imaginer, et on imagine en effet qu’elle se passe de même dans l’animal. » Il nous semble qu’en cela on imagine très-bien. « L’analogie, dit on, est bien » fondée, puisque l’organisation et la conformation des sens, tant à l’exté- » rieur qu’à l’intérieur , sont semblables dans l’animal et dans l’homme ; ce- » pendant ne devrions-nous pas voir que , pour que cette analogie fût en effet » bien fondée , il faudrait quelque chose de plus? qu’il faudrait du moins que » rien ne pût la démentir ; qu’il serait nécessaire que les animaux pussent faire » et fissent, dans quelques occasions , tout ce que nous faisons? » Ainsi , selon Buffon, il faudrait que les animaux eussent toutes nos facultés pour qu’il fût permis d’établir une comparaison enlreeux et l’homme. « Ils n’inventent et ne perfectionnent rien : » jamais idée ne fut moins fondée, car il suffit d’avoir étudié les actes d’un chien chasseur, pour voir jusqu’à quel point cet animal modifie ses actions. Les oiseaux constructeurs changent leur manière de construire en raison des lieux, et la perfectionnent avec le temps. On a vu des hirondelles se contenter de réparer leur nid quand elles ne le trouvaient que légèrement altéré à leur retour; si leurs actes avaient été machinaux ou instinctifs, elles auraient fait leur nid comme à l’ordinaire. J’ai eu à Paris en 1831 deux jeunes serins, auxquels je donnai un peu de charpie très-fine , peu de jours avant que leur nid fût terminé : à partir du jour où ils la reçurent , leur principale occupation fut d’enlever avec soin l’herbe sèche qui garnissait le centre de leur nid , et de la remplacer par la charpie. J’ai vu deux pies , dont le Did avait été ébranlé et endommagé par le vent, porter brin à brin les bûchettes et la paille qui le composaient dans un arbre bien plus touffu que celui où elles l’avaient d’abord construit. Est-ce que le chien dressé , à qui on commande et qui obéit sur-le-champ, ne raisonne pas son action? N’estce pas parce qu’il se rappelle que le défaut d’obéissance était accompagné d’une correction douloureuse , et le cas contraire , de caresses , qu’il se détermine en faveur de l’acte qui lui procure une sensation agréable? Il y a donc eu, avant cette détermination , mémoire et jugement , puisqu’il y a eu comparaison de deux idées. Que ferait donc de mieux, et en pareil cas, un enfant qui aurait été puni ou récompensé pour telle ou (elle action ? Si les résultats sont égaux des deux cotés , il nous semble que l’action qui les a produits a dû s’opérer de la même manière : c’est donc à tort que Buffon soutient que les animaux ne réfléchissent pas et ne perfectionnent rien. Si le chien, l’éléphant, le singe, etc., n’exécutent pas tous les actes qui sont l’apanage de l’homme , il faut s’en prendre à leurs cerveaux, qui sont loin d’offrir le même développement et la même complication. Mais voyons la suite des raisonnemens de Buffon.
« Les animaux ne perfectionnent et ne réfléchissent pas ; ils ne font jamais » que les mêmes choses et delà même façon. » Nous avons , je crois , démontré le peu de fondement de cette assertion, ef cela nous arrivera encore assez, souvent dans le cours de cet ouvrage. « Nous pouvons donc beaucoup rabattre
» delà force de cette analogie ; nous pouvons douter de sa réalité , et nous de-
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1 Ui
» yons rechercher si ce n’est pas par un autre principe, diffèrent du nôtre , » qu’ils sont conduits, et si leurs sens ne suffisent pas pour produire leur* » actions. » Conséquence vraiment singulière de la part de Buffon ; car dan* le passage qui précède celui que je viens de citer (1) , il démontre que les sens sont les mêmes dans l’homme et dans l’animal. « Tout ce qui est relatif à leur » appétit, ébranle très-vivement leur sens intérieur, et le chien se jetterait à » l’instant sur l’objet de cet appétit, si le même sens intérieur ne conservait » pas les impressions antérieures de douleur dont celle action a été précédem- » ment accompagnée. » Pourquoi donc ne pas donner le nom d q mémoire îa celte faculté que possède le chien de se rappeler les impressions perçues? « On peut expliquer, de la même façon et par les mêmes principes, toutes » les actions des animaux, quelque compliquées qu’elles puissent paraître, » sans qu’il soit besoin de leur accorder ni la pensée ni la réflexion ; leur sens » intérieur suffit pour produire tous leurs mouvemens : il ne reste plus qu’une » chose à éclaircir , c’est la nature de leurs sensations, qui doivent être, Sui- » vant ce que nous venons d’établir, bien différentes des nôtres. Les animaux , » nous dira-t-on, n’ont-ils donc aucune connaissance? leur ôtez-vous la con- » science de leur existence , le sentiment? Puisque vous prétendez expliquer » mécaniquement toutes leurs actions, ne les réduisez-vous pas à n’être que » de simples machines, que d’insensibles automates? Si je me suis bien ex- » pliqué, on doit avoir déjà vu que, bien loin de tout ôter aux animaux, je » leur accorde tout, à l’exception de la pensée et de la réflexion. » C’est-à-dire que vous leur ôtez ce que la plus simple observation suffit pour constater chez eux : Vous expliquez tout à l’aide d’un sentiment que vous appelez intérieur; et de quel sentiment voulez-vous donc parler, si ce n’est la réflexion , la pensée? Vous dites qu’ils ont la conscience de leur existence actuelle , mais non celle de leur existence passée. Comment expliquerez-vous alors l’éducation des chiens, des chevaux , des èléphans ? Il en est de même de la faculté de comparer, que vous leur ôtez, tandis que l’exemple du contraire nous est démontré tous les jours. Tout ce passage de Buffon est donc complètement faux. Mais à quelle cause faut-il donc attribuer des erreurs aussi palpables, chez un homme de celte trempe , si ce n’est aux préjugés de son enfance , ou plutôt aux persécutions qu’il éprouva de la part de la Sorbonne? Du moins c’est ce qu’il donne à entendre , dans une lettre qu’il écrivait à Georges Leroi son contemporain : autre chose, lui marquait-il , est de faire parler les animaux à Paris ou à Nuremberg (2). Nous verrons plus loin, combien les raisonnemens elles observations de ce dernier sur les mœurs des animaux, sont supérieurs à ceux de Buffon. Sa manière de peindre leurs actes
est vraiment admirable, et l’on peut dire de lui, qu’il a pris la nature sur le fait.
(1) Je n’ai pas cité ici ce passage pour ne pas grossir inutilement ce volume ; mais on peut consulter le volume de Ruffon indiqué précédemment.
(2) Place où s’était retiré Georges Leroi afin de ne pas être la victime du fanatisme.
DE PHR ÉCOLOGIE.
Scs observations sont d’autant plus précieuses > qu’il était à même par sa position (1) de les renouveler journellement.
Concluons donc en disant : 1° Qu’il existe chez les animaux des actes aunoncant de la réflexion , et des facultés affectives, ou ce que l’on entend vulgairement par intelligence et passions ; 2° que ces actes varient en raison des
espèces et des circonstances où elles se trouvent; 3° que ces facultés, bien
que renfermées dans certaines limites sont cependant perfectibles; -4° enfin que ces actes sont en harmonie, comme nous le démontrerons plus amplement, avec le développement du système nerveux cérébral.
J’aurais moins insisté sur ces faits, si je n’avais eu la conviction que beaucoup de personnes partagent encore les idées que je viens de réfuter : la propagation de ces idées n’a pas peu contribué à répandre les expressions vagues do nature et d 'instinct des animaux, langage d’autant plus vicieux, qu’il n’exprime en aucune manière les variétés et les caractères propres dos facultés intellectuelles ou affectives des espèces.
§ IV
Opinions de quelques physiologistes et philosophes modernes sur les fonctions du cerveau.
Si les philosophes et les physiologistes les plus distingués de notre temps s’accordent pour considérer le cerveau comme l’organe de l’ame; si tous admettent la pluralité des organes cérébraux , et conséquemment celle des facultés, il s’en faut encore de beaucoup que la manière d’envisager ces dernières soit la même. Après un examen attentif des opinions émises sur co sujet, on peut ranger les philosophes et les physiologistes de notre époque en trois classes. La première, et c’est la plus nombreuse, adopte exclusivement les idées de l’école condillacienne. L’autre se compose de philosophes ou do physiologistes qui ont adopté les idées de Locke et de Condillac > avec les modifications que les idéologistes modernes leur ont fait éprouver. Vient enfin la troisième classe représentant l’école de Cabanis et de Bichat , mélange bizarre d’idées condillaciennes et de faits anatomiques, vrai contre-sens philosophique, puisque les passions et les facultés intellectuelles résulteraient, selon les partisans de ces hommes célèbres, de l’action de certains organes ayant uno fonction bien connue et entièrement opposée à celle de la vie de relation.
Cabanis, médecin philosophe, ayant observé qu’une multitude d’affections et de sentimens avaient lieu chez l’homme sans l'entremise des sens , admit deux sources de sensations, l’une , pour me servir de ses propres expressions , résultant de sensations extérieures , et l’autre dérivant de perceptions internes, qu’il désigne sous le nom d’instinctives. Cette distinction simple et séduisante nous parait complètement fausse, du moins dans le sens bien connu que lui attachaient Cabanis et ses partisans. C’est à elle que nous sommes redevables de
ï) U Clait lieutenant des chasses de Marly et de Versailles.
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ces idées absurdes qui ont inondé la plupart des ouvrages des physiologistes de notre époque. De là aussi les explications de facultés morales en rapport avec tel ou tel tempérament. Nous croyons tout à fait inutile, vu les progrès de la science , de reproduire ici des idées si opposées au sens commun et à la saine physiologie. Qu’on se pénètre bien une fois pour toutes de celte vérité physiologique , que le tempérament n’a qu’une action indirecte sur les actes cérébraux , dont il ne fait que modifier l’action , comme il modifie celle des autres organes; que ce n’est pas parce qu’un homme a le foie volumineux, la peau jaune , les yeux noirs, etc., qu’il sera vaniteux, que ses vues seront étendues et profondes , qu’il sera , ainsi que l’a dit Cabanis et ceux qui l’ont suivi, capable de grands desseins, mais bien parce qu’il aura un cerveau d’un plus grand développement. Gall a eu tort, ce me semble, de reproduire trèsau long les idées de Cabanis : de pareilles pensées ne pouvaient avoir qu’une réputation éphémère, et je doute très-fort que parmi les médecins, voire même ceux qui ont reproduit son langage , tous soient sincèrement convaincus de la solidité de ses principes. Bien certainement , cet homme célèbre n’aurait pas avancé de pareilles erreurs , si ses connaissances médicales avaient été précédées de l’étude de l’anatomie et de la physiologie comparées. Cesbelles sciences ne nous démontrent-elles pas qu’avec des organes ou viscères de la vie organique semblables , les animaux nous offrent cependent des instincts bien différeus, et dans le même genre, et dans les mêmes espèces, ou chez les individus de la même famille. Est-ce à leurs reins, leurs poumons, que le castor , l’écureuil et la majeure partie des oiseaux, doivent leur penchant à construire? Le gésier du canard sauvage serait-il la cause qui le porterait à voyager? Est-ce à son foie que le rossignol doit son chant si mélodieux? Telle serait 1 pourtant la fausse voie où nous conduiraient les idées de Cabanis , si l’opinion publique n’en eut pas fait justice.
Bichat , dans un ouvrage plein d’erreurs, bien que portant l’empreinte de son génie, a reproduit les idées dominantes de Cabanis (1). Il pose d’abord en principe , que tout ce qui est relatif aux passions appartient aux viscères de la vie organique ; et ce qu’il y a de vraiment surprenant , c’est que les exemples qu’il donne se trouvent complètement en opposition avec les principes de ses raisonnemens.
Mais écoutons Bichat lui-même.
« Mon objet n’est pas de considérer les passions sous le rapport métaphy- » sique. Qu’elles ne soient toutes que des modifications diverses d’une passion » unique ; que chacune tienne à un principe isolé, peu importe. » Pardon, il importe beaucoup, comme nous le verrons plus tard. « Remarquons seule- » ment que beaucoup de médecins, en traitant de leur influence sur les phé- » nomènes organiques , ne les ont point assez distinguées des sensations : cel- » les-ci en sont l’occasion, mais en diffèrent essentiellement. La colère, la
(i) Recherches sur fa vie et la mort. Pam, IS05. Troisième édition.
» tristesse, la joie, n’agiteraient pas , il est vrai, notre ame, si nous trouvions » dans nos rapports avec les objets extérieurs les causes qui les font naître. Il » est vrai que les sens sont les agens de ces rapports , qu’ils communiquent » la cause des passions : simples conducteurs dans ce cas là, ils n’ont rien de » commun avec les affections qu’ils produisent. Cela est si vrai, que toute » espèce de sensation a son centre dans le cerveau ; car toute sensation sup- » pose l’impression et le cerveau qui la perçoit, en sorte que là où l’action de » cet organe est suspendue toute sensation cesse. » Qui s’attendrait que cette
dernière proposition avancée par Bichat , serait suivie de la conséquence suivante. « Cependant le cerveau n’est jamais affecté dans les passions; les or- » ganes internes en sont le siège unique. » Un défaut de logique aussi frappant, serait inexcusable chez un homme d’un pareil mérite , si , comme je l’ai dit dans mon premier volume, les hommes les mieux organisés ne payaient jamais leur tribut aux idées erronées de leurs contemporains. Nul doute qu’en revenant sur les faits avancés dans ses ouvrages, Bichat, s’il eût vécu plus longtemps , n’eùt supprimé cette multitude d’assertions peu fondées , qui sont moins les opinions de cet homme célèbre que celles de son temps. J’ai cité Bichat, comme il m’arrivera de nommer d’autres savans qui ont erré, afin que les hommes qui se livrent à l’étude des sciences , ne prennent pas toujours à la lettre les faits avancés par des auteurs d’une grande réputation. Trop longtemps la science n’a été chez les quatre cinquièmes de ceux qui s’y livrent que l’écho de quelques tètes. L’époque n’est pas encore bien éloignée , où il suffisait qu’un fait fût avancé par un homme de quelque célébrité , pour être aussitôt admis comme chose démontrée. Hàtons-uous de dire cependant, pour la gloire de nos contemporains , qu’un autre esprit commence à dominer le monde savant. Les faits avancés parles hommes le plus en réputation, doivent, avant d’etre admis, passer par la triple épreuve du raisonnement, de l’expérience et du temps. Loin de perdre à ce genre d’investigation , la phrénologie, j’en suis profondément convaincu, ne pourra que gagner dans l’esprit des médecins philosophes.
On a lieu de s’étonner que des physiologistes aient cru que les fonctions de l’instrument de l’ame , c’est-à-dire du cerveau, ne devaient pas trouver place dans un livre de physiologie. Cette manière de voir est d’autant plus singulière, qu’aucun d’eux, sans exception, n’a négligé l’histoire des sons, autre sorte d’iustrumens de l’ame. Pourquoi donc ne rien dire des fonctions des parties affectées aux facultés morales et intellectuelles? Est-ce que l’action de leurs organes mériterait moins d’attention que celle des sens? Et par cela même qu’elles dépendent de certaines conditions organiques, n’est-ce pas une raison pour qu’elles rentrent dans le domaine de la jjhysiologie ? La meilleure raison, et celle qu’on ne veut pas dire pour se justifier de n’avoir pas traité les fonctions du cerveau , c’est qu’indèpendamment de l’étude des organes qui sont le siège des facultés , l’histoire de celles-ci demande , pour être traitée convenablement, un esprit d’observation et de logique assez remarquable. Je sais
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bien que quelquesphysiologistes distingués ont prétendu que l’étude des fonction* du cerveau était des plus simples; mais il s’en faut de beaucoup que je me trouve d’accord avec eux sur ce point. « Il faut bien se garder de croire , dit M. Magendie, que l’élude des fonctions du cerveau est infiniment plus difficile que celle des autres organes, et qu’elle appartient exclusivement à la métaphysique. En s’en tenant rigoureusement à l’observation , et en évitant avec soin de se livrer à aucune explication (cependant que devient l’observation sans explication) ni à aucune conjecture , cette étude devient purement physiologique , et peut-être est-elle plus aisée que celle de la plupart des autres fonctions , par la facilité avec laquelle nous pouvons produire et observer sur nous-même les phénomènes (1). Il est probable que M. Magendie ne s’était pas encore bien observé , je veux dire n’avait pas encore produit sur luimême tous les phénomènes cérébraux , quand il écrivit la partie de son livre où il en est question; car j’avoue que ce qu’il en dit me paraît aussi opposé à l’observation journalière de ces phénomènes qu’aux principes d’une saine logique. Je vais exposer ici les idées principales de cet académicien, en les accompagnant de quelques remarques propres à soutenir la vérité de mou assertion.
1° M. Magendie, après avoir dit que l’on devait s’abandonner à la simple observation dans l’étude des fonctions du cerveau , adopte cependant en partie les idées des métaphysiciens de l’école de Locke et Condillac, plaçant à leur tête M. Destutt de Tracy. Nous reviendrons encore sur ce sujet quand il sera question de la doctrine de Gall. M. Magendie admet ensuite plusieurs espèces de mémoires, dont il n’est pas question dans les livres des idôologistes : ainsi, il y a, dit-il, la mémoire des mots, des lieux, des noms, do la musique , etc. : on voit que, sous ce rapport, ce physiologiste se Irouyo parfaitement en rapport avec Gall, dont il parait avoir emprunté les idées , bien qu’il ne l’ait pas cité. La plus importante des facultés, selon le même auteur, est le jugement. De quel jugement M. Magendie veut-il parler? car, sans le moindre doute, il en existe plusieurs? Il existe, dit-il, une science dont le but est d’apprendre à raisonner juste, c’est la logique: mais le jugement sain ou le bon sens, le jugement erroné ou l’esprit faux, tiennent à l’organisation : il est impossible de se changer à cet égard. Nous restons tels que la nature nous a faits. Pourquoi donc avoir dit qu’il existait'une science qui avait pour but d’apprendre à raisonner juste? car si le bon sens ou le jugement tiennent , ainsi que vous le dites , à l’organisation, votre logique devient inu** tile , et son but, qui est de nous apprendre à raisonner juste, est tout à fait manqué.
Le même auteur ajoute : la vivacité des sensations paraît nuire à l’exactitude du jugement. Cette idée me paraît entièrement erronée : on peut juger tout aussi sainement avec des sensations vives qu’avec des sensations
(1) Précis élémentaire de physiologie, Paris, 1S25; p. 195 et suiv.j deuxième édition.
DB PHRENOLOGIE.
lentes : Napoléon, avec des sensations très-vives, avait un jugement exquis.
Presque tous les malheurs , dit M. Magendie , qui accablent moralement l’homme, ont leur source dans des erreurs de jugement : les crimes, les vices, la mauvaise conduite proviennent de faux jugemens. Je ne crois pas m’abuser
mi * * - •».
en disant que les faits ci-dessus avancés se trouvent eu opposition avec les vrais principes de la physiologie intellectuelle.
Je ne crois pas, avec le physiologiste que je viens de citer, que tous les vices et les malheurs de la société tiennent au défaut de jugement : un homme peut avoir les plus grands vices , être un grand criminel, sans manquer de jugement. Ne voit-on pas tous les jours de grands scélérats faire preuve de beaucoup de sagacité et de jugement? Ce n’est pas, selon nous, le défaut de ces facultés qui les portent à commettre des actions infâmes ; mais presque toujours celles-ci sont la suite de certains penchans dont les organes sont trop actifs, tels sont, le désir d’acquérir, le penchant à détruire, une lasciveté effrénée , etc., surtout, comme nous le démontrerons plus loin, s’il existe un faible développement des parties cérébrales affectées aux sentimens supérieurs.
Vient ensuite l’histoire de l’instinct, que M. Magendie divise en instinct éclairé et en instinct aveugle. Quelque contradictoires, ou du moins inintelligibles, que soient ces expressions , je me vois forcé de les citer. Le mot instinct signifie , comme je le crois, impulsion intérieure : il peut donc s’appliquer à toute espèce de sensation. Si, comme M. Magendie a voulu l’indiquer, il entend par instinct éclairé les actes de l’homme , et par instinct brut , celui des animaux , je crois qu’il a commis une grave erreur , car beaucoup d’actes des animaux , ne sont rien moins que bruts ou machinaux.
Je ne suivrai pas l’auteur dans ce qu’il appelle ennui, amour du repos , dégradation des instincts; car tout ce qu’il en dit suffit pour démontrer le peu de fondement de ses assertions. C’est aux personnes versées dans la connaissance profonde des actes intellectuels et des passions de l’homme, à juger si les faits avancés par M. Magendie sont conformes ou non à la saine observation . Pour ma part , je n’hésite pas à dire qu’après une lecture attentive des faits avancés par ce médecin , j’ai cru que la partie de son livre, qui traite des actes psychologiques , était entièrement à refaire.