ANIMAUX
Une fois reconnu comme l’organe de l’ame , le cerveau dut nécessairement fixer l’attention des Savans. De là les recherches nombreuses employées pour reconnaître les relations existant entre son organisation et l’énergie ou l’étendue des facultés intellectuelles. Les uns crurent que le volume absolu de cet organe suffisait pour expliquer l’étendue de celles-ci : mais des faits recueillis chez les animaux vinrent détruire celte assertion. On savait cependant que , pour remplir ses fonctions, le cerveau de l’homme exigeait certaines proportions sans lesquelles on trouvait l’imbécillité (1). On avait aussi remarqué , et tous les physiologistes de nos jours sont à peu près d’accord sur ce point , que tous les hommes doués de grandes facultés intellectuelles présentaient de grandes capacités cérébrales.
D’autres savans pensèrent qu’il ne fallait pas considérer le volume d’une manière absolue , mais qu’il devait être comparé avec les autres parties du corps chez le même homme ou le même animal ; c’était sur le rapport d’étendue existant entre l’un et l’autre que devait être basée l’appréciation des facultés de l’intelligence. Plus , disait-on , le cerveau présentait de volume relativement au corps, et plus l’animal avait d’intelligence. L’anatomie comparée vint encore détruire cette théorie. Soemmering, Blumenbach, Cuvier, citèrent un grand nombre de faits contre elle. Selon cette manière de voir , une multitude d’animaux auraient dù présenter plus d’intelligence que l'homme.
Un célèbre anatomiste hollandais, Pierre Camper , imagina, pour mesurer les facultés intellectuelles, de tracer une ligne qui, partant de la partie moyenne et la plus élevée du front , allait tomber entre les deux dents inci sives de la mâchoire supérieure ; une autre ligne venait du conduit auditif externe et se réunissait à la première , en passant par la base du crâne. De la réunion de ces deux lignes résulte un angle dont l’ouverture, disait Camper, était d’autant plus grande que le crâne offrait plus de volume. Ce procédé , ainsi que nous le démontrerons , très-défectueux pour l’homme et inapplicable aux animaux, est généralement tombé en désuétude : le célèbre naturaliste français Daubenton ne fut pas plus heureux en faisant pour l’angle occipital ce que Camper avait fait pour l’angle facial. La mesure des aires du crâne et de la face , proposée par M. Cuvier , bien qu’offrant un peu plus d’avan-
(1) Nous reviendrons plus tard sur l’idée que nous devons attacher à cette expression imbécillité.
TRAITÉ
tage que les procédés que nous venons de faire connaître, n’est nullement applicable , comme nous le ferons voir , à une multitude d’animaux. La comparaison du cerveau et des nerfs , proposée par Soemmering , n’a pas eu plus de succès. Concluons donc , en disant que de tous les moyens proposés pour apprécier l’étendue des facultés intellectuelles, aucun n’a présenté des résultats satisfaisans. Celui de Gall , qui consiste dans l’exploration rigoureuse de la forme générale et partielle du crâne , nous parait être le seul qui puisse arriver au but que l’on s’était proposé. Par ce procédé , on peut, sauf quelques •cas que nous ferons connaître , apprécier le développement et conséquemment l’étendue d’action des organes des facultés intellectuelles et affectives de l’homme et des animaux. Cette partie de la phrénologie porte le nom de crânioscopie(l) ou crâniologie. Prise dans un sens général, c’est-à-dire dans la connaissance des rapports qui peuvent exister entre la conformation du crâne et l’organe qu’il contient, lie devient alors une partie de l’anatomie , qui demande , pour être bien connue , une longue etude du crâne de l’homme , de ses nombreuses variétés de conformation, et celle, plus difficile encore, du crâne des nombreuses classes d’animaux vertébrés. Nous verrons plus loin les secours précieux que cette partie de la science phrénologique peut nous fournir.
Ce serait peut-être ici le cas de parler de la doctrine de Gall. Mais notre livre n’étant pas seulement destiné aux médecins, mais encore aux gens du monde , dont la plus grande partie se trouve presque complètement étrangère aux connaissances anatomiques dont la phrénologie tire ses principales preuves, nous croyons plus rationel , avant de traiter des fonctions du système nerveux cérébral , d’entrer dans quelques détails sur ce système , ses relations avec les parties osseuses et membraneuses qui le protègent, ainsi que sur leurs principales altérations chez l’homme et les principaux vertébrés. Nous ferons ainsi marcher de front l’anatomie humaine et comparée , l’anatomie pathologique et la physiologie. L’étude de ces diverses sciences disposera nos lecteurs à mieux juger, avec connaissance de cause, une des branches les plus importantes des sciences naturelles, celle sans laquelle on ne parviendra jamais à connaître l’homme moral et intellectuel , celle enfin à laquelle ceux qui dirigent les institutions humaines ne doivent peint rester étrangers.