FACULTÉS DU SYSTEME NERVEUX CÉRÉBRO-SPINAL. LEUR CLASSIFICATION
La masse nerveuse contenue dans le crâne , et celle qui est renfermée dans le canal rachidien, comme nous l’avons dit, sont les deux sources de toutes les sensations appartenant aux sens, des phénomènes dits intellectuels et affectifs, et des mouvemens. Il ne nous reste plus qu’à nous occuper de ces facultés en particulier (1).
Si nous jetons les yeux sur les ouvrages des principaux physiologistes ou métaphysiciens de notre époque , qui ont entrepris de traiter l’histoire des facultés intellectuelles et affectives, deux choses essentielles frappent surtout notre attention. 1° C’est que des personnes complètement étrangères à la connaissance du système nerveux, à son développement et à ses altérations, aient eu la prétention de se croire aptes à traiter ses fonctions ; 2° c’est de voir, d’un autre côté, des physiologistes donner dans l’extrême opposé, en supposant que l’étude anatomique et pathologique suffisait pour arriver à une connaissance parfaite des fonctions de ce système.
C’est, selon nous, de la réunion des connaissances philosophiques et de celles que possèdent les anatomistes , les physiologistes et les médecins , que doit résulter la connaissance exacte et profonde des facultés intellectuelles et affectives. On voit donc combien il est ridicule de vouloir prétendre connaître ces facultés, si on ne possède pas tout à la fois un esprit d’observation et des
(1) Nous ne nous occuperons dans notre ouvrage que de Thistoire des facultés des sens et de celles désignées sous le nom d’intellectuelles et affectives, renvoyant aux ouvrages d’anatomie et de physiolog e les personnes qui voudraient étudier les fonctions des nerfs affectés aux mouvemens.
connaissances anatomiques, physiologiques, zoologiques et philosophiques assez étendus.
Tous les travaux publiés sur la physiologie du cerveau , qui n’auront pas pour base les sciences que je viens de mentionner , n’auront donc qu’une existence éphémère. On peut dire, d’une manière générale, que dans ceux qui ont été entrepris jusqu’à ce jour sur la physiologie du cerveau , ceux de Gall et des principaux plirônologisles exceptés, aucun esprit philosophique n’a présidé à l’histoire des fonctions. On s’est contenté de répéter ce que les métaphysiciens avaient déjà dit ; ou l’on a cru pouvoir arriver , à l’aide de mutilations , à des résultats satisfaisans sur les fonctions du système cérébral. Mais il suffit de lire les expériences des mutilateurs, pour voir à quels résultats contradictoires elles ont donné lieu , et combien peu de profit la science en a retiré. Passons maintenant à l’histoire des facultés fondamentales et à leur classification.
Les philosophes qui observèrent avec attention les facultés de l’esprit humain , découvrirent bientôt que toutes étaient loin de présenter le même caractère ; de là les divisions si anciennes entre les facultés de l’esprit et du cœur, ou de l’intelligence et des passions. Plus tard Aristote, Locke, Condillac et les Idéologisles établirent les subdivisions de ces facultés , que nous avons déjà fait connaître. Mais , comme je l’ai démontré , tous se trompèrent , dans ce sens qu’au lieu de saisir les caractères d'une faculté, ils n’en prirent que l’attribut : de là leur division en mémoire, attention , etc. Ils firent pour les facultés de l’esprit , ce qu’aurait pu faire un naturaliste* en divisant les corps de la nature en végétaux, animaux et minéraux, sans donner les caractères propres à chaque végétal ou animal. Ainsi, lorsqu’on a parlé d’attention, de mémoire , de jugement, je ne sais de quelle mémoire , ni de quel jugement il est question. J’ai dit qu’après avoir marché dans le sens des idéologisles, Gall se vit forcé de les quitter, pour étudier les facultés telles que la nature nous les présente.
Cependant nous devons faire remarquer que , dès le principe , il s’attacha surtout à l’examen des hommes qui lui présentaient une faculté dans un trèshaut degré de développement : si celle manière d’observer eut des avantages immenses, elle ne fut pas aussi sans inconvéniens. Ainsi, il est certain que par cette voie , Gall renversa l’école condillacienne : mais comme il n’observait les facultés que dans un haut degré d’excitation , sa nomenclature dut nécessairement s’en ressentir : c’est là ce qui explique plusieurs expressions vraiment incorrectes qu’il emploie pour désigner certaines facultés fondamentales.
L’idée d’avoir recours à des expressions propres à donner le vrai caractère des forces primitives, appartient surtout à Spurzheim; c’est aussi à ce médecia que nous sommes redevables d’une classification des facultés. Tout en rendant justice à son talent et à ce qu’il a fait pour la science , je trouve qu’il a doublement erré dans les expressions qu’il emploie, et dans sa classification. Il fai-
TRAITJE
lait que ce médecin ne fût pas lui-même bien convaincu de l’excellence de son langage; car il n’a pas publié une seule édition de son petit ouvrage, sans faire û sa classification de nouveaux changemens. Gall n’a suivi aucun ordre, ou pour mieux dire n’a donné dans son ouvrage aucune classification des facultés (1) : en cela il a eu tort ; car , ainsi que je l’ai dit plus haut , une classification , même imparfaite, n’eût-elle que l’avantage de ranger dans l’esprit les matières qui sont l’objet de nos études, nous devrions encore y avoir recours. Je vais examiner le plus succinctement qu’il me sera possible la classification proposée par Spurzheim ; j’indiquerai ensuite celle qui me paraît la meilleure eu égard à l’état de la science.
Spurzheim (2) , ainsi que nous allons le voir, adopte la grande division des facultés de l’esprit des anciens philosophes. « Toutes les fonctions de l’homme » qui ont lieu avec conscience, dit-il, constituent la vie animale. Celles-ci » peuvent être rangées dans deux ordres ou divisions admises depuis la plus » haute antiquité, et connues sous le nom d’ame ou esprit, facultés morales » et intellectuelles , entendement , volonté , le cœur et la tête. Je les dèsi- » gnerai sous le nom de sentimens et intellect, ou par les expressions de fa- » cultés affectives et intellectuelles.
» Ces deux ordres de fonctions cérébrales peuvent être subdivisées en plu- » sieurs genres, et chaque genre en plusieurs espèces. Quelques facultés affec- » tives produisent seulement des désirs, des inclinations ou instincts : je les » appellerai par le titre général de propensilés. Le nom propensité est alors » employé pour indiquer des impulsions internes qui invitent à de certaines » actions. Il y a d’autres facultés qui ne sont point bornées au simple penchant, » mais ont quelque chose de plus et peuvent être appelées sentiment. L’or- » gueil , par exemple , produit un certain penchant à agir , mais en même » temps éprouve une autre émotion ou affection qui n’est pas un pur penchant. » Toutes les facultés que j’appelle penchans sont communes à l’homme et aux » animaux, mais celles dont je parle maintenant et que j’appelle sentimens, sont » en partie communes à l’homme et aux animaux, et en partie propres à l’homme.
» Le second ordre de pouvoirs intellectuels est destiné à nous mettre en re- » lalion avec le monde extérieur , avec les qualités des corps qui nous entou- » rent et leurs relations : je les appelle intellectuels. Ils peuvent être divisés » en quatre genres : le premier renferme les fonctions des sens externes et des » mouvemens volontaires; le second, ceux des sens internes qui mettent » l’homme en relation avec les objets physiques ; le troisième, les fonctions
(1) Voici quelles sont les expressions de Gall sur sa manière de procéder à l’histoire des facultés (,pag. 224, vol 3° édition in-8°). « Je tâcherai de me conformer, autant qu’il me sera possible, » û l’ordre tel qu’il existe à peu près dans l’organisation du cerveau humain. Je m'occuperai d’ad bord des penchans ou des qualités inférieures ; successivement je passerai aux qualités et aux v, facultés qui revêtent de plus en plus un caractère de noblesse , et je finirai par le sentiment le » plus élevé , par celui de rendre hommage à la divinité. »
(2) Spurzheim , Phrénologie , 3e édit.; Londres.
» liées à la connaissance ou relation des objets et leurs qualités : j’appelle ces » trois genres facultés perceptives ; le quatrième genre comprend les facultés » qui agissent sur toutes les sensations et notions » et celles-ci je les appelle » facultés réflectives. Chaque genre de facultés affectives et intellectuelles se » compose de plusieurs espèces, et chaque espèce présente plusieurs modifi- » cations ou variétés , même d’idiosyncrasie ou monstruosités. »
Des divisions et subdivisions admises par le docteur Spurzheira résulte le tableau suivant :
ORDRE |«r.
Facultés affectives.