‹ Traité de phrénologie humaine et comparéeChapitre 53 sur 87 · ORDRE · texte numérisé non relu

ORDRE

Facultés intellectuelles.

Genre 1er.

Genre 1er.

Penchans.

sens extérieurs.

1 Amativité.

2 Philogéniture.

3 Habitati vite.

4 Affectionivité.

5 Combativité.

6 Destructivité.

7 Sécrélivjté.

8 Acquisivité.

9 Constructivité.

Genre 2e.

Sentiment.

10 Orgueil ; estime «Je soi.

1 1 Approbativité.

12 Circonspection.

13 Bienveillance.

14 Vénération.

1 5 Fermeté.

16 conscienciosité.

17 Espérance.

18 Merveillosité.

19 Idéalité.

20 Gaîté.

21 Imitation.

Genre 2®.

Facultés perpeptiv.es,

22 Individualité.

23 Configuration.

24 Étendue.

25 Pesanteur.

26 Coloris.

27 Localité.

28 Calcul.

29 Ordre.

30 Éventualité.

31 Temps.

32 Mélodie.

33 Langage.

Genre 3°.

Facultés réflectives.

34 Comparaison.

35 Causalité.

Le tableau que nous avons sous les yeux a été copié sur celui qui se trouve à la tête de la troisième édition de la Phrénologie de Spurzheim , publiée à Londres. Deux facultés nouvelles ne s’y trouvent point : l’amour de la conservation , dont j’ai parlé le premier dans le Mémoire que j’ai présenté à l’Institut de France en 18^7, et celle qui détermine les animaux dans le choix de leurs alimens , dont la découverte est due au docteur Hope de Copenhague.

M. Georges Combe , dans la troisième édition de son système de Phrénologie , a adopté , sans restriction , la classification do Spurzheim ,* on peut même dire qu’elle est généralement reçue en Angleterre.

TRAITÉ

Ainsi que je l’ai déjà dit, les avantages d’une nomenclature ou d’une classification sont généralement trop bien appréciés pour que nous négligions d’y avoir recours. J’avais d’abord eu l’idée de conserver celle de Spurzheim , et mon principal but, en agissant ainsi, était de faire accorder, autant que possible , les travaux des phrènologistes anglais et français. Mais après un examen réfléchi de la classification de ce médecin , je me suis vu forcé de l’abandonner ; plus je l’ai étudiée, et plus elle m’a paru vicieuse par le fond et la forme , par les divisions et subdivisions des facultés , et par la majeure partie des expressions ridicules employées pour les désigner. J’ai peine à concevoir comment, avec un esprit d’observation assez remarquable, Spurzheim n’a pas été frappé lui-même du vice de sa nomenclature. J’ai vu avec plaisir que les médecins les plus distingués en France n’ont jamais pu condescendre à recevoir les mots sècrètivité, merveillosité , etc., langage prétentieux, de mauvais goût, et qui figurerait à merveille dans la comédie des Précieuses ridicules ou des Femmes savantes.

Parmi les principaux reproches que l’on peut faire à la classification de Spurzheim , voici , selon moi , quels sont ceux qui méritent surtout de fixer l’attention des phrènologistes.

1° Sa division des facultés en deux ordres, affectives et intellectuelles, qu’il a empruntée aux anciens , ne serait bonne qu’autant que ses subdivisions ou genres concorderaient avec elle, ce qui est loin d’avoir lieu. Ainsi si nous jetons un coup d’œil sur le tableau précèdent , nous voyons , par exemple , que la fermeté et l’imitation se trouvent dans la classe des sentimens seulement propres à l’homme ; tandis qu’il nous sera facile de prouver que ces facultés sont communes à l’homme et aux animaux.

2° Nous voyons dans la classe des penchans, des facultés qui procurent autre chose qu’un simple instinct ou inclination, comme l’appelle Spurzheim. Ces subdivisions sont même, comme je vais le démontrer, en contradiction avec ses principes. Mais , afin d’être mieux compris , je vais citer textuellement cet auteur.

« Quelques pouvoirs produisent seulement des inclinations ou instincts , je les appelle penchans. Le mot penchant est alors seulement employé pour indiquer des impulsions internes qui portent à certains actes. Il y en a d’autres qui ne sont pas bornés à de simples inclinations , mais qui ont encore quelque chose de plus , que l’on peut appeler sentiment. L’orgueil , par exemple , produit une certaine disposition à agir ; mais on éprouve en même temps une autre émotion ou affection qui n’est pas un simple penchant. » Je ne sais réellement pas comment Spurzheim a pu soutenir que dansles penchans il y avait seulement disposition ou inclination vers telle ou tellechose, sans que cette inclination fût accompagnée d’une émotion particulière. Est-ce que l’attachement d’une mère pour son enfant n’est pas une inclination accompagnée d’une vive émotion ? et le penchant au plaisir de l’amour, et celui de l’attachement, etc., etc., ne sont-ils pas dans le même cas?

DB PHRÉNOLOGIE

Ce que je viens de dire des facultés appelées affectives, s’applique à celles que le même auteur désigne sous le nom à’ intellectuelles : ici , mêmes erreurs dans les divisions et les subdivisions. Dans le premier ordre des facultés intellectuelles, Spurzlieim place les sens extérieurs, dont les actes, bien qu’en relation avec les facultés intellectuelles, en diffèrent cependant complètement. Sa division des facultés perceptives et réflectives est loin d’être exacte ; car , ainsi que nous le démontrerons , plusieurs facultés qu’il range parmi les sentimens, devraient appartenir aux facultés intellectuelles; et toutes les facultés réflectives ne se bornent pas à la comparaison et à la causalité.

Revenons maintenant sur les nouvelles expressions employées par Spurzheim pour désigner chaque faculté fondamentale. Afin de réussir , dit-il , à donner des noms spécifiques « aux facultés fondamentales, j’ai été obligé de changer » la nomenclature. J’admets que les organes tels que Gall les a nommés, sont » plus développés chez les personnes qui se distinguent par des caractères » particuliers ou des talens : je nie seulement qu’il y ait un organe de la ruse, » de la religion , de la poésie , des mathématiques , de la mécanique ; ces opé- » rations sont composées , et je pense que leurs élêmens doivent être déter- » minés. Jè ne donne pas conséquemment un nom aux organes d’après les » actions, mais d’après la nature des facultés seulement. J’éclaicirai ma ma- » nière de voir par les sens externes. Il y a un pouvoir de voir et un organe » de la vue, mais il n’y a pas d’organe pour voir le rouge , le bleu , le jaune, » ou des carrés ou d’autres formes. Nous parlons du sens de l’ouïe , et non du » sens d’entendre le chant des oiseaux , la musique de l’homme ou le bruit du » canon. Dans le même sens, il y a un organe du penchant à cacher, mais b pas de l’hypocrisie; un organe du désir d’être approuvé, mais pas de l’é- » mulation ou de la gloire ; un sens de vénération, mais non de tel ou tel mode » d’adorer. Des précédentes considérations il résulte qu’un certain ordre peut » être établi dans les organes cérébraux , et que je fais plus que de me borner » à la méthode de Gall , qui consiste seulement à les considérer selon leur » situation. Je parlerai d’abord des penchans , des sentimens des sens exler- » nés, des facultés perceptives et finalement des facultés réflectives. »

Ayant établi divers penchans ou facultés particulières de l’esprit , afin d’indiquer les penchans , j’ai pris la terminaison ivité, et je l’ai ajoutée à une racine française pour dénoter les penchans.

Pour les autres facultés, les facultés intellectuelles exceptées, qui ne demandent pas d’explication , et dont les noms sont facilement entendus, Spurzheim emploie les mots usités par Gall, tels que imitation , comparaison , fermeté , circonspection (1). On verra cependant dans notre volume anglais, que Spurzheim a employé dans la langue anglaise, une expression particulière pour indiquer les sentiment .

(l) Pag. 407, vol. 5e , edition in-S°.

TRAITÉ

Observation,

» y . fl

II est certain que le langage employé par Gall pour désigner les facultés est loin d’être toujours correct , et Gall lui-même convient de l’imperfection de sa nomenclature. L’idée de Spurzheim, de rendre par une expression le vrai caractère d’une faculté, est très-bonne; c’est même à elle que nous devons quelques expressions plus correctes. Mais ce n’est vraiment que par quelques expressions que la nomenclature de Spurzheim est meilleure ; car , prise dans son ensemble et dans ses détails , elle est aussi vicieuse que de mauvais goût.

Je ne donne pas , dit-il , un nom aux organes d’après les actions, mais d’a-

près la nature des facultés. Pourquoi alors avoir conservé une foule d’expressions indiquant une action déterminée, telles que imitation , circonspection, vénération , etc . , où l’on ne trouve pas sa terminaison d’ivité , employée , selon lui, pour indiquer une force, une manière d’agir dans un sens. Ainsi, c’est pour avoir voulu rendre une pensée que tout le monde entend si bien , que Spurzheim s’est mis l’esprit à la torture et a imaginé un langage aussi barbare qu’absurde. Pourquoi donc n’avoir pas conservé l’expression de l’action même en y joignant le mot organe ? Tous les jours nous disons respiration y diejestion, circulation : faudra-t-il y joindre la terminaison ivité , et dire circulativité , afin d’indiquer une force particulière? est-ce que ce mot seul n’entraîne pas avec lui l’idée d’une force, d’une puissance? J’aurais bien encore une multitude d’observations à faire sur les vices de la nomenclature de Spurzheim; mais comme il suffit d’une simple lecture des ouvrages de ce médecin pour les saisir , je préfère y renvoyer mes lecteurs.

L’on peut , dans la classification des organes du système nerveux cérébrospinal, suivre un ordre à peu près anatomique , comme l’a fait Galï; ou bien adopter un ordre basé sur la nature des facultés : ce dernier mode de procéder serait sans contredit le meilleur ; mais comme il supposerait une analyse parfaite des facultés , il nous paraît inadmissible dans l’état actuel de la science ; c’est même, indépendamment des locutions vicieuses employées par Spurzheim , ce défaut complet d’analyse qui m’a fait rejeter sa nomenclature, tout en rendant justice aux efforts qu’il a faits pour se rendre Utile. Je désire ardemment que les phrènologistes vraiment dignes de ce nom, se bornent à suivre un ordre anatomico-physiologique , je veux dire une classification des organes d’après leur situation et leur développement ; car si chaque phrénologiste vient armé d’une nouvelle nomenclature, il en résultera, au bout de peu de temps , un véritable cahos et une perte réelle pour la science. Une nomenclature parfaite dans les sciences d’observation, et surtout dans la phrénologie qui repose sur une analyse réfléchie des facultés de l’esprit humain , ne peut être que le fruit du temps et de nombreuses observations.

J’ai dit tout à l’heure qu’un ordre de classification basé sur l'anatomie et la physiologie, serait celui que je jugerais le plus convenable dans l’étal actuel de la science : on verra ci-après, et sous forme de tableau la classification

que je propose. Voici quels sont les principaux avantages qu’elle me parait présenter.

1° Sauf des transpositions assez importantes dans l’ordre des organes, elle se rapproche beaucoup de la classification adoptée jusqu’à ce jour.

2° La dénomination des facultés me paraît capable d’être bien comprise par tout le monde.

3° Elle est tout à fait au niveau de la science.

4° On y trouve des facultés dont la découverte m’est propre ou m’est commune avec d’autres phrénologistes.

5° Enfin cet ordre de classification est celui qui me paraît le plus en harmonie avec le développement des facultés dans la longue chaîne des animaux vertébrés : ce motif seul eût été plus que suffisant pour me le faire adopter.

TRAITÉ DI! PIÏRÉNOLOGIE

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